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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 


NEUVIÈME   SÉRIE 

TOME  X 


JOURNAL  ASIATIQUE 


NEUVIÈME   SÉRIE 


TOME  X 


JOURNAL  ASIATIQUE 

RECUEIL  DE  MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  À  L'HISTOIRE,  À  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 
ET  À  LA  LITTÉRATURE    DES  PEUPLES  ORIENTAUX 


ET  PUBLIE  PAR  LA  SOCIETE  ASUTEQUE 

NEUVIÈME  SÉRIE 
TOME  X 


PARIS 

IMPRIMERIE    NATIONALE 

ERNEST  LEROUX,  ÉDITEUR 

HUE  BOIIAP*nTB.  l8 

M  DCCC  XCVII 


o^ 


JOURNAL  ASIATIQUE 

JUILLET-AOÛT  1897. 
PROCÈS-VERBAL 

DE   LA  SÉANCE  GÉNÉRALE  DU  22  JUIN  1897. 


La  séance  est  ouverte  à  3  heures  et  demie  sous 
la  présidence  de  M.  Emile  Sénart,  vice-président, 
en  Tabsence  de  M.  Barbier  de  Meynard  empêché. 

Sont  présents  :  MM.  de  Charencey,  Devéria, 
Karppe,  M.  Schwab,  Houdas,  Barth,  Meillet, 
M.  Courant,  J.  Halévy,  J.  Vinson,  R.  Duvai,  J.-B. 
Chabot,  Perruchon,  F.  Nau,  Carra  de  Vaux,  Finot, 
Cabaton,  H.  Cordier,  Blochet,  Specht,  Guimet,  Ay- 
monnier,  membres;  E.  Drouin,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  du  i8  juin  1896 
est  lu;  la  rédaction  en  est  adoptée. 

Au  début  de  la  séance,  M.  le  Président  se  fait  Tin- 
terprète  des  regrets  qu'inspire  certainement  à  tous 
Tabsence  de  M.  Barbier  de  Meynard  ;  il  n  est  heureu- 
sement retenu  loin  de  nous  que  par  une  indisposition 
légère.  Il  est  un  autre  vide  bien  sensible  que  laisse  dans 
le  bureau  Téloignement  de  notre  secrétaire ,  M.  Cha- 
yannes.  Nous  espérons  bien  que  cette  séparation 
sera  courte,  et  nous  envoyons  à  un  confrère,  qui  est 
entouré  ici  dune  si  haute  et  si  affectueuse  estime, 
nos  vœux  les  plus  ardents  de  prompte  guérison. 


6  JUILLET-AOÛT  1897. 

M.  le  Président  rend  un  dernier  hommage  à  la 
mémoire  de  M.  Antoine  d'Abbadie^  décédé  à  Paris 
au  mois  de  mars  dernier,  le  doyen  de  la  Société  asia- 
tique dont  il  était  membre  depuis  1 838.  Né  en  1 8 1  o , 
M.  d^Abbadie  est  parti  jeune  pour  TAbyssinie  où  il 
a  vécu  jusqu'en  i85o',  se  livrant  à  des  travaux  de 
linguistique,  de  géographie  et  d'astronomie.  La  plu- 
part de  ses  études  sur  les  langues  éthiopiennes  ont 
paru  dans  notre  Journal  de  1 889  à  1 878.  Il  a  publié 
séparément  :  en  1869,  le  Catalogue  des  manuscrits 
éthiopiens  de  sa  collection ,  qui  était  le  premier  cata- 
logue français  de  ce  genre;  en  1868,  un  Mémoire 
sur  la  numismatique  éthiopienne  et,  en  1881,  un 
Dictionnaire  de  la  langue  Amarigna. 

Membre  de  T Académie  des  sciences,  M*  d*Ab- 
badie  avait  reçu,  en  janvier  1896,  la  médaille  dor 
fondée  par  Arago.  M.  d'Abbadie  est  le  fondateur  des 
études  éthiopiennes  en  France  et,  quoique  très  oc- 
cupé par  ses  travaux  purement  scientifiques ,  il  était 
toujours  resté  en  relation  avec  les  éthiopisants  plus 
jeunes,  les  encourageant  de  ses  conseils  et  de  son 
expérience. 

n  est  ensuite  procédé  à  l'élection  de  divers  mem- 
bres de  la  Société  asiatique.  Sont  reçus  : 

MM.  Georges  Lecomte,  élève  de  l'Ecole  des  langues 
orientales ,  demeurant  à  Paris ,  rue  de  Lan- 
cry,  1  y  ;  présenté  par  MM.  Devéria  et  Cha- 
vannes. 
Paul  Pelliot,  élève  de  l'Ecole  des  langues  orien- 
tales, demeurant  à  Paris,  Grande  rue  de 


SÉANCE   GÉNÉRALE.  7 

Saint-Mandé,  69;  présenté  par  MM.  Cha- 
vannes  et  Devéria. 

Le  R.  P.  Boyer  (Auguste),  de  la  Compagnie  d 
Jésus,  demeurant  à  Paris ,  rue  de  Sèvres ,  35  ; 
présenté  par  MM.  Sylvain  Lévi  et  Sénart. 

Cabaton  (Antoine),  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale ,  demeurant  à  Paris ,  rue  d'Amsterdam , 
49  ;  présenté  par  MM.  Finot  et  Sylvain  Lévi. 

Serruys  (Washington),  attaché  au  Consulat  gé- 
néral de  Belgique,  à  Beyrouth  (Syrie);  pré- 
senté par  le  P.  Cheikho  et  le  D' J.  Rouvier. 
M'**  Delphine  Menant,  demeurant  à  Paris,  rue  de 
Madame  68,  présentée  par  MM.  H.  Cordier 
et  Barbier  de  Meynard. 

M.  R.  Duval  lit  le  rapport  de  la  Commission  des 
censeurs  sur  les  comptes  de  1896;  M.  le  Président 
remercie,  au  nom  de  la  Société,  les  membres  de 
cette  Commission  et  de  la  Commission  des  fonds. 

M.  R.  Duval  donne  ensuite  lecture  d'un  Mémoire 
sur  la  poésie  syriaque  et  M.  Courant  fait  une  com- 
munication sur  la  Ballade  mimée  et  le  théâtre  en  Corée, 

n  est  procédé  au  dépouillement  du  scrutin  pour 
la  nomination  du  Bureau  et  du  Conseil.  Les  mem- 
bres sortants  sont  réélus  à  Tunanimité. 

Avant  de  clore  la  séance,  M.  le  Président  rap- 
pelle que  le  Congrès  des  orientalistes  tiendra  sa  pre- 
mière assemblée  le  5  septembre  prochain  et  il  espère 
retrouver  la  plupart  des  membres  de  la  Société,  si 
ce  n'est  tous,  à  cette  réunion. 

La  séance  est  levée  à  5  heures  et  demie. 


8  JUILLET-AOÛT  1897; 


RAPPORT 

DE   LA   COMMISSION  DES   CENSEURS 

SUR  LES  COMPTES  DE  L^E]LERGIGE  1896, 
LU  DANS  LA  SEANCE  GENERALE  DU   22  JUIN  1897. 


Messieurs, 

Les  finances  de  notre  Société  présentent  un  état  satisfai- 
sant et  le  fonds  de  réserve  continue  de  s*accroître.  Le  compte 
courant  arrêté  au  3i  décembre  1896  se  soldait  par  une 
somme  de  25,5 1 7  francs  au  crédit  de  la  Société  ;  cette  somme 
a  pu ,  sans  inconvénient ,  être  employée  presque  entièrement 
en  valeurs  mobilières  et,  au  3i  décembre  dernier,  nous 
avions  encore  une  somme  de  io,434  francs  en  fonds  dispo- 
nibles. 

Les  dépenses  et  les  recettes  diffèrent  peu  de  celles  des 
années  précédentes.  Les  recettes  accusent  un  excédent  de 
près  de  2,006  francs  sur  les  recettes  du  dernier  exercice;  cet 
excédent  provient  en  partie  de  la  rentrée  des  cotisations  ar 
riérées ,  en  partie  du  revenu  de  notre  fonds  de  réserve.  Ce 
revenu  aurait  même  été  plus  élevé  s*il  n'avait  subi  une  dimi- 
nution par  suite  de  la  conversion  de  la  rente  française  et  de 
la  vente  des  obligations  5  0/0  des  chemins  de  fer  de  l'Est. 

Les  cotisations  de  1896  montent  exactement  au  même 
chiffre  que  ceUes  de  1895.  S'il  n*y  a  pas  augmentation  dans 
le  nombre  des  membres  qui  payent  la  cotisation  annuelle, 
il  n'y  a  pas  non  plus  de  diminution.  Les  abonnements  au 
Journal  sont  un  peu  plus  élevés,  128  au  lieu  de  112.  La 
vente  de  nos  publications  se  maintient  aux  environs  de 
5oo  francs. 


RAPPORT  DES  CENSEURS.  9 

Il  a  été  recouvré  quarante-trois  cotisations  arriérées.  Cette 
année  nous  ne  trouverons  plus  aux  recettes  la  subvention 
de  3,000  francs  prélevée  sur  le  fonds  des  impressions  gra- 
tuite qui  a  été  supprimé.  Nous,  recommandons  vivement  à 
nos  collègues  d'être  exacts  dans  le  payement  de  leurs  cotisa- 
tions ,  afin  de  rendre  plus  légère  la  perte  que  la  suppression 
de  cette  souscription  fait  éprouver  à  notre  Société. 

Somme  toute ,  nous  avons  lieu ,  Messieurs ,  d*étre  satisfaits 
de  notre  situation  financière.  Nous  nous  plaisons  à  recon- 
naître que  nous  la  devons  à  la  vigilance  de  notre  Commission 
des  fonds. 

R.    DUVAL,    0.    HOUDAS. 


10  JUILLET-AOÛT  1897. 

RAPPORT  DE  M.  SPECHT, 

AU  NOM  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS, 

ET  COMPTES  DE  L'ANNÉE  1896. 


Messieurs , 

Votre  commission  des  fonds  a  cru  devoir  placer  la  plus 
grande  partie  du  compte  courant  se  montant  au  3 1  décembre 
1895  à  35,517^.76.  Nous  avons  acheté  ko  obligations 
Lyon  fusion  3  p.  0/0,  10  obligations  de  la  Compagnie  des 
wagons-lits  et  une  obligation  de  la  Compagnie  des  Messa- 
geries maritimes,  pour  la  somme  de  2^,367  fr.  10.  Cet  ac- 
croissement du  fonds  de  réserve  vient  en  compensation  des 
pertes  que  nos  revenus  ont  subies  par  la  conversion  des 
rentes  françaises  et  la  vente  de  nos  obligations  du  chemin  de 
fer  de  l'Est  (  5  p.  0/0). 

Il  ne  faudrait  pas  croire  que  les  finances  de  notre  Société 
progressent;  si  nous  nous  reportons  à  trente  ans  en  arrière, 
en  1867,  les  cotisations  se  montaient  à  8,^82  fr.  5o,  frais 
de  recouvrement  déduits.  En  1896,  eUes  ne  sont  que  de 
4,680  francs.  Les  abonnements  au  Journal  asiatique,  il  est 
vrai,  ont  augmenté  dans  une  certaine  mesure;  de  1,760  fr. 
ils  arrivent  à  2,5 60  fr.  ;  mais  cette  augmentation  ne  compense 
pas  la  perte  sur  les  cotisations ,  ce  qui  fait  que  nos  recettes , 
en  trente  ans ,  ont  diminué  de  3,002  fr.  5o  par  an. 

Le  nombre  des  membres  en  1867  était  de  287  dont  6  à 
vie,  et  cette  année  il  est  réduit  à  237  membres  parmi  les- 
quels 61  ont  payé  leur  cotisation  à  vie.  On  peut  expliquer 
ce  mouvement  par  la  raison  que  beaucoup  d'orientalistes  ne 
se  font  pas  recevoir  parmi  nous ,  trouvant  nos  publications 


RAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.         11 

à  leur  disposition  dans  les  bibliothèques  publiques  et  dans 
celles  des  sociétés  savantes. 

Quant  au  compte  de  cette  année,  il  offre  peu  de  diffé- 
rence sur  celui  de  l'année  dernière.  Les  dépenses  se  sont 
montées  à  12,888  fr.  70;  vous  remarquerez  une  légère  aug- 
mentation sur  les  honoraires  du  sous-bibliothécaire  et  sur  le 
service;  cette  augmentation  n'est  qu'apparente  :  le  mois  de 
décembre  1895  a  été  payé  le  a  janvier  1896,  et  il  figure  sur 
le  compte  de  cette  année ,  puisque  celui  de  Tannée  dernière 
ne  porte  que  onze  mois.  Les  recettes  se  sont  élevées  à 
22,171  fr.  96;  la  différence  avec  1896  vient  surtout  de  ce 
que  nous  avons  reçu  cette  année  5  cotisations  à  vie  et  43  co- 
tisations arriérées  au  lieu  de  22. 


12  JUILLET-AOÛT  1897. 


COMPTES 


DEPENSES. 

Honoraires  de  M.  E.  Leroux,  libraire,  pour  le  recouvre- 
ment des  cotisations 618'  oo*' 

Frais  d'envoi  du  Journal  asiatique 878  00 

Ports  de  lettres  et  de  paquets  reçus 79  90    }          * 

Frais  de  bureau  du  libraire  (1898  et  1896) 196  00 

Dépenses  diverses  soldées  par  le  libraire 176  3o 

Honoraires  du  sous-bibliotbëcaire i,3oo  00     \ 

Service  et  étrennes Soi  00 

Chauffage,  éclairage ,  frais  de  bureau ihS  70 

Reliure  et   achat  de  livres  nouveaux    pour  compléter  . 

les  coUections 3i6  65     >        2,225   /io 

Contribution  mobilière 76  o5 

Contribution  des  portes  et  fenêtres 17  5o 

Assurance 67  5o 

Frais  d'impression  du  Journal  asiatique  en  1898 7>iS9  18 

Payé  à  M.  Dujardin  frais  des  planches  pour  le  Journal.  178  00 

Indemnité  au  rédacteur  du  Journal  asiatique 600  00     k              - 

Subvention  pour  le  second  volume  de  Se-md-tsien, . . .  1,200  00     / 

Société  générale.  Droits  de  garde ,  timbres ,  etc 53  85 

Total  des  dépenses  de  1896 1 2,888  60 

Achat  de  ho  obligations  de  5 00  fr.  (3  p.  0/0)  Lyon- 
fusion  (10  mars) 1 8,834^ Co*' 

Achat  de   10   obligations  de  la  C*"  des  wagons-lits  . 

(26  décembre) 5,o5o  00     [      ^^»'^^7   10 

Achat  de  i  obligation  de  la  C**  des  messageries  mari-  1 

times  (28  décembre) liSa  5o     / 

Espèces  en  compte  courant  à  la  Société  générale  au  3i  décembre  189 G.       io,43â  01 
Ensemble ^7,689  71 


RAPPORT  DE  LA  COMMISSION  DES  FONDS.      13 


iNNÉE  1896. 


RECETTES. 


1 1 3  cotisations  de  1896 

43  cotisations  arriérées 

3  cotisations  à  vie 

ia8  abonnements  aa  Journal  atiatique. 
Vente  des  publications  de  la  Société. 


3,390' oo" 
1,390  00 
i,5oo  00 
a,56o  00 
Soi   60 


9,a4i'  Ao* 


2' 
3" 


Intérêts  des  fonds  placés  : 

1*  Rente  sur  TÉtat  3  p.  0/0 

—         —     3  j/a  p.  0/0 

Legs  Sanguinetti  (en rente  3  i/a  p.  0/0). . , . . . 

20  obligations  de  TEst  (  nouveau )  [3  p.  0/0]. .  • 

60  obligations  d'Orléans  (  3  p.  0/0  ) 

à"  58  obligations  Lyon-fusion  (  3  p.  0/0  ) 

4o         —  —  —         (a'sem.). 

5°  60  obligations  de  TOuest 

6°  00  obligations  Crédit  foncier  i883  (3  p.  0/0). . 

7°  9  obligations  communales  1 880 

8**  3o  obligations  Est-Algérieu  (3  p.  0/0) 

9°  5o  obligations  Méchéria  (  a*  semestre) 

Intérêts  des  fonds  disponibles  déposés  à  la  Société  gé- 


1,800  00 
35o  00 
3 18  00 
a88  00 
864  00 
780  46 
a69  o4 
864  00 

1,106  5o 
129  60 
43a  00 
676  90 


7,930  55 


nérale. 


02 


o5 


Souscription  du  Ministère  de  Tiustruction  publique.  . .    2,000  oo 

Crédit  alloué  par  Tlmprimerie  nationale  en  dégrève- 
ment des  frais  d'impression  du  Journal  asiatique,. . .   3,oou  00 


5,000  00 


Total  des  recettes  en  1896 22,171   90 

Espèces  en   compte  courant  à  la  Société  générale  au  3 1  décembre  de 

Tannée  précéaente  (  1 895  ) 25,517  7^ 


Total  égal  aux  dépenses  et  à  rencaisse  au  3i  décembre  1896.. .      47,689  71 


14  JUILLET-AOÛT   1897. 


OUVRAGES   OFFERTS  À  LA  SOCIÉTÉ. 

Par  l'india  Office  ;  Journal  ofthe  Asiatic  Society  ofBengaL 
Vol.  LXV,  part.  I,  n*»  3;  part.  III,  n"  i.  Calcutta,  1896- 
1897;  in-8^ 

—  Indian  Antiquary,  N*"  ao-ad.  London,  1897;  in-4°. 

Parla  Société  :  The  American  Journal  ofPkilolotfy.  Vol.  XII, 
4.  Baltimore,  1897;  in-8''. 

—  The  Geographical  Journal ,  May  and  June  1897;  in-8'*. 

—  Rendiconti  délia  Reale  A  ccademia  dei  Lincei ,  séria  qninta. 
Vol.  VI,  fasc.  2-4.  Roma,  1897;  in-4°. 

—  Bulletin  de  V Académie  impériale  des  sciences  de  Saint- 
Pétersbourg ,  septembre  1896,  décembre  1896;  in-4*. 

—  Société  de  géographie,  Comptes  rendus^  n"  9  et  10. 
Paris,  1897;  in-8°. 

—  Zeitschrijï  der  deutschen  morgenlàndischen  GesellschaJÏ, 
I,  Heft,  1897.  Leipzig;  in-S". 

—  Journal  ofthe  American  Oriental  Society^  19,  ûrst  haif, 
1897.  New-Hawen;  in-8". 

—  Académie  des  Inscriptions  et  Belles- Lettres ,  Comptes  ren- 
dus, mars-avril,  1897;  in-8'. 

—  Société  ougro-finnoise ,  Trachten  und  Muster  der  Mord- 
vinen,  1897;  in-4*'. 

—  Bulletin' ethnographique  [en  russe),  1896,  n"  4.  Mos- 
cou; in-8'*. 

Par  les  éditeurs  :  Revue  critique,  n"  20-26.  Paris,  1897; 
in-8^ 

—  Polybiblion,  parties  technique  et  littéraire.  Mai  et  juin. 
1897;  in-8*. 

—  BoUetino,  278-275.  Firenze,  1897;  in-8''. 

—  Ararat,  journal  arménien.  Avril  1897.  Elchmiadzin. 

—  Le  Muséon,  Juin  1897.  Louvain;  in-S". 

—  Revue  archéologique.  Mars-avril  1897;  in-8'*. 


OUVRAGES  OFFERTS.  15 

Par  les  éditeurs  :  The  sanscrit  critical  joarnaL  May  1897. 
Woking;  in-8". 

— «  Arte  y  vocaholario  en  lengaa  marne,  por  el  Padre  F.  D. 
de  Reynosa.  Paris,  i644;  in-8*. 

—*«  EUBayân.  Juin  1897;  i'^"^"- 

Par  les  auteurs  :  E.  A.  Mëdoff ,  Livre  des  dernieis  temps  da 
Monde  d'après  la  tradition  musulmane  (en  russe).  Kasan, 
1897;  in-8^ 

—  N.  Th.  KatanoiT,  Études  orientales  (en  russe).  Kasan, 
1896;  m-8°. 

— •  Le  même,  Monnaies  de  la  horde  d'or  (en  russe).  Kasan, 
l896;in-8^ 

—  Le  même.  Excursion  exécutée  en  1896  dans  le  district 
de Minusinsk,  Kasan,  1896;  in-S**. 

—  SabiunofT,  Recherches  sur  la  condition  intérieure  du 
Kiptchak,  Kasan,  l895;in-8^ 

— -  W.  Grookes ,  The  tribes  and  castes  of  the  north-western 
Provinces  and  Oudh,  4  volumes.  Calcutta,  1896,  in-8®. 

—  D'  W.  Radloff ,  Prohen  der  Volksliteratur  der  nôrdlichen 
tûrkischen  Stàmme»  5  volumes.  Saint-Pétersbourg,  1866- 
i886;  in-8*. 

—  Le  même,  Versuch  eines  Wôrterbuchs  der  Tàrk-Dialecte , 
8*  Lieferung,  Saint-Pétersbourg,  1896;  in-8°. 

'—  G,  dé  Hariei,  Le  I-King  traduit  d'après  les  interprètes 
chinois  avec  la  version  mandjoue.  Paris ,  1 897  ;  in-S*. 

—  E.  Chavannes,  Dates  chinoises  (Âtrait).  Leide,  1896; 
in-S'. 

—  Le  même,  La  chronologie  chinoise  de  233  à  87  av.  J.-C, 
Leide,  1896;  in-8°. 

—  Le  même ,  Rectification  de  la  chronologie  chinoise,  Leide , 
l896;in-8^ 

—  Le  même ,  Communication  sur  l'inscription  de  Kui  yong- 
koan,  Leide,  1896;  in-S". 

—  Le  même.  Les  inscriptions  chinoises  de  Bodh-Gayâ, 
Paris,  1897;  in-8^ 


16  JUILLET-AOÛT  1897. 

—  Le  même ,  Le  Sutra  de  la  paroi  occidentale  de  l'inscrip- 
tion de  Kai-yong-koan,  Paris,  1897;  in-S". 

—  D'  L.  von  Schrenk,  Reisen  and  Forschangen  im  Amur- 
lande.  BandlII.  Saint-Pétersbom'g,  1891;  in-d*. 

—  Samuelis  Wiener,  Catalogus  libroram  hebraeoram  in 
museo  asiatico  imperiali  Academiae  scientiarum  àsservatoram , 
fasc.  I  ( K ).  Petropoli ,  1 898  ;  in-d*. 

—  E.  Blochet,  Les  inscriptions  de  Samarkand,  Paris,  1897, 
in-8^ 

—  Le  même,  L'Avesta  de  James  Darmesteter  et  ses  criti- 
ques, Paris,  1897;  in  8°. 

—  Eb.  Nestlé ,  Zur  Umschreibang  des  Hehràischen  (extrait). 
1897;  in-8^ 

—  Dr.  M.  Bittner  et  Dr.  W.  Tomaschek,  Die  topogra- 
pkischen  Kapitel  des  indischen  Seespiegels  Mokit,  Wien,  1897; 
in-folio. 

—  Landberg,  Arabica,  n®  IV.  Leide,  1897;  in-8". 

—  J.  Chabot,  Histoire  de  Jésus  Sabran,  texte  syriaque  (ex- 
trait). 1897;  in-S**. 

—  H.  Derenbourg,  Les  noms  des  personnes  dans  l Ancien 
Testament  et  dans  les  inscriptions  himyarites,  Paris,  1880  ;  10-8** . 

-^  Carra  de  Vaux ,  Sur  le  sens  du  mot  A  l-djebr.  Paris , 
l897;in-8^ 

—  AristofF,  Piemarqucs  sur  la  composition  ethnographique 
des  tribus  et  des  nationalités  turques  (en  russe).  Saint-Péters 
bourg,  1897;  grand  in-8'*. 


Tableau  du  conseil  d'administration.       17 

TABLEAU 

DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION 

CONFORMEMENT    AUX    NOMINATIONS    FAITES    DANS    L'ASSEMBLEE    GÉNÉBALE 

DU    22    JUIN    1897. 


PRESIDENT. 

M.  Barbier  de  Meynard. 

VICE-PRÉSIDENTS. 

MM.  E.  Senart. 
Maspero. 

SECRÉTAIRE. 

M.  Ghavannes. 

SECRÉTAIRE  ADJOINT  ET  BIBLIOTHÉCAIRE. 

M.  E.  Drouin. 

TRÉSORIER. 

M.  le  marquis  Melchior  de  Vogué. 

COMMISSION  DES   FONDS. 

MM.  Drouin. 
Specht. 
Glermont-Ganneau. 

CENSEURS. 

MM.  Rubens  Du  val. 

HOUDAS. 
x. 


18 


JUILLET-AOUT  1897. 


MEMBRES  DU  CONSEIL. 


MM.  Oppert. 
J.  Hal^tx. 

Michel  Bréal. 
Berger. 

HOODAS. 
GoRDIER. 
DlEULAFOY. 

Perruchon. 
V.  Henry. 

L.  FlNOT. 

Gh.  Sghefer. 
L.  Feer. 

J.  ViNSON. 
GuiMET. 

J.-B.  Ghabot. 

Rubens  Duval. 

Charencey(C**de). 

Aymonnier. 

A»  Barth. 

H.  Derenbourg. 

Sylvain  LÉvi. 

Clément  Huart. 

Carra  de  Vaux. 

Devéria. 


\ 


\    Élus  en  1897. 


Élus  en  1896. 


Élus  en  1895. 


LISTE  DES  MEMBRES.  19 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


I 

LISTE  DES  MEMBRES  SOUSCRIPTEURS, 

PAR  ORDRE  ALPHABETIQUE. 

Nota,  Les  noms  marqués  d*un  *  sont  ceux  des  Membres  à  vie. 

L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

MM.  Allaoua  BEN  Yahya,  à  Marnia  (département 
d'Oran.) 

Allotte  de  la  Fuye  ,  lieutenant-colonel ,  direc- 
teur du  génie ,  à  Nantes. 

Alric,  consul  de  France,  secrétaire-interprète 
du  Gouvernement  pour  les  langues  orien- 
tales, rue  Saint-Jacques,  i6o,  à  Paris. 

Assier  de  Pompignan,  lieutenant  de  vaisseau, 
rue  de  Rennes,  91,  à  Paris. 
*  Aymonier  (E.),  directeur  de  l'Ecole  coloniale, 
rue  du  Général-Foy,  46 ,  à  Paris. 

BifiLjOTHÈQUE  Ambrosienne  ,  à  Milan. 
Bibliothèque  de  l'Université  ,  à  Utrecht. 


20  JUILLET-AOÛT  1897. 

Bibliothèque  universitaire,  à  Alger. 

Bibliothèque  Khédiviale,  au  Caire. 

MM.  Barbier  de  Meynard,  membre  de  ilnstitut ,  pro- 

fesseur  au  Collège  de  France  et  à  TEcole 

des  langues  orientales  vivantes,  boulevard  de 

Magenta,  18,  à  Paris. 
Barré  de  Lancy,  ministre  plénipotentiaire ,  rue 

Caumartin ,  3  2 ,  à  Paris. 
Barth  (Auguste),  membre  de  l'Institut,  rue  du 

Vieux-Colombier,  6 ,  à  Paris. 
Barthélémy,  vice-consid  de  France  à  Mai^asch, 

par  Alexandrette  (Syrie). 
Basset  (René),  directeur  de  TEcole  des  lettres, 

rue  Micbelet,  77,  à  TAgha  (Alger). 
Beauregard  (Ollivier),  rue  Jacob,  3,  à  Paris. 
Beck  (Tabbé  Franz-Seignac),  rue  Thiac,  5,  à 

Bordeaux. 
Belkassem  BEN  Sedira  ,  professcur  à  TEcole  des 

lettres ,  à  Alger. 
Bénédite  (Georges),  conservateur  adjoint  au 

Musée  du  Louvre ,  rue  du  Val-de-Grâce ,  9 , 

à  Paris. 
*Berchem  (Max  van),  privat-docent  à  TUniver- 

sité  de  Genève,  promenade  du  Pin,    1,  à 

Genève. 
Berger  (Philippe),  membre  de  l'Institut,  pro- 
fesseur au  Collège  de  France,  quai  Voltaire, 

3 ,  à  Paris. 

Il  ' 

M    Berthet  (Marie),  professeur  à  l'Ecole  normale 

d'Alençon,  rue  des  Promenades,  9,  àAlençon. 


LISTE  DES  MEMBRES.  21 

MM.  Blochet,  attaché  au  Département  des  manu- 
scrits de  la  Bibliothèque  nationale,  rue  de 
TArbalète,  35,  à  Paris. 
Blon AY  (Godefroy  de  ) ,  rue  Cassette ,  2  3 ,  à  Paris. 
*Bœll  (Paul),  publiciste,  rue  Gay-Lussac,  26, 

à  Paris. 
^BoissiER  (Alfred),  cours   des  Bastions,  4,  à 
Genève. 
Bonaparte  (le  prince  Roland),  avenue  dléna, 

1  o ,  à  Paris. 
BossouTROT,    interprète    militaire,   détaché  à 
l'Administration  centrale  de   larmée  tuni- 
sienne ,  à  Tunis. 
BouRDAis  (labbé),  professeur  à  la  Faculté  libre 
d'Angers,  rue  Belle-Poignée,  4,  à  Angers. 
*BouRQUiN  (le  Rév.  A.),  à  Lausanne.. 
BoYER  (le  P.  Auguste),  de  la  Compagnie  de 

Jésus,  rue  de  Sèvres,  35,  à  Paris. 
Bréal  (Michel),  membre  de  l'Institut,  profes- 
seur au  Collège  de  France,  rue  d'Assas,  70, 
à  Paris. 
BuDGE  (E.  A.  Wallis),  litt.  D.  F.  S.  A.,  au  Bri- 

tish  Muséum ,  à  Londres. 
BiJHLER  (George),  professeur  à  l'Institut  orien- 
tal ,  à  l'Université  de  Vienne. 
*  Bureau  (Léon),  rue  Gresset,  i5,  à  Nantes. 
*BuRGESs  (James),  Seton  place,  22,  à  Edim- 
bourg. 
M™*'  A.  BuTENSCHŒN,  35,  Engeltrehtegatun ,  à  Stoc- 
kholm. 


22  JUILLET-AOÛT  1897. 

MM.  Cabaton  (Antoine),  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, rue  d'Amsterdam,  4 9,  à  Paris. 

Cahun  (Léon),  conservateur  adjoint  à  la  Bi- 
bliothèque Mazarine,  rue  de  Seine,  1,  à 
Paris. 

Calassanti-Motylinski  (DE),à  ia  Direction  des 
affaires  indigènes,  à  Constantine. 

Casanova  (Paul),  sous-bibliothécaire  à  la  Bi- 
bliothèque nationale  (cabinet  des  médailles) , 
rue  Lobineau ,  5 ,  à  Paris. 

C  A8TRIES  (le  comte  Henry  de  ) ,  rue  Vaneau  ,20, 
à  Paris. 

Caudel  (Maurice),  bibhothécaire  de  TEcole 
des  sciences  politiques,  rue  Le  Verrier,  5, 
à  Paris. 
*  Chabot  (M^'  Aljdionse),  curé  de  Pithiviers. 

Chabot  (labbé  J.»B. ) ,  rue Claude-Bernard ,  4 7 , 
à  Paris. 

Charencey  (le  comte  de),  rue  Barbey-de-Jouy, 
25,  à  Paris. 
*Chavannes  (Emmanuel-Edouard),  professeur 
au  Collège  de  France,  rue  Vital,  3 ,  à  Paris. 

Cheikho  (L.),  professeur  à  f  Université  Saint- 
Joseph,  à  Beyrouth  (Syrie). 

Chwolson  ,  professeur  à  TUniversité  de  Saint- 
Pétersbourg. 

C1LL1ÈRE  (Alph.),  consul  de  France,  à  Trébi- 
zonde. 

Clermont-Ganneau  ,  membre  de  Tlnstitut,  pre- 
mier secrétaire-interprète  du  Gouvernement , 


LISTE  DES  MEMBRES.  23 

professeur  au  Collège  de  France,  avenue  de 

TAlma ,  i ,  à  Paris. 
MM.  Cohen  Solal,  professeur  d arabe  au  Lycée,  à 

Oran. 
Colin  (Gabriel),  professeur  d'arabe  au  Lycée 

d'Alger, 
CoLiNET  (Philippe),  professeur  à  fUniversité, 

à  Louvain,  A7,  rue  des  Orphelins. 
*CoRDiER    (Henri),   professeur    à   TEcole    des 

langues  orientales  vivantes ,  place  Vintimille . 

3 ,  à  Paris. 
CouLBER,   commandant   en  retraite,   rue  de 

TAcadémie ,  à  Bruges. 
Courant  (Maurice),  interprète-chancelier  de  lé- 
gation ,  rue Dôsbordes-Valmore ,  38 ,  à  Paris. 
*Croizier  (le  marquis  de),  boulevard   de  la 

Saussaye ,  1  o ,  à  NeuiUy. 


* 


Danon  (Abraham),  à  Andrinople. 

Darricarrère  (Théodore-Henri),  numismate, 
à  Beyrouth  (Syrie). 

Decourdemanche  (Jean-Adolphe),  rue  Taille- 
pied,  4,  à  Sarcelles  (Seine-et-Oise). 

Delattre  (fabbé),  rue  des  Récollets,  11,  à 
Louvain. 

Delphin  (G.),  directeur  de  la  Médersa,  à 
Alger. 

Derenbourg  (Hartwig),  professeur  à  TRcole 
des  langues  orientales  vivantes,  rue  de  la 
Victoire,  56,  à  Paris, 


24  JOILLET-AOÛT  1897. 

MM.*Des  Michels  (Abel),  boulevard  Riondet,  i[\, 
à  Hyères. 

Deveria  (Gabriel),  consul  général,  secrétaire- 
interprète  du  Gouvernement,  boulevard 
Pereire ,  1 5 ,  à  Paris. 

DiEULAFOY  (Marcel),  membre  de  llnstitut,  rue 
Chardin ,  i  2  ,  à  Paris. 

DiHiGO  (D'  Juan  M.),  professeur  de  langue 
grecque  à  TUniversité  de  la  Havane  (Cuba). 

Donner  ,  professeur  de  sanscrit  et  de  philologie 
comparée  à  TUniversité  de  Helsingfors. 

Drouin,  avocat,  rue  de  Verneuil,  i  i,  à  Paris. 

DuKAs  (Jules),  rue  des  Petits -Hôtels,  9,  à 
Paris. 

Dumon  (Raoul),  élève  diplômé  de  TEcole  du 
Louvre,  rue  de  la  Chaise,  10,  à  Paris. 
*DuRiGHELLO  (Joscph-Auge) ,  antiquaire,  à  Bey- 
routh (Syrie). 

DuTT  (Romesh  Chunder),  attaché  au  Service 
civil  du  Bengale,  3o,  Beadon  street,  à  Cal- 
cutta. 

DuvAL  (Rubens),  professeur  au  Collège  de 
France ,  rue  de  Sontay,  1 1 ,  à  Paris. 

*Fargues  (F.),  route  de  Saint-Leu,  28,  à  En- 
ghien-les-Bains. 

*  Favre  (Léopold)  ^  rue  des  Granges ,  6 ,  à  Genève. 
Feer  (Léon),  attaché  au  département  des  ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  nationale,  rue 
Félicien-David ,  6 ,  à  Auteuil-Paris. 


LISTE  DES  MEMBRES.  25 

MM.  Fell  (Winand),  professeur  à  T Académie  de 
Munster. 
Ferrand  (Gabriel) ,  agent  résidentiel  de  France , 

à  Mananjary  (Madagascar). 
Fertiè  (Henri),  chancelier  de  la  légation  de 
France  à  Téhéran. 
*FiNOT  (Louis),  archiviste  paléographe,  attaché 
à  la  Bibhothèque  nationale ,  rue  Claude-Ber- 
nard, 69,  à  Paris. 
Flotte  de  Roquevaire  (René  de),  rue  Sainte- 
.   Anne,  9,  à  Paris. 

FoucHER  (A.),  agrégé  des  lettres,  rue  de  Vau- 
girard,  407,  à  Paris. 
*Fryer  (le  major  George),  Madras  StafiF  Corps, 
Deputy  Commissioner,  British  Burmah. 

*Gantin,  ingénieiu*,  répétiteur  libre  à  i'Ecole 
des  langues  orientales  vivantes,  rue  de  la 
Pépinière,  1,  à  Paris. 
Gaddkfroy-Demombynes,  directeur  de  la  Mé- 
dersa,  à  Tlemcen. 
*  Gautier    (Lucien),   professeur  de   théologie, 
route  de  Chêne,  88,  à  Genève. 
Graffin  (l'abbé) ,  professeur  de  syriaque  à  TUni- 
versité  catholique,  rue  d'Assas,  4 7,  à  Paris. 
Greenup  (Rev.  A.  W.),  Culford  Heath,  Bury 

S*  Edmund's  (Angleterre). 
Grenard,   boulevard    des    Invalides,    20,    à 
Paris. 
*Gropf  (William  N.),  à  Ghizeh  (Egypte). 


26  JUILLET-AOÛT  1897. 

MM.  Grosset,  licencié  es  lettres,  rue  Cuvier,  4,  à 
Lyon. 

*GuiEYSSE  (Paul),  député,  ancien  ministre  des 
colonies ,  ingénieur  hydrographe  de  la  ma- 
rine, rue  des  Ecoles,  62,  à  Paris. 

*  GuiMET  (  Emi)  e  ) ,  au  Musée  Guimet ,  place  dléna , 
à  Paris. 

"^Halévy  (J.),  professeur  à  l'Ecole  des  hautes 

études,  rue  Aumaire,  26,  à  Paris. 
*Hamy  (le  D'),  membre  de  Tlnstitut,  conserva- 
teur du  Musée  d'ethnographie ,  rue  Geoffroy- 
Saint-Hilaire ,  36,  à  Paris. 
*Harkavy  (Albert),  bibliothécaire  de  la  Biblio- 
thèque impériale  publique,  à  Saint-Péters- 
bourg.' 

Harlez  (M*' g.  de ) ,  professeiu*  à  TUniversité,  à 
Louvain. 

Hebbelynck  (Adolphe),  professeur  à  l'Univer- 
sité, à  Louvain. 

Henry  (Victor),  professeur  à  la  Faculté   des 
lettres    de    Paris,    rue    Notre -Dame -des - 
Ghamps,  10 5,  à  Paris. 
*HiÈRiOT-BuNOUST  (l'abbé  Louis),  rue  d'Assas, 
à  Paris. 

H^ROLD  (Ferdinand),  hcencié  es  lettres,  an- 
cien élève  de  l'Ecole  des  chartes ,  rue  Greuze , 
a  G,  à  Paris. 

HoLAS  Efendi  (V.),  rue  Asmali-Mesdjid ,  1  1,  à 
Gonstantinople. 


LISTE  DES  MRMRRES.  27 

MM.  HouDAs ,  professeur  à  TEcole  des  langues  orien- 
tales vivantes,  avenue  de  Wagram,  29,  à 
Paris. 
HuART  (Clément),  consul  de  France,  drogman 
de  l'ambassade  de  la  République  française , 
à  Constantinople. 

ÏMBAULTrHcART  (Camille),  consul  de  France 
à  Canton  (Chine). 

Jeannier  (A.) ,  drogman-chancelier  du  Consulat 

de  France,  à  Zanzibar. 
Jéquier  (Gustave),  à  Neuchâtel. 

Karacson  (Eméric),  directeur  de  TEcole  nor- 
male royale  catholique,  à  Gyôr  (Raab), 
Hongrie. 

Karppe  (S.),  élève  de rÉcole  des  hautes  études, 
avenue  de  Messine,  10,  à  Paris. 
*M™*Kerr  (Alexandre),  à  Londres. 
MM.  Kéraval  (le  D'),  directeur  de  lasile  d'Armen- 
tières  (Nord). 

Kesseler  (Charles),  viticulteur,  à  Henchir  el- 
Maïou  (Tunis). 

KoDLiKOvsRi,  professeur  de  sanscrit  à  ITIniver- 
sité  de  Kharkov. 

La  Martinière  (H.  P.  de),  directeur  au  Gou- 
vernement général  de  TAlgérie ,  rue  de  Saint- 
Pétersbourg,  28,  à  Paris. 


28  JUILLET-AOÛT   1897. 

MM.  Lambert  (Mayer),  rue  Viollet-le-Duc,  ii,  à 
Paris. 

*  Landberg  (Carlo ,  comte  de)  ,  docteur  es  lettres , 

au  château  de  Tùtzing  (Haute-Bavière). 
*Lanman    (Charles),  professeur   de   sanscrit   à 
Harvard  Collège,  à  Cambridge  (Massachu- 
setts). 

Lavallée -Poussin  (Gaston  de),  professeur  à 
rUniversité,  à  Gand. 

Leclère   (Adhémar),   résident   de   France   à 
Kratié  (Cambodge). 

Lecomte    (Georges),   rue   de   Lancry,   17,   à 
Paris. 

Ledoulx  (Alphonse),  vice-consul  de  France  à 
Siwas  (Turquie  JAsie). 

IjEduc  (Henri),  interprète  du  Gouvernement 
à  Pékin. 

Lefèvre  (André),  licencié  es  lettres, rue  Haute- 
feuille,  2  1,  à  Paris. 

Lefèvre-Pontalis  ,  villa  Victoria ,  au  Caire. 

Leriche  (Louis),  à  Mogador  (Maroc). 

Leroux  (Ernest),  éditeur,  rue  Bonaparte,  28, 
à  Paris. 

*  Lestrange   (Guy),  via  San  Francesco   Pove- 

rino ,  3 ,  à  Florence. 
Levé  (Ferdinand),  rue  Cassette,  17,  à  Paris. 
LÉvi  (Sylvain  ) ,  professeur  au  Collège  de  France , 

rue  Guy-de-la-Brosse ,  9,  à  Paris. 
FjIÉtard  (le  D*^),  médecin  inspecteur  des  eaux, 

à  Plombières. 


LISTE  DES  MEMBRES.  29 

MM.  LoiSY  (l'abbé),  aumônier,  rue  du  Château,  29, 
à  Neuilly  (Seine). 
LoRGEOU  (Edouard),  consul  de  France  à  Ran- 
goon (Birmanie). 

*  Machanoff,  professeur  au  Séminaire  religieux, 
à  Kazan. 

Macpherson,  avenue  Hoche,  5o,  à  Paris. 

Mallet  (Dominique) ,  villa  Poirier,  9 ,  à  Paris 
Vaugirard. 
*Margoliouth  (David-Samuel),  professeur  d'a- 
rabe à  rUniversité,  New-CoUege,  à  Oxford. 

Marrache  ,  rue  LalFon ,  1  o ,  à  Marseille. 
*Maspero,  membre  de  Tlnstitut,  professeur  au 
Collège  de  France ,  ancien  directeur  général 
des  Musées  d'Egypte,  avenue  de  TObserva- 
toire ,  a  4 ,  à  Paris. 

Méchineau  (labbé) ,  rue  de  Sèvres,  35 ,  à  Paris. 

Mehren  (le  D'),  professeur  de  langues  orien- 
tales, à  Copenhague. 

Meillet  (Antoine) ,  agrégé  de  grammaire,  élève 
de  rÉcole  des  hautes  études,  boulevard 
Saint-Michel,  2 A,  à  Paris. 
M^*  Menant  (Delphine),  rue  de  Madame,  68,  à 
Paris. 
MM.  Mercier  (E.),  interprète-traducteur  assermenté, 
membre  associé  de  TEcole  des  lettres  d'Alger, 
rue  Desmoyen ,  1 9 ,  à  Constantine. 

Mercier    (Gustave),    interprète    militaire,    à 
Constantine. 


30  JUILLET-AOÛT  1897. 

MM.  Meux  (A.),  professeur  de  langues  orientales,  à 

Heidelberg. 
Michel  (Charles),   professeur  à  fUniversité, 

avenue  d'Avroye ,  1 1  o ,  à  Liège. 
Michelet,  colonel  du  génie  en  retraite,  inie  de 

rOrangerie,  38,  à  Versailles. 
*  Mission  archéologique  française,  au  Caire. 
MM.*Mqcatta  (Frédéric-D.),  Connaught  place,  à 

Londres. 
Mohammed  ben  Braham,  interprète  judiciaire, 

à  Oued-Athcoénia  (Algérie). 
Montet    (Edouard),    professeur    de   langues 

orientales  à  TUniversité  de  Genève ,  villa  des 

Grottes. 
Morgan  (J.  de),  ancien  directeur  des  Musées 

d*Égypte ,  au  palais  de  Ghizeh. 
MocLiÉRAS,  professeur  à  la  chaire  d arabe,  à 

Oran  (Algérie). 
Mdir   (Sir  William),    Dean  Park  House,    à 

Edimbourg. 
*MuLLER  (Max),  professeur  à  Oxford. 

*Nac  (labbé),  licencié  es  sciences  mathéma- 
tiques et  es  sciences  physiques,  professeur 
d'analyse  à  l'Institut  catholique,  rue  Gas- 
sendi, 7,  à  Paris, 

Nedjib  Açem  Efendi,  rédacteur  du  journal 
Ikdam ,  rue  Sublime-Porte ,  à  Constantinople. 

NicoLLE  (Henri),  lieutenant  au  j"  régiment 
étranger,  bataillon  du  Siam,  par  Saigon. 


LISTE  DES  MEMBRES.  31 

MM.  NouET  (l'abbé  René),  chanoine,  rue  Saintr Vin- 
cent, 2  5,  au  Mans. 

Oppert  (Jules),  membre  de  Tlnstitut,  profes- 
seur au  Collège  de  France,  rue  de  Sfax,  i , 
à  Paris. 
"^OsTROROG  (le  comte  Léon),  docteur  en  droit, 
directeur  du  contentieux  à  la  Dette  publique 
ottomane ,  à  Constantinople. 

Ottavi  (Paul) ,  vice-consul  de  France  à  Mascate. 

*Patorni,  interprète  principal  à  la  division,  à 
Oran. 
Pelliot    (Paul),    Grande-Rue,  69,  à  Saint- 

Mandé. 
Pereira  (Estèves),  capitaine  du  génie,  Rua  das 
Damas,  Ix,  à  Lisbonne. 
*Perruchon  (Jules),  élève  diplômé  de  TEcole 
des  hautes  études ,  rue  de  Vaugirard ,  3  3 ,  à 
Paris. 
Pertsch  (W.),  bibliothécaire,  à  Gotha. 
Pfungst    (D'   Arthur),    Gaertnerweg,    2,    à 
Francfort-sur-le-Mein. 
*Philastre  (P.),  lieutenant  de  vaisseau,  inspec- 
teur des  affaires  indigènes  en  Cochinchine, 
à  Cannes. 
Piehl  (le  EK  Karl),  professeur  d'égyptologie  à 
l'Université,  à  Upsal. 
*PuNAPPEL,  docteur  et  professeur  de  langues 
orientales ,  à  Middelbourg^ 


32  JUILLET-AOÛT  1897. 

MM.*PiNART  (Alphonse),  à  Paris. 

PiNCHES   (Th.-C),   Assyrian  department,  au 
British  Muséum,  à  Londres. 
*Platt  (William),  Callis  Court,  Saint-Peters, 
île  de  Thanet  (Kent). 
Pognon,  consul  de  France,  à  Alep. 

*  Pommier,  juge  au   tribunal  civil,  au  Blanc 

(Indre). 
*PoussiÉ  (le  D'),  rae  de  Valois,  a,  à  Paris. 
PRiETORius    (Frantz),     Franckestrasse,     q,    à 

Halle. 
Provenzali,  professeur  d arabe  au  Lycée,  à 
Oran. 
*Prym  (le  professeur  E.),  à  Bonn. 

Quentin  (l'abbé),  au  Plessis-Chenet  (Seine  et- 

Oise). 

Raboisson  (Tabbé) ,  rue  de  Viiliers,  80 ,  à  Levai- 
lois. 

Rat  (G.),  secrétaire  de  la  Chambre  de  com- 
merce, à  Toulon. 

Ravaisse  (P.),  chargé  de  cours  à  TEcole  des 
langues  orientales  vivantes ,  rue  des  Quatre- 
Cheminées,  7,  à  Billancourt. 

Regnaud  (Paul),  professeur  de  sanscrit,  à  la 
Faculté  des  lettres,  à  Lyon. 

*  Régnier  (Adolphe),  sous-bibliothécaire  de  lln- 

stitut,  rue  de  Grenelle,  35,  à  Paris. 
Reuter  (le  D'  J.  N.),  docent  de  sanscrit  et  de 


LISTE  DES   MEMBKES.  33 

philologie  comparée,  à  TUniversilé  de  Hel- 
singfors. 
MM.*Revillout  (E.),  rue  du  Bac,  28,  à  Paris. 

*  Rimbaud,  rue  de  Versailles,  5  9,  au  Chesnay, 

près  Versailles. 
Robert  (A.),  administrateur  de  la  commune 
mixte  de  Sedrata,  par  Aïn-Beïda  (déparle- 
ment de  Constantine). 

*  Rolland  (E.  ) ,  rue  des  Fossés-Saint-Bernard ,  6 , 

à  Paris. 

Roque  -  Ferrier  ,  à  la  Plaine,  par  Claret  (Hé- 
rault). 

RosNY   (Léon   de),    professeur  à   l'École   des 
langues  orientales  vivantes,  rue  Mazarine, 
28,  à  Paris. 
*RousE  (W.  D.  H.),  Christ's  Collège,  à  Cam- 
bridge. 

RouviER  (Jules),  docteur  en  médecine,  à  Bey- 
routh. 

Rylands  (W.  F.  S.  A.),  secrétaire  de  Ja  Société 
d'archéologie  biblique ,  Great  Russell  street , 
37,  Bloomsbury,  à  Londres. 

Sabbathier,    agrégé   de  l'Université,    rue   du 

Cardinal-Lemoine ,  1 5 ,  à  Paris. 
Sainson  (Camile),  gérant  du  vice-consulat  de 

France  à  Hokkeou  (Chine),  par  Lao  Kay 

(Tonkin). 
Saussure  (L.  de),  lieutenîinl  de  vaisseau,  rue 

Poulie.   I  4  ,  à  Brest. 


M 


iurntMiiBir   r4ti  txMit, 


34  JUILLET-AOÛT  1897. 

MM.  ScHEPER  (Charles),  membre  de  l'Institut,  pro- 
fesseur de  persan  et  administrateur  de  TEcoie 
des  langues  -orientales  vivantes,  rue  de  Lille, 
.  2,  à  Paris.  .  . 

ScHEiL  (le  P.),  rue  du  BaCi^4,  â  Paris. 

ScHMiDT  (Valdemar),  professeur,  à  Copen- 
hague. 

Schwab  (M.),  bibliothécaire  à  la  Bibliothèque 

.   nationale,  citéTrévise,  i4,à  Paris.   » 

Senart  (Emile),  membre  de  l'Institut,  rue 
François  I*^,  i  &,  à  Paris. 

Serruys  (Washington),  attaché  au  Consulat  de 
Belgique,  à  Beyrouth. 
*SiM0NSEN,  grand  rabbin,  à  Copenhague. 

SiouFFi,  consul  honoraire  de  France,  à  Damas. 

Si  saïd  boulifa,  professeur  à  TÉcole  normale 
primaire ,  à  La  Bouzaréa ,  près  Alger. 
.  'SociN,    professeur    à  ^'Université,    Schreber- 
strasse ,  5 ,  à  Leipzig. 

SoNNECK  (  de  ) ,  interprète  principal  à  rÉtatmajor 
de  Tarmée,  au  Ministère  de,  la  guerre,  à 
Paris. 

Specht  (Edouard),  rue  du  Faubourg-Saint- 
Honoré,  19 5,  à  Paris. 

Spiro  (Jean),  professeur  à  l'Université^ de  Lau- 
zanne,  à  Vufilens-la-Ville  (Suisse). 
■i   Stein  (P'.M.  Aurel),   principal   du   Collège 
oriental,  à  Lahore. 

Steinnordh  (J.  h.  W.),  docteur  en  théologie 
et  en  philosophie,  à  Linkôping. 


LISTE  DES  MEMBRES.  ^5 

MM.  Stic&ney  (Trumbuli),  étudiant,  avenue  Mar- 
ceau, 55,  à  Paris. 

Strehly,  professeur  au  lycée  Louis-le-Grand , 
rue  de  Vaugirard ,  1 6 ,  à  Paris. 

Strong  (Arthur) ,  lecteur  d'assyrien  à  TUniver- 
sité ,  à  Cambridge. 

Syad  McHAlfBiAD  Latif,  district  jùdge,  Jallan- 
dhar  City  (Penjab). 

Taillefer  (Amédée),  conseiller  à  la  Cour 
d appel,  rue  Cassette,  a 7,  à  Paris. 

Talod  ,  employé  à  Tadministration  de  la  Dette 
ottomane ,  à  Gonstantinople. 

Textor  de  Ratisi  (le  baron),  rue  de  Turin, 
38,  à  Paris. 

Thibaut  (E.),  surveillant  général  au  Lycée,  à 
Alger. 

Thureau-Danqin  ,  élève  de  TEcole  des  hautes 
études,  rue  Garancière,  1 1,  à  Pans. 

TouHAMi  BEN  Larbi,  interprète  judiciaire  asser- 
menté à  Ksar  et-Tir,  Se tif  (Algérie).  ' 

Tronqdois  (Emmanuel),  rue  Denfert,  18  bis, 
à  Paris. 
*Tdrrettini  (François),  rue  de  THôtei-de-Ville , 
8 ,  à  Genève. 

Turrini  (Giuseppe),  professeur  de  sanscrit  k 
l'Université  de  Bologne. 

Vasconcellos-Abreu  (de),  professeur  desanscrit, 
rua  Castilho,  34,  à  Lisbonne. 

3. 


36  JUILLET-AOÈT  1897. 

MM.  Vaux  (Baron  Carra  de),  rue  de  TUniversité,  8 , 
à  Paris. 

Vernes  (Maurice),  directeur  adjoint  à  FEcoie 
des  hautes  études,  rue  Notre -Dame- des- 
Champs,  97***,  à  Paris. 

ViLBERT  (Marcel) ,  attaché  à  la  Direction  géné- 
rale des  phares,  à  Constantinople. 

ViNSON  (Julien),  professeur  à  TEcole  des 
langues  orientales  vivantes,  rue  de  TUniver- 
site,  58,  à  Paris. 

VissiÈRE  (Arnold),  premier  interprète  de  la 
légation  de  France,  à  Pékin. 

Vogué  (le  marquis  Melchîor  de),  membre  de 
rinstitut,  ancien  ambassadeur  de  France  à 
Vienne,  rue  Fabert,  2,  à  Paris. 

*Wade  (Sir  Thomas),  à  Londres. 
WiLHELM  (Eug.),  professeur,  à  léna. 

*WiTTON   Davies  (T.),   principal  de  Midland 
Baptist  Collège,  à  Nottingham. 

*Wyse  (L.-N.  Bonaparte),  villa  Isthmia,  au  Cap- 
Brun,  par  Toulon. 

Yazigi  (Ibrahim  el),  au  Caire. 

*ZoGRAPHos  (S.  Exe.  Christaki  Efendi),  avenue 
Hoche ,  2  2  ,  à  Paris. 


LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES.    37 

II 

MEMBRES  ASSOCIÉS  ÉTRANGERS 

SUIVANT  L'ORDRE  DES  NOMINATIONS. 

MM.  Weber,  professeur  à  TUniversité  de  Berlin. 
Salisbury  (E.),  membre  de  la  Société  orien- 
taïe  américaine,  287,  Church  street,  àNew- 
'  Haven  (Etats-Unis). 

III 

LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES 

AVEC  LESQUELLES 

LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE  ÉCHANGE  SES  PUBLICATIONS. 

Académie  de  Lisbonne. 

Académie  de  Saint-Pétersbourg. 

Royal  Asiatic  Society  of  London. 

Royal  Asiatic  Society  of  Bengal  ,  à  Calcutta. 

Deutsche  morgenlandische  Gesellschaft,  à  Ualle. 

American  Oriental  Society,  à  New-Haven  (Etats- 
Unis). 

Royal  Asiatic  Society  of  Japan  ,  à  Tokio. 

Bombay  branch  of  the  Royal  Asiatic  Society,  à 
Bombay. 

China  branch  of  the  Royal  Asiatic  Society,  t^ 
Shanghaï. 

The  Pering  Oriental  Societv,  à  Pékin. 

S0CIETA  AsiATicA  Italiana  ,  à  Fiorencc. 


58  JUILLET-AOÛT  1897. 

Reale  Accademia  DEi  LiNCEi,  à  Rome. 

John  Hopkins  University,  à  Baltimore  (Etats-Unis). 

Société  finno-ougrienne,  à  Helsingfors. 

Société  de  géographie  de  Paris. 

Société  de  géographie  de  Genève. 

Royal  Geographical  Society,  à  Londres. 

Société  des  sciences  de  Batavia. 

Société  historique  algérienne. 

Deutsche  Gesellschaft  fur   Natur-  und  Voelker 

KUNDE  Ostasiens,  à  Tokio. 
Société  de  philologie,  à  Paris. 
Provincial  Muséum,  à  Lukhnow. 
Indian  Antiquary,  à  Bombay. 
PoLYBiBLiON ,  à  Paris. 
Revue  de  l'Histoire  des  religions. 
American  Journal  of  ARCHiEOLOGY,  à  Princeton. 
The  Japan  Society,  ao,Hannover  square,  à  Londres. 


MïNISTÈRE  DE  L^INSTRUCTION  PUBLIQUE. 

Ecole  des  laî^gues  orientales  vivantes ,  rue  de  Lille, 
2 ,  à  Paris. 

SÉMINAIRE  DES  MISSIONS  ÉTRANGÈRES ,  me  du  BaC  ,128, 

à  Paris. 
SÉMINAIRE  DE  Saint-Sulpice  ,  à  Paris. 
Bibliothèque  du  Ministère  de  la  guerre. 
Bibliothèque  du  Chapitre  métropolitain,  à  Téglise 

Notre-Dame,  à  Paris. 
Bibliothèque  de  l'Arsenal,  rue  de  Sully,  1 ,  à  Paris. 


LISTE  DES  SOCIÉTÉS  SAVANTES  ET  DES  REVUES.    39 

Bibliothèque  Sainte-Geneviève,  place  du  Panthéon, 

à  Paris. 
Bibliothèque  Mazarine,  quai  Contî,  a3,  à  Paris. 
Bibliothèque  de  l'Université  ,  à  la  Sorbonne. 
Bibliothèque  du  Muséum  d'histoire  naturelle,  rue 

de  Buffon ,  2  ,  à  Paris. 
Bibliothèque  du  Collège  de  France. 
École  normale  supérieure,  rue  d*Ulm;  45,  à'Paris. 
Bibliothèque  nationale. 
Séminaire  Israélite  ,  rue  Vauquelin ,  9 ,  à  Paris. 
Faculté  de  droit,  place  du  Panthéon,  à  Paris. 
Parlement  de  Québec  (Canada). 
Les  bibliothèques  d'Aix  (en  Provence),  —  de  Mou- 

lins,  —  DE  Rennes,  —  d'Annecy,  —  de  Laon, 

DE  PÉRIGUEUX  ,  de  SaINT-MaLO  ,  DES  BÉ- 
NÉDICTINS de  Solesmes,  —  DE  Toulouse,  —  de 
Beauvais,  —  de  Chambéry,  —  de  Nice,  —  de 
Reims,  —  de  Rouen,  — de  lile  de  la  Réunion, 

—  DE  Strasbourg,  —  de  Bourges,  —  de  Tours, 

—  DE  Metz,  —  de  Nancy, — de  Nantes,  — r  de 
Narbonne,  —  d'Orléans,  — de  Pau,  -^  d'Ar- 

RAS , universitaire  DE  LyON  ,  —  DE  MaRSEILLE  , 

—  DE  Montpellier  (Facilité. de  médecine  et  Bi- 
bliothèque publique),  —  de  Montauban,  —  de 

VaLENCIENNES,    DE    VERSAILLES,    — 7    DE    GlER- 

MONT-FeBRAND, DE  CoNSTANTINR, DE  DiJON , 

—  DE  Grenoble,  —  du  Havre,  —  de  Lille,  — 
DE  Douai,  —  d'Aurillac,  — de  Besançon,  -^—  de 
Bordeaux  (Bibliothèque  publique  et  Université), 

—  de  Poitiers,   —  de  Gaen,  —  de  Garcas- 


/lO  JUILLRT-AOÙT  1897. 

SONNE,     DE    CaRPENTRAS,     D*AjACCIO . 

D* Amiens,    —    d'Angers,    —   de    Troyes, 
D* Avignon,   —  de   Chartres,  —  d'Alger, 
d'Avranches. 


IV 


•    LISTE  DES  OUVRAGES 

PUBLIES  PAR   LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 

En  vente  chez  M.  Ernest  Leroux ,  éditeur,  rue  Bonaparte,  28 , 

h  Paris. 

Journal  asiatique,  publiô  depuis  1822.  La  collection  est  en 
partie  épuisée. 

Chaqije  année. 26  fr. 


Choix  de  fables  arméniennes  du  docteur  Vartan,  en  armé- 
nien et  en  français,  par  J.  Saint- Martin  et  Zohrab.  1825, 
in.8" Slh 

Eléments  de  la  grammaire  japonaise,  par  le  P.  Rodriguez, 
traduits  du  portugais  par  M.  C.  Landresse,  etc.  Paris» 
1 826 ,  in-8*'.  —  Suppléaient  à  la  grammaire  japonaise ,  etc. 
Paris,  1826,  in-8".  (Épuisé.) » 7  fr.  5o 

Essai  sur  lk  Pâli,  ou  langue  sacrée  de  la  presqu'île  au  delà 
du  Gange,  par  MM.  E.  Burnouf  et  Lassen.  Paris,  1826, 
in-8-.  (Épuisé.) ; i5  fr. 

Meng-tseu  vel  Mencium,  lalina  interpretatione  ad  interpro- 
tationem  tartaricam  utram(|nc  recensita  insiruxit,  et  per- 
|)otuo  commimtario  e  Si  n  lois  deprompto  illustra  vit  Stanis- 
las Julien.  Latcliœ  Parsiorani ,  1824,  1  vol.  in-8°. .  .    9  fr. 

Yadjnadattabadha,  ou  LA  Mort  d'Yadjnadatta,   épisode 


OUVRAGES  PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.     41 

extrait  du  Râmâyana,  poème  épique  sanscrit,  donné  avec 
le  texte  gravé ,  une  analyse  grammaticale  très  détaillée, 
une  traduction  française  et  des  notes,  par  A.-L.  Chézy,  et 
suivi  dune  traduction  latine  littérale,  par  J.-L.  Burnouf. 
Paris,  1826,  in-4°,  avec  quinze  planches 7  fr.  5o 

Vocabulaire  de  la  langue  géorgienne,  par  J.  Klaproth. 
Paris,  1827,  in-8' 7  fr.  5o 

Élégie  sur  la  Prise  d Édesse  par  les  Musulmans,  parNer- 
sès  Klaietsi ,  patriarche  d'Arménie ,  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  en  arménien,  revue  par  le  docteur  Zohrah. 
Paris,  i8a8,  in-8" 4  fr.  5o 

La  Reconnaissance  de  Sagountalâ,  drame  sanscrit  et  prâ- 
crit  de  Càlidâsa ,  publié  pour  la  première  fois  sur  un  ma- 
nuscrit unique  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  accompagné 
d'une  traduction  française,  de  notes  philologiques,  cri- 
tiques et  littéraires,  et  suivi  d'un  appendice,  par  A.-L. 
Chézy.  Paris,  i83o,  in-4",  avec  une  planche 10  fr. 

Chronique  géorgienne,  traduite  par  M.  Brosset.  Paris,  Im- 
primerie royale,  i83o,  grand  in-8'' 9  fr. 

Ghrestomathie  chinoise  (publiée  par  Klaproth).  Paris, 
i833,  in-8'' 7  fr.  5o 

Eléments  de  la  Langue  géorgienne,  par  M.  Brosset.  Paris, 
Imprimerie  royale,  1837,  in-8* 9  fr. 

Géographie  d'Aboulféda,  texte  arabe  publié  par  Reinaud 
et  le  baron  de  Slane.  Paris,  Imprimerie  royale,  i84o, 
in-4" . .    24  fr. 

Ràdjataranginî,  ou  Histoire  des  rois  du  Kachmîr,  publié 
en  sanscrit  et  traduit  en  français,  par  M.  Troyer.  Paris, 
Imprimerie  nationale,  3  forts  vol.  in-8*' ao  fr. 

Précis  de  législation  musulmane,  suivant  le  rite  malékite, 
par  Sidi  Khalil,  publié  sous  les  auspices  du  Ministre  de  la 
guerre ,  5*  édition.  Paris,  Imp.  nat. ,  1 883 ,  in-8°. ...    6  fr. 


42  JUILLET-AOÛT  1897. 


COLLECTION  D^AUTEURS  ORIENTAUX. 

Les  Voyages  d'Ibn  Batoutah  ,  texte  arabe  et  traduction  par 
MM.  C.  Defrémery  et  Sanguinetti.  Paris ,  Imprimerie  na- 
tionale ,  4  Yoi.  in-8°.  Chaque  volume 7  fr.  5o 

Table  alphabétique  des  Voyages  d*Ibn  Batoutah.  Paris, 
1869, in-8' a  fr. 

Les  Prairies  d*or  de  Maçoudi,  texte  arabe  et  traduction 
par  M.  Barbier  de  Meynard  (les  trois  premiers  volumes 
en  collaboration  avec  M.  Pavet  de  Courteille).  9  vol.  ih-8*. 
(Le  tome  IX  comprenant  Tlndex. )  Chaque  voL . .  7  fr.  5o 

Maçoudi.  Le  livre  de  V Avertissement  [Kitah  et-tenhîh)^  traduit 
et  annoté  par  le  baron  Carra  de  Vaux.  1  fort  vol.  in-8*. 
Prix 7  fr.  5o, 


Le  Mahâvastu  ,  texle  sanscrit,  publié  pour  ia  première  fois, 
avec  des  Introductions  et  un  Commentaire,  par  M.  £m. 
Senart.  Volumes  I  et  II.  2  forts  volumes  in-S".  Chaque 
volume 2  5  fr. 

Chants  populaires  des  Afghans,  recueillis,  publiés  et  tra- 
duits par  James  Darmesteter.  Précédés  d'une  Introduction 
sur  la  langue,  Thistoire  et  la  littérature  des  Afghans, 
i  fort  voL  in-8** 20  fr. 

Journal  d'un  voyage  en  Arabie  (i883-i884),  par  Chaiies 
Huber.  Un  fort  volume  in-S**,  illustré  de  clichés  daiis  le 
texte  et  accompagné  de  planches  et  croquis 3o  fr. 

Publication  encouragée  par  la  Société  asiatique  : 

Les  mémoires  historiques  de  Se-ma  Tsien  ,  traduits  du  chi- 
nois et  annotés  par  Edouard  Chavannes,  professeur  au 


OUVRAGES  PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.    43 

Collège  de  France..  Tome  I",  in-S" 1 6  fr. 

Tome  II,  in-8° 20  fr. 

Tome  III  (sous  presse) 

Nota,  Les  membres  de  la  Société  qui  s'adresseront  directement 
au  libraire  de  ia  Société,  M.  Ernest  Leroux,  rue  Bonaparte,  28,  à 
Paris,  auront  droit  à  une  remise  de  33  p.  0/0  sar  les  prix  de  tons 
les  ouvrages  ci-dessus ,  à  Texception  du  Journal  asiatique. 


4i  JUILLET-AOÛT   1897. 


STATUTS 


r  r 


DE  LA  SOCIETE  ASIATIQUE. 


er 


BUT  DE  LA  SOCIÉTÉ, 


ARTICLE  PREMIER. 

La  Société  est  instituée  pour  encourager  l^étude 
des  langues  de  TAsie. 

Celles  de  ces  langues  dont  elle  se  propose  plus 
spécialement,  mais  non  exclusivement,  d'encourager 
Tétude,  sont  : 

1®  Les  diverses  branches  (tant  en  Asie  qu'en 
Afrique)  des  langues  sémitiques; 

2**  L'arménien  et  le  géorgien  ; 

3°  Le  grec  moderne; 

4°  Le  persan  et  les  anciens  idiomes  morts  de  la 
Perse  ; 

5°  Le  sanscrit  et  les  dialectes  vivants  dérivés  de 
cette  langue; 

6°  Le  malais  et  les  langues  de  la  presqu'île  ulté- 
rieure et  citérieure  de  l'Archipel  oriental  ; 

7°  Les  langues  tartares  et  le  tibétain  ; 

8"  Le  chinois. 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ'  ASIATIQUE.  45 


ART.    1À. 


Elle  se  procure  les  manuscrits  asiatiques  ;  elle  les 
répand  par  la  voie  de  Timpression  ;  elle  en  fait  faire 
des  extraits  ou  des  traductions.  Elle  encourage,  en 
outre,  la  publication  des  grammaires,  des  diction- 
naires ou  autres  ouvrages  utiles  à  la  connaissance  de 
ces  diverses  langues. 

ART.    3. 

Elle  entretient  des  relations  et  une  correspon- 
dance avec  les  Sociétés  qui  s'occupent  des  mêmes 
objets,  et  avec  les  savants  asiatiques  ou  européens 
qui  se  livrent  à  l'étude  des  langues  asiatiques  et  qui 
en  cultivent  la  littérature.  Elle  nomme,  à  cet  effet, 
des  associés  correspondants. 

S  II 

ORGANISATION  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


ARTICLE  PREMIER. 

Le  nombre  des  membres  de  là  Société  est  indé- 
terminé. On  en  fait  partie  après  avoir  été  présenté 
par  deux  membres  et  avoir  été  reçu  à  la  pluralité 
des  voix,  soit  par  le  Conseil,  soit  par  l'assemblée 
générale. 

ART.    a. 

Indépendamment    des   dons  qui  pourront   être 


40  JUILLET-AOÛT  1897. 

offerts  à  la  Société,  chaque  membre  paye  une  sou- 
scription annuelle  de  trente  francs. 

ART.    3. 

Les  membres  de  la  Société  nomment  xm  Conseil , 
et  sont  convoqués,  au  moins  une  fois  Tan,  pour 
entendre  un  rapport  sur  les  travaux,  sur  lemplôî 
des  fonds,  et  pour  nommer  les  membres  du  Conseil. 

nu 

ORGANISATION  DU  CONSEIL. 


ARTICLE  PREMIER. 

Le  Conseil  se  compose  de  : 

Un  ou  plusieurs  présidents  honoraires , 

Un  président. 

Deux  vice-présidents , 

Un  secrétaire, 

Un  secrétaire  adjoint  et  bibliothécaire 

Un  trésorier, 

Trois  commissaires  pour  les  fonds. 

Vingt-quatre  membres  ordinaires. 

ART.    2. 

Les  présidents  honoraires  sont  nommés  à  vie  par 
l'assemblée  générale,  et  ont  voix  délibérative  dans 
le  Conseil.  Le  secrétaire  est  nommé  pour  cinq  ans 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  47 

par  la  même  assemblée.  Le  président,  les  vice-pré- 
sidents, le  secrétaire  adjoint,  le  trésorier  et  les  com- 
missaires des  fonds  sont  nommés  chaque  année,  et 
tous  ces  membres  sont  rééligibles.  Les  vingt-quatre 
autres  membres  sortent  par  tiers,  et  à  tour  de  rôle, 
chaque  année;  ils  peuvent  être  réélus.  Le  sort  dési- 
gnera ,  les  deux  premières  années ,  ceux  qui  devront 
sortir, 

ART.  3. 

L'élection  des  membres  du  Conseil  aura  lieu  à  la 
majorité  relative  des  suffrages. 

ART.   k' 

L assemblée  générale  nomme,  chaque  année, 
parmi  les  membres  restants  du  Conseil,  deux  cen- 
seurs chargés  d'examiner  les  comptes  de  Tannée 
précédente,  et  de  lui  en  faire  un  rapport  à  la  plus 
prochaine  assemblée  générale. 

ART.  5. 

Le  Conseil  est  chargé  de  diriger  les  travaux  litté- 
raires qui  entrent  dans  le  plan  de  la  Société,  ainsi 
que  du  recouvrement  et  de  lemploi  des  fonds;  il 
ordonne  l'impression  des  ouvrages  qu'il  reconnaît 
utiles  ;  il  en  fait  faire  des  traductions  ou  des  extraits  ; 
il  examine  les  ouvrages  relatifs  au  but  de  la  Société  ; 
il  donne  des  encouragements;  il  nomme  les  asso- 
ciés correspondants;  il  fait  l'acquisition  des  manu- 


48  JUILLET-AOÛT  1807. 

scrits  et  des  ouvrages  asiatiques,  iorsquil  le  croit 
convenable. 

ART.  6. 

Le  secrétaire  de  la  Société  fait  un  rapport  annuel 
des  travaux  du  Conseil  et  de  l'emploi  des  fonds.  Ce 
rapport  sera  imprimé  avec  la  liste  des  souscripteurs , 
le  montant  des  dons  pécuniaires  ou  des  offrandes 
en  livres,  manuscrits,  objets  d*arts,  etc.,  faits  à  la 
Société,  avec  les  noms  des  donateurs. 


ART.  -y. 

Le  Conseil  se  réunit  en  séance  ordinaire  au  moins 
une  fois  par  mois.  Tous  les  membres  souscripteurs 
de  la  Société  sont  admis  à  ses  séances  et  peuvent 
y  faire  les  communications  qui  leur  paraissent  utiles. 

ART.  8. 

Le  Conseil  s'occupera,  le  plus  tôt  possible,  des 
moyens  de  rédiger,  sous  le  titre  de  Journal  asiatique  y 
un  recueil  littéraire  qui  paraîtra  à  des  époques  plus 
ou  moins  rapprochées,  et  qui  sera  donné  gratis  aux 
souscripteurs  de  la  SociiHé. 

ART.  g. 

Les  membres  de  la  Société  pourront  acquérir 
chacun  un  exemplaire  des  ouvrages  qu  elle  publiera , 
au  prix  coûtant. 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  49 


S  IV 
COMPTABILITÉ. 


ARTICLE  PREMIER. 

La  Commission  des  fonds  présente  au  Conseil 
d'administration,  dans  le  prenaier  mois  de  Tannée, 
laperçu  des  recettes  et  des  dépenses  pour  1  année 
qui  commence. 

Le  Conseil  d'administration  détermine  en  consé- 
quence, pour  Tannée  entière,  les  dépenses  ordi- 
naires et  fixes,  et  assigne,  pour  Tannée  aussi,  un 
maximum  pour  les  dépenses  de  bureau,  les  autres 
menus  firais  journaliers  et  variables. 

ART.     2. 

Les  dépenses  extraordinaires,  proposées  pendant 
le  cours  de  Tannée,  sont  arrêtées  par  le  Conseil 
d'administration ,  après  qu'il  aura  pris  préalablement 
l'avis  de  la  Commission  des  fonds. 

ART.  3. 

Les  délibérations  du  Conseil  d'administration  por- 
tant autorisation  d'une  dépense  sont  immédiatement 
transmises  à  la  Commission  des  fonds  par  un  extrait 
signé  du  président  et  du  secrétaire  de  la  Société, 


50  JUILLET-AOÛT  1897. 

ART.   4. 

La  Commission  des  fonds  tient  un  registre  dans 
lequel  sont  énoncées,  au  fur  et  à  mesure,  les  dé- 
penses ainsi  autorisées,  avec  indication  de  l'époque 
à  laquelle  leur  payement  est  présumé  devoir  s  effec- 
tuer. 

ART.  5. 

Dans  le  cas  où  une  dépense  serait  arrêtée  par  la 
Société  seulement  en  principe  et  sur  une  évalua- 
tion approximative,  cette  dépense  sera  portée  pour 
son  maximimi  au  registre  prescrit  par  Tarticle  pré- 
cédent. 

Dès  que  le  projet  de  dépense  donne  lieu  à  un 
engagement  de  la  Société,  on  assigne  les  fonds  né- 
cessaires pour  l'acquitter  à  l'échéance,  de  manière 
que  le  payement  ne  puisse ,  en  aucun  cas ,  éprouver 
ni  incertitude,  ni  retard. 

ART.  6. 

Toute  somme  allouée  pour  une  dépense  extraor- 
dinaire ordonnée  par  le  Conseil  reste  affectée  d  une 
manière  spéciale  pour  l'objet  désigné  :  elle  ne  peut 
être  détournée  de  sa  destination  et  appliquée  à  un 
autre  service  que  sur  une  nouvelle  décision  du  Con- 
seil, prise  selon  la  forme  indiquée  dans  l'article  a. 


ART.  y. 

B  pourra  cependant  admettre  en  principe  la  pro- 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  51 

position  de  faire  imprimer  de  nouveaux  ouvrages  au 
fur  et  à  mesure  que  les  facultés  pécuniaires  de  la 
Société  le  permettront,  mais  sans  que  cela  lie  la  So- 
ciété et  Tempêche  de  donner  la  préférence  à  tous 
autres  ouvrages  qui  lui  seraient  présentés  posté- 
rieurement, et  dont  elle  jugerait  la  publication  plus 
opportune  ou  plus  utile. 

ART.  8. 

La  Commission  des  fonds  tient  un  registre  dans 
lequel  sont  contenus  tous  ses  arrêtés  portant  man- 
dat de  payement. 

Lesdits  arrêtés  doivent  être  signés  au  moins  de  la 
majorité  des  membres  de  la  Commission. 

ART.  9. 

Les  dépenses  sont  acquittées  par  le  trésorier,  sur 
un  mandat  de  la  Commission  des  fonds,  accompagné 
des  pièces  de  dépense  visées  par  elle;  ces  mandats 
rappellent  les  délibérations  du  Conseil  d'administra- 
tion par  lesquelles  les  dépenses  ont  été  autorisées. 

Le  .trésorier  n  acquitte  aucune  dépense  si  elle  na 
été  préalablement  autorisée  par  le  Conseil  d'adminis- 
tration et  ordonnancée  par  la  Commission  des  fonds. 

ART.  10. 

Le  trésorier  et  les  membres  de  la  Commission  des 
fonds  se  réunissent  en  séance  particulière  une  fois 

4. 


52  JUILLET-AOÛT  1897. 

chaque  mois;  dans  cette  séance  sont  traitées  toutes 
les  affaires  sur  lesquelles  la  Commission  est  appelée 
à  délibérer.  On  y  dresse  Tétat  mensuel  de  situation 
dés  fonds,  pour  le  présenter  au  Conseil  d*adminis- 
tration. 

Cet  état  est  transcrit  sur  le  registre  de  la  Commis- 
sion, ainsi  que  le  procès-verbal  de  chaque  séance 
particulière. 

ART.   1  1  . 

Tous  les  six  mois ,  en  septembre  ou  en  mars ,  la 
Commission  des  fonds  fait  d'office  connaître  la  si- 
tuation réelle  de  la  caisse ,  en  indiquant  les  sommes 
qui  s  y  trouvent  et  celles  dont  elle  est  grevée,  soit 
pour  les  dépenses  fixes  et  variables,  soit  pour  les 
dépenses  extraordinaires,  de  façon  que  le  Conseil 
d'administration  puisse  toujours  savoir  quelle  est  la 
quotité  exacte  des  valeurs  disponibles. 

ART.    12. 

A  lia  fin  de  Tannée,  le  trésorier  présente  son 
compte  à  la  Commission  des  fonds,  qui,  après  Tavoir 
vérifié,  le  soumet  à  rassemblée  générale,  pour  être 
arrêté  et  approuvé  par  elle.  La  délibération  de  l'as- 
semblée générale  sert  de  décharge  au  trésorier. 


Note,  Le  Conseil  a  décidé  que  les  Membres  ordinaires 
pouvaient  devenir  Membres  à  vie ,  en  remplaçant  leur  coti- 
sation annuelle  par  une  somme  de  3oo  francs  une  fois  payée  * 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  53 


ARTICLES   RÉGLEMENTAIRES. 


ARTICLES  RELATIFS  X  LA  REDACTION 
DU  JOURNAL  ASIATIQUE. 

Adoptés  par  le  Conseil,  dans  sa  sëance  du  3  décembre  i83a. 

ARTICLE  PREMIER. 

La  Commission  du  Journal  asiatique  est  composée 
de  cinq  membres  nommés  par  le  Conseil  et  choisis 
dans  son  sein.  Le  président  du  Conseil  assiste  et 
prend  part  aux  délibérations  de  la  Commission, 
toutes  les  fois  qu'il  le  juge  convenable. 

ART.    2. 

La  Commission  du  Journal  nomme  un  de  ses 
membres  éditeur  du  Journal  asiatique,  et  le  charge 
de  tous  les  détails  relatifs  à  la  rédaction  et  à  l'im- 
pression. 

ART.  3. 

La  Commission  se  rassemble  une  fois  par  mois; 
elle  entend  le  rapport  de  l'éditeur,  qui  lui  soumet 
les  articles  dont  Imsertion  a  été  demandée,  et  lui 
communique  les  réclamations,  de  quelque  nature 
quelles  soient,  auxquelles  la  rédaction  a  pu  donner 
Heu. 


5/i  JUILLET-AOÛT  1897. 

ART.  4. 

La  Commission  entend  la  lecture  des  articles 
adressés  à  l'éditeur,  ou  en  renvoie  Texamen  à  lun 
de  ses  membres,  qui  lui  en  fait  son  rapport. 

ART.  5. 

Nul  mémoire,  article  ou  fragment,  quel  qu'il  soit, 
ne  peut  être  inséré  dans  le  Journal  sans  que  l'édi- 
teur ait  été  autorisé  à  l'admettre  par  une  délibéra- 
tion spéciale  de  la  Commission. 

ART.  6.. 

La  Commission  du  Journal  sera  autorisée  à  faire 
faire  des  traductions  et  des  extraits  des  mémoires 
insérés  dans  les  recueils  étrangers  et  à  allouer  une 
indemnité  aux  traducteurs. 


ART.  -y. 

Les  auteurs  ne  pourront  pas  faire  de  changements 
considérables  à  la  rédaction  des  mémoires  ou  articles 
dont  ils  auront  obtenu  l'insertion  dans  le  Journal, 
et  dont  1  éditeur  aura  cru  devoir  leur  adresser  une 
première  épreuve.  Dans  le  cas  où  les  changements 
faits  par  les  auteurs  seraient  trop  nombreux,  les  frais 
de  remaniement  et  de  composition  resteront  à  leur 
charge. 


STATUTS  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE.  55 

ART.  8. 

Les  auteurs  auront  le  droit  de  faire  tirer  à  part 
cinquante  exemplaires  au  plus  de  leui's  mémoires  ou 
articles.  Les  frais  du  tirage  à  part  pourront,  avec 
lautorisation  de  la  Commission,  être  laissés  à  la 
charge  de  la  Société. 

ART.  9. 

La  Commission  est  autorisée  à  allouer  une  indem- 
nité à  l'éditeur  du  Journal. 

ART.  10. 

La  Commission  du  Journal  est  renouvelée  chaque 
année,  dans  la  séance  qui  suit  rassemblée  générale 
de  la  Société  ;  les  membres  de  la  Commission  peuvent 
être  réélus  indéfiniment. 


Note.  1*  Le  Conseil  a  décidé  postérieurement,  en  addi- 
tion à  Tarticle  1 ,  que  le  secrétaire  du  Conseil  sera  membre 
ex  officio  de  la  Commission  du  Journal. 

2"  La  Commission  du  Journal  a  établi,  relativement  à 
farticle  8 ,  la  règle  de  ne  pas  accorder  de  tirage  à  part  aax 
frais  de  la  Société  pour  des  articles  compris  dans  la  catégorie 
des  Mélanges  et  Nouvelles  insérés  à  la  lin  des  cahiers,  mais 
elle  ne  s'oppose  pas  à  ce  que  les  auteurs  les  fassent  tirer  à 
leurs  frais. 


bô  JUILLET-AOCT  1897. 

N"  1 1064. —  Ordonnance  dv  Hoi  portant  approbation 
du  Règlement  de  la  Société  asiatique. 

Au  château  des  Tuileries,  le  i5  avril  1829. 

CHARLES,  par  la  grâce  de  Dieu,  Roi  de  France 
ET  DE  Navarre,  à  tous  ceux  qui  ces  présentes  ver- 
ront, SALUT. 

Sur  le  rapport  de  notre  Ministre  secrétaire  d*Etat  au  Dé- 
partement de  Tintérieur; 

Vu  Tavis.du  comité  de  Tintérieur  de  notre  Conseil  d*État, 
Nous  AVONS  ORDONNÉ  et  ORDONNONS  ce  qui  suit  : 

Art.  1".  Le  règlement  de  la  Société  asiatique, 
joint  à  la  présente  ordonnance,  est  approuvé;  et  la- 
dite Société  est  déclarée  apte  à  posséder,  acquérir, 
recevoir  des  donations  et  legs,  enfin  à  agir  dans  son 
intérêt  comme  un  des  établissements  publics  auut- 
quéls  s'applique  l'article  910  du  Code  civil,  sans 
néanmoins  que  ses  membres  doivent,  par  suite  de 
cette  approbation,  être  inscrits  à  ce  titre  sur  la 
seconde  partie  de  la  liste  du  jury. 

2.  Notre  Ministre  secrétaire  d'Etat  de  l'intérieur 
est  chargé  de  l'exécution  de  la  présente  ordonnance. 

Doihné  en  notre  château  des  Tuileries,  le  i5  avril  de  Tan  de 
grâce  1829 ,  et  de  notre  règne  le  cinquième. 

Si^M^  CHARLES. 

Par  le  Roi  : 

Le  Ministre  secrétaire  d'Etat  an  Département  de  V intérieur. 

Signé  de  Martignac. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  57 

NOTES 

SUR 

LA  POÉSIE  SYRIAQUE, 

PAR 

M.  RDBENS  DUVAL. 


Nous  ne  chercherons  pas,  Messieurs,  dans  la 
poésie  syriaque  le  lyrisme  de  Tode  ni  le  charme  naïf 
de  Tépopée.  Purement  ecclésiastique,  cette  poésie 
est  née  et  s'est  développée  dans  le  clergé  aux  yeux  , 
duquel  elle  était  le  meilleur  moyen  de  répandre  dans 
le  peuple  Tinstruction  religieuse  et  de  donner  aux 
services  du  culte  la  solennité  qu'ils  comportent. 

Ramenée  à  son  objet  même  et  envisagée  dans  son 
ensemble,  la  poésie  syriaque  apparaît  comme  une 
des  branches  les  plus  importantes  de  la  littérature , 
et  son  histoire  vaut  la  peine  d'être  écrite.  C'est  un 
court  aperçu  de  cette  histoire.  Messieurs,  que  je  me 
propose  de  vous  présenter. 

A  quelle  source  la  poésie  syriaque  prit-elle  ses 
origines?  La  question  des  origines,  quand  il  s'agit 
de  la  culture  de  l'esprit  humain,  est  toujours  embar- 
rassante et  l'on  doit  souvent  se  contenter  d'hypo- 
thèses. Nous  sommes  assurément  autorisés  à  ratta- 
cher la  prosodie  syriaque  à  la  prosodie  hébraïque , 


58  JUILLET-AOÛT  1897. 

avec  laquelle  elle  a  plusieurs  traits  communs.  La 
correspondance  ou  parallélisme  des  versets  hébreux 
groupés  deux  par  deux  a  son  analogie  en  syriaque 
où  deux  vers  forment  une  phrase  métrique,  un  édi- 
fice ()Ko),  comme  disent  les  Syriens.  Je  ne  parie 
pas  de  l'ordonnance  strophique  qm  appartient  au 
genre  lyrique,  mais  je  dois  signaler  les  strophes 
acrostiches  qui  suivaient  Tordre  alphabétique  et  que 
les  Syriens  ont  appris  à  connaître  par  les  Psaumes 
et  les  Lamentations  de  Jérémie. 

Cependant  le  principe  fondamental  de  la  métrique 
syriaque ,  le  nombre  déterminé  des  syllabes  du  vers , 
n'existe  pas  en  hébreu.  Y  aurait-il  là  une  influence 
de  la  métrique  grecque  et  latine?  Assurément  non, 
car  les  Syriens  ne  distinguaient  pas  dans  les  vers  les 
voyelles  longues  des  brèves,  et  rien  ne  trahit  che» 
eux  la  connaissance  de  la  poésie  occidentale  à  l'au- 
rore de  leur  époque  littéraire.  La  langue  syriaque, 
émcfusséepar  l'usure,  ne  conserve  que  très  rarement 
la  voyelle  brève  dans  une  syllabe  ouverte;  par  suite, 
les  mots  se  composent  de  syllabes  bien  tranchées 
qui  ont  la  même  valeur  prosodique.  Il  était  donc 
naturel  qu'une  phrase  rythmée  comprît  un  nombre 
déterminé  de  syllabes.  C'est  le  phénomène  qui  s'est 
produit  aussi  dans  le  vers  français  qui  ne  tient  pas 
compte  de  la  durée  d'émission  des  voyelles.  Au 
contraire ,  l'hébreu  et  l'arabe  qui  possèdent  ime  pho- 
nétique différente  suivirent  une  autre  voie. 

Si  aucun  lien  ne  rattache  la  poésie  syriaque  à 
l'ancienne  poésie  de  l'Occident,  ne  doit-on  pas  ad- 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  59 

mettre  une  certaine  parenté  entre  l'hymnologie  sy- 
riaque et  ITiymnologie  byzantine  et  latine?  La 
question  a  déjà  été  posée  et  débattue.  M.  Wiiheim 
Mayer\  en  i885,  a  voulu  établir  ces  rapports  de 
parenté  en  cherchant  l'origine  des  hymnes  occiden- 
tales dans  la  poésie  syriaque.  Mais  sa  thèse  a  ren- 
contré plus  d adversaires  que  de  partisans;  la  proso- 
die syriaque  était  alors  trop  mal  connue  pour  servir 
de  base  à  un  travail  de  cette  nature.  M.  Hubert 
Grimme^,  en  iSgS,  a  repris  Tétude  de  cette  proso- 
die et  notamment  des  règles  qui  régissent  Taccent 
tonique  et  les  strophes.  Nous  ne  pouvons  entrer  ici 
dans  lexamen  de  la  question.  II  nous  suffira  d'avoir 
rappelé  cette  question  pour  vous  montrer,  Messieurs, 
que  l'intérêt  qui  s'attache  à  la  poésie  syriaque  dépasse 
le  cercle  des  orientalistes. 

C'est  au  célèbre  gnostique  d'Edesse,  Bardesane, 
qui  vivait  dans  la  seconde  moitié  du  deuxième  siècle 
de  notre  ère^  que  revient  l'honneur  de  l'invention 
de  la  poésic'sacrée  des  Syriens,  si  nous  en  croyons 
saint  Ephrem.  Dans  ime  de  ses  hymnes  contre  les 
hérétiques^,  l'illustre  Père  de  l'Eglise  syriaque  dit  de 
Bardesane  : 

Il  créa  des  hymnes  et  y  associa  des  airs  musicaux. 
Il  composa  des  cantiques  et  y  introduisit  les  mètres. 

^  Anfang  uud  Vrsprting  der  lateinischen  nnd  griechischen  rythmis- 
chen  Dichlnng ,  Munich ,  i885. 

*  Z.  D,  M.  G.t  XL VIII,  p.  276,  et  Der  Strophenban  in  den  Ge- 
dichten  Ephrœms,  Fribourg  en  Suisse,  189 3. 

^  S.  Epkrœmi  syri  opéra  syriace  et  latine,  éd.  Steph.  Evod.  Assé- 
uiani,  II,  55d. 


00  JUILLET-AOÛT  1897. 

En  mesuras  et  en  poids  il  divisa  les  mots  ^ 

Il  offrit  aux  gens  sains  Tamertume  dissimidée  par  la  dou- 
ceur. 

Les  malades  n'eurent  point  le  choix  d  un  remède  salu- 
taire. 

Il  voulut  imiter  David  et  se  parer  de  sa  beauté. 

Ambitionnant  les  mêmes  éloges,  il  composa  comme  lui 

Cent  cinquante  cantiques. 

Selon  saint  Ephrem ,  Bardesane  avait  créé  ces 
hymnes  pour  graver  dans  l'esprit  du  peuple  les  dogmes 
qu'il  professait.  Son  invention  eut,  paraît-il,  un 
grand  succès,  et  son  fils  Harmonius,  rapportent  les 
historiens  ecclésiastiques ,  excella  tellement  dans  cet 
art  qu'il  surpassa  même  son  père.  Malheureusement 
il  ne  nous  est  rien  resté  de  ces  poésies ,  si  l'on  excepte 
quelques  vers  de  Bardesane  cités  par  saint  Ephrem. 
Les  écrits  des  gnostiques  ont  définitivement  sombré 
avec  les  théories  qu'ils  exposaient. 

Mais,  si  l'œuvre  disparut,  le  moule  qui  l'avait 
façonnée  subsista.  Un  siècle  et  demi  plus  tard ,  saint 
Ephrem  empruntait  à  Bardesane  son  armure  poétique 
pour  combattre  les  doctrines  hérétiques,  et  c'est 
sous  la  forme  d'hymnes  et  d'homélies  métriques  que 
ce  Père  réfuta  les  erreurs  et  proclama  les  dogmes 
orthodoxes. 

La  fécondité  de  saint  Ephrem  fut  vraiment  pro- 
digieuse. Ses  nombreuses  œuvres  poétiques  ont  été 
conservées  religieusement  et  sont  aujourd'hui  pu- 
bliées. Il  est  vrai  que  l'auteur,  si  l'on  pouvait  évoquer 

^  G'est-à-dire ,  il  divisa  les  vers  en  mesures  rythmées  et  accen- 
tuées. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  61 

son  témoignage,  en  renierait  un  certain  nombre.  On 
a  mis  sous  1  autorité  de  son  nom  des  compositions 
de  son  école,  notamment  d'Isaac  d'Antioche,  et 
même  de  Nestoriens,  tels  que  Narsès. 

Ephrem  fut  dans  cet  art  le  grand  maître  que  les 
écrivains  de  l'époque  classique  imitèrent  et  rarement 
dépassèrent.  On  lui  a  reproché  son  manque  de  cha- 
leur et  sa  prolixité.  Le  genre  didactique  et  paraené- 
tique  se  prête  peu  au  lyrisme.  11  ne  faut  pas  non 
plus  perdre  de  vue  le  caractère  spécial  de  Thymne 
sacrée,  qui  était  chantée  par  deux  chœurs  pendant 
les  offices;  or,  dans  ce  genre  de  poésies,  la  phrase 
est  subordonnée  au  chant  qui  lui  donne  son  relief; 
ce  n'est  pas  dans  les  livrets  d'opéras  que  nous  cher- 
chons la  plus  haute  expression  du  lyrisme. 

Quant  à  la  prolixité  de  saint  Ephrem  que  nous 
trouvons  parfois  fastidieuse ,  on  ne  peut  la  condam- 
ner sans  tenir  compte  du  goût  des  Syriens  qui 
aiment  les  répétitions  et  les  développements  de  la 
même  idée,,  et  voient  des  qualités  là  où  nous  trou- 
vons des  défauts.  Ces  défauts,  nous  les  rencontrons 
les  mêmes  non  seulement  chez  les  poètes  les  plus 
estimés,  Isaac  d'Antioche,  Narsès,  Jacques  de  Sa- 
roug,  mais  aussi  chez  les  prosateurs  de  la  meilleure 
époque ,  Aphraate  et  Philoxène  de  Mabboug. 

La  poésie  syriaque  comprend  deux  genres  princi- 
paux :  les  homélies  métriques  et  les  hymnes. 

^Les  homélies  ou  discours  poétiques  [h    ^1    ^ 

)  J(^MjLa:kbf  )  appartiennent  au  genre  narratif  et  épique  ; 


62  JUILLET-AOÛT  1897. 

elles  suivent  une  marche  régulière  et  se  composent 
de  vers  du  même  mètre.  Saint  Ephrem  fit  usage 
dans  ses  homélies  du  vers  de  sept  syllabes  qui,  le 
plus  souvent,  se  laisse  diviser  en  deux  mesures 
rythmiques  de  trois  ou  quatre  syllabes.  Après  lui  on 
se  servit  aussi  pour  ce  genre  d'autres  mètres.  Mâr 
Balai  composa  des  poésies  en  vers  de  cinq  syllabes, 
comprenant  deux  mesures  de  deux  ou  trois  syllabes. 
Narsès,  dit-on,  préférait  le  mètre  de  six  syllabes; 
mais  cette  assertion  ne  s  est  pas  vérifiée,  ses  poésies 
sont  en  vers  de  sept  syllabes  ou  en  vers  de  douze 
syllabes.  Cest  également  le  vers  de  douze  syllabes, 
divisé  en  trois  mesures  de  quatre  syllabes  chacune, 
qu'employa  Jacques  de  Saroug  dans  ses  nombreuses 
homélies.  Jacques,  nous  apprend  Barhébrœus^, 
composa  sept  cent-soixante  homélies  que  soixante-" 
dix  scribes  étaient  occupés  à  copier. 

Les  homélies  étaient  le  plus  souvent  écrites  en 
vue  des  fêtes  de  TEglise  et  des  commémoraisons  des 
saints  et  des  martyrs ,  pendant  les  offices  desquelles 
elles  étaient  récitées.  Parfois  aussi  elles  furent  écrites 
pour  Tédification  des  fidèles  et  pour  servir  de  lec- 
tures pieuses.  Dans  ce  cas,  elles  pouvaient  avoir 
rétendue  d'un  long  poème.  Nous  possédons  d'Isaac 
d'Antioche  une  homélie  sur  la  pénitence  de  1 9  2  4  vers 
et  une  homélie  de  2  i33  vers  sur  un  perroquet  qui 
chantait  à  Antioche  le  trisagion.  Jacques  de  Saroug 
est  l'auteur  d'une  homélie  de  i4oo  vers  sur  le  char 

*  Chronique  ecclésiastique,  I,  191. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRUQUE.  63 

qui  apparut  en  vision  à  Ézéchiei,  d'une  autre  de 
ySo  vers  sur  ia  légende  d'Alexandre  le  Grand,  etc. 
Si  le  poème  était  trop  long  pour  être  lu  d'une  seule 
haleine,  on  le  divisait  en  plusieurs  homélies.  Ainsi 
le  poème  sur  le  patriarche  Joseph,  qui  est  attribué  à 
saint  Ëphrem  et  qui  est  probablement  de  cet  auteur 
est  divisé  en  douze  homélies  ou  chants. 

Je  dois  maintenant,  Messieurs,  vous  parler  du 
second  genre  de  la  poésie  syriaque ,  des  hymnes.  Je 
retiens  le  mot  hymne  qui  est  consacré  par  l'usage. 
Mais  les  Syriens  ne  connaissaient  pas  ce  terme;  ils 
appelaient  les  compositions  de  ce  genre  des  instrac- 

lions  (JLiLfjJo).  C'était  en  efifet,  nous  l'avons  rappelé, 
par  des  hymnes  que  Bardesane  répandait  dans  le 
peuple  ses  instructions  religieuses,  et  saint  Ephrem 
suivit  son  exemple  consacré  par  le  succès.  Si  Barde- 
sane composa  cent  cinquante  hymnes,  les  œuvres 
de  saint  Ephrem  comprennent  plus  du  double  de 
ces  poésies.  Les  unes  sont  dirigées  contre  les  héré- 
tiques et  les  sceptiques;  d'autres  ont  un  caractère 
parsenétique;  d'autres  encore  étaient  destinées  aux 
diflFérentes  fêtes  de  l'Eglise  et  des  saints  et  étaient 
chantées  après  la  récitation  des  homélies. 

t  Lorsque  saint  Ephrem ,  rapporte  son  biographe , 
vit  le  goût  des  habitants  d'Edesse  pour  les  chants , 
il  institua  la  contre-partie  des  jeux  et  des  danses  des 
jeunes  gens.  Il  établit  des  chœurs  de  religieuses  aux- 
quelles il  fit  apprendre  des  hymnes  divisées  en 
strophes  avec  des  refrains.  Il  mit  dans  ces  hymnes 


04  JUILLET-AOÛT  r897. 

des  pensées  délicates  et  des  instructions  spirituelles 
sur  la  nativité,  le  baptême,  le  jeûne  et  les  actes  du 
Christ ,  sur  la  Passion ,  la  Résurrection  et  rAscension , 
ainsi  que  sur  les  Confesseurs,  la  pénitence  et  les 
défunts.  Les  vierges  se  réunissaient  le  dimanche,  aux 
grandes  fêtes  et  aux  commémoraisons  des  martyrs; 
et  lui,  comme  un  père,  se  tenait  au  milieu  délies, 
les  accompagnant  de  la  harpe.  Il  les  divisa  en 
chœurs  pour  les  chants  alternants  et  leur  enseigna 
les  différents  airs  musicaux ,  de  sorte  que  toute  la 
ville  se  réunit  autour  de  lui  et  que  les  adversaires 
furent  couverts  de  honte  et  disparurent.  » 

Cependant  une  autre  tradition  recueillie  par  This- 
torien  Socrate,  vi,  8,  et  suivie  par  Salomon  de  Bas- 
sora,  i3o  (trad.  ii5),  et  par  Barhébraeus,  Chron. 
eccL,  I,  4i,  attribue  Tinstitution  des  deux  chœurs  à 
saint  Ignace  d'Antioche,  qui  en  aurait  reçu  Imspi- 
ration  dans  une  vision.  Les  anges  lui  étaient  apparus 
célébrant  les  louanges  de  la  Trinité  dans  les  hymnes 
quils  chantaient  alternativement. 

A  la  différence  des  homélies,  les  hymnes  repré- 
sentent le  genre  lyrique  et  renferment  toutes  les  va- 
riétés dont  ce  genre  est  susceptible,  depuis  le  vers 
de  quatre  syllabes  jusqu'à  celui  de  dix  syllabes.  La 
principale  strophe  était  chantée  par  le  premier 
chœur,  la  seconde  strophe,  beaucoup  plus  courte, 
formait  le  refrain  et  la  partie  du  second  chœur. 

Le  refrain  comprenait  une  doxologie  ou  une 
prière;  il  revenait  sans  changement  après  chaque 
strophe  principale ,  ou  il  variait  dans  ses  expressions. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  66 

Uétait.chantésurie  même;  air  que  les  autres  stropheis 
de  l'hymne.  » 

Les  airs  musicaux  étaient  ^indiqués  par  des  ru- 
briques en  tête  des  hymnes.  Ces  rubriques  donnaient 
les  premiers  mots  de  Thymne  dont  le  chant  connu 
servait  de  modèle;  par  exemple,  la  rubrique  sur  Uair 
de  ce  jour  indiquait  le  chant  de  Thymne  sur  la  Nati- 
vité, qui  commençait  par  les  mots  Ce  jour.  Dans  nos 
recueils  de  cantiques  ou  de  chansons  populaires  les 
airs  sont  notés  de  la  même  manière. 

Les  airs  variaient  suivant  les  diverses  espèces 
d'hymnes,  dont  les  strophes  étaient  formées  de 
mètres  pareils,  ou  de  mètres  d'inégale  longueur. 
M.  Lamy,  qui  a  consacré  une  étude  aux  poésies  de 
saint  Ëphrem,  a  reconnu  66  variétés  d'hymnes  chez 
cet  auteur  ^. 

Ephrem  nous  a  laissé  un  certain  nombre  d'hymnes 
acrostiches  dans  lesquelles  les  strophes  sont  dispo- 
sées suivant  l'ordre  alphabétique,  à  l'instar  de  plu- 
sieurs poésies  hébraïques.  Avant  cet  auteur,  Aphraate 
avait  déjà  fait  usage  de  ce  procédé  de  notation;  cha- 
ciuie  de  ses  homélies  en  prose  commence  parime 
lettre  de  l'alphabet  qui  en  fixe  le  rang.  Des  acros- 
tiches de  mots  sont  plus  rares.  Saint  Ephrem  a  signé 
quelques-unes  de  ses  compositions  au  moyen  de 
l'acrostiche  formé  des  lettres  de  son  nom. 

Une  variété  de  l'hymne  était  le  cantique,  sougithâ 

(|J(w^£o),  qui  renferme  une  prière  ou  les  louanges 

^  On,  syriaç  prosody,  dans  les  Actes  du  Congrès  des  Orientidistes 
de  Londres  de  1891. 

X.  5 

■  ■raiMSUB  ■AXIOIAU. 


66  JUILLET-AOOT  1897. 

de  la  Divinité  ou  d'un  saint.  On  trouve  des  cantiques 
écrits  en  strophes  acrostiches  et  rattachés  à  des  ho- 
mélies, après  lesquelles  ils  étaient  chantés  par  les 
chœurs  pendant  les  fêtes  rdigîeuses.  De  ce  genre 
sont  les  neuf  cantiques  du  célèbre  docteur  nestorien 
Narsès ,  qui  nous  sont  parvenus  dans  des  manuscrits , 
dont  deux  copies  exisient  ^  Europe,  Tune  à  la  Bi- 
bliothèque royale  de  Berlin ,  lautre  au  Musée  Borgia. 
Nous  en  devons  la  connaissance  à  MM.  Sadbau  et 
Feldmann  qui  les  ont  publiés  Tannée  dernière^.  Ces 
cantiques-  se  rapportent  à  ht  Nativité  de  Notre  Sei- 
gneur, à  rAnnonciation,  à  rÉpiphanie,  à  la  fête  de 
saint  Jean-Baptiste,  à  la  fête  des  Docteurs  nesto- 
riens  Dîodore,  Théodore  et  Nestorius,  à  la  Passion, 
aux  Rameaux,  à  la  fête  de'  Pâques  et  à  la  fête  des 
Confesseurs  (célébrée  le  vendredi  de  la  semaiine  de 
Pâques). 

Le  caractk^  disiinctif  de  ces  neuf  cantiques  est 
la  forme  dialoguée  qu'ils  présentent.  Après  une 
courte  introduction  dont  Tétendue  varie  de  cinq  à 
dix  strophes  de  quatre  vers  de  sept  syllabes,  com- 
mence le  dialogue  entre  deux  personnages  ou  groupes 
de  personnes;  ainsi,  dans  le  cantique  de  la  Nativité, 
le  dialogue  a  lieu  entre  la  Sainte  Vierge  et  les  rois 
Mages;  dans  le -cantique  de  TAnnonciation,  entre 
Tarchange  Gabriel  et  la  Vierge  Marie;  etc.  x\  chaque 
personnage  est  attribuée ,  à  tour  de  rôle ,  une  strophe  ; 

>  f 

'  Sachau,  Veber  die  Poexie  in  der  Volksprache  der  Nestorianer 
dans  les  Rapports  de  rAcadémie  tle  Berlin,  t.  XI,  1896,  p.  196. 
Feldmann,  Sjrische  JVecksellieder  von  Narses,  Leipcig,  1896. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  67 

ks  strophes  sont  disposées  psq*  ordre, alphabétique; 
chaque  lettre  de  l'alphabet  a  deux  strophes,  ce  qui 
forme  pour  la  partie  dialoguée  quarante-quatre 
strophes,  les  lettres  de  l'alphabet  syriaque  étant  au 
nombre  de  vingt^deux.  .    ,.      .      i 

•  Ces  cantiques  sont  deSipetifs  drames  d'une  vive 
allure  et  empreints  d'une  certaine  grâce  ;«fls  rappel- 
lent ces  drames  religieux  du  moyeu  âge  dans  les- 
quels les  principaux  actes  de  Notre  Seigneur  et  de  la 
Merge  étaient  mis-.en  scène.  Les  Syriens  semblent 
avoiy  fort  goûté  ce  genre.  Les  cantiques^  sur  la  Nati- 
vité, sur  l'Annonciation  et  sur  l'Épiphai^e,  bien 
qu écrits  par  un  nestorien,  opt  été' admis  idkns  le 
bréviaire  maronite  pour  l'office  d^  ces^  fêtes,  mais 
débaptisés  et  placés  sous  l'autorité  de  saint  Ephrem. 

Telle  est,  esquissée  à  grands  traits^  la  poésie  sy- 
riaque 4^  i'époquç  pu  florissait  la  littérature,  du 
IV®  au  vra*  siècle  de  notre  ère. 

La  décadence  comnaenceun  siècle  après  la  con- 
quête arsfbe.  La  langue  syriaque,  supplantée  par 
l'arabe,  cesse  peu  à  peu  d'être  pariée,  mais  elle  de- 
meure la  langue  littéi'aire.  H  ne  semble  pas ,  autant 
que  nous  pouvoirs  en  juger  dans  l'état  actud  de  nos 
connaissances,  que  la  poésie  arabe  ait  exercé  son  in- 
fluence sur  la  poésie  syriaque  avant  le  x*  siècle^. 

^  Le  Liber  tkesaxai  de  arte  poetka  du  P.  Gardahi  renferme  des 
poésies  rimées  attribuées  à  des  auteurs  antérieurs ,  mais  ces  attri- 
butions sont  erronées.  La  poésie  de  la  page  ia3,  dont  Tacrosticbe 
est  formé  par  la  rime,* commune  à  tous  les  vers  de  la  strophe, 
nW  certainement  pas  de  Jésuyabh  d'Adiabène.  Les  dates  indiquées 
dans  cet  ouvrage,  à  la  fin  de  chaque  morceau,  pour  la  mort  des 

5. 


68  JUILLET-AOÛT  1897. 

C  est  à  cette  époque  que  nous  constatons  Tusage  de 
la  rime  introduite  dans  la  poésie  syriaque  par  imi- 
tation de  la  poésie  arabe  ^  et  cet  usage  ne  tarda  pas 
à  se  généraliser  ^.  Les  anciens  Syriens  ne  connais- 
saient pas  lart  de  séparer  les  vers  par  la  rime., On  à 
relevé,  il  est  vrai,  quelques  traces  de  rimes  dans 
les  poésies  de  saint  Ephrem,  mais  ces  cas  isolés 
étaient  lefiFet  du  hasard  et  n avaient  rien  d'intention- 
nel; on  en  trouve  également  des  exemples  dans 
d  autres  poètes  de  la  bonne  époque. 

Gomme  dans  la  Qasida  arabe,  la  rime  est  quelque- 
fois la  même  pour  tous  les  vers  dune  poésie*.  Mais, 
dans  la  grande  majorité  des  cas,  les  vers  de  la 
strophe  seulement  riment  entre  eux.  Les  Syriens, 
d'ailleurs ,  ne  se  sont  pas  astreints  aux  règles  étroites 
de  la  prosodie  arabe  ;  ils  ont  créé  un  nouvel  art  qui 

auteurs ,  sont  fausses  en  grande  partie.  Il  n*est  pas  possible  d^accep- 
1er  la  date  de  5oo  pour  Jean  Ibn  Khddoun ,  p«  78  ;  de  600  pour 
Bâ*outh,  p.  76;  de  793  pour  Israël  d'Alqosch,  p.  96;  de  790  pour 
Adam  d*Agra,  p.  102,  comp.  G.  Hoffmann,  Auszûge,  p.  180. 

'  Voir  dans  le  Lihei*  thesauri  les  poésies  :  de  Slibha  Al-Mansouri  ; 
dont  le  P.  Gardahi  place  la  mort  en  900,  p«  67;  d*£lias  d'Anbar, 
p.  72,  comp.  Wright,  Syriac  literature,  p.'  849;  d*Abdischo  £s- 
schakhar(?],  p.  i36,  comp.  Wright,  ibid,,  p.  849. 

*  Les  poésies  non  rimées  sont  rares  à  partir  de  cette  époque; 
on  en  trouve  une  de  Timothée  de  Karkar  (mort  en  1169),  qui  ne 
di£Eere  pas  des  anciennes  homélies ,  Liber  thesauri,  p.  i45. 

'  Déjà  au  X*  siècle,  chez  Elias  d*Anbar,  Liber  thesavui,  p.  72,  et 
au  siède  suivant,  chez  Elias  bar  Schinâyâ,  ibid,,  p.  83;  comp. 
encore  dans  ce  livre  pour  les  siècles  postérieurs  :  Ai  Madjidi , 
p.  160;  Ibrahim  de  Séieucie  de  Syrie,  p.  io4;  Abdischo,  le  pa- 
triarche chaldéen,  p.  80;  Gabriel  le  Ghaldéen,  p.  120;  Asko  Ai- 
Schabdani,  p.  168.  Voir  aussi  le  Paradis  de  l'Eden  d^Ébedjésu  pu- 
blié par  le  P.  Gardahi  ;  Rabban  Hormizd  publié  par  M.  Budge. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  69 

comporte  plusieurs  variétés.  Le  mètre  de  douze  syl- 
labes, par  exemple,  qui,  comme  nous  lavons  dit, 
comprend  trois  mesures  de  quatre  syllabes ,  peut  re- 
cevoir la  rime  à  la  fin  de  chaque  mesure;  parfois  les 
deux  premières  mesures  auront  une  rime  propre  ou 
rimeront  chacune  avec  la  mesure  correspondante 
dans  les  autres  vers  de  la  strophe.  On  trouve  une 
variété  dans  laquelle  chaque  strophe  a  sa  rime 
propre,  excepté  le  dernier  vers  qui  reprend,  comme 
un  refrain,  la  rime  de  la  première  strophe^.  Quand 
les  strophes  sont  acrostiches,  et  le  cas  est  fréquent, 
il  arrive  que  la  rime  de  la  strophe  est  formée  par 
la  lettre  correspondante  de lalphabet^.  L'art  suprême 
consiste  dans  un  double  acrostiche,  la  lettre  alpha- 
bétique commençant  et  terminant  le  vers  ^. 

On  voit  que  les  Syriens  de  la  décadence  accumu- 
lèrent les  difficultés  de  versification  et  firent  de  la 
poésie  un  jeu  de  Tésprit  où  Tart  eut  une  part  bien 
minime.  C'est  des  Syriens  de  cette  époque  qu'on 
peut  surtout  dire  qu'ils  eurent  des  versificateurs  et 
non  des  poètes. 

Les  mètres  ordinaires  des  anciennes  homélies,  le 
mètre  de  sept  syllabes  et  celui  de  douze  syllabes  de- 
meurèrent en  faveur  et  peu  de  nouvelles  lignes  mé- 
triques furent  introduites.  L'homélie  et  l'hymne  que 

'  Voir  la  Mn*  homélie  du  Paradis  de  l'Eden  d*Ébedjésu. 

*  Voir  dans  le  Liber  thesaari^  Jésuyabh  de  Hazza,  p.  134  ; 
George  d'Alqosch ,  p.  1 3o ,  etc. 

'  Voir,  outre  le  Paradis  de  l'Eden  d*Ébedjésu,  la  poésie  d*israêl 
d*Aiqo8ch,  Liber  thesaari,  p.  96,  et  cdle  dlbn  Al-Masihi,  ibid,, 
p.  io5. 


70  JUILLET-AOÛT  1807.     > 

la  poésie  primitive  distinguait,  fareût  confondues. 
On  transporta  aux  homélies  les  propriétés  des 
hymnes  ;  la  coupe  régulière  des  strophes  et  Tacros- 
tiche.  Rarement  cependant  on  fit  usage  dans  les 
strophes  de  mètres  différents  :  on  ralcontre  des 
strophes  de  vers  de  sept  et  huit  syllabes  et  des 
strophes  d*un  vers 'de  quatre  syllabes  et  de  trois  vers 
de  sept  syllabes  ^ 

Frappés  de  la  richesse  de  la  langue  arabe,  les 
Syriens  de  basse  époque  voulurent  prouver  que  le 
syriaque  ne  le  cédait  en  rirà  à  Tidiome  de  leurs  ri- 
vaux. Ils  recherchèrent  les  expressions  rares  ou  ar- 
tificielles qu*ils  affectaient  de  considérer  comme  des 
archaïsmes  propres  à  donner  du  relief  aux  hnages 
poétiques.  Le  lexique  dans  lequel  Bar  Bahloul  avait 
réuni  et  commenté  les  mots  de  cette  nature,  'dont 
beaucoup  ne  doivent  leur  forme  nouvelle  qu*à  des 
fautes  de  copiste,  le  lexique  de  Bar  Bahloul,  dis-je, 
fiit  une  mine  précieuse  potu*  ies  compositions  mé- 
triques des  derniers  siècles. 

Le  modèle  du  genre  est  le  Paradis  de  ÏÉden 
qu'Ebedjésu  ou,  suivant  la  prononciation  orientale, 
Audischo ,  métropolitain  de  Nisibe,  composa  en  1 290. 
Ëbedjésu  prit  comme  modèle  le  célèbre  auteur  arabe 
Hariri  qui,  dans  cinquante  mxufâmât  ou  séances,  se 
livra  aux  exercices  des  jeux  de  lesprit  les  plus  sur- 
prenants. Agrémentée  du  sel  de  l'ironie  orientale, 
reproduisant  avec  un  art  rare  les  finesses   de   la 

^  Voir  Liber  thesami,  p.  76,  126  es  128.  Le  Paradis  de  VEden. 
renferme  d'autres  variétés. 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  71 

langue  vulgaire,  lœuvite.de  Hariri  fut  fort  appréciée 
non-seulement  des  Arabes,  mais  aussi  des  Juifs  et 
des  Syriens,  Un  poète  juif  de  la  fin  du  xn*  siècle, 
Juda  Harizi,  de  Tolède,  fut  si  charmé  par  la  lecture 
des  nuujjâmât,  que  non-seulement  il  les  traduisit  ^  en 
hébreu',  mais  qu'il  écrivit,  pour  les  imiter,  le  Sépher 
tahkembni,  ouvrage  qui,  sii  reste  bien  au-dessous  de 
Toriginal,  ne  manque  pas  dune  certaine  saveur  lit- 
téraire. 

Le  livre  du  Paradis  de  VÉden  ne  se  recommande 
que  par  lliabileté  que  son  auteur  d^oya  dans  ces 
tours  de  force  de  Tesprit;  Ebedjésu  travaillait  avec 
une  langue  morte  et,  en  pareil  cas,  le  talent  nest 
plus  que  de  l'artifice.  En  outte  les  cihquarite  homé- 
lies qu'il  écrivit,  à  l'instar  des  dnqaaLiAe  maqâmât, 
traitent  de  sujets  religieux  qiii  se  prêtent  peu  aux 
jeux  de  l'imagination.  Le  plaisir  de  la  difficulté  vaish 
eue  peut  rémunérer  l'auteur  de  ses  peines;  il  ne  ra- 
chète  pas  la  fatigue  que  le  lecteur  éprouve  à  suivre 
l'idée  du' récit.  Quelques  exemples  nous  donneront 
une  idée  de  ce  pastiche.  La  troisième  homélie  se 
compose  de  lignes  métriques  de  seize,  syllabes  se 
lisant  à  volonté  de  droite  à  gauche  ou  de  gauche  à 
droite  et  formant  un  double  acrostiche.  Dans  la  qua- 
trième homélie  tous  les  mots  se  terminent  par  la 
lettre  olaf;  les  strophes  doublement  acrostiches  com- 
prennent quatre  vers  de  sept  syllabes.  En  sens  inverse 
H  n'y  a  pas  un  seul  olaf  dans  la  quinzième  homélie, 
composée  également  de  strophes  doublement  acros- 
tiches de  quatre  vers  de  sept  syllabes;  de  plus,  il  y 


72  J'UILLET^AOÛT  1897. 

a  une  rime  unique  en  an  ^  La  sixième  homélie  est 
écrite  en  vers  de  sept  syllabes  qui  deviennent  des 
vers  de  six  syllabes,  si  Ton  retranche  dans  chacun 
d  eux  un  mot  écrit  en  rouge  et  qu*on  peut  supprimer 
sans. que  le  sens  soit  modifié  ;  cest  une  poésie  acros- 
tiche avec  la  même  rime  pour.tous  les  vers.  Dans  ia 
vingt  et  unième  homélie. tous  les  vers  contiennent 
les  2.2  iettres  de  lalphabet,  ni  plus  ni  moins;  :  ce 
sont  des  vers  acrostiches  de  douze  syllabes.  >  AïK  • 
nombreuses  variétés  prosodiques  que  ses  devanciers 
lui  avaient  léguées,  Ebedjésu  ajouta  encore  de  nou- 
velles subtilités  qu'il  créa  à  limitation  de  Hariri  ^. 

Nous  terminons  cette  notice  sur  la  poésie  de  ia 
décadence  par. la  mention  d'une  autre  œuvre  aussi 
bizarre,  mais  à  un  titre  différent.  C'est  un  poème 
sur  Rabban  Hormizd,  le  fondateur  du  couvent  nés-, 
torien  d'Alqosch.  L'auteur  du. poème,  un  moine  de 
ce  couvent,  .du  nom  de  Sergis,  n'a  pas  indiqué 
l'époque  à  laquelle  il  vivait,  mais  ce  n'est  pas  lui 
faire .  injure  que  de  descendre  son  œuvré  au 
xvif  siècle^.  Ce  poème  en  vers  de  douze  syllabes  est 

^  Gomp.  une  poésie  d'Elias  bar  Schinâyâ,  également  sans  olaj 
et  avec  la  rime  unique  an /dans  ie  Liher  thesauri,  p.  83. 

*  Nous  ne  connaissons  le  Paradis  de  lÉden  que  par  Tédition  du 
P.  Cardahi,  Beirouth,  1889,  qui  ne  renferme  que  les  vingt-cinq 
premières  homélies. 

'  George  d'Alqosch  qui,  selon  le  P.  Gardahi,  mourut  en  1*7 00 -,  , 
est  l'auteur  d'une  poésie  publiée  dans  le  Liber  thesauri,  p.  i3i,  et 
dont  la  facture  rappelle  beaucoup  le  genre  de  Sergis  d'Alqosch.  Le 
poème  de  Sergis  a  été  publié  par  M.  Budge,  The  life  of  Rahhan 
//ormûcf,  Berlin,  i8q4.' 


NOTES  SUR  LA  POÉSIE  SYRIAQUE.  73 

un  long  acrostiche  divisé  en  22  chants  suivant  les 
22  lettres  de  Taiphabet,  non  compris  le  prologue  et 
l'épilogue.  La  rime,  qui  est  la  même  pour  tous  les 
vers  d'un  chant,  est  formée  par  la  lettre  alphabé- 
tique à  laquelle  le  chant  correspond.  Mais  c'est 
moins  la  forme  poétique  du  livre  que  la  langue 
dans  laquelle  il  est  écrit  qui  lui  donne  sa  physiono- 
mie étrange.  Dans  notre  compte  rendu  de  ce  livre, 
dans  le  Journal  a^io^i^a^,  janvier-février  iSgS, 
p.  1 83 ,  nous  disions  :  «  Ce  qui  fait  le  caractère  par- 
ticulier de  l'œuvre  de  Sergis,  c'est  une  recherche 
exagérée  de  mots  inusités,  de  néologismes  d'une  sin- 
gulière audace,  de  locutions  détournées  de  leur  sens 
usuel.  .  • .  .  L'auteur  en  arrive  à  composer  de  véri- 
tables rébus,  dont  on  n'aurait  la  clef  qu'en  feuille- 
tant les  lexiques  de  Bar  Ali  et  de  Bar  Bahloul,  siun 
commentaire  marginal  n'épargnait  au  lecteur  ce  tra- 
vail en  reproduisant  les  gloses .  explicatives  de  ces 
lexiques.  »  Ainsi,  Ëbedjésu  avait  dû,  pour  faciliter 
la  lecture  de  son  Paradis ,  y  ajouter  un  commentaire. 
Le  pâle  éclat  que  les  lettres  syriaques  jetèrent 
pendant  leur  décadence,  brilla  surtout  dans  la  Mé- 
sopotamie orientale  où  les  Syriens  les  moins  éloignés 
du  siège  du  Gouvernement  menîàent  une  existence 
supportable,  d'est  aux  nestoriens  que  nous  devons 
la  majeure  partie  des  compositions  qui  nous  ont 
permis  de  jeter  un  coup  d'œil  sur  la  poésie  syriaque 
de  la  basse  époque. 


74  JUILLET-AOÛT  1897, 

I 

LA  COMPLAINTE  MIMÉE 

ET  LE  BALLET  EN   CORÉE, 


PAR 


,  I 


M.  MAURICE  GOURANT. 


Le  théâtre  se  présente  en  Corée  sous  deux  formes  : 
lune  est  la  complainte  mimée,  Tautre  une  sorte  dô 
ballet.  Comme  on  le  sait,  la  langue  coréenne  "est 
presque  uniquement  iJne  langue  parlée  et  le  petit 
nombre  de  romans  et  de  chansons  qui  sont  écrits 
en  coréen,  sont  destinés  au  peuple  et  aux  femmes; 
la  poésie  coréenne^  la  complainte  {tjap  ka  IHfK) 
comme  les  autres  genres,  est  donc  restée  jusqu'ici 
à  Tétat  rudimentaire  ;  il  est  très  difficile  d'en  dis- 
cerner les  rè^es,  tout  instinctives  et  jamais  formu- 
lées; jai  tâché,  avec  raide  d'im  lettré  coréen,  qui 
se  livrait  pour  la  première  fois  à  une  semblable 
étude,  d'en  préciser  les  principes  et  je  suis  arrivé 
seulement  aux  résultats  suivants  :  on  ne  tient  compte 
ni  de  la  quantité,  ni  du  ton,  ni  de  la  rime;  les  vers 
ont  environ  de  douze  à  vingt  syllabes  ;  chaque  vers 
forme  une  phrase  complète,  tandis  que  la  phrase  en 
prose  s'étend  parfois  sur  plusieurs  pages;  enfin  on 
recherche  les  expressions  imagées  et  gracieuses  très 
souvent  inspirées  des  tournures  poétiques  chinoises. 


LA  COMPLAINTE  MIMÉE  ET  LE  BALLET  EN  CORÉE.    75 

Les  compiaintes  ont  habituellement  pour  «sujet  une 
action  lég^idaîre  ou  anecdotique  :  elles  sont  accom- 
pagnées par  le  tambour  «t  la  flûte,  récitées  sur  un 
ton  de  psalmodie  et  mimées  par  un  ou  deux  acteurs , 
baladin»  qui  mènent  une  existence  nomade  et  ap- 
partiennent aux  derniers  rangs  de  la  poptdation,  à 
tel  point  que  lentrée  de  Séoul  leur  est  interdite. 

Les  ballets  [moa  t|)  ne  sont  pas  rares  au  Palais, 
mais  ils  sont  supprimés  en  temps  de  deuil  et  la  plus 
grande?  partie  de  mon  séjour  à  Sebul  a 'coïncidé 
avec  une  de  ces  périodes;  ils  sont  dansés  par  des 
femmes  qui  forment  une  corporation  spéciale  presque 
héréditaire;  ils  rappellent  des  légendes  nationales  ou 
chinoises;  un  assez  grand  nombre  ont  été  introduits 
de  Chine  à  Tépoque  des  Thang  ou  à  Tépoque  des 
Song;  quelques-uns,  remontant  jusqu*à  la  période 
du  Sin  ra,  sont  accompagnés  de  chants  en  langue 
indigène,  mais,  pour  la  plupart;  laccompagnement 
est  Une  poésie  en  langue  chinoise^.  Les  ballets  popu- 
laires ne  sont  autorisés  à  Séoul  que  le  jour  de  la 
fête  du  Bouddha;  quelques  gens  riches,  à  cette  oc- 
casion, louent  des  baladins,  leur  dûnnent  des  vête- 
ments €Jt  des  masques.  J'ai  assisté  à  une  représeritation 
de  ce*  genre  :  elle  avait  potir  scène  un  endroit  sec  du 
principal  égout  de  la  ville;  le  ruisseau  coulant  droit 
jusqu^aux  murailles,  les  montagnes  qui  ferment  à 
IVst  la  plaine  de  Séoul;  servaient  de  décor;  les  spec- 
tateurâ  étaient  jgroupés  sur  les  beiges  du  ruisseau  et 
sur  les  toits  des  maisons;  l'orchestre,  placé  en  avaht 
de  la  scène,  se  composait  d'un  instrument  à  cordes. 


76  JUrLLET-AOOT  1897. 

d*une  flûte  et  d*un  tambourin  :  ce  dernier  marquait 
une  mesure  à  quatre  temps,  deux  coups  sonores, 
suivis  dun  coup  sec,  puis  d'un  silence.  L*un  des 
acteurs,  avec  un  manteau  bieu  clair,  un  capuchon 
gris,  un  masque  de  nègre,  représentait  un  bonze; 
deux  autres,  avec  le  costume  ordinaire,  avaient  des 
masques  grotesques  de  vieillard  ;  deux  femmes  por- 
taient les  vêtements  coréens,  deux  autres  étaient 
habillées  à  la  chinoise.  L action,  de  texture  très 
lâche ,  était  celle  d'une  farce  grossière  :  un  vieiUard 
a  une  jeune  femme;  il  veut  la  défendre  contre  les 
entreprises  d'un  jeune  homme;  il  est  souffleté  par 
sa  femme  et  cherche  à  tuer  l'amant  qui  s'empare  du 
poignard.  Pas  un  mot  n'était  prononcé,  tout  était 
exprimé  par  la  pantomime;  celle-ci  même  était  très 
brève  et  coupée  de  danses  de  différents  rhythmes 
ayant  un  léger  rapport  avec  la  situation  des  perscm- 
nages.  Le  public  ne  paraissait  que  médiocrement 
satisfait  des  acteurs  et  la  représentation  se  termina 
par  un  échange  de  coups  de  pierres. 

Voilà  tout  ce  que  j'ai  trouvé  de  théâtre  en  Corée: 
peut-être  y  a-t-il  là  le  germe  du  drame  ou  de  la 
comédie;  à  coup  sûr,  ce  germe  manque  de  dévelop- 
pement. Cette  note  semblera,  sans  doute,  un  peu 
brève  :  mais  je  n'ai  prétendu  donner  aujourd'hui 
qu'un  résumé  de  la  question,  réservant  pour  des 
travaux  ultérieurs  les  détails  que  je  possède  sur 
quelques  points  de  ce  sujet  et  que  de  nouvelles  re- 
cherches me  donneront  peut-être  l'occasion  de  com- 
pléter. 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       77 


MÉLANGES 


ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES, 

PAR 

M.   KARPPE. 

(suite.) 


Ex.  I,  4-5.  apy»  Ti"»  '»xs\  absolument  équivalent  à 
lassyrien  [apla  ristam)  tarbit  birkia  («  fils  aîné  »)  «  pro- 
duit de  mes  reins  » ,  voir  Sancherib-Prisme ,  col.  lll, 
1.  63  et  64.  Cette  expression  abonde  dans  les  exordes 
des  Fastes.  On  trouve  aussi  sit  Ubbi  «produit  du 
cœur,  sorti  du  sein  de .  .  .  ». 

V.  1 4.  o^^ih  «  briques  ».  L'Egypte  ne  faisait  cepen- 
dant pas  un  tel  usage  de  la  brique.  Nous  avons  pro- 
bablement ici  un  souvenir  de  la  vieille  Ghaldée,  où 
la  brique  d  argile  battue  était  la  grande  et  presque 
unique  matière  de  construction.  Le  mot  naaS  est 
plutôt  assyrien  qu'hébreu;  la  racine  labana  «  aplatir  » 
(doù  libinla,libittu*  brique  »)  n'existe  qu'en  assyrien. 

Les  Hébreux  firent  de  la  sorte,  du  mode  de  con- 
struction de  leurs  origines,  un  type  immuable. 

II ,  1-10,  rapporte  les  traditions  sur  l'enfance  de 


78  JUILLET-AOÛT  18Q7. 

Moïse.  Voici  une  tradition  semblable  dans  ses  grandes 
lignes,  qui  est  rapportée  sur  Sargou  I(iii  R.,  4,  7)  : 
Sarrakin  sarrii  dauna  scar  Aga-m  anaku  ammi  enitam 
abi  al  idi  aha  abia  irami  sadd  mkhazi  Azapirani  sa 
ina  ahi  Paratta  sakna  irama  ammns  enituiri  ina  p^zri 
ulidanhi  iskandnni  ina  kappi  êa  suri  itik  idda  bâbi'ipid 
idanni  ana  nari  sa  la  elia  issanni  naras  ana  eti  Akki 
nak  me  abi  lanni  Akki  aak  na  ina  hiip ...  {i  (?)  la  {?) 
asilaani  Akki  nak  me  ana  marati  arabanni  Akki  nak 
na  ana  zikar-kira-ti  lu  (?)  iskunanni  ana  [ina)  zikarki'- 
rutia  Istar  lu  iramanni . , .  sanati . . .  sarruta  lu  epas . ... 
«Sargou,  roi  puissant,  roi  d'Agane  moi.  —  Ma  mère 
était  de  naissance  princière,  mon  père  inccHmu, 
tandis  que  le  frère  de  mon  père  habitait  la  mon- 
tagne. Ma  ville  est  Azupiranu ,  sise  au  bord  de  l'Eu* 
phrate.  Ma  mère,  de  race  princière,  me  mit  au  jour 
en  secret.  .Elle  me  posa  dans  une  boîte  de.(?),  en 
ferma  et  afifermit  louverture  au  moyen  de  poix. 
Elle  me  jeta  dans  le  fleuve  qui  n'était  pas  très  abon- 
dant (?).  Le  fleuve  m'entraîna  et  m'apporta  à  Akki, 
le  puiseur  d'eau.  Akki,  le  puiseur  d'eau,  me  lira  au 
bord(?);  Akki^  le  puiseur  d'eau,  m'éleva  jusqu'à- la 
jeunesse;  Akki,  le  puiseur  d'eau,  fit  de  moi  un  jar^ 
dinier;  pendant  que  j'exerçais  ma  fonction,  Istar  me 
fut  favorable.  ....  d'années  j'ai  exercé  la  souverai- 
neté   ».         .    .        ' 

^  La  elia  signifie  peut-être  que  le  fleuve  ne  poundt  prendre. le 
dessus  (élu)  y  ne  pouvait  submerger  la  bojte. 

*  Hi-ip  [hipu)  «côté,  bordi  est  clair;  le  contexte  est  assez  ob- 
scur. .  i 


MÉLANGES  ASSYRIOLOÔIQUES  ET  BIBLIQUES.       79 

Malgré  les  di£Pérences  et  les  lacunes,  la  parenté 
de  cette  légende  avec  celle  de  Moïse  est  évidente;  t 

III ,  I ,  «  montagne  d'Élohim  » ,  c  est-à-dire  sur  la- 
quelle réside  Elohim ,  voir  Ex. ,  18,  i5, 1  R.,  19,8; 
c  est  une  espèce  d'Olympe  sémitique ,  c  est  là  que  le 
Décalogue  est  promu%ué.   •      ' 

Ex.j^ch.  19  et  ao.  «^Cest  sur  son  sommet  que 
Moïse  va  chercher  les  tables  de  la  loi  »,  puis  33',  3  ; 
«  Jahvé  vient  du  imont  Paran  ».  Pour  la  raôe  s^émi-^ 
tique,  originaire  de  la  plaine  babylonienne,  la  mon- 
tagne est  un  phénomène  frappant  et  le  sommet  ne 
peut.éire  habité  que  par  les  dieux.  Les  Hébreux 
^nportèrent  de  Ghaldée  la  notion  d*une  montagne 
détemiinée  aslsignée* au< séjour  des  dieux,  et,' arrivés 
en  Palestine;  ils  étendirent  cette^notion  à  beaucoup 
de  montagnes/  -       .         '•  .        . 

Nous  verrons  comment  les  ideux  mythes,  nés  enf 
Babylonie  dan^  leur  ciâdre  Véritable,  trbiïvèi'èht  à  se 
loger  en  Canaan;  Dous<  verrons  i'imaginiation  popu- 
laire se  contenter  desà-peu-près  les  plus  fantastiques 
pour  pouvoir  localiser  ses  traditions.  Mais  liWitici- 
pons  pas.  -  '      : 


.i\ 


V.  1 5 .  "nt  iih  '»'nDT  HT  ;  traduire  le  mot  "ot  par  son 
sens  habituel  ;  «  âouvènir  »  ne  donnerait  pas^beaucoup 
de  sens.  Il  faut  prendre  le  mot  dans 'son  acception 
première,  telle  qu'elle  existe  en  assyrien  dans  le 
mot  zikran  «  mention,  appellation  »,  tout  à  fait  syno- 
nyme de  jama  «nom».  C'est  ahiA  que  le  mot  se 


80  JUILLET-AOÛT  18g7. 

trouve  dans  notre  vers,  en  parallélisme  avec  op .  De 
même,  Ps. ,  3o ,  5 ,  il  faut  traduire  :  «  Rendez  grâce 
au  nom  de  sa  sainteté»;  voir  aussi  Elx.,  20,  2^; 
Is. ,  63 ,  7.  L'idéogramme  assyrien  ma  se  lit  à  la  fois 
samu  et  zikrun.  IV.  24,  v. 

V.  3.  2in2  1K  1212  uy^s.'*  }6c  De  crainte  que  Jahvé 
ne  le  frappe  de  la  peste  ou  du  glaive  »•  La  peste  et 
le  glaive  sont  des  armes  aux  mains  de  Jahvé.  Ail- 
leurs, dans  Jérémie,  21,  7;  2a,  10;  27,  .17,  nous 
trouvons lexpression  plus  complète  de  «  g^ve,  peste 
et  famine».  Voir  aussi  Ézéch..,  5,  12;  7,  i5;.28:, 
23  ;  33 ,  12,  où  3")n  est  remplacé  par  D*i  «  sang  ».  Jl 
ne  faut  pas  considérer  ces  expressions  comme  signi- 
fiant simplement  que  Jahvé  suscite  la  guerre,  les 
maladies  et  la  stérilité,  pour  frapper  des  ennemis.. 
Ce  nest  pas,  en  tout  cas,  le  sens  primitif.  Dans  la 
théophanie  de  Habacuc,  chap.  3,  nous  lisons  au 
V.  4  vbyib  f\vi  xn  121  ^S'»  v^vh  «  Devant  lui  marche 
la  peste  et  ^Dn  éclate  sous  ses  pieds  »;  v\}0"),  qui  si- 
gnifie proprement  «  chaleur  ardente  »,  est  ici  en  pa- 
rallélisme avec  ")3l  et  signifie  «  la  chaleur  ardente., 
fiévreuse,  et  féconde  en  peste».  Ce  sens  est  incon- 
testable dans  Deut.,  32,  2^,  ^e^i  ^Dn^  «ceux  qui 
sont  dévorés  par  la  peste  »  (voir  le  contexte).  Jahvé 
apparaît  donc  dans  cette  manifestation  comme  un 
Nergai  biblique.  Nergal,  parmi  d  autres  fonctions 
multiples,  préside  aux  fortes  chaleurs  du  soleil,  au 
méridien  et  au  soleil  caniculaire ,  partant  à  la  peste: 
m  R.,  60^  1 13,  Nergai  ikkal  mutane  ina  mat  nakri 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       81 

ibasa  «  Nergal  dévorera ,  des  pestes  séviront  au  pays 
des  ennemis»  (comp.  Ezéch.,  yi,  i5).  De  même, 
ni  R. ,  61,  5  7-58 ,  kalbe  imatu  Nergal  nisi  ikkal  «  les 
chiens  mourront  (rage),  Nergal  mangera  les  hom- 
mes ».  Voici  un  texte  tout  à  fait  similaire  de  notre 
texte  biblique,  dans  lequel  sont  réunis,  avec  le  feu, 
Tépée ,  la  peste  et  la  famine  : 

Ina  pairi  Ninib  hanta  [mikit  isati?)  hnsalihi  lipit 
lira  akatta  napsatsan  «  par  le  glaive  brûlant  de  Ninib 
(par  le  feu),  par  la  famine,  par  Tattouchement  de 
Ura,  je  mettrai  fin  à  leur  vie».  (Ura  est  probable- 
ment un  nom  de  Nergal ,  en  tant  que  dieu  spécial  de 
la  peste.  )  —  Enfin  voici  un  dernier  exemple  tiré  de 
la  Bible  :  n  Sam.,  2^,  i4-i6,  David  ayant  choisi  la 
peste  entre  les  différents  châtiments  que  Jahvé  lui  a 
proposés,  fange  de  Jahvé  vient  fapporter  et  sévir 
parmi  le  peuple.  Quelques  assyriologues  lisent  même 
dans  le  récit  du  déluge,  col.  II,  45,  le  nom  propre 
Dibbaraf  et  nous  aurions  ainsi  une  divinité  même 
appelée  ")3i . 

De  même  pour  fépée  de  Jahvé ,  le  sens  postérieur 
a  été  :  «  Jahvé  suscite  la  guerre ,  le  glaive  des  enne- 
mis», dont  il  fait  en  quelque  sorte  son  propre 
glaive;  mais  tel  n'a  pas  été  le  sens  primitif.  Dans 
Deut.,  32 ,  ^l  et  42 ,  '»3")n  pi3  ^m:t2;  dk  «  si  j'aiguise 
réclair  de  mon  épée  »  et  ")t?3  b^i^:)  '»3")n  «  mon  épée 
dévore  la  chair  » ,  il  s'agit  bien  du  glaive  aux  mains 
de  Jahvé,  appellation  ou  de  la  foudre,  ou  de  Téclair 

synonyme  de  "^sn  «  flèches  »  que  nous  trouvons  en 
parallélisme  dans  le  même  verset  4  2 ,  et  que  nous 

X.  6 


82  JUILLET-AOÛT  1897. 

avons  expliqué  ailleurs  par  éclairs  ».  Quand  Jérémie, 
47,6,  s'adresse  à  Tépée  de  Jahvé  et  lui  dit  :  n^tc  ly 
"•DT!  '•yain  Tiyn  Sk  ^ddkh  '•opern  k^  «  jusquà  quand 
ne  t'arréteras-tu  pas?  rentre  dans  ton  fourreau,  re- 
pose-toi, fais  silence  » ,  il  entend  bien  parier  de  la 
guerre,  comme  animée,  excitée  par  Tépée  de  Jahvé; 
Ezéchiel,  21,  1 3-25 ,  1  epée  de  Jahvé  a  été  donnée 
à  aiguiser,  afm  quelle  fasse  un  grand  carnage,  afin 
quelle  frappe  à  gauche,  à  droite,  sons  relâche;  c'est 
encore  Tépée  de  Jahvé  qui  s  avance  en  tête  de  toutes 
les  épées  du  roi  de  Babel;  Is.,  34,  5,  est  clair  :  ^a 
T)n  onK  Sy  n^n  ^ain  o^Dcra  nnn  «  Car  mon  épée ,  au 
ciel,  se  gorge,  et  voici,  elle  descend  sur  Edom  »,  et 
V.  6,  répée  de  Jahvé  est  remplie  de  sang.  Ezéchiel, 
3o,  25  («Ils  sauront  que  je  suis  Jahvé»)  «lorsque 
je  remettrai  mon  épée  aux  mains  du  roi  de  Babel  »; 
enfin  Nombres,  22-23,  fange  qui  se  présente  à 
Balaam ,  5 ,  1 3 ,  1 4 ,  fange  qui  se  présente  à  Josué 
ont  tous  deux  fépée  de  Jahvé.  —  Jahvé,  armé  de 
f  épée ,  a  encore  absorbé  en  lui  plusieurs  divinités 
babyloniennes  armées  ou  du  glaive  ou  de  la  lance  « 
et  en  particulier  Nergal,  qui  est  également  dieu  de 
la  guerre  et,  en  cela,  armé  d'une  épée  sukuda;  con- 
sidéré comme  dieu  de  la  guerre,  Nergal  est  rendu 
par  l'idéogramme  ►  ►  J —  ^»^  Jj  ,  qui  signifie  «  dieu 
à  épée  »,  voir  m  R.,  67,  70,  c'est-à-dire  Ninib  aussi 
est  armé  de  la  lance  et  de  l'épée  et  préside  à  la  cha- 
leur de  certaines  heures  de  la  journée.  A  la  base  de 
toutes  ces  conceptions ,  il  faut  chercher  des  phéno- 
mènes atmosphériques ,  soit  la  chaleur,  soit  f  édair. 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BffiLIQUES.       83 

soit  la  tempête.  Peut-être  cette  origine  se  laisse- 
t-elle  encore  surprendre  dans  Tassociation  des  mots 
3*în  pna  «éclair  de  l'épée»,  ann  Vinb  «chaleur  brû 
lante  de  Tépée»,  voir  Gen.,  3,2/1;  Deut.,  Sa,  4i; 
Ezéch.,  2  1,  i5;  Nahun,  3,3;  Job,  89,  23.  Nous 
aurons  une  meilleur  occasion  pour  revenir  plus 
longuement  sur  les  divinités  guerrières  de  la  Baby- 
lonie  en  comparaison  avec  Jahvé. 

V,  IX,  7.  a^  133^  «  Il  appesantit  le  cœur  de  »  (voir 
aussi  Zach.,  7,  1 1;  Is. ,  6,  10;  cest  lassyrien  ikbuad 
Ubbasanu  ana . . . ,  avec  la  nasie  belti  tibsa  ikbuad  «  il 
endurcit,  appesantit  son  cœur  pour  ne  pas  payer 
tribut  ». 

V.  9-28.  m^tp,  le  tonnerre  est  appelé  les  «  voix  de 
Elohim  »,  voir  Ex. ,  1 9  ;  1 6 ,  20 ,  1 8  ;  i  Sam.  ,12,  17, 
i8;  Job,  28,  20;  35,  2 5 ;  voir  tout  le  Psaume  29. 

V.  xm,  i5.  ^^i^y  {'•a  niDûio^i  in^  h:f  nw^  «  signe 
sur  sa  main  et  bandeaux  entre  tes  yeux  ».  De  même 
Deutér. ,  6 ,  8 ,  «  Tu  attacheras  ces  paroles  comme 
un  signe  sur  ta  main  et  comme  des  bandeaux  entre  tes 
yeux  »;  la  racine  tatapu,  inusitée  en  hébreu,  existe  en 
assyrien,  avec  le  sens  de  «entourer,  bander»  (voir 
II  R.,  23,  2,  3  c).  La  métaphore  signifiant,  dans  la 
suite,  «avoir  des  paroles»,  ou  «préceptes  toujours 
présents  dans  sa  main,  sous  ses  yeux»,  doit  être 
prise  originellement  à  la  lettre;  elle  vient  de  l'habi- 
tude qu  avaient  les  Babyloniens  d'écrire  certaines 

6. 


84  JUILLET-AOÛT  18Q7. 

paroles  magiques,  formules  dlmprécation  ou  de 
guérison  sur  deux  bandes,  une  en  étoffe  blanche, 
l'autre  en  étoffe  noire.  .Ces  bandes  tenaient  lieu  de 
talismans  que  Ton  appliquait  sur  les  mains  ou  sur  ié 
front.  Elles  étaient  surtout  en  usa'ge  contre  ce  qu^on 
appelait  le  démon  du  mal  de  tête  ou  de  la  fièvre , 
Voir  nR.,  pi.  l8^  18*  formule. 

XIV,  60.  «Jahvé  combattra  pour  nous»  est  à 
prendre  à  la  lettre.  «  Jahvé  descendra  et  frappera 
dans  les  rangs  ennemis»,  voir  même  chap.,  v.  26, 
cbap.  i5,  3.  Jahvé  est  appelé  riDn^D  C^^K  «homme 
de  guerre  » ,  et  cette  poésie  est  une  des  plus  vieilles 
de  la  Bible.  Voir  aussi  Jos.,  10,  iti;  10,  42;  Né- 
hémie,  4,  i4;  Ps.  nlx,  6,  Jahvé  est  appelé  l^'22 
non^D  «  im  béros  de  guerre  ».  Le  terme  mn^  niDn^D 
de  Nomb.,  21,  lA;  i  Sam.,  18,  17;  28,  28,  doit 
être  interprété,  à  mon  sens,  non  par  «guerre  entre- 
prise pour  Jahvé,  mais  par  Jahvé  ».  Chez  les  Babylo- 
niens, Nergal,  le  dieu  de  la  guerre,  est  de  même 
appelé  kanadUf  équivalent  exact  de  ina  «héros» 
(iv  R.,  26,  2  a),  et  le  nom  a  même  passé  à  la  pla- 
nète Mars  qui  le  représente  »  (n  R. ,  48 ,  53  a-6  ;  V  R. , 
3i,  3 ,  i3-i4). 

V.  27.  'î:n'»ic^  «La  mer  retourne  à  son  jn^K  »  : 
d'après  de  que  nous  avons  dit  sur  le  mot  lir»»,  le 
sens  est  bien  ici  :  «  la  mer  retourne  à  son  ht  antique, 
retourne  à  son  cours  normal».  Voir  sur  Gen.,  4 9, 
24. 


MÉLANGES  ASS  Y  BIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       85 

XV,  5.  Le  mot  mDinn  avec  Je  sens  de  «  flots  »  est 
tout  à  fait  abusif f  Torigine  étant  Dinn  «abîme  cos- 
mique »  ;  de  là ,  le  sens  a  passé  à  celui  de  «  mer  ter- 
restre »,  puis  «  flots  »;  dans  la  vieille  langue,  le  mot 
n  est  jamais  employé  au  pluriel.  Or,  comme  le  mor- 
ceau poétique  qui  va  de  1 5 ,  i  à  1 7,  est  d  un  caractère 
plutôt  archaïque,  il  faudrait  peut-être  lire  Tihamat 
et  non  Tehomotf  et  nous  aurions  là  un  souvenir  du 
Ti'amat  babylonien.  Le  pluriel  du  verbe  au  v.  8  ne 
prouve  rien;  avant  la  fixation  massorétique,  rien  ne 
distingue  le  singulier  du  pluriel;  KDp  peut  être  lu 
XDp  aussi  bien  que  iKDp^. 

V.  1 1 .  Rappelle  absolument  ce  que  nous  trouvons 
dans  un  bymne  à  Marduk,  iv  R. ,  9  :  ina  ilâni  ahika 
inahiri  ul  tisi  «  Parmi  les  dieux  tes  frères ,  tu  n  as  pas 
de  semblable»,  et  mieux  encore  iv  R.,  26,  A,  1.  7, 
belam  ata  zirat  manu  Ûananaka  «  Ô  Seigneur,  tu  es 
grand,  qui  est  égal  à  toi  ?  Ce  qui  rend  cet  hymne  à 
Marduk  particulièrement  intéressant,  c'est  quon  y 
démêle  plusieurs  traits  encore  qui  rappellent  le  chant 
de  la  mer  Rouge.  Ainsi,  1.  3,  ana  tamtim  asarma 
tamtiin  sa  (jaltai  «  Je  regarde  du  côté  de  la  mer,  mais 
la  mer  se  contracte  (ou  se  retire)»,  et  1.  5-6,  ana 
agi  barati  asarma,  ainat  Mardak  asuraka  idalah  «je 
me  tourne  vers  la  crue  de  TEuphrate,  mais  la  pa- 
role de  Marduk  a  troublé  son  lit  ».  Ne  dirait-on  pas 
que  cet  hymne  célèbre  des  événements  semblables  à 
ceux  que  chante  le  chant  de  la  mer  Rouge  .^  Ces 
événements  seraient  devenus  comme  un  thème  de 


86  JUILLET-AOÛT  1897. 

poésie  immuable,  comme  un  cadre  tout  prêt  pour 
des  événements  ultérieurs.  Le  Psaume  1 1 4  >  ^i 
chante  le  Passage  de  la  mer  Rouge  et  celui  du 
Jourdain,  donne  bien  l'impression,  surtout  la 
deuxième  partie,  d'une oantilène  chantée  depuis  des 
siècles  : 

La  mer  vit  et  fnit,  le  Jourdain  recula 

Qu*as-tu ,  6  mer  pour  fiiir,  et  toi  Jourdain ,  pour  reculer  ? 

V.  1  o.  «  Tu*  as  soufflé  avec  ton  souffle  ».  La  tem- 
pête «  le  vent  sont  le  souffle,  Thaleine  de  Jahvé. 
Nomb. ,  11,  3 1 ,  «  le  vent  qui  apporte  les  cailles  vient 
de  chez  Jahvé»,  voir  Gen.,  1-2;  Is.,  ào,  7  et  i3, 
Ps. ,  1  o4 ,  3  «  le  vent  sert  de  support  à  Jahvé  >*  Jahvé 
s  avance  sur  les  aUes  du  vent,  ce  qui  semble  une 
notion  différente  de  la  précédente.  Ps.,  i35,  7,  le 
veot  a  sa  demeure  fixe ,  le  magasin  dans  lemiel  Jahvé 
renferme,  et  dont  il  le  fait  sortir»  comme  Ëoie.  Voir 
aussi  Jérémie,  10,  1 3  ;  Âmos,  4 ,  1 3 ,  Jahvé  crée  le 
vent.  Ainsi  le  vent  est  tantôt  considéré  comme  le 
souffle  de  Jahvé,  tantôt  comme  un  phénomène  en 
dehors  de  lui  et  créé  par  lui,  dont  il  fait  son  instru- 
ment, son  messager^ 

La  seconde  conception  est  plus  vieille  que  la  pre- 
mière. Jahvé  étant  le  seul  dieu,  le  vent  ne  peut  être 
sous  la  puissance  dun  autre  et  doit  être  Tinstrument 
docile  de  sa  volonté;  même  dans  certaines  concep- 
tions, le  vent  est  son  souffle  ou  le  soutien  de  ses 
pas,  comme  le  tonnerre  est  sa  voix,  comme  la  nuée 
est  le  pan  de  son  manteau. 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       87 

V.  1 1 .  Les  eaux  majestueuses,  avec  cette  nuance 
que  TiiK  signifie  «majesté  auguste,  terrible»,  Ps. , 
8,  2  et  10;  Is.,  10,  34;  Mikha,  2,8;  Zachar.,  1 1, 
i3;  surtout  Ps.,  gS,  Ix.  Ce  sens  rentre  bien  dans 
ridée  que  les  Hébreux,  comme  les  Babyloniens  et 
tous  les  Sémites,  à  Texception  des  Phéniciens,  se 
faisaient  de  la  mer,  et  il  y  survit  peut-être  quelque- 
chose  de  la  vieille  terreur  inspirée  par  Tiamat. 


XVI.  1  |''D,  Sin.  La  région  du  Sinaï  inspira  de 
tout  temps  un  culte  aux  nomades  qui  campaient 
dans  les  parages.  M.  Renan  et  d'autres  voyageurs  en 
ont  exprimé  Taspect  saisissant.  Nous  savons  qu'un 
des  plus  anciens  cultes  de  la  Babylonie  fut  le  culte  * 
de  Sin  en  vogue  surtout  à  Ur,  pendant  l'hégémonie 
de  cette  ville.  Dans  la  suite ^  le  culte  de  Sin,  sans 
avoir  la  même  importance,  resta  toujours  le  dieu 
local  de  Ur.  Il  fut  aussi  l'objet  d'une  adoration  inin- 
terrompue à  Harran.  Si  l'on  considère  que  Ur  est 
précisément  la  dernière  station  connue  des  Bene 
Israël  en  Babylonie,  si  l'on  considère  d'autre  part  que 
Harran  fut  aussi  un  de  leurs  séjours  favoris,  on  peut 
supposer  sans  trop  de  témérité  que  le  culte  de  Sin 
fut  un  de  ceux  qui  leur  tint  le  plus  à  cœur.  Cette 
supposition  est  d'autant  plus  légitime  que  beaucoup 
de  conceptions  affectées  dans  la  suite  au  culte  de 
Jahvé  ne  s'expliquent  que  par  la  mythique  de  Sin  et 
du  Sin  babylonien  comme  nous  le  verrons.  Il  est 
donc  possible  que  les  Hébreux,  dans  leurs  migra- 


88  JUILLET-AOÛT   1897. 

tions  nomades ,  aient  localisé  ce  culte  dans  la  région 
appelée  depuis  Sin. 

Ch.  XVII  ,11.  Moïse ,  levant  la  main ,  enti^aine  par 
ce  mouvement  le  triomphe  dlsraël  sur  Amalek.  Voir 
aussi  Nomb.,  i5,  3o;  Dent.,  32,  27;  Ps.,  118, 
16  et  17,  surtout  ce  dernier  exemple  :  «La  droite 
de  Jahvé  est  levée,  la  droite  de  Jahvé  fait  la  victoire  ». 
Voir  aussi  lexpression  si  fréquente  de  n'^^}ûi  :?nî 
«bras  tendu»,  Ex. ,6,  6;  Deut. ,  4,  34;  Deut. ,  9, 
29;  I  R. ,  8,  42;  Ps. ,  i36,  12;  Is.,  5,  25;  etc.. . 
Dans  notre  passage  Jahvé  se  fait  représenter  dans 
cette  attitude  par  Moïse.  Nous  trouvons  quelque 
chose  de  semblable  dans  m  R. ,  i5,  col.  I,  22-28, 
iilstar  belitkabli  tahazi  raimat  sangatedida  tazizma 
kasatsunu  tasbir,  tahazasuna  raksa  taptarma*  Istar 
«^souveraine  des  batailles,  qui  aime  mon  sacerdoce, 
éleva  les  mains,  brisa  leur  arc,  rompit  leur  rang». 

Ch.  XIX ,  18.  Vi<2  Jahvé  se  manifeste  daiïs  le  feu. 
Nous  considérons  ici  le  feu  en  lui-même  et  non 
comme  un  synonyme  de  Téclair.  «  Le  feu  réside  au- 
près de  Jahvé  » ,  Lévit. ,  9 ,  2  4  et  1  o ,  2 .  «  Le  feu 
sortit  de  chez  Jahvé  » ,  voir  aussi  Nomb. ,  11,  1  ; 
Deut.,  33,  2.  «A  sa  droite  est  le  feu»,  i  R.,  18, 
38;  19,  12.  Dans  la  vision  d'Elie,  parmi  les  mani- 
festations précédant  Jahvé,  figure  le  feu,  Ps.,  5o, 
3  et  97,  3.  «Le  feu  marche  devant  lui»,  Is. ,  66, 
i5,  «voici,  Jahvé  vient  dans  le  feu  »;  dans  la  théô- 
phanie  d'Ezéchiel,  ch.    1,  27,  Jahvé  est  enveloppé 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       89 

de. feu.  «  Le  ciel,  séjour  de  Jahvé,  est  le  séjour  du 
feu»  II  R.,  1,  1 G  et  12.  Le  feu  dont  les  prêtres 
doivent  faire  un  si  grand  usage  (Lévit. ,  passim)  re- 
présente ce  feu  céleste.  Lévit. ,  6 ,  7  «  Un  foyer  doit 
être  entretenu  sans  cesse  sur  lautel  de  Jahvé», 
Il  Sam. ,  22,9  nous  ramènent  encore  plus  près  de 
la  vieille  conception. 

liDD  nyn  n^bn}  ^dkd  t»dd  :î;k  «  Un  feu  de  sia  bouche 
dévore,  des  charbons  ardents  jaillissent  de  lui»,  et 
surtout  Deut.,  k,  2/1,  îcn  nV^ix  e;K  ^^^^K  mn"» 
«Jahvé,  ton  dieu  est  un  feu  dévorant»,  c'est-à-dire 
Jahvé  et  le  Soleil  ne  font  qu'un,  ou  Jahvé  et  l'éclair 
ne  font  quun,  le  Soleil  c'est  Jahvé  se  manifestant 
sous  la  forme  ignée,  voilà  la  conception  antérieure 
elle-même,  déjà  une  modification  du  polythéisme 
qui  fait  de  lî^K  un  dieu  particulier,  puissance  rivale 
ou  au  moins  égale  de  Jahvé.  Le  feu  brûlant  en  un 
foyer  constant  sur  l'autel,  c'est  Jahvé  lui-même  dé- 
vorant les  victimes  qu'on  lui  offre.  D'autre  part,  le 
feu  ne  se  confond  pas  avec  Jahvé,  mais  est  son 
représentant.  11  règne  évidemment  une  certaine  con- 
fusion dans  ces  conceptions ,  due  aux  deux  phéno- 
mènes absolument  différents  :  les  rayons  du  soleil 
et  la  flamme  de  l'éclair.  Il  est  permis  de  penser  que 
chaque  fois  que  Jahvé  est  identifié  avec  le  feu,  la 
base  de  cette  conception  est  le  Soleil ,  constant  dans 
son  apparition,  manifestation  ininterrompue  de 
Jahvé ,  et  chaque  fois  que  le  feu  est  considéré  comme 
un  messager  accidentel,  occasionnel,  la  base  de  la 
conception  est  l'éclair,  phénomène  iîjconUaiit. 


90  JUILLET-AOÛT  1807. 

Ch.  XX,  4.  Nous  renvoyons  au  développement 
général  sur  la  cosmologie.  Disoiis  seulement  que, 
par  cette  triple  spécification ,  le  ciel  en  haut ,  la  terre 
en  bas,  les  eaux  sous  la  terre,  le  narrateur  entend 
évidemment  l'univers  entier,  puisque  aucune  idole, 
où  qu'elle  soit,  ne  doit  subsister  à  côté  de  Jahvé. 
Cette  décision  cosmique  paraît,  delà  «orte,  ime  for- 
mule stéréotypée,  datant  d'une  haute  antiquité, 
contemporaine  des  premières  conceptions. 

Ch.  XXIV.  1 6.  Le  nsD  de  Jahvé  résida  sur  le  mont 
Sinaï.  Il  ne  faut  pas  donner  au  mot  1133  ie  sens 
vague  de  «  splendeur,  majesté  de  Jahvé  »,  mais  d*une 
manifestation  précise  telle  qu'il  résuite  de  Ex.,  i6, 
•y,  lo;  Lévit.,  9,  6;  Nomb.,  i4,  ^i\  Is.,  35,  a; 
4o ,  5  ;  Ezéch. ,  10,  4 ,  1 8  ;  43,2;  Ps. ,  26,8.  Rien 
nest  plus  frappant  que  Ex.,  33 ,  18-23  :  Moïse  dit 
à  Jahvé  :  «  De  grâce,  montre-moi  ta  n3D. . .  ».  Jahvé 
répond  :  «Tu  ne  peux  pas  voir  ma  face,  aucon 
homme  ne  peut  la  voir  sans  mourir .  . .  Mais  place- 
toi  sur  le  rocher  et,  tandis  que  mon  nl3D  passera,  je 
te  couvrirai  de  mes  mains .  .  .  Puis  je  les  enlèverai 
et  lu  verras  mon  dos .  .  .  mais  ma  face  ne  doit  pas 
être  vue.  »  Le  iidd  semble  donc  ne  faire  qu'un  avec 
la  face  de  Jahvé.  Seulement,  par  une  extension  lo- 
gique, le  ll^D  se  détacha  de  Jahvé  et  devint  comme 
une  espèce  de  double  résidant  partout  où  existe  son 
culte,  dans  chaque  sanctuaire,  sur  chaque  autel 
comme  chez  les  Babyloniens  avec  chaque  statuette, 
chaque  figurine,  chaque  tahsman. 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       91 

Ch.  XXV.  18-2 a.  D^aiD  Kerubim.  Ici  les  Keroiibim 
nous  apparaissent  des  deux  côtés  du  couvercle  de 
larche,  debout,  se  faisant  face,  les  ailes  dressées  de 
manière  à  en  couvrir  le  couvercle.  C'est  là,  entre 
eux,  que  Jahvé  se  manifestera.  Les  Keroubim  ont 
donc  ici  un  double  rôle  :  ils  gardent  Tarche  sacrée 
renfermant  les  tables  de  la  loi,  et  ils  sont  le  lieu  de 
résidence  de  Jahvé.  Jahvé  apparaîtra  en  haut  du 
couvercle,  entre  les  deux  Keroubim.  Les  Keroubim 
jouent  leur  rôle  de  gardiens,  en  quelque  sorte  dieux 
pénates,  dans  Gen.,  3,  ili,  où  ils  sont  armés  d'une 
épée  flamboyante  et  gardent  le  chemin  qui  conduit 
à  larbre  de  vie.  De  même  dans  Ëzéch.,  28,  i3-i4, 
les  Keroubim  semblent  figurer  par  comparaison  avec 
le  rôle  quils  jouent  dans  TEden  comme  gardiens 
des  pierres  précieuses.  C'est  parce  que  Jahvé  se  ma- 
nifeste auprès  de  Keroubim  qu'il  est  souvent  appelé 
dans  la  Bible  D'»D*î3n  2V\  Voir  n  R. ,  19,55  ;  iChron., 
1 3 ,  t)  ;  Is. ,  87,  1 6  ;  Ps. ,  80 ,  îi  ;  voir  surtout  i  Sam. , 
/i ,  /i  ;  Il  Sam.  ,6,2.  Nous  trouvons  les  Keroubim  chez 
les  Égyptiens  et  chez  les  Babyloniens  ;  seulement  le 
groupe  biblique  qui  nous  occupe  est  assyrien  et  non 
égyptien.  Les  Égyptiens  rapprochent  les  figures  en 
les  présentant  dos  à  dos ,  tandis  que  les  Assyriens 
les  présentent  de  front.  De  plus ,  les  ailes  des  groupes 
égyptiens ,  du  scarabée ,  du  sphinx ,  sont  ou  étendues 
ou  repliées  et  rabattues  par  l'extrémité  vers  le  sol; 
ce  n'est  qu'en  Assyrie  que  nous  trouvons  des  ailes 
dressées  et  se  rapprochant,  par  leur  courbe  supé- 
rieure, de  la  tête  de  l'animal.  Mais  il  n'y  a  pas  que 


92  JUILLET-AOOT  1897. 

la  forme  qui  fait  penser  aux  Babyloniens- Assyriens. 
Nous  trouvons  chez  eux  le  même  rôle  de  gardien 
dévolu  à  des  tauraux  ailés,  à  figure  humaine,  ap- 
pelés sida  damka,  lamassa  habuy  ulpu,  remu,  et  postés 
aux  grandes  portes  d'entrée  des  palais  et  des  temples. 
M.  Lenormant  croit  même  avoir  trouvé  sur  un  mo- 
nument talisman  unique  de  la  collection  De  Clercq 
le  terme  kirab  «  écrit  »  phonétiquement  ki-ra-bu,  et  cela 
à  la  place  du  mot  sed^  qui  se  trouve  sur  les  autres 
exemplaires  du  même  talisman.  De  plus,  le  second 
rôle  des  Keroubim,  comme  siège  ou  porteurs  de 
divinité,  apparaît  également  dans  iv  R. ,  2  c  (voir 
aussi  IV  R. ,  1 ,  9 ,  1  o ,  où  les  sept  génies  sont  identi- 
fiés à  des  tauraux  et  surnommés  gazala  sa  ilani 
«porte -trône  des  dieux».  M.  Lenormant  {Orig.  de 
l'hist,  p.  1  19)  attire  fattention  sur  un  cylindre  qui 
porte  la  figure  suivante  :  Un  bateau  sur  lequel  se 
trouvent  deux  tauraux  ailés,  à  figure  humaine;  ces 
tauraux  portent  un  trône  sur  lequel  siège  la  divi- 
nité ...  ;  derrière  le  trône  s'avance  un  homme  re- 
vêtu d  un  costume  de  prêtre ,  et  qui  semble  attentif 
à  la  parole  divine.  Or,  dans  Ezéchiel ,  nous  trouvons 
précisément  une  identification  semblable  des  Kerou- 
bim et  des  taureaux.  Dans  la  théophanie  du  chap.  i, 
1  o ,  les  êtres  servant  de  support  à  Jahvé  ont  chacun 
quatre  faces  :  une  face  d'homme ,  de  lion ,  de  tau- 
reau et  d  aigle.  Au  chap.  1  o ,  v.  1 4 ,  dans  la  même 
description,  f homme,  le  lion,  faigle  reparaissent; 
le  taureau  est  remplacé  par  le  Keroub  ;  il  y  a  donc 
une  espèce  d'équation  à  établir  entre  3113  et  IW. 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       93 

Si  nous  ajoutons  encore  que  l'entrée  du  Scheol  ba- 
bylonien est  gardée  par  des  taureaux ,  semblant  cor- 
respondre aux  Keroubim  de  la  Genèse  gardant 
TEden  et  aux  Keroubim  d'Ezéchiel  gardant  les  pierres 
de  feu  du  jardin  d'Eden,  nous  aurons  un  ensemble 
de  faits  qui  justifieront  dans  une  certaine  mesure 
nos  rapprochements.  Si  nous  n  avions  dans  la  Bible 
que  les  Keroubim  de  TExode  à  propos  de  la  con- 
struction du  tabernacle  et  ceux  de  la  théophanie  des 
chap.  I  et  X  d'Ézéchiel,  nous  pourrions  y  voir  une 
influence  post-exilique  de  la  symbolique  babylo- 
nienne sur  les  conceptions  bibliques.  Mais  Gen. ,  3 , 
26;  Ezéchiel,  28,  i3  et  i/i,  nous  permettent  de 
conclure  que  le  double  caractère  des  Keroubim  bi- 
bliques est  un  vestige  de  la  vieille  mythique  sémi- 
tique née  en  Babylonie  avant  la  bifurcation  des  tribus  ; 
mais  Ps. ,  18,  1  1 ,  ne  rentre  pas ,  à  première  vue , 
dane  notre  interprétation,  ^jy»!  3nD  ^y  3DT»i  «  Jahvé 
monté  sur  un  keroub  (ou  le  keroub)  volait».  Le 
passage  est  incontestablement  une  description  my- 
thique de  la  tempête ,  et  le  keroub  ne  peut  être  ici 
que  la  nuée  sur  laquelle  Jahvé  parcourt  Tespace. 
Nous  avons  la  même  conception  dans  Is. ,  19,  1  ; 
^p  3y  ^y  DD'i  mn'»  mn  «  Voici,  Jahvé  est  à  cheval  sur 
une  nuée  légère»;  Ps. ,  68,  5,  Jahvé  est  appelé  3D"i 
m3")yD  «  celui  qui  est  à  cheval  sur  les  nuages  »  ;  v.  34 , 
«  celui  qui  est  à  cheval  sur  les  cieux  des  cieux  »  ;  voir 
aussi  Ps. ,  18,  11.  Nous  verrons  ailleurs  la  base  de 
cette  conception;  bornons-nous  ici  à  dire  que  3nD 
est  synonyme  de  29  et  rimy  «  nuée  »  ;  la  nuée,  avons- 


94  JUJLLET-AOÛT  1897. 

nous  vu,  est  considérée  comme  le  serpent,  le  grand 
serpent  ou  le  grand  monstre.  Il  se  peut  donc  que  ie 
mot  keroabim  appliqué  d  ordinaire  à  des  monstres 
fantastiques,  gardiens  des  demeures,  épouvantai! 
des  ennemis,  soit  étendu  dans  ces  acceptions  nou- 
velles, au  monstre  de  la  nuée,  et  ces  acceptions  ren- 
treraient  dans  notre  définition. 

Ch.  XXVI ,  V.  3 1 ,  33,  riDiD  est  une  espèce  de  ri- 
deau destiné  à  protéger  le  saint  des  saints  avec 
larche  sacrée  contre  tout  regard  profane.  Nous 
n'avons  plus  en  hébreu  de  verbe  paraka,  mais  en  as- 
syrien avec  le  sens  de  «  retenir,  empêcher,  obstruer, 
séparer».  Nous  avons  également  le  correspondant 
de  nsiD  dans  le  mot  parakka  «  sanctuaire  »  ;  peut- 
être  même  le  sens  hébreu  n  est-il  qu'un  euphémisme 
du  sens  assyrien.  Au  lieu  de  désigner  par  HDl»  ie 
sanctuaire  même,  ce  qui  est  une  sorte  de  profana-* 
tion ,  on  en  désigne  le  rideau.  Il  faut  savoir  que  ie 
peuple  n'entrait  jamais  dans  le  saint  des  saints,  et, 
pour  ses  yeux,  par  conséquent,  ie  saint  des  saints  ae 
confondait  avec  le  rideau  qui  ie  cachait,  de  sorte 
que  nD")D  a  pu  originellement  désigner  l'intérieur, 
puis  s'est  réduit  au  rideau  extérieur. 

Ch.  XXIX.  v.  i5.  'j'iKn  Viii  ^y  DiTT  ••••  1DDD1  «lis 
appuieront  la  main  sur  la  tête  du  bélier  ».  Attitude, 
qui  accompagne  certains  sacrifices  (voir  Ibid. ,  v.  19; 
Lévit.,  /i ,  i5;  2/1,  ik;  Nomb.,  8,  10).  L'oxempie 
de  Nomb.,  27,  i8-a3,  est  significatif.  Moïse,  pour 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.    .  95 

consacrer  son  disciple  et  successeur  Josué  aux  yeux 
du  peuple,  appuie  sa  main  sur  lui  et  lui  commu- 
nique par  là  de  son  nn,  c'est-à-dire  de  sa  majesté, 
de  sou  caractère  auguste.  Donc  on  appuyait  la  main 
sur  la  victime  pour  la  consacrer.  Nous  avons  en  as- 
syrien des  équivalents  intéressants  dans  les  locutions 
si  fréquentes  de  zabata  kattu  «saisir  la  victime  de 
sa  main  avant  de  Timmoler  ou  avant  de  la  prome- 
ner en  procession  solennelle  »  Tiglalpeieser  I  et  Asur- 
banipal,  deux  rois  assyriens ,  grands  chasseurs,  tirent 
gloire  d'avoir  apposé  leur  main  sur  de  nombreux 
fauves  pris  ou  tués  à  la  chasse. 

V,  33.  DT»  kVdV  répond  à  l'assyrien  mala  kattu 
(voir  Lévit.,  8,  33;  i6,  3îi;  ii  Chron.,  i3,  9)  et 
est  une  espèce  de  consécration  au  sacerdoce.  Mah 
kattu  signifie  littéralement  «  remplir  la  main  » ,  ou 
((  remplir  de  sa  main  »,  L'expression  est  très  usitée 
à  l'occasion  de  l'avènement  des  rois.  Signifîe-t^elle 
que  le  dieu  remplit  la  main  du  roi  de  force  et  la  con- 
sacre à  régner,  ou  la  main  du  nouveau  roi  se  rem- 
plissait-elle d'un  objet  sacré  réservé  à  cette  circon- 
stance, ou  les  prêtres  versaient-ils  de  l'huile  sainte 
sur  les  mains  royales?  Nous  n'en  savons  rien.  En  tout 
cas,  nous  avons  là,  et  dans  la  Bible  et  dans  les  docu- 
ments assyriens,  une  expression  due  à  un  antique 
usage  commun ,  et  qui  dans  l'Assyrie  s'appliquait  à 
la  consécration  des  rois,  dans  la  Bible,  à  la  consé- 
cration des  prêtres. 

Gh.  xxxv-xL.  Nous  ne  connaissons  pas  assez  les  dis« 


00   .  JUILLET-AOOT   1897. 

positions  de  détail  des  temples  babyloniens  pour  faire 
des  rapprochements  avec  le  tabernacle  qui  figure  à 
la  fin  de  TExode.  Ce  qui  est  aujourd'hui  incon- 
testable, cest  que  cette  construction  na  jamais  été 
réalisée  :  c'est  un  type  idéal,  une  inspiration  post- 
exilique  née  sous  Tinfluence  de  ce  que  la  Babylonie 
présentait  aux  yeux  des  exilés.  Nous  ne  pouvons  donc 
rien  en  tirer  pour  notre  thèse. 

Ce  que  nous  disons  de  la  fin  de  TExode,  nous 
pouvons  le  dire  du  Lévitique  et  des  Nombres.  La  cri- 
tique biblique  a  placé  la  fixation  de  ce  que  Ton  est 
convenu  d  appeler  «  le  code  sacerdotal  »  à  une  époque 
très  tardive,  et  lavis  est  à  peu  près  imanîme  pour 
n  y  voir  qu  une  œuvre  théorique  cousue  après  TexU , 
en  vue  de  donner  au  royaume  bientôt  restauré  une 
direction  toute  cléricale.  Néanmoins  im  certain 
nombre  de  coutumes  pouvaient  et  devaient  exister 
en  pratique,  car  les  codes,  les  législations  morales 
ou  rituelles  sont  en  partie  la  constatation,  l'idéalisa- 
tion de  ce  qui  est.  En  ce  sens  très  restreint,  le  Lé- 
vitique pourra  nous  fournir  quelques  données  inté- 
ressantes. 

Ch.  xvni,  V.  2  5.  «  La  terre  devient  impure  »  (voir 
Ibid.,  V.  27  et  28,  et  ch.  26,  34 et  35;  Ézéch.,  22, 
2 II).  La  terre  semble  être  considérée  comme  une 
personnalité  morale  pouvant  contracter  une  impureté 
et  responsable  de  cette  impureté  :  Jahvé  la  châtie; 
et  elle  rejette  sa  faute  en  rejetant  ses  habitants. 
L'exil  est  produit  par  le  dégoût  de  la  terre,  avide  de 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.       97 

se  laver  de  sa  faute,  en  se  débarrassant  des  crimi- 
nels. C'est  ainsi  que  la  malédiction  suivant  la  faute 
d'Adam  pèse  sur  la  terre  (Gen.,  3,  17).  Elle  est 
encore  châtiée  par  la  fauté  de  Gain,  parce  qu'elle 
s'est  ouverte  pour  recevoir  le  sang  d'Abel  (Gen.,  4, 
1  1).  De  là  aussi  la  préoccupation  de  son  repos,  l'an- 
née sabbatique  et  le  crime  qui  s'attache  à  la  trans- 
gression de  ce  repos  (Lévit. ,  25,  1-8,  et  26,  34 
et  35). 

Cette  personnification  de  la  terre  n' est-elle  pas  le 
débris  de  l'antique  polythéisme  et  ne  nous  fait-elle 
pas  penser  à  la  déesse  echtonique  des  Babyloniens 
appelée  Belit  ou  Anat  ?  Quand  Senacherib ,  en  exer- 
çant sa  tengeance  contre  les  Babyloniens ,  ne  se  con- 
tente pas  de  les  châtier,  eux,  mais  bouleverse  le  sol 
même  qui  porte  la  ville;  quand  Assarhadou  relève 
la  ville ,  parce  que  les  onze  années  de  châtiment 
fixées  par  Marduk  sont  révolues  ;  quand  Cyrus  légi- 
time son  entrée  à  Babylone  en  disant  que  la  ville  est 
lasse  de  ses  anciens  maîtres,  négligents  et  impies 
envers  les  dieux,  n  avons -nous  pas  là  des  concep- 
tions similaires  aux  conceptions  bibliques? 

Ch.  XIX,  V.  3i.  m3lK  etD''Ji?T»  sont  des  hommes 
qui  usent  de  procédés  thaumaturgiques  pour  con- 
naître l'avenir  en  interrogeant  les  morts  (voir  Lévit. , 
20,  27;  Deut.,   18,  11;  I  Sam.,  25,  5;  28,  34;  '^ 

Is. ,  8,  19,  etc.).  Mais,  primitivement,  D^N  désigne 
non  pas  le  thaumaturge  qui  interroge,  mais  l'esprit, 
l'ombre  même  du  mort  évoquée  et  revenant  parmi 

« 

X.  7 


UirMlMItaiK    JiATtUA«L*. 


98  JUILLET-AOÛT  1897. 

les  vivants  sous  forme  d'esprit.  On  pourrait  songer 
à  rapprocher  dik  de  3;^  «ennemi,  esprit  ennemi, 
mauvais,  qui  apprend  aux  hommes  ce  quiis  ne 
doivent  pas  savoir  »  ;  car  pourquoi  une  telle  sévérité 
de  la  Bible  contre  ces  pratiques,  si  elles  n'étaient  pas 
une  espèce  d'empiétement  sur  la  puissance  de  Jahvé , 
si  elles  n'étaient  pas  fondées  sur  la  crQyance  à  des 
esprits  capables  d'agir  contre  Jahvé  ou  malgré  lui. 

D'après  Is. ,  29,  4 ,  le  31K  thaumaturge  nous  ap- 
paraît comme  un  ventriloque  dont  la  voix  semblait 
venir  d'en  bas,  de  dessous  la  terre,  du  ScheoL  La 
Bible  conserve  donc  la  conception  primitive  d'esprits 
mauvais ,  esprits  qui  jouent  un  si  grand  rôle ,  presque 
le  rôle  principal ,  dans  les  croyances  babyl(Aiiennes. 
Seulement,  pour  les  Babyloniens,  ces  esprits  sont 
coexistants  avec  les  dieux  et  même  en  partie  anté* 
rieurs  aux  dieux,  et  contemporains  du  chaos  gou- 
verné par  Tiamat;  tandis  que  la  Bible,  ne  pouvant 
admettre  ces  croyances  incompatibles  avec  le  mono* 
théisme,  considère  les  esprits  comme  des  ombres 
des  morts  sortant  du  Scheol  sous  l'influence  de  cer- 
tains procédés,  de  certaines  formules. 

1  Sam.,  28,  3-1 4,  ne  laisse  aucun  doute  sur  la 
forme  de  ces  croyances  :  Samuel  venait  de  mou- 
rir. .  .  Saûl,  d'autre  part,  avait  supprimé  les  maiK 

et  les  D'':yT»  du  pays Saùl ,  engagé  dans  une 

guerre  à  l'issue  douteuse ,  interroge  vainement  Jahvé , 
qui  ne  lui  répond  ni  par  des  songes,  ni  par  des 
oracles,  ni  par  des  prophètes.  Alors  Saûl  dit  à  ses 
officiers  :  «  Cherchez-moi  une  femme  3iK  n^ya  ■  (c'est- 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBJJQUES.       99 

à-dire  possédant  un  sidc ,  disposant  d'un  siK ,  sachant 
évoquer  un  3idC.  . . ).  On  trouve  une  femme  à  En- 
Dor.  La  femme  dit  à  Saùl  :  «  Qui  ferai-je  monter  à 

toi  ?»  Il  dit  :  «  Fais-moi  monter  Samuel »  La 

femme  vit  Samuel ,  poussa  un  grand  cri Elle 

dit  à  Saùl  :  «J'ai  vu  y^Kn  p  D'»^y  □'•n^K  Élohim  mon- 
ter du  sein  de  la  terre.  »  Il  lui  dit  :  «  Quel  est  son 
aspect?  »  Elle  dit  :  «  C  est  un  vieillard  vêtu  dun  man- 
teau. »  Saûl  reconnut  Samuel .  .  •  Ainsi  donc  le  rap- 
port établi  entre  cette  scène  et  les  nuK  et  Q'»iyi^ , 
d  autre  part ,  la  décision  de  Saûl  qui  ne  consulte  les 
morts  que  lorsque  Jahvé  lui  refuse  toute  autre  com- 
munication, la  forme  mûre  de  cette  consultation 
confirment  bien  notre  e^iplication. 

Dans  le  mot  D^^n^ ,  nous  retrouvons  la  racine  :r-i^ 
«savoir,  science,  science  mystérieuse»  réservée  à 
Jahvé  seul,  et  entreprendre  de  pénétrer  cette  science 
est  une  hostilité  contre  Jahvé,  évoquant  la  même 
idée  que  DlK ,  3;k  . 

Les  Babyloniens ,  à  côté  d'esprits  mauvais ,  rivaux 
des  dieux  et  égaux  en  puissance,  admettaient  aussi 
que  les  morts,  dans  certaines  conditions,  revinssent 
visiter  les  vivants  ;  là  seulement  la  Bible  pouvait  les 
conserver  sans  trop  de  d'ombrage  pour  Jahvé* 

Nombres,  ch.  i,  v.  17.  n^'ovi  lapi.  Désignés  par 
les  noms  dans  ime  tablette  de  la  création  babylo- 
nienne, nous  trouvons  :  sa  ina  siptisa  elUtum  issul^u 
nakab  Umnati  (Marduk),  qui,  par  son  aspersion 
pure,  éloigne  la  malédiction  des  méchants.  Nous 


100  JUILLET-AOÛT  1897. 

avons,  en  apparence,  deux  sens  contraires  pour  la 
racine  nakab.  Ces  sens  se  concilient.  Dans  le  texte 
assyrien,  le  sens  primitif  du  mot  nakab  est  égale- 
ment «  désigner,  nommer  » ,  mais  nommer  pour  atta- 
cher un  mauvais  sort  au  nom  et  par  conséquent  à. 
l'être  qui  le  porte ,  mettre  en  relief  un  nom  pour  le 
mal  ou  le  bien.  Nous  trouvons  ainsi  une  confirma- 
tion de  ce  que  nous  disons  sur  la  conception  du  nom 
chez  les  Sémites  (voir  sur  Gen.,  48,  iG;  voir  De- 
litzsch  Chald.  Gènes.,  p.  79).  Est-ce  aussi  au  nom 
des  mêmes  conceptions  que  les  recensements .  par 
noms  et  par  têtes  étaient  en  horreiir  aux  Hébreux, 
comme  il  résulte  de  11  Sam.,  26 ,  et  surtout  d'Ëx., 
3o ,  1 1  - 1 7  ?  Compter  les  têtes  en  les  nommant,  c'est 
y  attacher  un  sort,  c'est  appeler  l'attention  des  mau- 
vais esprits  sur  elles.  Maintenant  il  faut  peut-être 
voir  simplement  dans  ces  conceptions  un  écho  de 
l'horreur  de  l'homme  libre  qui  vit  sous  la  tente  pour 
tout  recensement  et  tout  impôt  capital. 

Ch.  xm,  V.  22.  pjyn  n;^^  '•D^nvçpç;  p-^nK.  Parmi 
les  prodiges  que  les  explorateurs  ont  vus  en  Palestine 
figurent  Ahiman,  Sesaï,  Talmaï,  enfants  de  l'Anak 
(voir  aussi  Deut.,  1,  28;  Jos. ,  11,  22;  i5,  i3  et 
ïlx\  21,  11;  Juges,  1,  20.)  Mêmechap. ,  v.  33: 
«  Nous  Y  avons  vu  les  D"«V"«Di  fils  d'Anok ...  et  nous 
fûmes  à  nos  yeux  comme  des  sauterelles ,  et  à  leurs 
yeux  aussi.  » 

D'après  les  différents  passages  où  figure  le  mot 
u^b^2 ,  il  résulte  cju'ils  sont  considérés  tantôt  comme 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     101 

quelques  géants  fils  d'Anak ,  tantôt  comme  un  peuple 
entier,  d'une  race  plus  forte.  Jos. ,  i  i ,  2 1  et  2  2  : 
«Josué  vint  alors  et  extermina  les  Ânakim  de  la 
montagne ,  de  Hébron .  .  . ,  de  toute  la  montagne  de 
Juda  et  d'Israël,  eux  et  leiu*s  villes.  ....  Il  ne  resta 
pas  d'Aneddm  dans  le  pays  des  fils  d'Israël ,  si  ce  n  est 
à  Aza,  Gat,  Asdod.  .  .  »  Nous  avons  évidemment 
dans  ces  passages  le  souvenir  d'un  peuple  que  les 
tribus  d'Israël  rencontrèrent  sur  le  sol  de  Canaan 
dont  la  vue  agit  beaucoup  sur  l'imagination. 

Deut.,  2 ,  11,  met  sur  la  même  ligne  les  D'^KDI.  et 
les  D'»pi:?.  Or  les  Refaïm ,  comme  nous  verrons ,  sont 
en  général  les  ombres,  les  mânes.  Comment  conci- 
lier tout  cela?  Les  cunéiformes  nous  donnent  le  mot 
de  l'énigme.  Les  Anakim  me  semblent  être  les 
Anunaki  babyloniens.  Les  Anunaki  babyloniens 
sont  des  divinités  echtoniques  (iv  R. ,  45,  3i,  sa 

Ce  qui  ajoute  à  ce  rapprpchement,  c'est  que  Be- 
zold  établit  par  K  2  1 00 ,  Rev. ,  iv,  8  [Proceed.  of  ihe 
Soc.  of  Bihl,  arch.y  March  1889)  que  Anunaki  était 
originellement  prononcé  Anakki  de  Anunki.  La  Bible 
ne  peut  maintenir  cette  croyance  à  des  divinités  in- 
fernales ou  echtoniques,  et  elle  en  fait  des  géants, 
vestiges  de  tout  un  peuple  vivant  sur  terre ,  ou  des 
mânes  de  ces  géants  continuant  à  vivre  dans  le  Scheol. 
Les  divinités  infernales  sont  devenues  des  ombres 
infernales,  en  passant  des  textes  cunéiformes  aux 
textes  bibliques.  C'est  toujours  la  même  griffe  du 
monothéisme,  remaniant,  transformant ,  retranchant, 


102  JUILLET-AOÛT  1897. 

ajoutant,  démarquant  enfin  toutes  les  conceptions 
antiques. 

Gh.  XXII,  V.  5.  y")Nn  l'ij^.  Ici  pîr  «œil»  est  syno^ 
nyme  de  û^afl  «  face,  surface  ».  Â  rapprocha  de  Vbs- 
syrien  où  le  même  idéogramme  {\^  si  désigne  les 
mots  enà  «  œil  n  et  panu  «  face  ».  Il  faut  remarquer 
que  la  forme  primitive  de  ce  signe  est  celle  de  TcsU 
humain. 

Gh.  xxiit,  y.  22.  Israël  est  comparé  à  Dxn,  qui  est 
le  rimu  assyrien ,  espèce  de  buffle  ou  antilope  (voir 
Hommel,  Les  mammifires  des  Sémites  du  Sud,  1879, 
p.  227).  Dans  Job,  Sg,  9  et  10,  nous  trouvons  d^'î  , 
ce  qui  marque  encore  mieux  le  rapport  avec  rimu. 
Le  QHi  est,  dans  les  textes  bibliques  et  assyriens,  un 
emblème  de  la  force;  voir  Deut.,  33,  17,  et  Ps., 
22,  22;  92,  11.  Dans  les  textes  historiques  des  As- 
syrims ,  nous  trouvons  presque  à  chaque  page  matsa 
kima  rima  adis  «  j*ai  écrasé  son  pays  comme  un  rim  »  ; 
on  trouve  l'adverbe  rimants  pour  indiquer  la  violence , 
lardeur.  Le  rimu  joue  im  rôle  important  dans  la 
symbolique  et  la  poétique  babyloniennes.  La  grande 
montagne  cosmique,  *  la  Terre  »,  est  figurée  comme 
un  rim  énorme  qui  repose  sur  l'océan  cosmique  et 
dont  les  cornes  touchent  le  ciel;  Bel,  quelquefois 
symbolisant  la  Terre,  est  appelé  <•  le  graiid  rimu,  lé 
gigantesque  rimu  ». 

Gh.  xxiv,  V.  3.  Dîj:,  mot  usité  pour  designer  la 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BffiLÏQUES.     103 

parole  prophétique,  divine,  et  aussi  dansi  les  pas-, 
sages  les  plus  archaïques  (voir  Ibid. ,  1 6  ;  i  Sam.,  2 , 
3o;  II  Sam.,  28,  1;  11  Rois,  22,  I9;ls.,3,i5; 
16,  22;  17,  3;  19,  4;  t22,  25;  etc.).  Je  suis  sûr 
que  jai  rencontré  un  équivalent  verbal  de  DKi,  et 
dans  im  passage  non  historique;  je  ne  puis  pas  re- 
mettre la  main  dessus. 

V.  4.  D^i^v  ^1^31  Sd3  «  qui  tombe  et  a  les  yeux  ou- 
vert3  ».  Nous  avons  ici  un  écho  de  certaines  attitudes 
extatiques  dont  les  voyants  accompagnaient  leurs 
visions  (voir  Ibid.  y  v.  16).  Dans  les  annales  de  Asur- 
banipal  (v  R.,  i-io,  col.  III,  1.  1 18  et  suiv.),  nous 
lisons  (  Asurbanipal  est  engagé  dans  une  guerre  contre 
son  frère  révolté)  :  Ina  amesuma  istea  amela  sabra, 
ina  Sad  musi  utalma  inattal  satta  umma  ma  eli  kikalli 
ia  Sin  satirma  ma  sa  itti  Asurbanapla  sar  Assin  ikpada 
limutta  ippasa  silata  mata  limna  asarahsanati  ina  patri 
parzilU  haati  mihit  isati  haSahhi  liqit  Gira  akata  nap- 
satsan.  «  Alors  un  songeur  (voyant)  se  coucha  vers  la 
fin  (?)  de  la  nuit  et  vit  en  songe  ;  sur  Tautel  (ou 
loracle)  de  Sin  était  écrit  :  Gdui  qui  machine  du 
mal  et  entreprend  une  révolte  (?)  contre  Asurbanipal, 
roi  d'Assyrie,  je  lui  enverrai  une  mauvaise  mort;  par 
le  fer  rapide  comme  l'éclair,  par  le  feu,  la  famine  et 
le  contact  de  Gira  (la -peste),  je  couperai  leur  vie^  » 

De  même  Cyl.  Ps.,  col.  V,  1.  69  et  suiv.,  ina  sdd 
masi  iaata  sa  amharasi  istea  amiba  sabre  atalma  inat- 
tal  satta  igiltima  tabrit  masi  Istar  asabrasa  asanna  rati 
umma  litar  asibat  Arbaila  erabamma  imna  u  iamela 


104  JLULLET-AOÛT  1897. 

tullata  ispati  tamhat  Rasta  ina  idisa  salpat  namzaru 
zaktv  sa  épis  tahazi  maharsa  taziz  si  kima  ummi  aUdti 
itamma  ittika.  .  .  «A  la  fin  de  cette  nuit,  pendant 
laquelle  je  me  suis  adressé  à  elle  (à  Istar),  un  son- 
geur se  coucha  et  vit  en  songe  (dialogué?);  et  iStar 
lui  fit  voir  une  vision  nocturne,  et  il  me  la  commu- 
niqua :  Istar,  résidant  à  Arbèles ,  est  entrée  portant 
suspendus  à  gauche  et  à  droite  des  carquois,  tenant 
un  arc  à  la  main^  et  tii^ant  un  glaive  tranchant  et 
guerrier  de  sa  gaine.  Elle  s'avança  devant  toi  et, 
comme  la  mère  qui  ta  mis  au  jour,  te  dit  ...  » 

Dans  ces  passages ,  nous  avons  des  procédés  s.em- 
blables  à  ceux  de  notre  texte  biblique  (voir  surtout 
ch.  2 à,  à);  nous  avons  poussé  la  seconde  citation 
un  peu  plus  loin ,  parce  que  Istar  nous  y  apparaît  en 
déesse  guerrière,  revêtue  de  tous  les  signes  de  la 
guerre  et  rappelant  ce  que  nous  trouvons  ailleurs  de 
Jahvé. 

Deut.,  ch.  I,  V.  y.  ms  in:  hM:n  imn,  «  le  grand 
fleuve  » ,  c  est-à  -dire  TEuphrate  (voir  aussi  Gen. ,  a , 
1  â  ;  1 5 ,  1 8  ;  Deut. ,  11,26;  Jos. ,  1 ,  A  )  ;  le  fleuve  xor* 
é^oxnv  est  TEuphrate.  De  même,  dans  les  inscriptions 
cunéiformes  (v  R. ,  22),  nous  trouvons  que  Tidéo- 
gramme  de  Buranam  ou  Pwranum  «  Euphrate  >?  sir 
gnifie  «le  grand  fleuve».  Comment,  pour  les  Hé- 
breux du  désert  ou  de  la  Palestine,  TEuphrate  peutr 
il  être  le  grand  fleuve?  On  s  attendrait  à  voir  dé- 
nommer ainsi  le  Jourdain  ou  TOronte.  Il  n  y  a  que 
deux  réponses  possibles.  Ou  bien  les  textes  où  figure 
cette  appellation  sont  post-exiliques,  et  alors  cette 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     105 

formule  géographique  est  due  à  une  influence  baby- 
lonienne post-exilique;  ou  bien  ces  textes  sont  ante- 
exiliques ,  et  alors  cette  formule  est  une  formule  sté- 
réotypée datant  de  l'antique  séjour  ou  naissance  en 
Babylonie.  Or  la  critique  biblique,  même  la  plus 
avancée,  ne  permet  pas  d adopter  la  première  ré- 
ponse; donc  la  seconde  est  la  vraie. 

Ch.  II,  V.  11.  Les  D^KD")  sont  considérés  eux  aussi 
comme  des  D^pav.  Ici,  Refaïm  est  mis  en  parallèle 
avec  les  Anakim ,  les  Emim ,  et  s'applique  à  une  des 
populations  palestiniennes  que  les  fils  d'Israël  ren- 
contrèrent, et  qui  figurent  dans  les  légendes  comme 
des  races  gigantesques.  Il  y  a  évidemment  là  une 
transfiguration  épique.  Voir  Gen. ,  i  /i ,  5  ;  Deut. , 
i6id.,  20,  et  3,  i3;Jos. ,  12,  4;  i3,  12;  jy,  i5; 
et  surtout  Deut.,  3,  1  1,  où  le  géant  Og  est  désigné 
comme  un  de  ceux  qui  restent  des  antiques  Refaïm. 

Ailleurs  Refaïm  s  applique  aux  morts  :  voir  Is. , 
1 A ,  9 ,  où  le  mot  semble  spécialement  appliqué  aux 
morts  illustres;  Is.,  26,  i4,  où  il  est  plus  simple- 
ment mis  en  parallèle  avec  D^nD  «  morts  »;  Is.,  26, 
19,  où  le  Scheol  est  appelé  «  terre  des  Refaïm  »  ; 
Prov. ,  9 ,  1 8 ,  les  Refaïm  sont  situés  dans  les  pro- 
fondeurs du  Scheol;  cf.  Ps.,  88,  11;  Prov.,  2,17; 
21,  16;  Job,  26,  5,  etc. 

Voilà  donc  pour  Refaïm  deux  sens  en  apparence 
très  distincts,  celui  d'«  anciens  habitants  du  pays,  ou 
géants  »  et  celui  de  «  morts  ».  Ces  deux  sens  se 
tiennent.  Nous  voyons  par  Is.,   i/i,  9,.  que  le  mot 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     107 

la  fois  la  personnification  du  Ciel  et  qui  en  est  sou- 
vent la  partie  visible?  On  trouve  souvent  et  presque 
à  chaque  page  des  inscriptions  Anum  qui  ont  pu  créer 
en  hébreu  le  mot  Anan,  puis  Anan  p9.  Ce  serait  un 
nouvel  exemple  de  nom  de  divinité  devenu  nom 
commun  sous  l'action  du  monothéisme.  Lagarde  a 
ropproché  Anu  de  la  préposition  ana  «  vers,  ce  qui 
est  en  face,  ITiorixon  visible».  Faut-il  également 
rapprocher  en  hébreu  la  racine  nay  «  répondre  » ,  et 
py  «nuage»?  José  à  peine  formvder  cette  hypo- 
thèse. 

Ch.  VIII,  V.  7.  nonn  mis  en  parallèle  avec  t)^» 
signifie  «  sources,  cours  d'eau  »,  comme  en  assyrien 
le  même  idéogramme  désigne  la  mer  et  les  sources  ; 
Éa  est  à  la  fois  le  dieu  apsi  (océan)  et  le  bel  nàkhi; 
voir  V  R.,  33,  col.  VIII,  i5-i6,  Ninib  est  désigné 
(i  R. ,  17,  6)  comme  bel  nakbe  u  tdmâtif  et  ici  tamâti 
répond  exactement  à  notre  monn  «  source  ».  ni  R. , 
62,  12,  marque  clairement  des  conceptions  iden- 
tiques. Les  cours  d'eau  et  les  sources  épars  sur  la 
terre,  et  la  mer  ont  la  même  dénomination,  parce 
qu'ils  sortent  du  même  fond  commun ,  l'Océan  cos- 
mique. A  quelque  endroit  que  l'on  perce  la  terre ,  on 
rencontre  cet  océan.  Ainsi  [Proceed.  of  the  soc.  of 
Bibl.  archeoL,  vol  X,  pi.  iv)  :  halzi  rabitim  ina  nâri 
ina  kttpri  u  agarri  usibii  iMsu  apsa  usarimma  «j'ai  fait 
creuser  dans  le  fleuve  un  grand  retranchement  avec 
du  bitume  et  des  briques  et  j'ai  assis  son  fondement 
dans  Yapsn.  Les  exemples  abondent. 


108  JUILLET-AOCT  1897. 

Ch.  XI,  V.  17.  D'»De?n  DK  1X^1  «H  fermera,  bou- 
chera le  ciel  ».  125^  est  tout  à  fait  typique  comme 
vestige  de  Tantique  conception.  Il  signifie  bien 
«  empêcher,  retenir  dans  locéan  céleste,  cosmique, 
les  eaux  qui  devraient  tomber  en  pluie  fécondante  » , 
et  est  mis  en  parallèle  avec  13D  «fermer»,  comme 
«verrouiller»,  Prov. ,  3o,  16  (identification  de  la 
locution  Dm  "ixs^  et  Dm  "lao).  Dans- Job,  12,  i5, 
isy  est  mis  en  opposition  avec  n^c;  «  lâcher  ia  pluie  ». 

Cil.  XXI,  V.  5.  Il  est  dit,  dans  ce  verset,  du  tor- 
rent }n''K  ou  plutôt  de  la  vallée  étendue  sur  ses  rives 
quelle  nest  ni  labourée,  ni  ensemencée.  Dans  tout 
ce  passage  (v.  1-9),  cette  vallée  a  une  destination 
singulière.  On  y  conduit  la  génisse  destinée  à  être 
la  victime  expiatoire  pour  un  homme  tué,  quand  le 
meurtrier  demeure  ignoré.  Il  s  attache  donc  à  ce  lieu 
quelque  chose  de  lugubre  qui  nous  semble  encore 
un  écho  des  vielles  traditions  touchant  în^N ,  et  qiie 
nous  avons  mentionnées  plus  haut.  La  vallée  jn^K  où 
d*Etana  est  une  vallée  incuite,  appelée  à  rester  in- 
cvdte,  une  vallée  de  mort  et  de  cérémonies  funèbres. 
Quand  în^K  évoque  le  génie  Etana  qui  loge  sur  la 
frontière  des  morts,  il  s  y  attache  une  idée  de  mort, 
de  stérilité,  de  destruction;  quand  jn^K  évoque  le 
séjour  d'Etana,  c'est-à-dire  la  base  des  montagnes; 
il  s  y  attache  une  idée  d'antiquité,  de  solidité,  dé 
force,  de  durée  et  même  de  fertilité;  Amos,  5i  24» 
«  la  justice  jaillit  comme  le  torrent  »  in^K ,  voir  aussi 
les  exemples  cités  plus  haut.  Cette  bifurcation  d'une 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES,     log 

conception  mythique  en  deux  directions  opposées 
est  un  phénomène  fréquent. 

Ch.  XXVI,  V..  i5.  yoi\>  pVD  «demeure  de  Dieu». 
S  agit-il  du  ciel  ou  du  temple  qui  recèle  son  ima^:je , 
son  double?  Dans  Jérémie,  25,  20,  le  mot  pvD  est 
en  parallélisme  avec  onD,  qui  lui-même,  comme 
nous  avons  vu,  est  synonyme  de  «ciel»(  voir  Ps., 
68,  6;  91,  9;  II  Ghron.,  3o,  27;  voir  dautre  part 
Ps. ,  26,  8;  II  Chron.,  36,  i5).  Ces  exemples  sem- 
blent prouver  que  pvD  marque  aussi  bien  la  de- 
meure de  Jahvé  au  ciel  et  sa  demeure  terrestre  dans 
son  temple.  Les  dieux  chaldéens  ont  également  une 
double  demeure.  Ils  habitent  généralement  ina  kirib 
same  «  dans  l'intérieur  de  la  voûte  céleste  »  ;  c'est  là 
que  Marduk  les  a  établis.  —  4*"  tabl.,  l.  1 45-1 46, 
iskalla  Esara  sa  ibna  samanu  Anim  Bel  u  Ea  malva- 
zisu  usramma  »  (Il  édifia)  «  le  grand  bâtiment  Esara 
comme  une  voûte  céleste  et  établit  Anu,  Bel  et  Ea 
dans  les  demeures  ».  —  Mais  les  dieux  habitent 
aussi  dans  les  temples,  et  Esara  désigne  i\  la  fois 
leur  demeure  cosmique  et  terrestre  (voir  iv  R.,-  22 , 
1 ,  4  a;  v  R.,  5,  2  ;  47  et  suiv. ;  iv  R. ,  27,  26-27  a. 
Cela  est  si  vrai,  qu'il  règne  souvent  une  grande 
confusion  :  ainsi,  iv  R.,  32  a.  Bel  Ekar  et  Belit 
Ekar,  est-ce  le  temple  ou  le  ciel?  Dans  la  mythique 
chaldéenne,  à  chaque  demeure  céleste  des  dieux 
correspond  une  demeure  terrestre.  Mais  cette  der- 
nière ne  reçoit  jamais  le  dieu  lui-même ,  mais  seule- 
ment son  image,  son  double;  de  même  que  le  pyD 


110  JUILLET-AOÛT  1897. 

biblique  n^abrite  pas   Jahvé  lui-même,  mais  son 

"1133  sa  gloire,  son  double. 

Gh.  xxYiii,  V.  13.  «  Il  ouvrira  son  trésor  ».  Il  faut 
prendre  ces  mots  à  la  lettre  :  il  ouvrira  les  ÎAsues 
qui  livrent  passage  à  la  pluie.  La  voûte  câeste  ren- 
ferme comme  un  magasin  de  pluie.  Rapprocher  le 
verset  a  3 ,  dont  la  première  partie  «  Le  ciel  sera  d*ai- 
rain  »  a  un  sens ,  quand  on  la  rapporte  aux  coocep* 
tions  antiques,  et  où  la  seconde  partie  «  la  terre  sera 
de  fer  »  n'est  qu  une  métaphore. 

Ch.  XXXII,  V.  i3.  }fiH  ^n03  h:f  irD'»3T  «  fl  (Jahvé)  a 
fait  chevaucher  le  peuple  sur  les  niD3  (hauteurs?) 
du  pays  ».  Rapprochons  de  ce  passage  ii  Sam.,  aa, 
34  :  *>jnDy*>  *>niD3  b^  «  il  m'établit  sur  mes  hauteurs  », 
voir  Is.,  58,  lA;  Habac,  3,  i8.  —  Is.,  i4t  !&• 
jpSy^  noiK  ny  ^non  Sy  nbyn  «  Le  roi  de  Babel  dit  : 
«  Je  monterai  sur  les  niDs  de  la  nuée ,  je  serai  égal 
«  au  Très-Haut  »  ;  et  voici  cet  exemple  curieux  de 
Job,  9 ,  8  :  Q^  '»nD3  Vy  Tim  «  Il  foule  les  m03  de  la 
mer  ».  Que  signifient  ces  niDS  des  pays,  de  la  terre, 
de  la  nuée ,  de  la  mer  ?  L'expression  est  manifeste- 
ment un  terme  militaire.  Occuper  les  hauteurs  d'un 
pays ,  c'est  être  le  maître  de  ce  pays.  Dieu  foule  les 
hauteurs  de  la  terre,  c'est-à-dire  qu'il  est  maître  de 
la  terre.  Mais  Dieu  foulant  les  hauteurs  des  nuées  et 
de  la  mer  ne  peut  s'expliquer  qu'en  rappelant  la 
lutte  cosmique  de  Marduk  contre  Tiamat  et  la  nuée 
(le  manteau)  qui  l'enveloppe.  Dans  le  li*  tableau  de 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     1 1 1 

la  lutte  de  Marduk ,  nous  lisons  (1.  loli)  que  Marduk , 
après  avoir  triomphé  de  Tiamat ,  salamia  idda  elisa 
izaza  «  jeta  son  cadavre  par  terre  et  se  plaça  dessus  ». 
Marduk  est  donc  debout,  vainqueur  de  Tiamat,  et 
Jahvé  est  debout  sur  la  mer,  vainqueur  de  la  mer. 
Jahvé  debout  sur  les  hauteurs  des  nuées  rappelle 
Texpression  D^nn^n  ^w  «  assis  sur  le  Keroubim  »,  les 
serpents,  les  monstres  que  nous  avons  expliqués  ail- 
leurs comme  une  appellation  mythique  des  nuées. 

V.  1 7.  onitr  «  Ds  sacrifient  à  des  on»  qui  ne  sont 
pas  des  dieux  » ,  à  rapprocher  du  sida  assyrien ,  qui 
est  à  la  fois  le  nom  des  taureaux  gardiens  des  portes 
et  des  génies  bons  ou  mauvais  qui  enveloppent 
rhumanité. 

V.  a  a,  onn  noiD;  voir  aussi  Is.,  ai,  18,  noiD 
yiK;  Jérémie,  3i,  87;  Ps.,  18,  8,  et  8a,  5.  Il  ré- 
sulte de  ces  exemples  que  onn  '»1D1D  est  identique  à 
yiK  noiD  ;  voir  Mich. ,  6 ,  2 ,  et  ce  que  nous  disons 
ailleurs  sur  D^arr^K.  L'exemple  de  Prov. ,  8,  29,  est 
intéressant  :  Dnn  '•noiD  ipina  «  lorsqu'il  (Jahvé)  a 
tracé  les  fondements  des  montagnes».  Ps.,  io4,  5, 
associe  mo^  à  jiDD  «base,  piédestsd  »,  et  Job,  38,  6, 
emploie  le  mot  ]1H  «pied».  —  Ps.,  2 4,  2,  nous 
lisons:  naair  nnna  b:f^  mo"»  d*»©"»  Sy  H^n  ^d«  Il  (Jahvé) 
Ta  fondée  (la  terre)  sur  les  mers  et  il  Ta  fixée 
sur  les  cours  d'eau  ».  C'est  toujours  la  conception 
antique,  antérieure  à  la  bifurcation.  Nous  ne  sau- 
rions trop  le  dire,  nous  croyons  que  la  mythique 


112  JUILLET-AOÛT  1897. 

cKaldéenne,  et  en  particvdier  celle  qui  gravité  au- 
tour de  Marduk,  est  en  quelque  sorte  l'obsession  de 
lesprit  et  de  la  langue  biblique.  Ce  qui  fait  Téton- 
nement  du  monde  chaldéen ,  c  est  la  possibilité  de 
quelque  chose  de  solide  arraché  aux  flots  et  où  il 
voit  une  marque  de  la  lutte  des  dieux  et  du  triomphe 
du  grand  champion  des  dieux,  Marduk,  dieu  solaire, 
igné,  créateur,  organisateur,  la  Bible  voit  une  marque 
de  la  puissance  incontestée  de  Jahvé.  Les  nnnj  de 
Ps.,  2liy  2,  ne  sont  pas  des  fleuves  ou  cours  deau 
ordinaires,  mais  les  sources  de  l'Océan  cosmique, 
les  nakhé  des  textes  cunéiformes.  Ce  qui  montre 
mieux  que  tout  Tantiquité  de  ces  notions  dans  la 
Bible,  c'est  la  confusion  qui  règne  pour  les  auteurs 
bibliques  dans  toute  cette  configuration  cosmogOr 
nique,  ils  ne  savent  pas  nettement  où  est  le  Scheol, 
s'il  est  dans  la  terre  ou  sur  l'océan,  si  la  terre  est 
assise  sur  la  surface  de  l'Océan  cosmique,  ou  si  elle 
plonge  jusqu'au  fond. 

V.  2  3.  '•sn  «  les  flèches  de  Jahvé  »,  primitivement 
l'éclair,  comme  il  est  encore  visible  dans  Zacharie, 
9 ,  1 4 ,  et  Habac. ,  3 ,  1 1 .  Le  mythe  n'est  pas  partout 
aussi  transparent.  Dans  beaucoup  de  passages,  la 
notion  d'«  éclair  »  s'est  eflacée  et  il  ne  reste  plus  que 
Jahvé  armé  d'un  arc ,  d'un  carquois  et  de  flèches. 
Voir  Deut. ,  ibid. ,  v.  4 2  ;  n  Sam. ,  2  2 ,  1 5  ;  Ps. ,  1 44  » 
6  ;  Job  ,6,4;  Habac.  ,3,9;  Lament. ,  2  ,  4  ;  3 , 
1  2. 

V.  39.  «  Je  fais  mourir  et  revivre  »  (non  pas  vivre). 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     1 1 3 

témoin  le  parallélisme  :  «  Je  blesse  et  je  guéris  »,  et 
II  Sam.,  2,  6,  où  la  même  expression  est  mise  en 
parallèle  avec  :  «  Jahvé  fait  descendre  au  Scheol  et 
en  fait  remonter  ».  Dans  la  Ix^  tablette  de  la  création 
chaldéenne,  1.  1 2 ,  Marduk  est  de  même  appelé  mu- 
ballit  miti  «  qui  fait  revivre  les  morts  »,  et  1.  1 6 ,  re- 
mena sa  ballutu  basa  ittisu  «  le  miséricordieux  à  qui 
il  sied  de  rendre  la  vie  »;  v  R. ,  35 ,  19  :  bila  sa  ina 
takulti  sa  uballita  mitatan,  .  .  «  le  Seigneur  qui^  par 
la  puissance  dont  il  fait  vivre  les  morts ...  ». 

Ch.  xxxïii ,  V.  26.  D''DC?  331  «  n  (Jahvé)  chevauche 
sur  le  ciel  » ,  c  est-à-dire  sur  les  nuées ,  comme  le 
prouve  la  fin  du  verset  (D'»pnc;  «  nuées  fines  »),  d'au- 
tant que  l'expression  complète  estD^pnc;  ^nv,  11  Sam., 
22,  12  (voir  aussi  Job,  36,  18;  Ps.,  78,  23,  et 
Prov. ,  3,  20);  Is.,  19,  1  :  Jahvé  est  à  cheval  sur 
une  nuée  légère.  Nous  avons  dans  ces  formules  des 
débris  du  polythéisme  antique.  Les  nuées  sont  des 
monstres  ennemis  du  Soleil,  mais  Marduk-Jahvé 
triomphe  de  ces  monstres.  Comme  Marduk  a  vaincu 
en  Tiamat  tous  les  monstres  malfaisants  et. qu'il  est 
resté  debout  sur  son  corps  en  signe  de  triomphe, 
ainsi  Jahvé  chevauche  en  vainqueur  sur  la  nuée.  Le 
phénomène  de  l'éclair  déchirant  la  nue  a  également 
contribué  à  cette  conception,  Notre  verset  prend  de 
la  sorte  un  grand  relief  :  les  mots  liîya  «  dans  ta 
force  »  et  imîc:  «  ta  gloire  »  doivent  être  pris  à  la 
lettre,  comme  signifiant  l'orgueil  triomphant  de 
Jahvé  vainqueur.  Les  versets  26  et  27  me  paraissent 

X.  8 

iMMtiiir.air.  s*tiii%*l>. 


114  JUILLET-AOÛT  1807. 

une  formule  très  ancienne,  employée  à  Torigine  au 
sens  my tique  et  appliquée  ici  aux  ennemis  d'Israël  ; 
le  V.  27  me  semble  tout  à  fait  typique.  Je  lis  le  pre- 
mier mot  non  pas  comme  la  Massorah  njiyç,  mais 
nayp  (voir  Eccl. ,  5 ,  1  g)»  et  je  traduis  :  «  Il  (Jahvé) 
abaisse,  humilie  les  dieux  antiques  et  il  écrase  les 
bras,  les  forces,  les  monstres  d autrefois;  il  a  chassé 
de  devant  toi  TEnnemi  (le  grand  Ennemi,  la  nuée 
ou  Tiamat)  et  il  a  dit  :  «  A  morti  » 

Nous  laissons  pour  le  moment  les  fragments  bi- 
bliques qui  comprennent  les  livres  de  Josuë^  des 
Juges ,  de  Samuel  et  des  Rois ,  et  nous  passons  à  Isaie. 
11  y  a ,  dans  les  livres  que  nous  laissons  présentement, 
un  certain  nombre  d^énigmes  dont  nous  ne  croyons 
pas  encore  tenir  la  solution. 

Is. ,  ch.  VI ,  V.  1 .  HV2^  m  kd3  rappdie  la  locution 
assyrienne  si  fréquente  dans  les  textes  historiques  : 
ina  kussi  nimedi  aiibma.  KD3  et  ^73^  se  trouvent,  en 
assyrien ,  bous  la  forme  kussa  (if  gaza)  et  ekallap  avec 
cette  différence  que  Tassyrien  ekcUla  signifie  plutôt 
«  palais ,  grande  demeure . ,  sans  acception  religieuse 
exclusive,  tandis  que  S^M  ne  s  applique  plus  qu'à 
un  sanctuaire.  Si  Ton  considère  qu  il  s  attachait  aux 
palais  des  rois  assyriens  et  surtout  à  la  demeure  des 
anciens  patesi,  une  acception  religieuse  (témoin  la 
forme,  Taccentuation  de  ses  édifices,  les  solennités 
dont  ils  étaient  lobjet,  etc.),  on  n a  pas  de  peine  à 
comprendre  comment  cette  acception  seule  a  passé 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     1 15 

d  une  langue  dans  Tautre;  en  d  autres  ternies,  le  sens 
du  mot  biblique  est  plus  conforme  an  sens  primitif. 
Nous  aurons  l'occasion  de  remarquer  que  le  fond  de 
la  langue  biblique  est  plus  archaïque  que  la  langue 
assyrienne  à  nous  connue,  et  nous  en  déduirons  une 
loi  importante  intéressant  la  philologie  sémitique. 

V«  6*  Q'^Dits;.  Les  monuments  assyriens  ne  nous 
présentent  pas  jusqu  à  présent  d'êtres  munis  de  trois 
paires  dailes.  On  traduit  généralement  i^v  par 
«  ange  ».  Nomb.  ,31,6,9,  ^^^^  présentent  ce  mot 
comme  synonyme  de  Zfm  «  serpent  »  ;  cf.  Nomb.,  2 1 , 
6 ,  et  Deut. ,  8 ,  1 5.  Ce  serpent  est  ailé.  Is. ,  1 4 ,  ^9 , 
nous  montre  encore  le  »)di5^d  »1")C^  (ailé)  comme  issu 
du  serpent,  et  Is.,  3o,  6,  le  place  à  côté  de  n^^DK 
«  vipère  ».  D  autre  part,  la  racine  ^iv  nous  ramène 
à  ridée  de  «feu,  brûler».  Vers,  à  semble  donner 
suite  à  cette  idée:  «  Le  temple  se  remplit  de  fumée  ». 
Donc  les  serpents  sont  enflammés.  Le  v.  6  mêle  en- 
core le  feu  à  la  vision  ;  le  mythe  cède  la  place  à  un 
procédé  naturel.  Le  f\i^  prend  avec  une  pincette  du 
feu  sur  Tautel  et  en  piuifie  les  lèvres  du  prophète. 
En  combinant  les  deux  éléments,  serpent  ailé  et  feu, 
nous  ramenons  la  théophanie  dlsaîe  h  ce  que  nous 
avons  déjà  si  souvent  rencontré  au  phénomène  phy- 
sico-mythique de  l'éclair.  Nous  avons  déjà  vu  que 
l'idéogramme  de  «  serpent  »  et  celui  d'«  éclair  »  sont 
exprimés  en  assyrien  par  le  même  signe.  L'éclair  est 
donc  conçu  par  un  côté  de  la  mythique  sémitique 
comme  un  serpent  ailé  et  enflammé.  Dans  la  pre- 

8. 


lie  JUILLET-AOÛT  1897. 

mière  mythique,  ce  serpent  est  hostile  à  rhoinme 
jusqu'au  jour  où  Marduk-Bel-Jahvé  Ta  réduit  sous  sa 
domination.  Encore,  dans  ia  mythique  chaidéenne, 
n'est-ii  pas  irrémédiablement  vaincu,  et  à  côté  du 
serpent-nuage  il  joue  un  rôle  dans  la  mythique  de 
Téclipse  et  dans  lapparition  et  disparition  de  Sin  (la 
Lune);  mais  dans  la  Bible,  et  surtout  dans  la  Bible 
des  prophètes,  il  ne  pouvait  garder  ce  caractère  à 
côté  de  Jahvé,  et  il  devient  un  ange,  un  émissaire, 
un  instrument  de  Jahvé.  La  fumée  du  v.  4  est  my- 
thique. Au  V.  6 ,  le  prophète  a  délayé  le  mythe  pour. 
Tadapter  à  son  sujet  et  il  a  substitué  au  feu  céleste 
le  feu  de  lautel.  Nous  surprenons  ici  sur  le  vif  une 
des  lois  d'adaptation  de  la  langue  mythique  aux  be- 
soins du  moment.  Il  est  possible  que  les  mots  ^^  du 
V.  2  ne  se  rapportent  pas  à  ^anx,  mais  à  ^3M,  c'est- 
à-dire  les  D^Die;  se  tiendraient  près  du  Vd^t  divin,  et 
nous  aurions  l'équivalent  des  serpents  gardiens  des 
demeures  babyloniennes.  Nous  aurons  en  même 
temps  ici  la  raison  de  cette  conception.  Nous  verrons 
que  le  Vdm  n'est  autre  chose  ici  que  le  Ciel,  et  les 
pans  de  robe  qui  remplissent  le  ^DM  sont,  à  l'origine, 
les  Nuées.  Dans  les  tablettes  rapportant  la  lutte  cos- 
mique de  Marduk,  nous  retrouvons  aussi  ce  vête- 
ment et  ces  pans,  et,  comme  nous  savons,  ils  y 
jouent  un  rôle  capital.  Donc  les  serpents  gardiens 
du  ^DTi  représenteraient  l'éclair  gardien  des  Nuées. 
Je  rappellerai  ici  le  texte  de  Desc.  d'Istar  :  labsama 
kima  issuri  sabot  kappi  «  (les  génies  inférieurs)  sont 
vêtus,  comme  les  oiseaux,  d'un  vêtement  d'ailes». 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     117 

V.  3.m3D  Y'^^'"'  ^2  ^^^  répond  à  ce  que  nous  trou- 
vons dans  une  inscription  d'Hammurabi  :  milamnm 
sama  ursita  milaL  La  triple  répétition  du  mot  ^Mp 
rappelle  les  triples  assar,  assur,  assar,  par  lesquels 
débutent  les  prières  assyriennes  pour  le  pays ,  la  ca- 
pitale et  le  roi ,  et  le  triple  likraba  «  qu'ils  soient  fa- 
vorables» qui  termine  ces  prières  ou  chants  (voir 
III  Rois,  66). 

V.  1-8  et  suiv.  Je  remarque,  à  propos  de  cette 
théophanie ,  que  la  théophanie  dlsaïe  et  celle  d'Ezé- 
chiel  (Ézéchiel,  ch,  i  et  x)  empruntent  leurs  éléments 
au  vieux  fond  babylonien.  On  peut  supposer  pour 
Ezéchiel  qu'il  emprunte  ses  images  à  ce  qu'il  a  sous 
les  yeux  en  pays  babylonien;  mais  on  ne  peut  faire 
cette  supposition  pour  Isaïe.  De  plus,  il  est  difficile 
de  penser  qu  Ezéchiel ,  qui  reproche  si  souvent  au 
peuple  israélite  les  concessions  faites  à  l'étranger,  les 
emprunts  faits  aux  Babyloniens,  ait  lui-même  mis 
toute  sa  prédication  sous  les  auspices  d'une  vision 
empruntée  au  culte  babylonien.  La  page  d'Isaïe  et 
celle  d'Ezéchiel  me  semblent  être  des  transcriptions 
presque  littérales,  et  je  ne  suis  pas  loin  de  supposer 
que  les  Hébreux  avaient  gardé  aussi  bien  que  les 
Babyloniens  des  documents  où  les  vieilles  traditions 
étaient  fixées. 

Ch.  viii,  V.  6-8.  Ces  métaphores  me  semblent 
empruntées  au  système  de  canalisation  et  d'endigue- 
meîit  en  usage  en  Chaldée.  Je  ne  sache  pas  qu'aucun 


118  JUILLET-AOÛT   1897. 

fleuve  palestinien  ait  été  sujet  à  des  crues  et  débor- 
dements. Il  s'agit  précisément  ici  du  roi  d'Aiur. 

Ch.  XIII,  V.  Ix.  nonVtD  K3:r  npsD  «  (Jahvé)  passe  en 
revue  l'armée  de  guerre  »  rappelle  l'expression  assy- 
rienne pakidat  kisat  same  appliquée  à  Nabu.  Nabu, 
à  l'origine  double  de  Marduk ,  puis  son  scribe ,  celui. 
qui  le  précède,  l'annonce,  est  aussi  chargé  de  veîfler 
au  salut  des  demeures  célestes. 

■ 

V.  1  o.  Dn^SoDi  D-'iDcrn  >33i3  «  Les  étoiles  du  ciel 
eÉ  leurs  ^'03».  Voir  Job,  g,  g;  35,  3i;  Amos,  5, 
8,  avec  cette  différence  que,  dans  Isale,  le  mot  est 
au  pluriel.  L'homonymie  de  ce  mot  avec  ^ob  t  foie  » 
semble  bien  se  rattacher  à  une  conception  mythique» 
à  celle  de  géants  comme  les  Anuni  ou  Anunaki; 
mais  je  ne  vois  rien  dans  la  mythologie  assyrienne 
qui  puisse  être  philologiquement  rapproché  du  mot 
b>DO .  Job ,  nnsn  b^OD  m^iî^io  «  Est-ce  toi  qui  délie 
les  liens  du  Sp3  ?  »  combiné  avec  le  pluriel  de  notre 
passage  nous  marque  peut-être  qu'il  ne  faut  pas, 
comme  on  Ta  fait  jusqu'ici,  entendre  par  V'»D3  un 
astre  déterminé,  mais  tout  astre  attaché  à  un  autre, 
par  conséquent  tout  satellite. 

Ch.  XIV ,  v.  g.  D'^KDn .  Nous  en  avons  parié  ailleurs* 
J'ajouterai  ici  que  la  racine  de  ce  mot  e^t  nsn  *  être 
faible»,  ce  qui  est  d ailleurs  confirmé  par  le  verset 
suivant.  Les  Ombres  disent  au  roi  de  Babylone  :  «  Toi 
aussi,  tu  es  affaibli  comme  nous  ».  Nous  avons  donc 


MÉLANGES  ASSYRIOLOGIQUES  ET  BIBLIQUES.     119 

bien  dans  la  Bible  la  conception  des  morts  comme 
d'Ombres  sans  force  [eïScjXa  xafiSvTCJv);  voir  Ps. , 
88,  ii;  Prov.,  a,  18;  9,  18;  21,  16.  Descente 
dlstar  (en  particulier  le  vers.  8)  tout  le  commence- 
ment. 

V.  1 1.  ine;  p  ^V^^.  Je  considère  S^^^  non  comme 
un  adjectif  verbal  se  rapportant  à  p ,  mais  comme 
un  substantif  sur  le  type  de  byn,  HTn;  la  racine  est 
SSn  «  briller  »,  et  je  traduis  :  «  Le  Lumineux,  fils  de 
TAurore ,  lastre  brillant  par  excellence  encore  visible 
à  l'aurore  I»,  qui  ne  peut  désigner  que  Vénus  dans 
sa  phase  matinale.  Le  déterminatif  idéographique 
qui  précède  les  astres  se  lit,  en  assyrien,  mal,  qui  a 
également  pour  racine  alal  «briller»,  hh^n  pourrait 
n'être  qu'un  équivalent  de  mal,  et  l'expression  SS^n, 
suivie  du  nom  propre,  pourrait  être  absolument 
équivalente  à  mal  suivi  du  nom  propre. 


120  JUILLET-AOÛT' 18«7. 


nahapAna  et  L'ère  çaka, 

PAR 

M.  A.-M.  BOYER. 


On  regarde  généralement  1  avènement  de  Kaniska 
comme  le  point  de  départ  de  Tère  Çaka.  La  légiti- 
mité d  une  opinion  qui  rejette  après  Tan  7 8  de  notre 
ère  le  règne  de  ce  prince  se  trouve  contredite  par 
un  récent  mémoire  de  M.  Sylvain  Lévi^  Il  semble 
aussi,  d  autre  part,  que  ce  Ksatrapa  Nahapâna  qui, 
par  les  monuments  qu  il  nous  a  laissés ,  inscriptions 
et  médailles ,  surgit  tout  à  coup  d'une  race  jusqu'à 
lui  sans  histoire  et  nous  apparaît  maître  du  Su- 
râstra,  de  TAvanti^,  dune  partie  de  la  côte  occi- 
dentale du  Dekhan,  ait  des  titres  sérieux  à  revendi- 
quer pour  lui-même  Thonneur  jusqu'ici  accordé  à 
Kaniska.  Je  me  propose  de  les  établir  par  les  consi- 
dérations qui  vont  suivre. 

*  Journal  asiatique ,  j&n\.-îé\r.  1897. 

'  Que  Nahapâna  ait  possédé  l'Avanti  semble  assuré  par  la  men- 
tion d'Ujjain  dans  n"  7  Nâsik  {A.  S.  fV.  L,  IV)  où  il  est  naturel- 
lement question  de  villes  au  pouvoir  de  ce  prince. 


nahapAna  et  L'Ère  caka.  121 


I 

A  Nahapâna,  dont  Sâtakani  (iotamîputa  détruit 
la  race  et  conquiert  Fempire,  succède  de  fait  dans 
la  possession  de  plusieurs  des  provinces  où  il  avait 
régné,  une  série  de  princes  qui  s'ouvre  par  Castana. 
Ces  princes  portent,  comme  Nahapâna,  le  titre  de 
RâjaKsatrapa  oxxMahâksatrapa;  leur  royaume  s'étend 
du  Surâstra  au  Mâlava  ;  leurs  dates  connues  courent 
de  Tan  7  2  à  Tan  3 1  o  de  Tère  qu'ils  emploient.  L'an 
•72  appartient  au  règne  de  Rudradâman,  petit- fils 
de  Castana  ;  l'an  3 1  o ,  au  règne  du  dernier  Ksa- 
trapa.  La  lecture  de  cette  dernière  date  est  celle  de 
Cunningham  et  de  M.  Bùhler,  d'autant  plus  admis- 
sible que  les  dates  sur  monnaie  de  l'avant -dernier 
Ksatrapa  se  succèdent,  d'après  Bhagvâhlâl  Indrajî, 
de  270  à  298  au  moins  ^  Quelle  est,  en  ère  chré- 
tienne ,  la  date  initiale  de  cette  ère  Ksatrapa  ? 

Les  monnaies  des  Ksatrapas  disparaissent  après  3 1  o , 
c'est  donc  vers  cette  époque  qu'ils  sont  soumis  par 
les  Guptas ,  et  c'est  la  détermination  de  cette  époque 
qui  nous  donne  la  réponse. 

Les  deux  monnaies  d'argent,  l'une  du  dernier 
Ksatrapa,  l'autre  de  Candragupta  II,  trouvées  en- 
semble à  Sultanganj  dans  le  trésor  d'un  même  stûpa  ^, 
sont  un  premier  indice  qui  rapproche  les  règnes  des 

*   The  Western  Kshatrapas ,  by  Pandit  Bhagvânlâl  Indrajî;  edited 
by  K.  J.  Rapson;  dans  J.  R,  A,  S.,  1890. 
'  Arch,  Surv.  Ind,,  X,  p.  127. 


IM  JDILLET-AOÛT   1S07. 

deux  princes.  Le  père  de  Candragupta  II,  Samudra- 
gupta,  avait  déjà,  d'après  Tinscription  d'Âliahabad, 
rendu  tributaires  les  Mâlavas  et  les  Âbhiras  ^  c'est- 
à-dire  les  peuples  de  toute  la  contrée,  peut-être, 
soumise  aux  Ksatrapas,  car  le  pays  des  Âbbiras 
comprenait  entre  ses  limites  quelque  peu  flottantes 
cette  région  qui  fait  suite  aux  bouches  de  Tlndiu  et 
qui  contient  le  Surâstra.  L'inscription  de  Samudra* 
gupta  à  Ëran  prouve  du  reste  qu'il  avait  de  fidt 
réuni  à  son  empire  la  limite  orientale  du'Màlava. 

Les  deux  inscriptions  de  Candragupta  II  à  Uda* 
yagiri,  celle  du  même  prince  à  Sàfici,  accentuent 
encore  vers  rQUest  la  domination  des  Guptas,  L*une 
des  deux  inscriptions  d'Udayagiri^  date  de  4oi 
(3 19  + 8a)  ap.  J.-C;  elle  nous  montre  feudataire 
de  Candragupta  et  datant  dans  Tère  de  son  suzerain 
un  maharaja  Sanakânika,  c  est-à-dire  d'un  peuple 
que  Tinscription  d'AUahabad  mentionne,  avec  les 
Mâlavas  et  les  Âbhtras,  dans  une  même  liste,  parmi 
les  tributaires  de  Samudragupta  [loo.  cit.). 

Avec  le  fils  et  successeur  de  Candragupta  II  les 
monnaies  guptas  apparaissent  dans  le  Kathiawar, 
à  l'extrémité  occidentale  du  territoire  ksatrapa.  C'est 
vers  4 1 4  ap.  J.-C.  que  KumAragupta  succède  à  «on 
père. 

Autant  que  nous  l'apprennent  les  monuments ,  le 

^  CL,  III,  n**  1,  1.  22-23  :  Mâlavârjunâyanayaudheyamâdrakâ-» 
bhîraprârjunasanakântkakâkakharapapikftdibhiçca  sarvvakaradânft- 
jnâkarauapranâmâgamanaparitoflitappacandaçâsanasya. 

«  C.  ï,  Ill\  n"  3. 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  123 

règne  de  Samudragupta  marque  donc  le  premier 
coup  porté  aux  Ksatrapas;  le  règne  de  Kumâra- 
gupta  témoigne  de  leur  disparition.  C'est  dans  Tin- 
tervalle,  sous  Gandragupta  II,  que  paraît  s  opérer 
leur  chute,  par  le  développement  toujours  croissant 
de  la  puissance  des  Guptas.  Il  est  donc  juste  de  pla- 
cer vers  la  fin  du  iv*  siècle  la  destruction  de  leur 
empire,  soit  4 00  ans  ap.  J;-C, 

La  différence  4oo-3io  donne  donc,  avec  une 
sérieuse  approximation,  la  date  en  ère  chrétienne 
de  lorigine  de  Tère  Ksatrapa.  Nous  obtenons  ainsi 
90  ap.  J."C. 

Ce  chiffre  nous  porte  si  près  de  78  ap.  J.-C,, 
première  année  d^  Tère  Çaka,  qu'il  est  bien  difficile 
de  ne  pas  ramener  à  ce  point  de  départ  Tère  Ksa- 
trapa. J'admets  ce  point  de  départ;  et  nous  le  ver- 
rons s'affirmer  de  plus  en  plus  à  mesure  que  nous 
avancerons  dans  notre  étude.  Qiiel  est,  maintenant, 
le  fait  qui  donne  naissance  à  cette  èreP  Je  pense 
qu'il  se  trouve  dans  Tavènement  du  premier  Ksa- 
trapa, Nahapâna. 

Il 

En  l'absence  d'un  document  explicite,  il  importe 
de  vérifier  avant  tout  si  une  telle  manière  de  voir 
s'accorde  avec  les  faits  certains  connus.  Je  crois 
qu'il  en  est  ainsi,  et  ce  sera  en  même  temps  un  véri- 
table témoignage  de  son  exactitude,  je  l'espère,  que 
la  façon  naturelle  dont  elle  les  met  en  place  ou  les 
explique. 


124  JUILLET-AOÛT   1897. 

Les  premiers  qui  se  présentent  à  notre  examen 
sont  ceux  qui  ressortent  des  inscriptions  •  des  Ksa- 
trapas  et  des  Andhras^  Je  dois  les  rappeler  briève- 
ment, sans  rejeter  quelques  redites,  nécessaires  à  la 
clarté. 

Les  dates  connues  de  Nahapâna  vont  de  4 1  à  46  *. 
Ces  dates,  naturellement,  ne  certifient  pas  à  elles 
seules  im  long  règne ,  leur  point  d'origine  pouvant 
être  différent  de  Tavènement  du  prince.  Mais  l'effigie 
de  ce  Ksatrapa,  frappée  sur  les  monnaies,  dont  le 
type  passe,  d'après  Bhagvânlâl  Indrajî  [op.  cit),  par 
tous  les  degrés,  de  la  jeunesse  à  un  âge  avancé, 
affirme  qu'il  occupa  le  trône  de  longues  années  du- 
rant. Il  est  donc  légitime  d'admettre  que  l'ère  dont 
use  Nahapâna  commence  avec  son  règne. 

Son  vainqueur  est  Sâtakani  Gotamîputa.  L'in- 
scription n°  1 8  Nâsik  ^  déclare  seulement  que  le  roi 
Andhra  a  détruit  là  race  des  Khakliarâtas,  c'est-à- 
dire  de  Nahapâna,  mais  aucun  prince  ne  se  place 
enlre  Nahapâna  et  Sâtakani  dans  les  inscriptions  de 
Nâsik,  et,  d'autre  part,  nous  y  voyons  (n"  i3  Nâsik) 

^  Il  est  à  peine  nécessaire  de  rappeler  les  travaux  dont  profite 
ici  la  présente  étude ,  le  mémoire  de  M.  Bûhler,  par  exemple ,  dani 
Ind.  Antiq.  XII,  p.  272  et  suiv.;  le  chapitre  sur  la  chronologie  des 
inscriptions,  de  M.  Senart,  dans  Les  Inscriptions  de  Pijadasi  (t.  Il, 
p.  447  et  suiv.). 

*  A.  S.  W.  L,  IV,  n°  9  Nâsik,  p.  102;  n"  11  Junnar,  p.  io3. 
A  moins  d'indication  contraire,  les  numéros  d'inscriptions  «pii 
suivent  renvoient  au  même  volume,  p.  98  et  suiv. 

^  Pour  cette  inscription ,  et  celle  de  Rudradàman  à  Gimar,  je  me 
sers  du  texte  édité  par  M.  Bûhler  dans  Die  indischen  Insckrijïen  and 
da%  Aller  der  indischen  Kunstpoesie, 


NAHAPANA  et  LÈRE  ÇAKA.  125 

une  donation  faite  par  Sâtakani  d'un  territoire  jus- 
qu  alors  ^  en  la  possession  d*Usabhadata,  qui  semble 
bien  clairement  TUsavadâta  de  Nâsik  (n*  5,  7,  9, 
1  o)  identique  à  l!Usabhadâta  de  Kârle  (n**  6),  c est-à- 
dire  le  gendre  même  de  Nahapâna  :  nous  sommes 
donc  naturellement  amenés  à  penser  que  ce  fut 
avant  tout  dans  la  personne  de  Nahapâna  que  Sâta- 
kani détruisit  la  race  ennemie.  En  tout  cas,  Tinter- 
valle  entre  la  mort  de  Nahapâna  et  la  victoire  des 
Ândhras  fut,  s'il  exista,  très  peu  considérable,  et 
c'est  le  point  à  noter. 

Cette  victoire  de  Sâtakani  a  lieu  avant  la  1 8®  an- 
née de  son  règne ^  (n"  1 3  Nâsik).  Il  règne  au  moins 
24  ans  (n°  ili  Nâsik). 

Son  fils  et  successeur,  Siri  Puiumâyi  Vâsithîputa , 
règne  au  moins  2  4  ans  (n°  2 1  Kârle). 

Sirisena  Mâdhariputa ,  successeur  très  probable- 
ment immédiat  de  Puiumâyi,  règne  au  moins  8  ans^ 
(n"*  ili  Kanheri). 

Caturapana  Sâtakani  Vâsithîputa,  successeur  très 
probablement  iujmédiat  de  Sirisena,  règne  au  moins 
i3  ans  (inscr.  de  Nânâghât). 

Siriyana  Sâtakani  Gotamîputa ,  son  fils ,  règne  au 
moins  27  ans  (£.  /.,  I,  p.  96). 

Pour  ce  qui  concerne  les  Ksatrapas  Senas,  nous 

*  A,  S.  W,  /.,IV,  p.  io4  :  Khetam  ajakâlakiyam  Usabhadatena 
bhûtam. 

*  M.  Bûhler  avertit,  p.  58  du  mémoire  déjà  nommé  Die  indisclien 
Insckriften,  etc,  de  corriger  i4  en  18  dans  la  transcription  donnée 
par  A.  S.  W.  /.,  IV,  p.  io5. 

^  i.5.  fr. /.,  V. 


126  JUILLET-AOÛT   1897. 

ne  savons  rien  de  la  durée  du  règne  de  Gastana;  son 
fils  et  successeur  Jayadâman  parait  avoir  régné  peu 
de  temps,  vu  la  rareté  de  ses  monnaies ^  Sous  le 
prince  suivant,  Rudradâman , Tinsoription  de  Gimar 
nous  apprend  qu'en  *ji  (de  Tère  Ksatrapa)  eut  lieu 
la  rupture  de  la  digue  d*un  étang,  réparée  ensuite, 
quoique  avec  peine ,  du  vivant  du  mâme  prince.  L'an 
du  règne  personnel  nest  pas  indiqué,  mais  dans 
Tinscription  rien  n'affirme  un  début  de  règne,  tout 
fait  supposer  plutôt  le  contraire;  la  di£Biculté, 
d'abord,  de  mener  à  bonne  fin  Tœuvre  dont  il  vient 
d'être  question,  difficulté  qui  avait  découragé  les 
ministres  du  prince  (1*  17)  et  qui  ne  fut  naturelle- 
ment surmontée  qu'au  bout  d'un  certain  temps;  les 
expéditions  mentionnées,  ensuite.  Ce  n'est  pas  sans 
doute  d'un  seul  coup  d'épée  que ,  du  côté  du  nord , 
Rudradâman  avait  anéanti  les  fiers  et  intraitables 
Yaudheyas^,  et,  du  côté  du  midi,  jusqu'à  deux  fois 
mis  en  pleine  déroute^  le  roi  du  Dekhan  Sàtakarni, 
exploit  auquel  il  ajouta  la  gloire  de  faire  grâce  au 
vaincu.  A  Rudradâman  succède,  d'après  les  mon- 
naies, son  fils  Dâmajada;  à  Dâmajada,  son  fils  Jîva- 
dâman. 

Ces  deux  princes,  d'après  la  rareté  de  leurs  mon- 
naies, semblent  régner  peu  de  temps.  Puis  vient  un 
second  fils  de  Rudradâman ,  Rudrasimha ,  que  l 'in- 

*  Pour  cette  série  dynastique ,  cf.  The  Western  Kshatrap€u, 

'  L.   11-12    :    sarvvaksatrâviskrtavîraçabdajâtotsekâvidheyàiiâiii 

yaudheyânâni 

'  L.  1 2  :  dvir  api  nirvyâjam  avajityâvajitya. 


iNAHAPANA  et  L  ère  ÇAKA.  127 

scription  de  Gûnda  nous  montre  régnant  en  102  ^ 
Ses  premières  monnaies  (leur  première  date  est  1  o3  ) 
portent  en  effigie,  dit  Bhagvânlâl  Indrajî,  une  tête 
jeune  et  sans  moustache,  les  spécimens  de  date  plus 
tardive  montrent  la  moustache,  conformément  au 
type  des  princes  de  cette  dynastie.  C'est  là  une  preuve 
de  plus  de  la  brièveté  du  règne  de  ses  deux  prédé- 
cesseurs. 

Lan  loa  qui  marque  le  début  du  règne  de  Ru- 
drasimha  correspond,  d'après  ce  que  nous  avons 
dit,  à  180  (78+ioii)  de  notre  ère.  Si  Nahapâna 
monte  sur  le  trône  en  «78  ap.  J.-C,  les  événements 
précédents  doivent  se  placer  naturellement  dans 
Tintervalle  de  78  à  180  ap.  J.-G.  En  est-il  ainsi? 

Pour  répondre  à  cette  question,  je  dresse  la  liste 
chronologique  suivante  : 

78  ap.  J.-C.     Avènement  de  Nahapâna. 
à^  Dernière  date  connue  de  Nahapâna. 

a  Intervalle  hypothétique  entre  46  et  la  victoire 

de  Sâtakani  Gotamiputa. 
b  Intervalle  hypothétique  entre  la  victoire  de 

Sâtakani  Gotamiputa   et  Tan    18   de  son 
règne. 
6  Intervalle  de  Tan  18  à  Tan  3  4  de  Sâtakaçi 

Gotamiputa. 
c  Reste  hypothétique  du  règne  de  Sâtakani  Go- 

tamiputa. 
2^  Dernière  date  connue  de  Siri  Pulumâyi. 

d  Reste  hypothétique  du  règne  de  Siri  Pulumâyi. 

^  Indian  Antiqwuy,  X  :  A  new  Kfotrapa  inscription,  by  D'  BÛh- 
1er. 


128  JUILLET-AOÛT   1897. 

c?'  Intervalle  hypothétique  entre  Siri  Pu}iimàyi 

et  Sirisena. 

8  Dernière  date  connue  du  règne  de  Sirisena. 

e  Reste  hypothétique  du  règne  de  Sirisena. 

e'  Intervalle  hypothétique  entre  Sirisena  et  Catu- 

rapana  Sâtakani. 

/  *        Intervalle  entre  l'avènement   de  Caturapana 

Sâtakani  et  la  fin  de  la  guerre  de  Rudra- 
dàman  avec  ce  prince,  que  je  regarde,  en 
l'absence  de  toute  indication  contraire, 
comme  étant  le  Sâtakani  de  rinscription  de 
Girnar. 

y  Intervalle  entre  la  fin  de  cette  guerre  et  l'in- 

scription de  Girnar  qui  la  relate. 

k  Intervalle  entre  l'inscription  de  Girnar  et  la 

mort  de  Rudradâman. 

I  Intervalle  entre  la  mort  de  Rudradâman  et 

i8o  ap.  J.-G. 

La  somme  de  toutes  ces  quantités  peut-elle  éga- 
ler i8o? 

Négligeons,  conformément  à  l'exposition  qui  a 
précédé,  les  intervalles  d',  e\  il  vient  : 

162  -{-a-\'  b  ■}-  c-{-d-{-e  -|-/-|-  g  +  ^  +  * 

OÙ  les  neuf  dernières  quantités  doivent  se  renfermer 
dans  un  espace  de  1 8  ans. 

Evidemment,  rien  que  de  possible. 

a,  è,  c,  se  présentent  comme  peu  considérables  : 
a,  vu  la  longueur  du  règne  de  Nahapâna;  6,  à  cause 
de  l'expression  «  ajakâlakiyam  Usabhadatena  bhû- 
tam  »  dans  l'acte  de  donation  de  Sâtakani  en  fan  1 8 , 
ci-dessus  rappelé;  c,  pour  la  raison  qui  suit.  L'in- 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  129 

scription  n°  1 8  Nâsik  est  datée  de  l'an  1 9  du  règne 
de  Siri  Pulumâyi.  Or  il  y  est  question  d  une  dona- 
tion actuellement  faite  par  l'aïeule  de  ce  prince, 
Gotamî  Balasiri,  mère  de  Sâtakani^  Nous  ignorons 
à  quel  âge  ce  dernier  prince  monta  sur  le  trône; 
mais  la  survivance  de  sa  mère  19  ans  après  sa 
mort  n  est  pas  un  préjugé  en  faveur  de  l'addition 
d'un  grand  nombre  d'années  aux  ilx  ans  connus  de 
son  règne. 

D'autre  part,  d  eX  e  n'exigent  aucune  étendue. 
Nous  pouvons  donc ,  égalant  à  quelques  années  l'en- 
semble des  cinq  quantités  dont  il  vient  d'être  ques- 
tion, regarder  l'avènement  de  Gaturapana  comme 
ayant  lieu  vers  170.  La  guerre  avec  Rudradâman 
ne  demande  par  elle-même  aucun  long  délai, .  l'in- 
scription de  Girnar  n'a  sans  doute  pas  tardé,  puisque 
l'accident  qui  en  fut  l'occasion  s'était  produit  depuis 
plus  de  20  ans  déjà,  en  i5o  (78  +  72)  ap.  J.-C. 
La  mort  de  Rudradâman  qui  régnait  en  i5o  a  pu 
suivre  de  près  :  à  placer  cette  mort  vers  1^7  5  il  reste 
l'intervalle  que  réclament  les  règnes  courts  de  ses 
deux  premiers  successeurs  suivis,  en  180,  de  son 
jeune  fds  Rudrasimha. 

Il  faut,  pour  clore  ce  qui  touche  ces  inscriptions, 
mentionner  le  mariage ,  d'ailleurs  incertain ,  de  Sâta- 
kani  Vâsithîputa  avec  une  fille  de  Rudradâman  2. 

^  L.  10  :  eta  ca  lena  mahâdevî  mahârâjamâtâ  mahârâjapatâma- 
hî  dadâti. 

^  Le  document  interprété  dans  ce  sens  est  n°  ii  Kanheri.dans 
A.  S,  W,  L,  V.  On  le  rapproche  de  la  déclaration  que  fait  l'inscrip- 

X.  Q 


mratXBkii  iatiuxal*. 


130  JUILLET-AOÛT  1897. 

Il  ne  saurait  faire  difficulté,  puisque  Rudradâman, 
d'après  ce  que  nous  venons  de  dire ,  règne  dès  1 5o  au 
moins,  et  que  Gaturapana  Sâtakani  Vâsithîputa 
monte  sur  le  trône  vers  170.  L'inscription  du  reste 
ne  dit  pas  que  le  mariage  ait  eu  lieu  après  Tavène- 
ment  de  Vâsithîputa. 

Restent  les  faits  connus  par  le  témoignage  de 
Ptolémée.  La  théorie  précédente  est  manifestement 
celle  qui  les  explique  le  mieux  et  peu  de  mots  sont 
ici  nécessaires.  Ptolémée,  écrivant  vers  i5o  ap. 
J.-C,  mentionne,  comme  roi  d'Ujjain,  Tiastanés, 
Gastana;  comme  roi  de  Paithan,  Siri  Polemaios, 
Siri  Pulumâyi.  Nahapâna  régnant  au  moins  jusqu'en 
ia4  (78-I-A6)  ap.  J.-C.  fait  Gastana,  s'il  vient, 
comme  on  l'admet,  peu  de  temps  après  lui,  contem- 
porain de  Ptolémée.  De  plus,  Nahapâna  régnant 
jusque  vers  124,  Sâtakani,  d'après  ce  qui  est  dit 
plus  haut,  règne  jusque  vers  1 3o ,  son  fils  Siri  Pulu- 
mâyi est  donc  également  contemporain  de  Ptolémée. 
Nous  voyons  en  même  temps  que  la  connaissance 
que  Ptolémée  avait  de  Siri  Pulumâyi  justifie  encore 
le  peu  de  durée  que  nous  avons  donné  aux  inter- 
valles a,  b,  c. 

Tout  ce  qui  précède  favorise  donc  l'assertion  : 
l'ère  Ksatrapa,  datant  de  78,  commence  avec  Naha- 
pâna. Avant  Ptolémée,  un  autre  auteur  de  langue 
grecque  me  semble  fournir  une  indication  pré- 
cieuse à  l'appui  de  cette  thèse.  Je  crois,  en  effet, 

don  (le  Girnar  de  liens  qui  unissaient  les  adversaires  et  qni  sau- 
vèrent le  vaincu.  (  Voir  plus  liaut.  ) 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  131 

que  nous  trouvons  dans  le  Périple  de  la  mer  Erythrée 
la  mention  de  Nahapâna,  et  cela,  précisément  à 
Tépoque  où  nous  venons  de  le  placer.  Cet  ouvrage 
de  la  fin  du  premier  siècle  va  nous  donner  en  même 
temps  sur  la  nationdité  de  ce  prince,  dont  nous 
aurons  à  nous  occuper  bientôt,  un  renseignement 
qu'il  importe  de  recueillir. 


III 

Je  dis  de  la  fin  du  premier  siàde. 

La  thèse  de  G.  Midler,  plaçant  la  rédaction  du 
Périple  entre  80  et  89  ap.  J.-C,,  paraît  avoir  con- 
quis droit  de  cité  aujourd'hui.  On  ne  peut  la  placer, 
de  fait ,  avant  l'époque  de  Pline ,  et  ,^algrë  la  savante 
contradiction  de  Reinaud^  il  est  bien  difiBciie  de  lui 

*  Mémoire  sur  le  commencement  et  la  fin  du  royaume  de  la  Mésène 
et  de  la  Kharachie,  et  sur  fépoqvue  de  la  rédaetion  du  Périple  de  la 
mer  Erythrée,  etc,  dam  «/•  À,,  i86t4  -*  AuBsi  Mémoires  de  VAda- 
demie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  U  XXIY.  — >  Reinaud  abaisse 
l'âge  du  Périple  à  2  46  ap.  J.-€.  L'un  des  arguments  de  l'éminent 
auteur,  qu'il  regarde  comme  décisif,  est  que  la  partie  Sud-Est  de 
la  péninsule  arabique  y  est  dite  ithi  rrjs  VLepMoç.  D'après  Reinaud , 
cela  signifie  que  les  Persans  possédaient  la  r^on  «  depuis  peu  ». 
«N*est-ii  pas  singulier,  ajoute-t-il,  qu'aucun  traducteur  jusqu^id 
n'ait  fait  attention  à  un  fait  aussi  important?»  (P.  74  du  tirage  à 
part  )  Je  demeure ,  je  l'avoue ,  parmi  la  masse  des  traducteurs.  Hapà- 
xeêTot  x^pA  ^dp^ot  oUx  ht  tife  esMle  fiaatXtiatf  âXX*  Hêri  tfff  IIcp- 
alioe  (S  33)  me  paraît  vouloir  dire  :  t  (Puis)  se  présente  nne région 
barbare  qui  ne  fait  plus  encore  partie  du  même  royaume,  mais  fait 
déjà  partie  de  la  Perse.  »  Ce  qui  n'implique  nullement  qu'^e  en 
fasse  partie  depuis  peu  de  temps ,  mais  seulement  que  le  voyageur 
qui  part  du  premier  royaume  se  trouve  depuis  peu  de  temps  sur 
un  territoire  persan ,  quand  il  arrive  dans  cette  r^;ion.  La  côte  occi- 


132  JUILLET-AOÛT  1897. 

attribuer  une  date  de  beaucoup  postérieure.  L'auteur 
anonyme,  un  habitant  de  TÉgypte,  d'après  son 
propre  témoignage ,  parle  comme  d'un  contemporain 
de  Malichas,  roi  de  Nabatène  ($19).  Les  historiens^ 
nous  apprennent  que  ce  royaume  fiit  réuni  à  l'em- 
pire sous  Trajan,  en  106  ap.  J.-C,  et,  pour  con- 
firmer leur  récit,  la  série  des  monuments  épigra- 
phiques  des  rois  nabatéens,  ouverte  au  milieu  du 
II*  siècle  avant  notre  ère,  se  termine  brusquement 
en  95  ap.  J.-C.^.  Or  l'avant-demier  roi  (le  dernier 
est  ^^f^'^,  Rab'il)  est  justement  un  idVd,  Msdiku  El, 
de  89  à  70  ap.  J.-C. 

C'est  là  un  argument  dont  la  valeur,  sembie-^t-U, 
ne  saurait  être  contestée.  Faut-il  accorder  la  même 
confiance  à  un  autre  rapprochement,  que  proposait 
C.  MuHer?  L'auteur  du  Périple  donne  comme  roi 
actuel  d'Ethiopie  Zôskalês  (S  5).  Les  listes  des  rois 
éthiopiens  publiées  par  Dillmann  ^  placent  entre  80 
et  98  ap.  J.-C.  le  règne  de  A^Ai,  Heklê.  C.  Mul- 
1er  adoptait  Za-Hekade.  D'après  une  note  (p.  343  ) 
de  Dillmann,  la  liste,   en  effet,  porte  rédlement 

dentale  du  golfe  Persique,  sdon  que  l'admet  Reinaud,  fut  dàs  le 
principe  sous  la  dépendance  des  princes  de  la  Mésène  (p.  33,  34 
du  tirage  à  part).  Or  cen  général  (p.  35),  les  rois  de  la  Mésène 
se  reconnaissaient  vassaux  des  rois  Ârsacides,  et  ils  firent  partie 
de  ce  que  les  écrivains  arabes  et  persans  ont  appdé  pKis  tard  du 
nom  de  Molonk  al  Theouayf*,  Cela  suffisait  bien  à  ftEÛre  donner  à 
la  contrée  le  nom  de  Perse  dans  le  langage  popidaire  des  marins 
étrangers. 

^  Dion  Cassins,  68,  i4.  Cf.  Am,  Marcel.,  i4,  8. 

*  C.  /.  .S'.,  ps.  II,  t.  I,  p.  181-182. 
Z,  D.  M.  G.,  t.  Vil,  p.  339  et  suiv. 


i 


NAHAPANA  et  L^ÈRE  ÇAKA.  133 

Uàk^h»,  Zahellê,  mais  Za  se  trouve  \k  comme  par- 
ticule de  génitif  :  (années)  de  Hekiê.  Il  est  vrai  que 
les  voyageurs  de  langue  grecque  qui  ne  savaient  pas 
l'éthiopien,  ignorant  le  rôle  grammaticd  de  cette 
particule,  la  pouvaient  entendre  comme  première 
syllabe  du  nom  du  prince,  quand  les  phrases 
échangées  l'amenaient  au  génitif;  et  la  confusion 
était  d'autant  plus  facile  que  cette  particule  Za  est 
une  de  celles  qui  entrent  fréquemment  comme  pre- 
mière syllabe  dans  la  formation  des  noms  de  per- 
sonne éthiopiens  ^  Mais  le  passage  de  Zaheklê  (qui 
égale  à  peu  près  ZahMê)  à  Zôskalês  se  peut-il  rigou- 
reusement justifier?  Ayant  à  prendre  un  point  d ap- 
pui dans  lage  du  Périple,  je  n'oserais  revendiquer 
cette  identité. 

D'autres  indices  viennent  confirmer  Tépoque  in- 
diquée par  le  nom  contemporain  de  Malichas.  L'au- 
teur nous  dit  que  de  son  temps  on  se  servait  encore 
à  Barygaza  des  monnaies  d'ApoUodote  et  de  Ménandre 
($  47).  Il  n'est  pas  vraisemblable  que  l'usage  de  ces 
monnaies  se  soit  prolongé  deux  ou  trois  siècles  après 
notre  ère.  Du  temps  de  l'auteur,  Ujjain  n'était  plus 
capitale  ($  48).  Elle  le  fut  à  coup  sûr  dès  la  première 
partie  du  11*  siècle,  puisque  Ptolémée  vers  i5o  en 
fait  la  capitale  de  Tiastanês,  et  nous  n'avons  aucune 
raison  de  croire  qu'elle  eût  cessé  de  l'être  sous  le 
^orieux  Rudradâman,  ni  sous  les  princes  qui  sui- 
virent. 

C'est  donc  à  bon  droit  que  l'on  fixe  la  rédaction 

^  Cf.  Dilimann«  Gram»  der  œthiopiichen  Sprache,  p.  368,  note. 


134  JUILLET-AOÛT  1897. 

du  Périple  à  la  seconde  moitié  du  premier  siècle,  et 
comme  elle  parait  sûrement  postérieure  à  l'œuvre 
de  Pline,  terminée  en  77  ap.  J.-G.,  il  est  juste  de 
lui  donner  pour  date  Tan  90  environ. 

Voici  maintenant  les  renseignements  du  Périple 
sur  la  partie  de  llnde  d'alors  qui  nous  occupe. 

A  partir  du  golfe  de  Barakés,  c  est-à-dire  de  la 
pointe  septentrionale  du  Kathiawar,  s  ouvrait  le  golfe 
de  Barygaza,  formé  par  la  côte  de  cette  presqu'île 
et  la  côte  Nord-Ouest  du  Dekhan  (S  4i). 

Il  bordait  TÂriakô  :  cette  contrée  commençait  le 
royaume  de  Mambanos^  La  partie  continentale 
[fiscrôyeia)  de  TÂriakê,  confinant  à  la  Scythie  placée 
dans  la  région  de  Tlndus  (S  38),  s'appelait  Abêria 
(Abhîra),  la  partie  côtière  (tsrapaôaXflfavia),  Suras- 
téné  (Surâstra).  La  capitale  du  pays  était  Minnagara  : 
de  cette  ville  on  transportait  à  Barygaza  quantité 
d'étoffes^.  De  détails  pareils  à  celui-d  l'auteur  a 
rempli  son  livre  :  marin  lui-même  (S  ao)  il  écrivait 
pour  les  marins  et  trafiquants ,  et  s'il  ignore  les  grâces 
du  style,  du  moins,  et  c'est  l'important,  la  précision 
des  renseignements  qu'il  donne  laisse  fort  peu  à 
désirer. 


^  Ainsi  que  rectifie  G.  MuUer  d'après  le  manuscrit.  Prolegamena, 
jp.  cxLiy  (dans  Geographi  Grœci  minores,  t.  I,  éd.  Didot). 

*  AÇ>' ^s  Haï  la^etalov  oOévtov  eîs  Bapt^aja  xajdyerat  (S  4iJ. 
cDans  ce  pays,  ajoute  l'auteur,  on  trouve  encore  les  trtoda  de 
l'expédition  d'Alexandre  :  vieux  temples,  fondations  d'enceintâa 
fortifiées,  vastes  citernes.»  Naturellement,  dans  ces  régions  peu 
éloignées  de  Tlndus,  aux  yeux  des  Grecs,  tout  vieux  monument 
venait  d'Alexandre  :  nous  avons ,  nous ,  les  camps  do  Gésar. 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  135 

La  Mînnagara  de  Mambanos  se  trouve  ainsi  bien 
désignée  :  elle  n'a  rien  de  commun  avec  cette  autre 
Minnagar  que  Tauteur  nomme  dans  une  région  dif- 
férente (S  38)  et  dont  il  dit,  immédiatement  après 
avoir  parlé  des  bouches  de  ilndus  :  «  En  arrière  se 
trouve  à  i 'intérieur  des  terres  la  capitale  de  la  Scy- 
thie  même,  Minnagar  :  elle  est  sous  la  puissance 
des  Parthes,  perpétuellement  aux  prises  pour  s'ex- 
pulser les  uns  les  autres.  >  Impossible  de  confondre 
Minnagar  de  Scythie  et  des  Parlhes,  et  Minnagara 
d'Ariakê  et  de  Mambanos. 

Ptolémée  du  reste  distingue  également  les  deux 
villes  (1.  VII)  et  son  témoignage  précise  encore  leur 
situation.  Il  nomme  près  de  Tlndus  Binagara  1 18"*- 
2  5**  20',  la  Minnagar  du  Périple;  et,  peu  après,  à 
l'Est  de  la  Narmadâ,  Ozênô  1 1 7*-  20^  la  capitde  de 
Tiastanês ,  puis  immédiatement  Minnagara  1 1 5"*  1 5'- 
i9°3o'. 

Il  est  donc  à  propos  d'admettre  que  vers  l'époque 
oèi  fut  composé  le  Périple,  Mambanos  régnait  avec 
une  ville  nommée  Minnagara  comme  capitale,  ville 
située  vers  la  région  de  la  Narmadâ,  et  distincte  de 
celle  de  l'Indus,  sur  un  empire  dont  la  première 
province,  en  descendant  avec  le  Périple  la  côte, 
était  TAbhîra-Surâstra,  et  qui  se  prolongeait  jusqu'à 
demi -longueur  du  littoral  dekhanais  sans  doute, 
puisque  le  premier  royaume  que  lauteur  nomme 
ensuite  est  celui  de  Kêprobotos ,  souverain  de  la  Li- 
murikê^  (S  53-54). 

^  Knirpo^dTcv  est  la  leçon  du  manuscrit.  —  Quant  au  passage 


l.iO  JDILLET-AOOT  1897. 

Or  Nahapâna  régnant,  d'après  nous,  à  partir  de 
•78  de  notre  ère,  règne  à  Tépoque  de  Mambanos;  le 
territoire  soumis  à  Nahapâna  est  précisément  le  ter- 
ritoire soumis  à  Mambanos  :  Mambanos  ne  couvre- 
t-il  pas  Nahapâna  ? 

Je  ferai  d'abord  deux  remarques.  En  premier  lieu, 
le  marin  auteur  du  Périple ,  qu'il  tînt  ses  renseigne- 
ments d'autres  marins  ou  de  lui-même,  ne  les  avait 
reçus  sans  doute  que  du  langage  populaire;  en  se- 
cond lieu ,  le  passage  du  texte  qui  contient  le  nom 
de  Mambanos  est  quelque  peu  corrompu  :  voici  ré 
tablie,  d'après  les  indications  de  MuUer,  la  leçon  de 
l'unique  manuscrit  : 

Merà  le  tôv  BapéixYjv  sù6^s  è&ltv  b  Bspvyà^Anr  nè'k'KOç 
Kaï  ^  'US pas  kpa€tXYjs  x^pa?  t^  Mafi^àvov  ^tuTtktlas  dpx'à 
xai  rfjs  ÔXyjs  MtHifs^  ohaa,  Ta^Ttfç  rà  nèv  [lea&yeia  t9^  Sxv- 
dlas  (jnjvopiiovra  tëirjpia  naXetrat  rà  "SfapaOaXéurata  iè  Svv- 
pcu/Iijvij. 

Le  sens  général  se  rétablit  facilement.  Quant  aux 
noms  propres,  grâce  aux  $$  ik  et  54,  Arabikê  re- 
devient Ariakê  ;  Ibêria  est  manifestement  l'Abiria  de 
Ptoiémée  VII,  i  ;  Sunrastênê  est  la  Surastrénê  du 
S  II  II,  Le  passage  le  plus  maltraité  Ka)  1)  ^pbs  Apa-. 

corrompu  du  S  53  :  Toictxà  Se  èfiifépta  xarc^  rà  é&is  xeifuva  kxaSé- 
povs  aii-nitapa  KakXieva  'oàhs,  quelle  que  soit  la  lecture  que  l'on 
adopte  (Muller  :  kxaSdpov  Sot^inrapa],  il  est  clair  que  dans  ce 
texte  kxaSdpov  ne  peut  nomnier  qu*un  lieu ,  non  un  homme.  C'est 
ainsi  du  .reste  que  le  comprend  la  traduction  latine  jointe  à  l'édi- 
tion de  Muller  :  c  Minora  autem  quorumdam  locorum  emporia 
post  Darygaza  si  ta  hoc  se  cxcipiunt  ordine  :  (Acabaru)  Suppara, 
Callicna  urhs.  > 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  137 

Stxifç,  etc.  est  légitimement  reconstitué  comme  il 
suit  dans  Tédition  de  MuHer  ^  :  xoà  ii  vnetpos  rifs 
Aptaxiis  yjûpaSj  t?$  Mafxâwot;  ^aatXeias  àpxv  ^^^  "^vs 
&Xtis  ivSixiis  oSara,  et  c  est  de  cette  leçon  que  je  me 
suis  tout  à  Theure  servi. 

Ceci  posé,  parmi  les  phénomènes  constatés 
qu'offre  la  transcription  grecque  d'un  nom  de  llnde , 
on  note  les  suivants  : 

La  chute  de  h ,  seul  ou  accompagné  de  la  voyelle 
qui  le  suivait  :  MrfîV  ($  42)  — •  Mahî;  MotvdSa  —  Ma- 
hânada ; 

La  transcriplion  de  p  par  j8  ;  âka^ivaêdSins—Dak- 
sinâpatha;  UaXiëodpa  —  Pâtaliputra; 

L'insertion  de  fi  devant  ce  dernier  équivalant  : 
HaXifiSoOpa  à  côté  de  HaXiSoOpa;  KafiëtarOSXot  —  Ka- 
pisthala^. 

Appliquons  ceci  à  Nahapâna  :  il  vient  Nambanos. 

Voilà  une  forme  qui  se  rapproche  singulièrement 
de  Mambanos.  Le  passage  de  Nambanos  à  Mam- 
banos  a  pu  se  produire,  dans  le  texte  altéré  qui 
contient  ce  nom,  par  la  négligence  des  copistes  :  je 
crois  cette  supposition  très  valable  pour  la  transfor- 
mation de  N  en  M,  car  ces  deux  lettres  sont  graphi- 
quement bien  proches;  peut-être,  toutefois,  y  au- 
rait-il eu  dans  leur  échange  un  accident  plutôt 
phonétique  que  graphique ,  et  dont  il  faut  laisser  la 
responsabilité  à  l'auteur. 

^  En  y  rétablissant  la  leçon  du  manuscrit  Ma/xêofvov. 
'  Cf.  Ind.  Antui»,  II  :  Hindn  pronunciation  of  greek,  and  greek 
pronunciation  of  hindu  words,  traduit  de  Weber. 


138  JUILLET-AOÛT  1897. 

De  ces  deux  explications  quelle  que  soit  ia  plus 
naturelle,  après  ce  qui  précède  elles  suffisent  à  per- 
mettre, me  semble-t-il,  l'identification  proposée. 

JTadmets  donc  Téquation  :  Nahapâna  »  Mam- 
banos. 

Avant  d'aller  plus  loin,  j'ajouterai  luie  remarque. 

Un  roi  Saraganês  est  mentionné  au  S  5  si  :  ^}  Tonr 
^apaydvov  toS  "cfpza&nipov  yfiàvùw  «  du  temps  de 
Saraganês  l'ancien  ».  Sàtakani  devient  Sâtakani  par 
lingualisation  prâcrite  de  la  dentale,  Sâtakani  passe 
à  Sâdagani,  la  transcription  Saraganês  est  dès  lors 
légitime  ^  l'identification  semble  plus  que  probable, 
et  elle  a  été  dès  longtemps  proposée.  Ce  Sâtakai^d 
«  l'Ancien  »  reporte  le  souvenir  vers  le  Sàtakani  de 
l'inscription  de  Sânci^  et  celui,  peut-être  identique, 
de  l'inscription  de  Nânâghât^,  inscriptions  dont 
l'époque ,  suivant  M.  Bùhler,  est  antérieure  à  notre 
ère  ^.  Quoi  qu'il  soit ,  du  reste ,  de  ce  rapprochement , 
un  Sâtakani  nommé  par  notre  auteur  «rAncien» 
suppose  connu  de  lui,  un  Sâtakani  plus  réoent. 
Celui  qui  renversa  Nahapâna  avant  la  1 8^  année  de 
son  règne  n'étant  pas  monté  sur  le  trône,  selon  nous, 
avant  io6,  ne  saurait  guère  être  ici  désigné.  Je  ne 
puis  voir  là,  toutefois,  matière  à  difficulté,  vu  la 
fréquence  du  nom  de  Sâtakani  chez  les  Andhras  : 

^  Cf.  Indabara  [PtoL,  1.  Vil),  réprésentant  Indapattht  (Indrtt- 
prastha). 

'  Gunning.,  Bhilsa  topes,  n"  190. 
»  A,  S.  W,  /.,  V,  c.xii,n''  1. 
*  E.  /.,  n,  p.  88. 


NAHAPANA  et  L*ÈRE   ÇAKA.  139 

il  apparaissait  trois  fois  tout  à  Theure  dans  une  série 
de  cinq  rois ,  et  nous  le  retrouvons  encore  dans  les 
inscriptions  oi-dessus  rappelées. 


IV 


Or,  qu'était  Nahapâna? 

Le  constant  usage  de  la  Kharos^hî  sur  ses  mon- 
naies, son  titre  de  Kçatrapa  le  font  regarder  comme 
appartenant  au  Nord-Ouest. 

L'inscription  n""  1 8  Nâsik  conduit  à  une  conclusion 
semblable.  Elle  contient  un  long  panégyrique  de 
Sâtakani  Gotamiputa,  daté,  comme  nous  Tavons 
dit,  de  Tan  19  de  son  successeur.  Or,  si  nous  exa- 
minons les  pays  dont  ce  prince  y  est  déclaré  le  sou- 
verain, nous  voyons  (1.  2)  quil  posséda,  dans  la 
région  septentrionale  de  ses  domaines,  les  contrées 
qu occupa  Nahapâna,  le  Suratha  (Siœâstra),  TAvati 
(Avanti);  si  nous  considérons  les  peuples  dont  on  le 
dit  destructeur,  nous  voyons  nommés  (1.  5)  les  Sa- 
kas,  les  Yavanas,  les  Pahlavas,  et  eux  seuls  (qu'on 
se  souvienne  en  même  temps  de  la  présence  du  nom 
des  Çakas  dans  les  inscriptions  de  Junnar  et  de 
Nâsik;  des  Yavanas  à  Junnar,  Nâsik,  Kârle;  des 
Pahlavas  peut-être  à  Kârle)  ;  enfin  si  nous  examinons 
les  rois  qu'il  a  combattus,  il  n'est  question  que 
d'une  race  royale,  mais  celle-là  détruite,  la  race  des 
Khakharâtas  (1.  6).  La  conclusion  vient  d  elle-même  : 
ce  sont  les  Çakas,  Yavanas  et  Pahlavas  que  combat- 


J40  JUILLET-AOÛT  1897. 

tait  Sâtakani  quand  il  conquit  sur  Nahapâna  le  Su- 
râstra,  TAvanti  :  Nahapâna  était  leur  prince;  on 
peut  préciser  davantage  Télément  qui  dominait 
parmi  ces  étrangers. 

La  restitution  du  commencement  de  la  ligne  a 

de  n°  7  Nâsik  [A.  S.  IV.  L,  iV)  porte  : Dî- 

nîkaputrasa]  Çakasa  ;  la  note  adjointe  regarde  comme 
«  almost  certain  »  que  Çakasa  forme  un  mot  complet, 
et  de  fait,  à  considérer  le  contexte  et  le  fac-similé 
(H.  LUI),  il  est  bien  difficile  de  ne  pas  être  de  cet 
avis.  L'inscription  donne  alors  :  Çakasa  Usavadâtasa. 
Admettre  ainsi,  comme  le  font  plusieurs  savants, 
qu'Usavadâta,  le  puissant  gendre  de  Nahapâna,  -fut 
Çaka,  cest  déjà  peut-être  attribuer  un  rôle  impor- 
tant à  cette  race  dans  le  royaume,  voici  un  argu- 
ment plus  pressant. 

Nous  avons  vu  que  la  capitale  de  Nahapâna  se 
nommait  Minnagara,  lune  des  deux  Minnagara  du 
Périple  et  de  Ptolémée.  C'est  là  un  nom  étranger 
(Min-nagara),  c'est  un  nom  qui  nous  oriente  direc- 
tement vers  la  race  des  Çakas  que  l'on  regarde  gé^ 
néralement,  je  pense,  comme  ayant  fondé  la  Min- 
nagara de  l'Indus,  et  qui,  à  la  même  époque^, 
possédaient  une  ville  de  Min  dans  la  région  qui 
portait  leur  nom ,  la  Sacastène ,  le  pays  des  Çakas. 
Tous  ces  indices  qui  convergent  vers  une  même 
conclusion,  du  caractère  des  monnaies  au  nom  de 

^  Isid.  de  Charax,  Mans,  Parth.,  S  18  :  ÉyrevOev  2ctxa(j7at»4  S«- 
xSv  "Zxvdœv . . .  ÈvBa . . .  Mh  'oéhs,  Wv  'BfàXts  est  exactement  le 
sanscrit  Minnagara. 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  i4i 

la  capitale,  semblent  assurer  que  Nahapâna  fut  un 
prince  des  Çakas^. 

Groupant  les  résultats  auxquels  nous  ont  conduit 
les  faits  successivement  examinés,  nous  aboutissons 
donc  à  la  conclusion  suivante  :  un  prince  Çaka,  qui 
paraît  surgir  tout  à  coup  dans  ITiistoire,  et  dont 
nous  constatons  la  puissance,  monte  sur  le  trône  à 
une  date  qui  s  accorde  au  mieux  avec  78  de  notre 
ère.  Son  avènement  commence  une  ère  que  conti- 
nuent les  princes  qui  recueillent  en  partie  sa  suc- 
cession ,  et  dont ,  grâce  aux  monnaies ,  nous  suivons 
le  cours  durant  trois  siècles.  Est-il  donc  si  témé- 
raire de  reconnaître  là  Tère  Çaka  et  son  origine? 


Notre  opinion  reçoit  une  confirmation  remar- 
quable de  lexamen  de  la  région  où  paraît  naître  et 
se  développer  Tère  Çaka.  Cet  examen  est  désormais 
rendu  facile  par  le  recueil  de  dates  dont  M.  Kiel- 
horn  a  dressé  la  liste  chronologique  au  tome  XXIV 
de  Ylndian  Antiquary. 

Mettons  à  part  celles  qui  proviennent  de  docu- 
ments discutables    ou  manifestement    controuvés. 

^  Castana  a  usé,  lui  aussi,  de  la  Kharoslhî.  Son  nom,  le  nom 
de  son  père  Ysamotika,  sonnent  comme  des  noms  étrangers.  Le 
Ksatrapa  qui  prit  la  place  du  Çaka  vaincu  serait-il  lui-même  un 
Çaka  ?  Il  y  aurait  là  une  explication  simple  de  Tadoption  de  l'ère 
de  Nahapâna  par  la  dynastie  qui  vint  après  lui  :  en  tous  cas  cette 
adoption  n'est  pas ,  comme  on  Ta  fait  remarquer,  plus  étrange  que 
celle  par  les  Valahhîs  de  Tère  des  Guptas. 


142  JUILLET-AOÛT  1807. 

Les  premières  inscriptions  certaines  de  ilnde'  se 
référant  explicitement  à  Tère  Çaka  portent  les  quatre 
dates  5oo,  53u,  534 «  556  :  leur  site  est  sur  une 
ligne  tirée  de  Goa  à  Htudarabad.  (Âihole  et  Bâdâmi 
sont  les  deux  autres  emplacements).  Durant  le  siède 
Çaka  suivant,  les  dates,  je  parie  toujours  des  dates 
indiscutées,  s'écartent  de  cette  ligne  sans  remonter 
vers  ie  nord  plus  haut  que  M ultaï ,  dans  le  district 
de  Betoui  (  Provinces  centrales) ,  et  Antroli-Chftroli, 
à  peu  près  à  la  même  latitude  dans  le  district  de 
Sourat.  Ainsi  la  région  où  semble  naître,  d^aprÀs 
ces  inscriptions,  et  d'où  se  difiîise  Tère  Çaka,  se 
place  vers  Textrémité  sud  du  royaume  de  Naha- 
pâna;  et  comme  pour  affirmer  le  fait  historique  d'où 
naquit  cette  ère ,  la  célèbre  inscription  de  Bâdâmi , 
celle  de  5oo,  la  plus  ancienne  de  celles  ci-dessus 
mentionnées ,  est  datée  dans  Tère  qui  s'ouvre  par  la 
consécration  roysde  du  souverain  Çaka ,  Çakanrpati- 
râjyâbhisekasàmwatsaresu.  Dans  cette  région ,  n'est- 
ce  pas  Nahapâna  qui  semble  désigné  P  L'inscription 
de  532  porte  seulement  Çakakâla.  Celle  de  53& 
emploie  l'expression  Çakanrpatisamvatsara ,  qui  se 
présente  comme  une  abréviation  de  la  formule  de 
Bâdâmi.  Celle  de  556  date  dans  l'ère  des  princes 
Çakas,  Çakânâm  api  bhûbhujâm,  ce  qu'il  faut  inter- 
préter, semble-t-il,  vu  ce  qui  précède,  dans  le  sens 
d'un  avènement. 

Du  reste,  les  inscriptions  datées  avant  5oo  dont 
l'authenticité  a  été  le  plus  sérieusement  soutenue, 
celles  d'Umetâ  (4oo  de  l'ère  Çaka),  de  Bagomrft 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  i43 

(4i5),  d'Dao  (4 17),  ont  potir  site  la  région  même 
où  régna  Nahapâna.  Par  ailleurs,  les  autres  inscrip^ 
tions  contestées,  jusquau  viii*  siècle  de  Tère  Çaka, 
se  placent  géographiquement  au  sud  des  monts  Vin- 
dhya,  dans  l'ouest  et  le  midi  de  Tlnde,  de  même 
que  les  inscriptions  certaines  de  la  même  époque 
dont  je  parlais  plus  haut. 

Les  inscriptions  sanscrites  du  Cambodge  appor^ 
tent  ime  nouvelle  force  aux  faits  cpii  viennent  d'être 
exposés. 

Ces  inscriptions  emploient  l'ère  Çaka;  une  pre- 
mière série  de  dates  court  de  l'an  626  à  Tan  698; 
une  autre  série  s'ouvre  avec  la  date  890  :  je  ne  con- 
sidère ici  que  la  première.  Or,  suivant  l'avis  exprimé 
par  M.  Barth^  c'est  de  l'Inde  du  sud  qu'est  origi- 
naire le  plus  ancien  des  alphabets  usités  dans  ces 
inscriptions ,  et  qui  appartient  à  celles  qui  nous  don- 
nent les  dates  de  la  première  série.  Et  le  n*  V,  où 
nous  trouvons  à  la  fois  les  deux  dates  les  plus  an- 
ciennes, 626  et  546,  use  d'une  écriture  dont 
M.  Barth  dit  :  «  Il  n'est  pas  aussi  facile  que  pour  I 
«  et  II  de  ia  rattacher  à  un  modèle  hindou  déter- 
«  miné.  Les  types  dont  elle  se  rapproche  peut-être  le 
a  plus  sont  l'inscription  de  Mangaliça  à  Bâdâmi 
«(578  A.  D.)  et  celle  de  Vikramâditya  II  à  Patta- 
«  dakal  (milieu  du  viif  siècle)  ».  C'est  justement  la 
région  des  inscriptions  les  plus  anciennes  datées  en 
ère  Çaka  dans  l'Inde,  nous  venons  de  le  voir;  en 

^  Notices  et  extraits,  etc.,  t.  XXVTI,  Inscriptions  sanscrites   du 
Cambodge,  p.  3. 


144  JUILLET-AOÛT  1897. 

même  temps  les  premières  dates  du  Cambodge  se 
trouvent  de  même  époque  que  les  premières  dates 
incontestées  de  llnde.  Cette  coïncidence  graphique 
et  chronologique  entre  les  inscriptions  du  Cam- 
bodge et  les  inscriptions  indiennes  de  la  région  de 
Bâdâmi  d'où  paraissait,  tout  à  l'heure,  se  répandre 
l'ère  Çaka,  semble  affirmer  que  c'est  bien  de  ce 
côté  qu'il  faut  chercher  le  point  de  départ  de  l'usage 
de  cette  ère,  c'est-à-dire  vers  la  région  de  Naha- 
pâna. 

Les  formules  employées  par  les  inscriptions  du 
Cambodge  sont,  par  ordre,  jusqu'à  SgS  :  Çaken- 
dravarsa  (n"  V,  ii);  Çakâpda  (n°  VI,  B);  Çâka 
[varsa]  (n''  IX ,  A ,  2  ) ;  Çakapatisamayâbda  (n** X ,  8) ; 
Çakânâm  (Kâlah)  (n°XU);  Çaka  (n«  XIII).  Elles  sont 
donc  analogues  à  celles  que  nous  avons  vues  em- 
ployées dans  les  inscriptions  indiennes  de  la  même 
époque,  et,  sous  le  bénéfice  des  affinités  que  nous 
venons  de  rappeler,  paraissent  devoir  s'interpréter 
dans  le  même  sens. 

Jusqu'ici  je  n'ai  pas  eu  à  parler  des  inscriptions 
du  nord  de  l'Inde,  je  veux  dire  de  la  région  située 
entre  l'Himalaya  et  le  Vindhya.  On  doit  s'attendre  à 
les  trouver  là  en  première  date  et  en  plus  grand 
nombre,  s'il  est  vrai  que  le  roi  Çaka  dont  l'inscrip- 
tion de  Bâdâmi,  dans  l'Inde  du  sud,  rappelle  l'abhi- 
seka  royal,  soit  Kaniska.  Il  n'en  est  pas  ainsi.  Les 
dates  en  ère  Çaka  semblent  rares  à  l'excès  dans 
l'Inde  du  nord;  et  de  plus,  il  nous  faut  descendre 
au  delà  de  toutes  les  dates  précédentes  pour  rencon- 


NAHAPANA  ET  L'ÈRE  ÇAKA.  145 

trer  enfin  7 [2  6],  date  de  la  seconde  praçasti  de 
Baijnâth.  La  première,  de  la  même  époque,  porte 
également  une  date  en  ère  Çaka ,  dont  le  chifiFre  est 
efifacé.  La  date  suivante,  784,  que  je  ne  rencontre 
pas  dans  la  liste  de  M.  Kielhorn,  est  celle  de  Im- 
scription  de  Deogarh  publiée  par  Gunningham  ^  En 
outre,  dans  la  manière  même  d'employer  cette  ère, 
il  y  a,  entre  ces  deux  inscriptions  et  celles  du  sud 
(et  du  Cambodge)  dont  il  a  été  question,  une  diffé- 
rence qu'il  est  utile  de  remarquer. 

En  général,  dans  ces  dernières,  la  date  en  ère 
Çaka  fait  partie  du  texte  même  de  Tinscription  : 
accompagnée  assez  souvent  de  la  date  du  règne  per* 
sonnel  du  roi,  elle  ne  lest  ordinairement  d'aucune 
autre  ère;  dans  l'inscription  de  556  l'ère  Kaliyuga 
employée  à  côté  de  l'ère  Çaka  fait  une  véritable 
exception.  Celle-ci  se  présente  donc  avec  tous  les 
caractères  de  l'ère  usitée  couramment. 

Tel  n'est  pas  le  cas  pour  les  inscriptions  de  Baij- 
nâth et  de  Deogarh.  Pour  la  seconde  praçasti  de 
Baijnâth,  c'est  en  Lokakâla  que  la  date  est  donnée 
dans  le  texte.  Dans  l'inscription  de  Deogarh,  c'est 
l'ère  Vikrama  dont  fait  usage  le  texte.  Puis,  dans 
les  trois  inscriptions,  à  la  fin  et  hors  texte,  après  la 
déclaration  du  nom  de  l'auteur  (suivie  elle-même  de 
la  formule  om  namaç  çivâya)  pour  la  première 
praçasti,  après  une  clausule  de  même  genre  pour  la 
seconde,  se  présente,  con^me  surajoutée,  la  date  en 

*  Arch,  Surv,  Ind,,  t.  X,  p.  101  et  pi.  XXXIIl. 

X.  10 


146  JUILLET-AOÛT   1897. 

Çakakâla.  Ce  n  est  plus  au  même  degré  que  tout  à 
i'heure  le  caractère  d*une  ère  consacrée  par  Tusago* 

VI 

L ensemble  de  ces  faits,  qui  semble  contredire 
une  ère  Çaka  datant  de  Kaniska,  trouve  son  expli- 
cation naturelle  dans  une  ère  Çaka  datant  de  Naha- 
pana.  11  me  sera  facile  de  montrer,  je  pense,  qu'il 
en  est  de  même  à  Tégard  de  la  confusion  qui  se  pro- 
duisit plus  tard  sxxr  Tévénement  d'où  naquît  cette 
ère  :  je  veux  dire  la  chute  du  roi  Çaka  mise  à  la 
place  de  son  sacre. 

Varâha  Mihira,  originaire  de  l'Avanti  (vi*  siècle 
de  notre  ère) ,  qui  passe  pour  avoir  introduit  Tère 
Çaka  dans  le  comput  astronomique,  la  nonune  Ça- 
kendrakàla,  Çakabhûpakâla.  Ces  expressions  sont 
parfaitement  analogues  à  celles,  relevées  plus  haut, 
des  plus  anciennes  inscriptions ,  qui  sont  du  même 
temps;  il  ny  a  donc  pas  lieu  de  les  expliquer  dans  un 
sens  différent.  Dans  le  siècle  suivant,  Brahmagupta 
regarde  Tère  comme  datant  de  la  fin  des  Çakas,  Ça- 
kanrpânta  :  cette  manière  de  voir  devient  ensuite 
Tunique,  et  nous  ne  pouvons  être  surpris  de  la  re- 
trouver au  x®  siècle  chez  Bhattotpala,  interprétant 
dans  ce  sens  les  expressions  citées  plus  haut  de  Vi- 
râha  Mihira;  plus  tard  encore,  chez  Âlbîrûnî  et  Kal- 
hana^  Quelle  est  Torigine  de  cette  confusion.^ 

'  Cf.  D'  Hultzsch,  dans  Ind,  inti^.^  XIX,  p.  261. 


NAHAPÂNA  ET  L»ÈRE  ÇAKA.  147 

Au  point  de  vue  où  je  me  place,  elle  est, 
d'abord,  dans  le  peu  d'intervadle ,  je  veux  dire  l'in- 
tervalle relativement  peu  considérable  à  plusieurs 
siècles  dé  distance,  qui  sépare  lavènement  de  Na- 
hapâna  de  sa  chute  :  quarante-six  ans  tiennent  peu 
de  place  dans  la  mémoire  poptdaire.  Mais  ce  qui 
dut  aider  principalement  à  la  méprise,  oest  que 
l'usage  de  Tère  Çaka  se  produisit  surtout,  nous 
lavons  vu,  dans  la  région  des  vainqueurs  de  Naha- 
pana  :  admise  notre  thèse,  il  était  naturel  qu'ils 
substituassent  à  l'avènement  de  leur  adversaire  le 
jour  de  leur  propre  triomphe;  n était-il  pas,  déplus, 
naturel  qu'au  Çakanrpatirftjyâbhiseka  primitif  de 
Bâdâmi  en  l'an  5oo  se  substituassent  un  jour,  et 
jusque  dans  ce  lieu  même,  des  formules  retentis- 
santes à  la  gloire  de  Çâlivâhana.  (Çrijayâbhyudaya- 
çâlivàhanaçakavarsa  1 455  neya,  dans  une  inscription 
d'Acyutarâya  à  Bâdâmi.  ) 

La  mise  en  relation  du  nom  de  Çâlivâhana  avec 
l'ère  Çaka  ne  peut  être  saisie  que  dans  des  inscrip- 
tions ou  des  œuvres  littéraires  de  date  assez  tardive  ; 
cependant  il  n'est  pas  possible  de  négliger  l'indice 
qu'elle  contient,  et  voici  comment,  pour  ma  part, 
j'en  conçois  la  valeur. 

Ce  fut  l'exaltation  de  la  race  des  Sâtavâhanas  que 
cette  défaite  du  Çaka  Nahapâna.  Si,  en  un  sujet 
comme  celui-ci,  il  n'importait  de  mettre  de  côté 
toute  traduction  des  sentiments,  je  dirais  qu*il  y  a 
comme  un  cri  de  haine  enfin  satisfaite  et  triomphante 
dans  cette  expression  du  n""  18  Nâsik  Khakharâta- 


10. 


148  JUILLËT^AOÛT  I807« 

vamsaniravasesakarasa  Sâtavâhanakidayasapatitha- 
panakarasa  «  il  n*a  rien  laissé  de  la  race  du  Khakha- 
rata ,  il  a  assuré  la  gloire  de  la  race  de  Sâtavâhana  ». 
On  comprend  du  reste  qu'il  y  eût  inimitié  entre  les 
deux  races ,  à  considérer  les  indices  qui  nous  attes- 
tent que  la  domination  de  Nahapàna  s^étendait  sur 
des  territoires  jadis  soumis  aux  Andhras.  L'inscrip- 
tion n"*  1  Nâsik,  antérieure  à  notre  ère^,  prouve 
qu  à  Tépoque  où  elle  fut  gravée  le  Sâtavâhanakula 
régnait  en  ce  lieu.  Vers  ce  même  temps  ^  cette 
famille  royale  possédait  également  Nânâghât.  Le 
Périple  nous  fournit  une  indication  du  même  genre. 
La  ville  de  Kalliena,  y  est-il  dit  (S  82),  était  marché 
légal  au  temps  de  Sâtakani  (Saraganês)  Tancien.  Ce 
qui  semble  impliquer  que  Sâtakani  possédait  Kal- 
liena. Or,  toutes  ces  villes  se  trouvaient  comprises 
dans  la  région  où  régnait  Nahapàna.  Les  Ândhras 
ne  pouvaient  voir  dans  sa  puissance  qu'une  menace 
et  comme  une  insulte.  Ce  fut,  à  tout  prendre ^  une 
revanche  que  la  victoire  du  Sâtavahâna,  revanche 
glorieuse  de  toute  la  puissance  de  l'adversaire,  qui 
dut,  à  envisager  les  faits  dans  leurs  suites  naturelles, 
populariser  le  nom  du  vainqueiu*  ;  et  l'inscription 
ne  fit  sans  doute  que  répéter  le  jugement  exprimé 
de  tous  en  déclarant  que  la  maison  des  Sâtavâhanas 
avait  assuré  son  honneur. 

Il  était  donc  naturel  que  le  nom  du  Sâtavâhana 
de  Pratisthâna —  car  ce  fut  là  sans  doute  la  capitale 

»  Cf.  i4.  S.  fV.  /.,  IV,  p.  98  :  Sâdavâhanakulakanhe  râjini. 
«  A.  S.  W.  /.,  V,  p.  71. 


NAHAPÂNA  ET  L'ÈRE  ÇAKA.  149 

de  Gotamîputa,  comme  celle  de  son  fds  Siri  Pulu- 
mâyi  (Ptol. ,  1.  VU)  —  associé  à  la  défaite^  des  Ça- 
kas,  le  fût  aussi  à  l'ère  qui  portait  leur  nom.  Aucun 
monument  daté  ne  nous  indique  cette  association 
durant  les  onze  premiers  siècles  de  notre  ère  ^  :  elle 
demeura  donc  seulement  dans  le  domaine  populaire; 
l'imagination  du  peuple  entoura  le  nom  du  héros  de 
merveilleuses  légendes;  grâce  au  penchant  remar- 
quable des  récits  orientaux  k  se  njêler  de  noms 
célèbres,  il  fallut  faire  intervenir  celui  de  Vikramâ- 
ditya,  un  vainqueur  des  Çakas,  lui  aussi,  croyait- 
on,  que  désignait  dès  lors  une  telle  similitude 
d'exploits  à  figurer  dans  le  souvenir  auprès  du  vain- 
queur réel,  à  se  mêkr,  par  suite,  à  son  histoire 
mise  en  légendes;  il  sortit  de  là  un  Sâtavahana^ 
toujours  glorieusement  vainqueur,  non  plus  des 
Çakas  seulement,  mais  aussi  de  leur  vainqueur  lui- 
même  ,  et  Tère  qui  portait  leur  nom  fut  rattaché  au 
sien  jusqu'à  parfois  recevoir  pour  point  de  départ 
le  jour  même  de  sa  naissance  :  de  cette  relation,  il 
est  vrai ,  le  premier  témoignage  daté  que  nous  pos- 

^  Les  deux  inscriptions  de  Gurugode,  qui  mentionnent  les  pre- 
mières i*ère  de  Çâlivâhana  (voir  la  liste  de  M»  Kieihom,  op,  cit) , 
sont  datées  109  5  et  iioS  de  cette  ère. 

^  Il  ne  saurait  y  avoir  de  difficulté,  je  pense,  contre  Tidentité 
Sâtavâhana-Çâlavâhana  (ou  Çâli°).  Sur  les  lèvres  des  conteurs 
illettrés  et  de  langue  prâcrite,  Sâtavâhana  devient  Sâdavâhana 
(Sâdi")  —  cf.  p.  1^8,  n.  1  —  ou  Sâdavâhana  (Sâdi")  puis  passe  à 
Sâlavâbana  (Sâli°].  C'est  la  forme,  avec  le  changement  de  s  en  ç, 
où  nous  le  retrouvons  dans  les  monuments  écrits.  Sur  le  ç  pour 
le  s ,  voir,  par  exemple ,  les  remarques  de  M.  Bûhler  dans  A.  S,  IV.  1, , 
V,  p.  70. 


150  JUILLET-AOÛT  1897. 

sédions  ne  remonte  pas  au  delà  du  xn*  siècle ,  mais 
si  nous  ^i  trouvons  dans  le  passé  des  germes  réels , 
serait-il  juste  d*en  faire  le  firuit  d^une  génération 
spontanée  ? 

L  existence  de  ces  légendes  est  du  reste  bien 
connue,  leur  antiquité  parait  incontestable. Si  le  Vi- 
racaritra  fait  peut-être  allusion  à  deux  princes  dont 
le  dernier  vivait  à  la  fin  du  x*  siècle  de  notre  ère  ^, 
cela,  comme  le  remarque  M.  Jacobi,  ne  peut  nous 
empêcher  d  admettre  que  nous  possédions  en  lui 
un  vieux  récit  popidaîre,  mis  au  compte  de  per» 
sonnages  récents.  Le  Kâlakâcârya-Kathftnaka,  corn* 
posé  au  plus  tard  en  \li^8^  nous  ofiBre  paiement 
une  légende  ancienne.  Il  était  difficile  de  la  passer 
ici  sous  silence.  L  arrivée  des  96  Çakas  en  Surâstra, 
leur  prise  de  possession  du  pays ,  puis  leur  conquête 
d*Ujjayini,  suivie  de  la  fondation  d'un  empire  Çàka 
que  détruit  plus  tard  Vikramâditya,  à  son  tour 
renversé  par  im  Çaka,  fondateur  d'ère  1 35  ans  après 
l'établissement  de  iere  Vikrama,  ce  qui  est  dit, 
ajoute  lauteur,  pour  faire  connaître  Tère  Çaka, 
Saga-kâla-jânan'-attham,  tout  ce  récit  ne  laisse-t-il 
pas  entrevoir,  parmi  les  fantaisies  et  les  anachro- 
nisme du  conte,  le  Çaka  Nahapâna  maître  du  Su- 
râstra et  de  TAvanti  et  fondateur  de  l'ère  en  ques- 
tion? 


Cf.  !nd,  Stud,,  t.  XIV  :  cÇâiivâhana  und  Çaktiknmarft.  »  H.  Ja- 
cobi. 

*  Z,  D.  M.  G,,  t.  XXXIV,  p.  2A7  et  suiv. ,  cdas  kâlakAcârya  — 
kathânakam  •.  Von  Ucrmann  Jacobi. 


nahapAna  et  L'ère  çaka.  i5i 

Il  semble  donc  que  le  nom  de  Çâlivâhana,  alorjl 
qu'il  commence  d'apparaître  dans  les  inscriptions 
datées  en  ère  Çaka,  ne  soit  que  lexpression  plus 
tardive  des  souvenirs  antiques  que  conservait  la  tra- 
dition. Plus  près  des  faits,  celle-ci  est  d abord  exacte 
avec  Tinscription  de  Bâdâmi.  Nous  la  voyons  s'al- 
térer à  partir  de  Brahmagupta  :  cependant  l'ère  Çaka 
maintient  son  nom,  en  vertu  de  la  tradition  pri- 
mitive. Mais  à  mesure  que  la  légende  défigure  de 
plus  en  plus  l'histoire,  que  le  Çaka  ne  garde  qu'im 
lôle  de  vaincu  qui  s'elFace  dans  la  gloire  du  victo- 
rieux Çâtavâhana,  le  nom  de  ce  dernier  devient 
celui  de  l'ère  elle-même  :  parce  qu'il  a  vaincu  Naha- 
pâna,  Çâtavâhana  dénomme  l'ère,  il  la  dénomme 
tardivement  parce  qu'il  a  fallu  que  la  légende  prît 
le  temps  d'empiéter  assez  sur  l'histoire  pour  enlever 
au  nom  de  l'ère  le  caractère  que  les  faits  y  avaient 
marqué. 

Il  est  bien  clair  que  ce  dernier  point  n'a  pas  la 
valeur  d'ime  preuve  absolue;  réuni  à  ceux  qui  pré- 
cèdent il  leur  ajoute,  toutefois,  et  reçoit  d'eux  cette 
valeur  que  se  prêtent  mutuellement  des  indices  de 
sortes  diverses  orientant  tous  la  recherche  vers  une 
même  solution. 


152  JUILLET-AOÛT  1897. 

il  ,  I  — 

LES  INDO-SCYTHES 

ET 

L^ÉPOQUE  DU  RÈGNE  DE  KANIGHKA, 

DIAPRÉS  LES  SOURCES  CHINOISES  « 

PA.R 

M.  EDOUARD  SPECHT. 


La  Chine  est  sans  contredit  une  des  nations  qui 
nous  offre  le  plus  de  documents  historiques.  Dès  ia 
plus  haute  antiquité ,  des  chroniqueurs  officiels  con- 
signèrent jour  par  jour  les  événements  remarquables 
de  ce  pays;  à  côté  deux,  une  foule  de  véritables 
historiens  se  sont  succédé  d'âge  en  âge  depuis  Sse- 
ma-ts'ien  ^  mettant  en  œuvre  ces  informations  et 
recueillant  avec  soin ,  dans  ces  sources  qui  ne  nous 
sont  malheureusement  pas  accessibles,  tous  les  ren- 
seignements relatifs  aux  rapports  de  la  Chine  avec  les 
peuples  voisins. 

Ils  ont  également  utilisé ,  sur  ce  point  particulier, 
les  renseignements  fournis  soit  par  des  voyageurs 
étrangers  venus  en  Chine ,  soit  par  des  Chinois  qui 

*  Sse-ma-t'sien  est  né  vers  l'an  i/i5  avant  J.-C.  M.  Chavftnnes  a 
entrepris  la  traduction  de  cet  auteur  ;  les  deux  premiers  volumes  ont 
paru. 


LES  INDO-SCYTHES.  153 

avaient  parcouru  l'Asie.  Les  historiens  chinois  se 
font  remarquer  surtout  par  leur  précision  ;  ils  enre- 
gistrent rigoureusement  ce  qu'ils  ont  vu  et  appris. 

Les  découvertes  archéologiques  faites  dans  Tlnde 
viennent  tous  les  jours  confirmer  fexactitude  de  là 
relation  du  fameux  voyageur  chinois  Hiouen-thsang  ; 
les  monnaies  anciennes  trouvées  dans  l'Asie  centrade 
ne  font  que  vérifier  les  assertions  des  historiens  chi- 
nois. Le  petit  nombre  de  faits  relatifs  à  l'histoire  de 
l'Asie  occidentale  que  nous  pouvons. relever  dans  les 
historiens  de  cet  empire  sont  précieux  pour  nous, 
parce  qu'ils  nous  font  connaître  les  événements  qui 
se  sont  produits  à  l'ouest  ou  au  nord  de  la  Chine. 

Les  vastes  contrées  bornées  à  l'Occident  par  l'em- 
pire des  Arsacides  et  des  Sassanides ,  et  à  l'Est  par 
la  Chine  propre  ou  la  Tartarie,  ne  sont  entrées 
dans  le  domaine  de  l'histoire  que  grâce  aux  histo- 
riens chinois.  Les  renseignements  fournis  par  ces 
derniers  corroborent  et  complètent  ceux  des  auteurs 
grecs  et  des  historiens  arabes. 

L'histoire  de  l'Inde  est  loin  de  nous  ofi&ir  les 
mêmes  ressources;  aussi  M.  de  Gobineau  a-t-il  pu 
juger  sévèrement  le  manque  de  précision  et  de  don- 
nées chronologiques  qui  distinguent  ce  que  l'on  est 
convenu  d'appeler  les  chroniques  indoaes ,  bien  qu'elles 
ne  méritent  guère  ce  nom  ^  Après  le  remarquable 
cours  fait  à  la  Sorbonne  par  Bergaigne  sur  l'His- 
toire de  l'Inde,  on  avait  eu  l'espérance  que,  grâce 

*  Essai  sur  l' inégalité  des  races  humaines,  t.  II,  p.  354. 


154  JUILLET.AOÛT  1897. 

aux  découvertes  des  archéologues,  les  inscriptions 
et  les  autres  documents  recueillis  soit  dans  Tlnde 
même,  soit  dans  les  autres  pays  limitrophes,  pour^ 
raient  fournir  un  jom*  aux  savants  européens  les 
documents  nécessaires  pour  écrire  enfin  Thistoire  de 
cette  grande  presqu'île.  C  est,  en  effet,  sur  cette  base 
solide  qu'il  convient  de  se  maintenir  si  ion  veut  ob^ 
tenir  des  résrdtats  positifs ,  et  il  peut  être  dangereux 
de  s'en  écarter  pour  s'appuyer  sur  des  données  pré- 
caires de  légendes  dépourvues  d'autorité  historique. 
GVst  la  leçon  qui  me  semble  se  dégager  d'un  essai 
récent  ^  tendant  à  boideverser  les  idées  auxquelles 
on  s'était  sagement  arrêté  sur  l'époque  du  règne  du 
fameux  roi  indo-scythe  Kanichka. 

Le  règne  de  Kanichka,  qui  constitue  une  des  pé- 
riodes les  plus  importantes  de  l'histoire  de  l'Inde,  a 
été  souvent  étudié.  Par  suite  de  la  pénurie  de  ren- 
seignements relatifs  à  ce  prince  et  de  l'incertitude 
de  la  chronologie  indienne,  les  auteurs  européens 
n'ont  pas  été  d'accord  sur  la  date  de  son  avènement, 
Lassen  le  plaçait  entre  les  années  i  o  et  4o  de  notre 
ère  2.  M.  Fergusson ,  dans  un  savant  mémoire  *,  avait 
proposé  de  fixer  en  y  8  de  notre  ère  la  date  du  cou- 
ronnement de  Kanichka  ;  c'est  cette  date  qui  avait  été 
généralement  adoptée  par  tous  les  indianistes  comme 
la  plus  probable. 

Aujourd'hui  M.  Lévi,  se  basant  principalement 

*  Voir  rarticle  de  M.  Lévi,  Jonm,  asi'at. ,  janvier-février  1897. 
^  Lassen,  Indiscke  Altkerthumskande ,  2'  édit.,  t.  II,  p.  806. 
'  J.  R,  A.  S,,  1880,  p.  25g. 


LES  INDO-SCYTHES.  155 

sur  les  Actes  de  saint  Thomas,  croit  pouvoir  refaire 
toute  cette  chronologie,  sans  avoir  préalablement 
examiner  la  valeur  historique  de  cet  ouvrage,  qui 
a  été  placé  par  le  Concile  de  Rome  de  &g&  parmi 
les  livres  apocryphes. 

Ces  Actes  rapportent  que  saint  Thomas,  après 
avoir  séjourné  chez  le  roi  Gondopharès,  alla  dans 
le  royaume  du  roi  Misdeos  où  il  fut  tué. 

M.  Lévi  identifie  Misdeos  avec  le  second  succes- 
seur de  Kanichka,  Vâsudeva,  roi  des  Kouchans  qui 
sont  les  Yué-tchi  des  Chinois ,  autrement  dit  les  Indo- 
Scythes.  Ce  prince  serait  donc  contemporain  de  saint 
Thomas,  martyrisé,  selon  la  plupart  des  auteurs  ca- 
tholiques, à  une  date  incertaine^  et,  selon  M.  Lévi, 
le  a  1  décembre  68  après  Jésus-Christ,  date  à  laqudle 
les  chrétiens  de  saint  Thomas  placent  le  martyre  de. 
]  apôtre.  Les  inscriptions  de  Vâsudeva  portant  les 
dates  de  63,  87  et  98  de  Tare  de  Kanichka,  il  en 
résulte  que  Kanichka  aurait  régné  5o  ans  environ 
avant  notre  ère ,  puisqu'il  y  a  un  intervalle  d'au  moins 
98  ans  entre  lavènement  de  ce  souverain  et  VâsU' 
deva. 

C  est  en  s  appuyant  sur  cette  donnée  si  fragile  de 
Tidentification  de  Misdeos  avec  Vâsudeva  que  M.  Lévi 
croit  pouvoir  renverser  tous  les  travaux  de  ses  de- 
vanciers. M.  Lévi  est  muet  sur  les  recherches  des 

^  TiUemont,  Hist.  eccles,,  t.  I,  p.  357.  «On  ne  sait  point  en 
quelle  année  saint  Thomas  a  fini  sa  vie ,  sinon  que  saint  Nil  (  moine 
grec  du  iv'  siècle)  dit  assez  nettement  qu'il  n'a  souffert  le  martyre 
qu'après  saint  Pierre  et  saint  Paul,  martyrisés  en  l'an  66.» 


156  JUILLET-AOÛT   1897. 

niimismatistes  et  sur  les  découvertes  des  archéolo- 
gues. 

Cependant,  si  Kanichka  a  vécu  5o  ans  avant  et 
Vâsudeva  5o  ans  après  Jésus-Christ,  comment  peut- 
on  expliquer  que  M.  Simpson  a  pu  trouver  dans  un 
stûpa  à  Ahin  Posh,  près  de  Jalalabad,  des  monnaies 
de  Kanichka,  de  son  prédécesseur  Kadphises  et  de 
son  successeur  Hooeski,  autrement  dit  Huvichka, 
prédécesseur  de  Vâsudeva ,  associées  à  des  pièces  de 
Domitien ,  de  Trajan  et  de  Sabine  ? 

Cette  trouvaille  numismatique  est  un  des  argu- 
ments invoqués  par  M.  Fergusson  dans  son  intéres- 
sant mémoire  ^  Mais ,  sans  s'arrêter  à  cette  difficulté, 
M.  Lévi  préfère  s'attaquer  aux  historiens  chinois; 
il  donne  à  leurs  récits  une  interprétation  que  je  crois 
erronée,  allant  jusqu'à  supposer  que  Kanichka  au- 
rait été  maître  d'une  partie  de  la  Chine,  sans  tenir 
compte  des  faits  qui  contredisent  sa  thèse.  Aussi  nous 
croyons  devoir  soumettre  à  un  nouvel  et  rigoureux 
examen  les  divers  renseignements  que  nous  ont 
laissés  les  anciens  auteurs  Chinois  sur  les  Yué-tchi 
ou  Kouchans,  afin  de  bien  établir  la  vadeur  de  ces 
documents,  qui  ont  servi  et  serviront  à  fixer  défini- 
tivement l'histoire  de  l'Asie  centrale  pour  cette  pé- 
riode. 

^  Voir  Fergusson,  loc.  cit.,  p.  366;  Gardner,  The  coins  of  thê 
Greek  and  Scythic  kings  of  Bactria  and  India  in  the  British  Musewn , 
p.  5i  de  rintrod. 


LES  INDOSCYTHES.  157 


i 

Le  chapitre  xxiii  du  Sse-ki  ^  (mémoire  historique) 
dit  expressément  que  les  Yué-tchi  (Indo-Scythes  ou 
Kouchans)  étaient  au  nord  du  fleuve  Oxus  et  que  les 
Ta-hia  qui  habitaient  la  Bactriane  étaient  au  sud  du 
même  fleuve. 

Voici  la  traduction  de  ces  passages  (folio  k)  : 
«Les  grands  Yué-tchi  sont  à  Touest  des  Ta-ouan,  à 
2  ou  3  mille  li;  ils  demeurent  au  nord  du  fleuve 
Oueï  (Oxus);  au  sud  sont  les  Ta-hia  (Bactriane),  à 
Touest  les  An-si  (les  Arsacides) ,  au  nord  le  K  ang-kiu 
(Sogdiane).  » 

Au  folio  7,  après  avoir  parlé  des  An-si  (les  Arsa- 
cides) et  des  Tiao-tchi  (Tadjiks),  le  document  men- 
tionne ainsi  les  Ta-hia  :  «  Les  Ta-hia  sont  au  nord- 
ouest  des  Ta-ouan,  à  2,000  li  environ  au  midi  du 
fleuve  Oueï  (Oxus).  » 

Si  les  mémoires  historiques  (Sse-ki)  rapportent 
que  les  Ta-hia,  nation  commerciale  et  non  guer- 
rière, ne  purent  résister  aux  attaques  des  Yué-tchi 
lorsque  ceux-ci  passèrent  à  Touest,  il  ne  s'ensuit  pas 
que  les  Ta-hia  furent  soumis  entièrement  dès  l'ar- 
rivée des  Yué-tchi. 

La  biographie  de  Tchang-kian  dans  Thistoire  des 
premiers  Han^  ne  laisse  aucun  doute  à  ce  sujet, 
puisqu'elle  dit  positivement  : 

'  Sse-ki,  édition  de  la  4*  année  de  K'ien-ioung. 

'  Tsien-Han-chou,  liv.  lxi.  Voyer  la  traduction  de  cette  hiogia- 


158  JUILLET-AOÛT  1897, 

Tchang-kian  de  chez  les  Yué-tcliî  alla  chez  les  Ta-hia. 

Donc,  lorsque  Tchang-kian,  envoyé  par  Tempe- 
reur  de  Chine,  arriva  chez  les  Yué-tchi  en  i  ^6  avant 
notre  ère,  les  Yué-tchi  et  les  Ta-hia  formaient 
deux  nations  distinctes;  Time  située  au  nord  de 
rOxus ,  lautre  au  sud  de  ce  fleuve.  Lorsque  M.  Lévi 
affirme  «  qu'en  vain  on  tenterait  de  distinguer  deux 
phases  successives  de  loccupation,  la  isoùmission 
d abord,  puis  la  conquête  totale»  (pftge  8),  il  va 
certainement  à  lencontre  des  textes  chinois  que 
nous  possédons. 

Avant  d'examiner  si  le  nom  Lan-chi  peut  être  la 
traduction  de  la  ville  de  Puchkàrâvati  «  la  ville  au  lo- 
tus bleu  » ,  comme  M.  Lévi  le  suppose ,  voyons  d'abord 
si  cette  capitale  des  Ta-hia  pouvait  être  située  au  con- 
fluent du  Garrœas  et  du  Kophès.  La  ville  de  Peuco* 
laitis  de  Pline,  le  Puchkàrâvati  des  auteurs  indiens, 
était  à  peu  de  distance  de  Tlndus,  car  Pline  (liv.  VI, 
2 1)  compte  6o  mille  pas  de  la  ville  indienne  Peuco- 
laitis  jusqu'au  fleuve  Indus  et  jusqu'à  la  viUe  de 
Taxila.  Ces  données  ne  concordent  pas  avec  celles 
fournies  par  les  auteurs  chinois  pour  la  capitale  de» 
Ta-hia.  Ces  auteurs  disent,  en  effiet,  cotnmô  nous 
l'avons  vu,  que  la  capitale  des  Ta-hia  est  au  sud  de 
rOxus,  et  ils  ajoutent  que  le  royaume  de  Sin-thou 

phie  par  Wylie ,  p.  66  du  vol.  X ,  de  The  Journal  of  the  anthropth- 
logical  Institute  of  Great  Britain  and  Ireland  (1880). 


LES  INDO-SCYTHES.  159 

(Sindhu)  est  au  sud^est  des  Ta-hia.  Tchang-kian, 
rapportant  les  renseignements  qu'il  obtint  chez  les 
Ta-hia ,  fait  observer  qu  un  habitant  de  ce  royaume 
lui  dit  :  «  Nos  concitoyens  font  le  commerce  à  Sin-thou 
qui  est  au  sud-est  de  Ta-hia;  il  peut  y  avoir  (d'ici) 
plusieurs  mille  li  ^  »  Les  Ta-hia  n'étaient  donc  pas 
limitrophes  de  la  vallée  de  l'Indus. 

Si  nous  prenons  la  ville  de  Taxila  comme  la  capi- 
tale du  Sindhu,  plusieurs  mille  li  nous  transportent 
du  côté  nord  de  l'Hindou-kôh ,  puisque  Pline  compte 
227  mille  pas  depuis  Alexandria  ad  Canccuam  jus- 
qu'à la  ville  indienne  Peucolaitis,  et  60  mille  pas  de 
cette  ville  à  Taxila,  soit  287  mille  pas  ce  qui  repré- 
sente environ  1,292  li  chinois.  11  faut  donc  cher- 
cher la  ville  de  Lan^chi  au  sud  de  l'Oxus  et  au  nord 
de  l'Hindou-kôh ,  dans  la  Bactriane  des  anciens. 

Nous  avons  trois  lectures  différentes  pour  le  nom 
de  cette  ville.  Le  Sse-ki  l'appelle  H  rfî  Lan-chi,  nom 
qui  signifie  :  la  ville  du  marché  de  l'indigo;  l'histoire 
des  premiers  Han  la  nomme  ^  J5  Kien-chif  «  la  viUe 
de  la  famille  du  gouverneur  ».  Enfm  l'histoire  des 
seconds  Han  l'appelle  '^J^lanchi^fula  ville  de  lin- 
digo  ou  la  ville  bleue  ».  Si  Lan-chi  était  réellement  la 
traduction  du  nom  d'une  ville  indienne,  les  diffé- 
rents auteurs  chinois  devraient  être  d'accord  pour 
prêter  toujours  à  ce  nom  le  même  sens.  Mais  au 
contraire  si,  comme  je  le  crois,  il  faut  considérer  ces 
trois  formes  chinoises  du  nom  de  la  ville  comme  des 

'  Biographie  de  Tchang-kian ,  dans  làT$ien-Has^-chou,  iiv.  LXI; 
comp.  Wylie,  loc,  cit»,  p.  67. 


160  JUILLET-AOÛT   18Q7. 

• 

transcriptioiu  variées  dun  nom  étranger,  la  syllabe 
finale  demeure  toujours  la  même,  ffî  chi  «  marché  » 
et  ^  c/ii«  famille  »  ayant  la  même  valeur  phonétique; 
reste  seulement  alors  à  rendre  compte  de  la  diver- 
gence  portant  sur  la  première  syllabe,  syllabe  écrite 
tantôt  Lan,  tantôt  Kien.  Cette  divergence  s'explique, 
à  mon  avis ,  par  la  forme  plus  complète  de  Lou-Kien- 
chi  Sl^  Ri  qui  apparaît  dans  Thistoire  des  Weï^ 
comme  le  nom  de  la  capitale  des  Yué-tchi. 

D'autre  part,  les  historiens  arméniens  ainsi  que 
les  auteurs  syriaques  sont  unanimes  à  placer  les 
Kouchans  dans  la  Bactriane  et  à  leur  donner  comme 
capitale  Bactres^.  Il  faut  donc  chercher  Loa-Kienr 
chi  près  de  cette  ancienne  ville,  sinon  à  Bactres 
même.  Peut-être  que  ce  nom,  abrégé  ou  corrompu, 
peut  représenter  une  ville  mentionnée  par  les  auteurs 
anciens.  Prenant  en  considération  la  forme  chinoise 
la  plus  complè.te,  Lou-Kien-chi,  et  aussi  la  variante 
Ching-Kien-chi  BS  S  .R  »  je  ne  serais  pas  éloigné  de 
croire  que  nous  avons  là  des  transcriptions  plus  ou 
moins  heureuses  du  nom  grec  AXe^Speia,  ville  de 
Bactriane  mentionnée  par  Etienne  de  Byzance.  La 
transcription  a  pu  se  faire  par  Imtermédiaire  du 
bactrien  ou  du  pehlvi,  intermédiaire  ayant  déjà  fait 
subir  une  première  altération  au  nom  grec  original; 
(le  nom   d'Alexandre  étant   rendu  en   pehlvi  par 

^  Weî-chou, chap,  en,  foi.  i5;  comp.  la  variante  de  l'Histoire  du 
Nord  [Pe-sse)  y  qui  nomme  cette  ville  ^S  ^  ^  »  Ching-kien-ehi, 

'  Voir  Nôldeke,  Gesckichte  der  Perser  nnd  Araher  zar  zeit  der 
Sasaniden  ans  der  Arabischen  Chronik  des  Tabari,  p.  17,  n.  5. 


LES  INDO-SCYTHES.  161 

Alasdndar,  Sikandar,  [ArcLsangarlY *  Yâqoût  dit  expres- 
sément, en  parlant  de  Balkh  (Bactres)  :  «D  autres 
veulent  qu  elle  ait  été  fondée  par  Alexandre  et qu  elle 
ait  eu  anciennement  le  nom  d'Alexandrie  ^.  » 

L'identification  proposée  par  M.  Lévi  de  Lan-chi 
avec  Puchkarâvati  «  la  ville  du  lotus  bleu  »  ne  peut 
donc  être  acceptée. 

Après  le  départ  de  Tchang-kian  (comme  je  lai 
fait  remarquer  dans  les  études  sur  TAsie  centrale, 
p.  Sa),  la  ville  de  Lan-chi  tomba  au  pouvoir  des 
grands  Yué-tchi  lorsqu'ils  s'établirent  définitivement 
dans  la  Bactriane;  c'est  à  cette  époque,  très  pro- 
bablement antérieure  à  notre  ère,  que  se  rapporte 
le  chapitre  xcvide  l'histoire  des  premiers  Han  par 
Pan-Kou  : 

«  Le  royaume  des  grands  Yué-tchi  a  pour  capitale 
la  ville  de  Kien-chi  à  i  i  ,600  li  de  Tchang-ngan;  il 
ne  dépend  pas  du  gouverneur  général;  on  y  compte 
100,000  familles,  4 00, 000  habitants,  une  armée 
de  1 00,000  hommes;  à  Test,  jusqu'à  la  résidence  du 
gouverneur  général,  ilya4,70oli;à  l'ouest,  jus- 
qu'aux 4n-5i  ^  ,|,  (les  Arsacides) ,  quarante-neuf  jours 
de  marche,  et  il  est  limitrophe  au  sud  avec  le  Ki- 

|)in  jU  %  (Cophène) Il  y  à  cinq  principautés, 

Hieou-mi,  Chouang-mo,  Kouei-Chouang  (Kou- 
chans),  Hi-thun,  Kao-fou  (Kaboul),  qui  dépendent 
des  grands  Yué-tchi.  » 

Les  auteurs  chinois  ne  nous  disent  pas  à  quelle 

*  West,  PMavi  texts,  part  ï,  p.  i5i,  228;  part  III,  p.  35.    . 

*  M.  Barbier  de  Meynard ,  DicU  géogr,  et  hist.  de  la  Perse ^  p.  1 1 3. 

X.  11 


I H  PU  m  Ram  «otiiN-Li.. 


162  JUILLET-AOÛT   1897. 

époque  se  rapporte  cet  état  de  choses ,  mais  ils  nous 
font  connaître  que  pendant  une  période  de  cent  ans 
les  Yué-tchi  demeurèrent  ainsi  divisés  en  c»nq 
principautés;  d après  le  texte  de  ia  biographie  de 
Tchang-kian  et  la  notice  sur  le  Ki-pin  de  Thistoire 
des  premiers  Han,  on  peut  conjecturer  qu'ils  restèrent 
ainsi  depuis  Tannée  126  av.  J.-C.  jusqu'à  Tannée 
2  5  au  moins  avant  notre  ère,  et  plus  probablement 
jusqu'à  Tan  2 A  de  notre  ère,  fin  de  la  dynastie  des 
premiers  Han.  Ce  n'est  que  sous  ia  dynastie  des 
seconds  Han  qu'im  prince  des  Kouchans,  qui  avait 
subjugué  les  quatre  autres  principautés  des  grands 
Yué-tchi,  s'empara  du  Ki-pin. 

Nous  allons  maintenant  rapporter  les  passages  de 
l'histoire  des  premiers  Han  qui  constatent  que  le 
Ki-pin  a  été  indépendant  sous  cette  dynastie. 

Le  Pien-i-tien  place  sous  Siouen^ti,  qui  régna  de 
73  à  49  av.  J.^C,  le  fait  suivant  :  Le  roi  du  Ki*piD 
voulut  tuer  l'officier  chinois  Wen-tcHoung ,  qui  re- 
conduisait les  ambassadeurs  du  Ki-pin.  «Wen*- 
tchoung  eut  connaissance  de  ce  fait,  se  concerta 
avec  In-mo-fou,  fils  du  roi  Young-kiu;  tous  deux 
attaquèrent  le  Ki-pin ,  tuèrent  le  roi.  [La  Chine]  établit 
In-mo-fou  roi  de  Ki-pin ,  et  lui  donna  le  sceau  avec 
le  ruban  [comme  investiture].  » 

Sous  Youen-ti ,  de  4  8  à  3  3  avant  notre  ère ,  «  Tchao- 
te ,  marquis  militaire ,  fut  envoyé  au  Ki-pin  :  In-mo-fu 
et  lui  se  haïssaient.  In-mo-fou  fit  enchaîner  Tchao-te 
et  fit  mettre  à  mort  70  hommes  de  sa  suite,  il  en- 
voya [en  Chine]  des  ambassadeurs  avec  une  lettre 


LES  INDO-SCYTHES.  103 

d  excuses.  L  empereur  Youen-ti  n'enregistra  pas  [la 
demande]  de  cette  contrée  éloignée.  On  reconduisit 
les  .ambassadeurs  jusqu'au  défilé  M  Si  Hien-tou  (à 
lest  de  Badakchân),  et  toutes  relations  cessèrent 
entre  ces  deux  pays*  Au  temps  de  Tch'ing-ti  (3îi  à 
7  av.  J.-C),  de  nouveaux  ambassadeurs  arrivèrent 
en  Chine  avec  des  présents,  et,  reconnaissant  leur 
faute,  en  demandèrent  pardon.  Les  Han  voulurent 
envoyer  des  ambassadeurs  portant  une  réponse,  et 
désirèrent  reconduire  les  messagers  du  Ki-pin  dans 
leur  pays  ^.  » 

On  voit  que,  sous  le  règne  de  Tch'ing-ti,  le  Ki-pin 
était  encore  indépendant,  puisqu'il  envoie  une  am- 
bassade en  Chine.  Les  ministres  chinois  étaient  di- 
visés sur  les  relations  qu'il  fallait  avoir  avec  ce  pays. 
Wang-foung  désirait  envoyer  des  ambassadeurs  chi^ 
nois  au  Ki-pin.  Tou-kin  était  d'im  avis  contraire,  et 
son  opinion  prévalut.  Cet  événement  se  passa  en 
l'an  2  5  avant  J.-C,  d'après  le  li'tai'ki'Sse'nian'pao 
(  liv.  XXVn ,  fol.  7}.  Rien  donc  dans  le  texte  n'indique , 
comme  le  suppose  M.  Lévi  (p.  22),  que  le  roi  du 
Ki<^pin ,  sous  la  menace  d'un  péril  pressant ,  chargea 
des  ambassadeurs  d'avouer  sa  faute  et  d'ofirir  une 
réparation.  L'histoire  des  Han  dit  expressément  que 
cette  ambassade  eut  lieu  uniquement  dans  un  but 
commercial.  Wang-foung  répondit  à  Tou-kin.  «  [Ce 
serait]  véritablement  utile  [au  Ki-pin  si  nous  leur] 


\  Voir  Pien-i-lien.  liv.  LUI;  Ts'ien  Han^hou»  liv.  XCVI;  VVylie. 
lieu  cité,  p.  33  et  suiv. 

1 1 . 


164  JUILLET-AOÛT   1897. 

faisions  la  faveur  de  les  gratifier  d'un  marché  com- 
mercial [en  Chine]  ^  » 

A  la  fin  du  même  chapitre  relatif  aux  contrées 
occidentales ,  après  le  récit  des  guerres  de  Tosurpa- 
teur  chinois  Wang-mang  I  ^  avec  les  Hioung-nou, 
peuple  de  race  turque,  et  les  peuples  voisins,  nous 
trouvons  encore  le  nom  du  Ki-pin  dans  le  passage 
suivant  :  «  Après  la  mort  de  Wangmang  l'autorité  du 
gouverneur  général  Li-tchoung  était  perdue,  aussi 
son  pouvoir  était-il  grandement  diminué  dans  les 
contrées  occidentales.  En  résumé,  depuis  les  chefs 
interprètes,  les  magistrats  des  villes,  les  nobles,  les 
gouverneurs,  les  magistrats,  les  ta-lou,  les  chefs  des 
cent,  les  chefs  des  mille,  les  tou-weï,  les  tang-hou, 
les  tsie-k'iu ,  les  généraux  et  les  ministres  jusqu'aux 
marquis  et  rois,  tous  ceux  qui,  dans  les  cinquante 
royaumes,  portaient  le  sceau  de  l'investiture  de  la 
Chine,  étaient  au  nombre  de  3 7 6.  Le  Kang-kia  (Sog- 
diane)  Jil  ^ ,  les  grands  Yué-tchi,  les  An-si  (Arsa- 
cides),  le  Ki-pin,  le  Ou-i  ,|^  -^  (Arachosie)  étaient 
unis 2  à  la  Chine.  A  cause  de  leur  grand  éloignement, 
ils  n'étaient  pas  compris  dans  ce  nombre.  Aussi, 
lorsqu'ils  venaient  avec  des  tributs ,  on  leur  donnait 

^  Lieu  cité.  Wylie  traduit  cette  phrase  ainsi  :  «  To  this  Wang  Fiing 
rcpiicd  :  a  According  to  your  words ,  it  is  certainly  profitable  to  Ke- 
«  pin  if  we  grant  them  a  market  for  thcir  commerce;  whiie  they  only 
«send  an  envoy  once  in  several  years»  (p.  38). 

*  Le  texte  a  J^  chou;  traduit  habituellement  par  t sujet  su- 
bordonné ,  tributaire  »  ;  il  a  le  sens  aussi  de  «  parent ,  allié  »  et  de 
«s^attacher  à,  uni,  en  communication».  Voir  Dict.  chijiois'français 
du  P.  Couvreur. 


LES   INDOSCYTHES.  165 

par  réciprocité  des  cadeaux;  mais  ils  n'étaient  pas 
inscrits  sous  le  contrôle  du  gouverneur  générale  » 

Pan-kou  termine  son  chapitre  sur  les  contrées 
occidentales  en  faisant  remarquer  que  plusieurs  petits 
Etats,  comme  Chen-chen,  Kin-sse  (pays  du  Nord), 
étaient  sous  la  domination  des  Hioung-nou  :  «  Mais 
les  grands  Etats  comme  So-Kin  (Yarkand)  Yu- 
thien  (Khotan)  étaient  sous  la  domination  des  Chi- 
nois; ils  envoyaient  souvent  des  ambassadeurs  dans 
ce  pays  ;  ils  se  constituèrent  comme  otages  des  Han 
et  ils  demandèrent  à  être  sous  la  dépendance  du 
gouverneur  général^.  » 

On  voit  par  là  que  les  communications  de  la  Chine 
avec  le  Ki-pin  et  les  pays  voisins  n  étaient  pas  inter- 
rompues à  la  fin  de  la  dynastie  des  Han,  puisque 
ceux-ci  exerçaient  leur  domination  sous  le  Khotan 
et  sur  Yarkand. 

Dans  le  passage  que  nous  avons  traduit  plus  haut, 
le  Ki-pin  est  mentionné  entre  les  An-si(Arsacides), 
et  les  Ou-i  (Arachosie);  la  place  qui  est  donnée  à  ce 
pays  naontre  bien  qu'il  n  était  pas  encore  conquis 
par  les  grands  Yué-tchi.  Si  le  Ki-pin  avait  été  sous  la 
dépendance  de  ces  derniers,  l'histoire  des  premiers 
Han  n'aurait  pas  manqué  de  nous  l'indiquer,  comme 
le  fait  le  Compendiam  des  fVeï  à  une  époque  posté- 

'  Ts'ien-Han-chou,  liv,  XGVI,  part.  II  p.  i5r'.  Wyiie,  Heu 
cité,  t.  XI,  p.  1 13. 

^  Ts'ien-Han-chou ,  liv.  XCVI,  part.  Il  p.  16  r".  Wylie,  lieu 
cité,  t.  XI,  p.  1 15. 


106  JUILLET-AOÛT   1897. 

rieure,  celle  des  Trois  royaumes  [121  à  264  de  Jésus- 
Christ). 

Cet  ouvrage ,  en  parlant  des  An-si  (  Arsaoides)  et  des 
Ou-i,  nous  dit:  «  Ces  royaumes,  depuis  leur  origine, 
n avaient  ni  augmenté,  ni  diminué»;  tandis  qu'il 
s'exprime  ainsi  sur  le  compte  du  Ki-pin  :  «  Ils  sont 
sous  la  domination  des  grands  Yué-tchi^  »  Par  con- 
séquent, si  Kanichka  avait  gouverné  le  Ki^pin  avant 
notre  ère ,  comme  Tavance  M.  Lévi ,  sans  aucun  doute 
rhistoire  des  premiers  Han  n  aurait  pas  manqué  de 
relater  ce  fait  essentiel ,  puisqu'elle  mentionne  à  trois 
ou  quatre  reprises  les  rapports  qui  ont  existé  entre 
la  Chine  et  le  Ki-pin  pendant  l'espace  de  cinquante 
ans  environ.  Les  relations  entre  ces  deux  pays  étaient 
donc  assez  constantes  pour  permettre  atu  historiens 
chinois  de  connaître  les  grands  événements  qui  ont 
pu  survenir  sous  la  dynastie  des  premiers  Han. 

II 

Dans  la  Nnmismatic  Chronicle  (1889,  3*  part.) 
M.  Cunningham,  s'appuyant  sur  un  texte  du  Pien- 
i'tien ,  traduit  par  M.  Pauthier,  avançait  que  l'Inde 
avait  été  conquise  par  les  Yuë-tchi  avant  notre  ère^. 
Dans  le  numéro  de  mars-avril  1 890  du  Journal  asia- 
tique y  je  faisais  remarquer  que  le  texte  du  Pien-i-tien 
était  fautif  et  qu'il  fallait  lire  i$,  cheou  «donner», 

^  Le  Compendium  des  Weï  dans  le  San-koue'tchi ,  1.  3o,  fol.  3o 
et  suiv. 

*  Numismatic  Chronicle,  1889,  3' part. ,  p.  270. 


LES  INDO-SCYTHES.  167 

au  lieu  de  5,  cheou  «  recevoir  ».  Ce  mot  change 
du  tout  au  tout  le  sens  général  :  Tenvoyé  des  grands 
Yué-tchi,  au  lieu  de  rémettre  un  livre  bouddhique  à 
un  Chinois ,  le  reçoit  d'im  Indien.  J'en  concluais  que , 
puisqu'il  avait  reçu  un  ouvrage  bouddhique,  cest 
qu'il  avait  été  dans  Tlnde,  non  dans  la  Chine.  Ce 
point  acquis,  si  d autre  part  les  monnaies  et  les  in- 
scriptions indo-Scythes  concordent  avec  ce  renseigne^ 
ment,  1  époque  de  la  conquête  de  llnde  par  les  Yué- 
tchi  pourrait  être  fixée  après  notre  ère. 

Naturellement,  M.Lévi,  pour  appuyer  sa  thèse 
d'après  laquelle  Kanichka  a  dû  régner  dans  la  seconde 
partie  du  1*^  siècle  av.  J.-C. ,  fait  tous  ses  efforts  pour 
infirmer  une  traduction  qui  le  gêne. 

Nous  allons  le  suivre  pas  à  pas,  et  nous  montre- 
rons que  ce  passage  ne  peut  avoir  une  autre  inter- 
prétation que  celle  que  nous  avqns  dpnnée. 

Le  texte  en  question  nous  vient  de  deux  sources  : 

1°  Du  Compendium  des  fVeî,  composé  par  In- 
houan;  un  long  passage  de  cet  ouvrage  concernant 
les  pays  étrangers  a  été  reproduit  dans  le  San-koue- 
tchi  (liv.  XXX,  fol.  29); 

2*^  Du  Toang-tien  (liv.  CLXXXXIH,  fol.  8)  de 
T'ou-yeou,  auteur  du  commencement  du  ix*  siècle. 
D  après  les  nombreuses  variantes  qui  existent  entre 
ces  deux  ouvrages,  Tou-yeou  n'a  pas  dû  copier  le 
Compendiam  des  Weï;  de  plus ,  il  ne  le  cite  pas  parmi 
les  livres  qu'il  a  consultés  pour  ses  notices  des  peuples 
occidentaux. 

Cette  double  relation  concernant  l'Inde  mentionne 


168  JUILLET-AOÛT   1897. 

la  naissance  du  Bouddha ,  donne  le  nom  de  son  père 
et  de  sa  mère;  puis  elle  constate  dans  Tlnde  Texis- 
tence  d'un  saint  homme  appelé  Cha-liu-si^  (Çaripu- 
tra),  parle  de  l'ambassade  du  roi  des  grands  Yué-tchi 
reçue  par  King-lou.  Viennent  ensuite  les  noms  des 
disciples  du  Bouddha,  à  commencer  par  TJpâsaka, 
Çramana,  etc.  La  notice  fait  remarquer  en  ter- 
minant que  Lao-tseu  est  venu  enseigner  dans  Tlnde. 
La  phrase  en  discussion  est  :  Han  aî-tiyoaan  tcheoa 
youan  nian;  Po-sse  ti-tsea  king-loa  cheou  ta  yaé-tchi 
Wang  sse  l-ts*an-keou  cheoa  fou-thoa  king;  youefou  li 
tche  khi  jin  ye.  Nous  lavons  traduite  ainsi  :  «  La 
première  des  années  Youan-tcheou  de  Aï-ti  des  Han 
(deux  ans  avant  notre  ère),  King-lou,  disciple  de  ce 
docteur  (Çariputra),  reçut  du  roi  des  grands  Yué- 
tchi  un  envoyé  nommé  I-t'sun-keou ,  et  lui  donna  un 
livre  bouddhique  qui  disait  :  «(Dans  ce  royaume), 
((  celui  qui  sera  élevé  de  nouveau  (sur  le  trône) ,  c'est 
«  cet  homme  ^.» 


^  Ce  nom  est  transcrit  Jlp  ^  ^  cha-liu-si,  il  est  rendu  ie  plus 
souvent  par  '^  ^j  ^  che-li-fo,  Fo  abrégé  de  fo-to-lo  transcription 
de  putra.  Le  caractère  si  veut  dire  autrefois,  et  sert  de  phonétique 
dans  un  grand  nombre  de  noms  propres,  (voir  Bretschneider, 
Notices  of  the  Med,  geog,  and  Hist,  of,  central  and  Western  Asia 
p.  78,  93,  1O6,  etc.),  à  moins  qu'il  faille  lire  ^  pou  (putra)  : 
la  ressemblance  entre  ces  deux  caractères  peut  avoir  induit  en 
erreur  le  copiste.  On  trouve  une  fois  dans  le  Lotus  de  la  bonne  loi 
(p.  38]  Çârisula  pour  Çariputra,  Si  au  lieu  de  cha-liu-si  nous 
avions  cha-liu,  cette  expression  signiGerait  en  sanscrit  parîra^  re- 
liifue  ou  Çâri ,  ie  nom  de  la  mère  de  Çariputra. 

*  Voir  le  texte  de  ce  passage  et  les  variantes  du  T*oung-lien  dans 
nos  Etudes  sur  l'Asie  centrale,  p.  39. 


LES  INDOSCYTHES.  169 

M.  Lévi  prétend  qu  il  faut  traduire  :  «  La  pre- 
mière des  années  Youan-tcheou  de  Aï-ti  des  Han 
(deux  ans  avant  notre  ère),  King-lou,  élève  titulaire 
du  collège  impérial,  reçut  un  envoyé  du  roi  des 
grands  Yué-tchi;  il  conserva,  les  ayant  reçus  orale- 
ment, des  textes  bouddhiques.  Quand  on  parle  du 
second  fondateur,  c'est  cet  homme.  » 

Examinons  d  abord  la  dernière  phrase.  M.  Lévi 
donne  au  mot  fou  la  valeur  de  «  second  »  qu'il  n  a 
pas;  cette  expression  signifie  «revenir,  retourner  à, 
renouveler,  réitérer,  de  nouveau  ».  M.  Lévi  aurait-il 
confondu  le  caractère  ^  fou  avec  ^  heou  qui  lui 
ressemble  beaucoup  et  qui  signifie  «  après ,  ensuite , 
postérieur,  successeur»,  de  là  «  second «?  Quant  au 
mot  jî;  li,  qui  a  le  sens  dVêtre  debout,  demeurer 
debout,  établir,  fonder  »,  il  s'emploie  le  plus  souvent 
avec  lacception  d'«  élever  un  roi  au  trône  » ,  ni  les 
King,  d'après  les  index  de  M.  Legge,  ni  le  Saint  Édit 
ne  donnent  à  ce  mot  le  sens  de  fondateur^. 

La  phrase  traduite  de  cette  manière  :  «  Quand  on 
parle  du  second  fondateur  c'est  cet  homme  »  n'a 
aucun  sens  ;  aussi  M.  Lévi  est-il  forcé  de  proposer 
trois  interprétations  différentes.  La  première,  c'est 
que  «  cet  homme  »  désigne  King-lou,  «  Cette  indica- 
tion, ajoute  M.  Lévi  (p.  16),  justifie  l'insertion  de 
l'épisode  dans  la  notice  du  Compendium  des  fVeî  sur 
le  Bouddha.  Le  Bouddha  est  le  premier  fondateur 
de  la  religion  ;  King-lou  qui  l'a  introduite  en  Chine 
est  le  second  ». 

*  Dans  tous  les  passages  li  est  un  verbe. 


170  JUILLET-AOÛT    1897. 

Si  King-loa  avait  été  regardé  comme  le  second 
fondateur  du  bouddhisme  comme  ayant  introduit 
en  Chine  cette  religion,  tous  les  auteurs  ne  seraient 
pas  unanimes  à  dire  que  1  empereur  Ming-ti  a  été  le 
premier  à  établir  le  bouddhisme  dans  le  Céleste 
Empire  en  67  de  potre  ère.  Ce  souverain  fit  venir 
des  moines  indiens,  lesquels  portèrent  des  livi'es 
bouddhiques,  etc.  Du  reste,  le  nom  de  King-iou  ne 
nous  est  parvenu  quaveo  de  fortes  variantes.  On 
nous  donne  ce  prétendu  fonctionnaire  chinois  comme 
le  second  fondateur  du  bouddhisme,  et  ses  conci- 
toyens  l'ont  oublié  au  point  de  n  être  pas  d'accord 
sur  la  prononciation  de  son  nom  \ 

Dailleurs  le  bouddhisme  étant  florissant  dans 
rinde  sou§  Açoka ,  vers  îî58  av.  J,-C, ,  rien  d'étonnant 
que  cette  religion  ait  été  connue  en  Chine  avant  notre 
ère.  Aussi  certains  écrivains  chinois  bouddhistes  font- 
ils  remonter  la  première  tentative  de  prédication 
sous  Chi-Houang-ti  {2%  1  av.  J.-C),  «  Les  cha-men 
(çramanas)  Chi-li-fang  (#  ^  Kf)  et  autres,  dix- 
huit  sages,  furent  envoyés  pour  aller  convertir  [la 
Chine],  Lempereur  Chi-^Houang  ne  les  approuva 
pafi  et  fit  mettre  en  prison  Chi-li-fang  et  ses  compa- 
gnons. Pendant  la  nuit,  six  Vadjrapâ9is( génies  avec 
une  massue  de  diamant)  vinrent  briser  les  portes  et 
firent  sortir  les  prisonniers.  L'empereur  fut  effi-ayé, 

*  Le  Compendium  des  Wéi  et  le  Taî-ping  l'appellent  JJ^  ^  King- 
lon;  le  Toung-tien  ^  -^  |]^  Thsin-king-kouan;  le  Toung-cki  ^ 
King-ni, 


LES  INDO-SCYTHES.  171 

il  se  prosterna  et  se  repentit  ^  »  La  chronologie  boud- 
dhique du  Fo-tsou-tong-ki  rapporte  que  la  deuxième 
année  de  la  période  Hong-kia  (19  ans  av.  J.-C), 
«  Lieou-^hiang  du  titre  de  Kouang-lo-ta-fou,  étant  oc- 
cupé à  revoir  des  textes  dans  le  cabinet  impérial 
Tbien-lo-ko,  y  vit  plusieurs  fois  des  livres  de  Fo, 
(livres  bouddhiques)^.  »  La  chronique  du  Li-tai-san- 
pao-ki  mentionne  que  le  même  Lieou-hiang  dit 
dans  sea  mémoires  :  «  Soixante  et  quatorze  personnes 
virent  les  livres  deFo^.  » 

Ces  relations  prouvent  bien  que  les  Chinois  n  ont 
pu  donner  à  notre  King-lou  la  qualité  de  second  fon- 
dateur du  bouddhisme.  Le  simple  fait  d'avoir  reçu 
un  livre  bouddhique  ne  serait  pas  suffisant  pour  jus- 
tifier un  pareil  titre.  Il  faut  donc  abandonner  lopinion 
de  M.  Lévi  comme  contraire  à  la  vérité  historique. 

La  deuxième  interprétation  de  M.  Lévi  est  que  le 
second  fondateur  serait  Çàriputra.  L'auteur  chinois 
parle  de  ce  saint  homme  dans  la  phrase  précédente; 
s'il  avait  voulu  lui  attribuer  cet  honneur,  il  n'aurait 
|)as  scindé  en  deux  sa  pensée ,  il  aurait  certainement 
écrit  :  «  Il  y  avait  un  saint  homme  nommé  Çàripu- 
tra; quand  on  parie  du  second  fondateur,  c'est  cet 
homme,  v 

Cet  homme  ne  peut  donc  se  rapporter  qu  au  der- 
nier personnage  cité ,  et  non  pas  à  Çâriputia. 

*  Li-tai'ian'pao-ki ,  préface  du  livre  I,  imprim(^.  dans  le  Tc-tsang- 
King,  boîte  35,  faac,  6,  fol.  10  r°, 

'  Traductiop  manuscrite  de  Stanislas  Julien ,  n"  2 1  des  papiers 
de  Stanislas  Julien. 

»  Lieu  cité,  fol.  16  r". 


172  JUILLET-AOÛT   1897. 

La  troisième  interprétation  est  suggérée  à  M.  Lévi 
par  un  passage  trouvé  par  M.  Chavannes  dans  le  Pai- 
hai;  je  copie  textuellement  la  note  de  M.  Lévi  (p.  i  -y). 
«L'ouvrage  mentionne  le  voyage  de  Laotseu  dans 
rinde  où  il  devint  le  Bouddha.  Il  y  a  des  livres  de  la 
discipline  [Idai,  vinaya)  en  neuf  myriades  de  sections; 
c'est  là  précisément  les  sûtras  de  seconde  institution 
des  grands  Yué-tchi  que  les  Han  [Chinois)  ont  reçus, 
La  légende  si  répandue  et  rappelée  dans  ce  passage , 
qui  fait  reparaître  Lao-tseu  dans  l'Inde  sous  le  nom 
de  Bouddha,  permettait  de  classer  les  sûtras  boud- 
dhiques comme  la  seconde  institution  du  philosophe 
chinois  qui  avait  donné  comme  sa  première  insti- 
tution le  Tao-te-king.  LHterum  institutor  et  Yaltera 
institutio  se  rapporteraient  au  Bouddha  lui-même  con- 
sidéré comme  la  métamorphose  de  Lao-tseu.  » 

La  notice  que  nous  examinons  mentionne  aussi 
ie  voyage  de  Lao-tseu  dans  VInde.  Si  lauteur  chinois 
avait  voulu,  dans  la  phrase  en  question,  désigner 
p?ur  Texpression  cet  homme  Lao-tseu<  incarné  en 
Bouddha,  il  aurait,  sans  aucun  doute,  placé  cette 
phrase  à  côté  du  passage  concernant  Lao-tseu  oii  elle 
viendrait  naturellement.  Gomment  admettre  que  cet 
homme  désigne  Lao-tseu  dont  il  est  parlé  plus  loin. 

Nous  devons  nous  en  tenir  à  notre  traduction;  le 
mot  homme  ne  peut  se  rapporter  qu'à  l'ambassadeur 
du  roi  des  Yué-tchi ,  comme  nous  l'avons  fait  obser- 
ver; il  ne  saurait  désigner  soit  un  prétendu  employé 
chinois,  —  ce  serait  contraire  aux  faits  historiques; 
soit  Lao-tseu ,  soit  Çâriputra ,  —  ce  serait  contraire  au 


LES  INDO. SCYTHES.  173 

sens  même  du  passage  en  question.  Le  mot  jjr  /idoit 
avoir  ici  la  signification  habituelle  «  élever  au  trône  ». 
La  traduction  de  M.  Lévi  est  donc  inacceptable, 
ainsi  que  ses  trois  interprétations,  d'ailleurs  contra- 
dictoires entre  elles. 

La  seconde  observation  de  M.  Lévi  porte  sur  le 
mot  l'ts'an-keou;  il  m'accuse  d'avoir  pris  ces  trois 
syllabes  pour  un  nom  propre.  Il  propose  de  regarder 
le  mot  ^  i  comme  un  pronom  démonstratif;  ^  ts'an 
signifierait  «  conserver  »,  et  P  keoa  devrait  se  réimir 
avec  cheoa  S  ;  il  donne  à  ces  mots  le  sens  de  «  rece- 
voir oralement».  Il  traduit:  «  King-Iou  reçut  un  en- 
voyé du  roi  des  grands  Yué-tchi;  il  conserva  les  ayant 
reçus  oralement,  les  textes  bouddhiques.  » 

L'expression  keoa- cheoa  P  S  «recevoir  orale- 
ment» ne  se  trouve  ni  dans  le  Pei-wen-yun-fou,  ni 
dansfOu-tch  e-yun-chouei,  deux  des  principaux  dic- 
tionnaires contenant  les  expressions  composées  de  la 
langue  chinoise.  Mais,  par  contre,  on  rencontre  l'ex- 
pression ts'un-keoa  ^5F  P .  Le  Pei-wen-yun-fou  ^  donne 
l'exemple  suivant  :  «Ses  oreilles  entendirent  et  il 
garda  le  silence,  mais  ce  que  les  yeux  virent,  il  le 
grava  dans  son  cœur.  »  Comme  on  le  voit,  le  mot 
P  keoa  «  bouche  »  peut  se  rapporter  en  même  temps 
au  mot  précédent  tsan  pour  signifier  «  garder  le 
silence»  et  au  mot  suivant  cheou  «recevoir»  pour 
exprimer  «  recevoir  oralement  ».  Aussi,  si  l'auleur  chi- 
nois avait  visé  le  sens  que  M.  Lévi  prête  à  ces  mots , 
il  aurait  mis  au  lieu  do  ts'an  ou  bien  de  cheoa,  un 

»  Liv.  LV,  fol.  68  r\ 


174  JUILLET-AOÛT  1897. 

caractère  synonyme  pour  qu'il  n  y  eût  pas  de  confu- 
sion^ ;  il  faut  donc  considérer  keou  «  bouche  »  comme 
la  dernière  syllabe  du  nom  de  l'envoyé  des  Yué-tchi. 

M.  Lévi,  ayant  consulté  M.  Devéria,  propose  une 
seconde  interprétation  de  I'ts'nn*kêou.  Ces  deux  sa- 
vants ont  considéré  qu'il  fallait  réunir  cheoa  «  rece- 
voir »  avec  sse  qui  est  séparé  dans  le  texte  par  «  le 
roi  des  grands  Yué-tchi  »  et  donner  à  sse  le  sens  de 
mission,  M.  Devéria  voit  dans  I-ts'un  la  transcription 
de  rUdyâna  ou  d'Ujjayinî  (le  royaume  d'Oudjeïn 
actuel),  et  M.  Lévi  traduit  avec  lui  :  fiXitig-lou  fut 
envoyé  parle  roi  des  grands  Yué-tchi ,  [litt  reçut  du 
roi  des  grands  Yué^tohi  mission)  à  l-ts*un  »  (p.  19). 

M.  Lévi  ajoute  :  «  Le  fait  rapporté  nous  ramène 
encore  vraisemblablement  au  temps  de  Kanichka. 
Maître  d'un  domaine  qui  couvrait  une  partie  de 
rinde  et  de  la  Chine,  il  était  loisible  à  ce  prince, 
et  à  ce  prince  seul,  d'employer  un  fonctionnaire 
chinois  à  une  mission  en  pays  indien.  »  06  M.  Lévi 
a-t-il  vu  que  Kanichka  ait  régné  en  Chine?  A  la  dy- 
nastie des  premiers  Han  succéda  celle  des  Han 
orientaux.  Ils  étaient  assez  forts  pour  prendre  le 
pouvoir  et  n'auraient  pas  laissé  un  prince  étranger 
gouverner  leur  pays.  De  plus,  dans  la  seconde 
moitié  du  i**  siècle  avant  notre  ère ,  les  Chinois  pou- 

^  M.  Lévi  n'adopte  pas  la  variante  fj^  cheou  t donner»;  on 
trouve  dans  les  dictionnaires  chinois-  P  ^  keou  cheon,  au  sens 
de  donner  oralement.  Gomme  Keou  est  toujours  précédé  de  ts'un 
cgàhier»,  il  faut  réunir  keou  aux  deux  caractères  précédents  pour 
les  mêmes  raisons  que  nous  avons  exposées  plus  haut. 


LES  INDO  SCYTHES.  175 

vaient  imposer  au  Ki-pin  un  prince  de  leur  choix 
comme  nous  Tavons  vu  plus  haut.  M.  Lévi  a  donc 
oublié  les  contes  qu'il  a  traduits  dans  la  première 
partie  de  son  travail ,  où  il  est  dit  que  trois  des  quatre 
régions  du  monde  étaient  en  paix;  seule  la  région 
orientale  n  était  pas  venue  se  soumettre  à  Kanichka^. 
En  effet,  ce  pays,  où  Ton  ne  peut  pénétrer  qu en 
traversant  les  monts  Tsong-ling,  ne  peut  être  que  la 
Chine  ;  la  Chine  n'était  donc  pas  soumise  à  Kanichka , 
et  ce  roi  ne  pouvait  alors  avoir  comme  sujet  im 
Chinois. 

Si  on  considère  I-ts'un  comme  la  transcription 
d'un  nom  de  ce  payB^  la  phrase  :  keou-cheou  fou- 
thon  -  king ,  «  recevx)ir  oralement  les  livres  boud- 
dhiques», subsiste  toujours;  seulement  M.  Lévi  et 
M.  Devéria  oublient  de  nous  dire  de  qui  King-ldu 
aurait  reçu  les  livrés  bouddhiques. 

I-ts'un  né  pçut  donc  être  pris  comme  un  nom  de 
pays.  Quant  à  nous,  nous  préférons  nous  rapporter 
à  Rémusat^  et  regarder  J-f y tt/i-fe^oa  comme  la  tran- 
scription du  nom  de  ^ambassadeur  du  roi  des 
grands  Yué-tchi. 

M.  Lévi  conteste  que  les  syllabes  1-ts'an-keoa 
puissent  représenter  le  nom  indien  Uchka ,  nom  porté 
par  le  premier  des  deux  rois  Tourouchka  (ou  Kou- 
chans)  qui  auraient  précédé  Kanichka  selon  la  Râd- 
jataranginî  (histoire  des  rois  du  Kachmir)  :  «  Les 
règles  ordinaires  de  transcription ,  dit-il  (page  1 5  ) ,  et 

^  Journal  asiatique,  novembre-décembre  1896,  p,  473. 
*  Fo-koue-ki,  p.  4i. 


176  JUILLET-AOÛT   1897. 

Tusage  de  la  langue  s'opposent  radicalement  à  cette 
interprétation.  M.  Specht  admet  que  le  caractère  i 
représente  ici ,  par  exception ,  le  son  ou ,  mais  en  fait 
ce  caractère  est  afifecté  à  la  transcription  de  ïi  san- 
scrit. »  Si  M.  Lévi  avait  examiné  de  plus  près  les 
textes  quil  discute,  il  aurait  vu  que  tout  de  suite 
après  la  phrase  :  C'est  cet  ïiomme ,  le  mot  Upâsaka 
est  rendu  par  I-po-se,  ^  ^^^-  Comment  M.  Lévi 
peut-il  admettre  que  le  même  auteur,  à  seize  carac- 
tères d'intervalle  puisse  donner  au  même  homophone 
la  valeur  de  i  pour  le  premier  mot,  et  de  ou  pour 
le  second  mot? 

Quant  à  lobservation  de  M.  Lévi  que  le  second 
caractère  ^5F,  ts'an,  ne  peut  représenter  la  spirante 
gutturale  très  forte  exprimée  dans  les  légendes 
grecques  des  monnaies  par  le  signe  spécial  !>  et  en 
sanscrit  par  la  sifflante  cérébrale,  nous  trouvons 
dans  la  transcription  du  nom  de  Kanichka  deux  ca- 
ractères différents  pour  rendre  ce  même  son:  ê  se 
dans  le  voyage  de  Hiouen-thsang:  Pê,  te/i'a,  dans 
les  contes  traduits  par  M.  Lévi.  Ces  deux  sons  n  appar- 
tiennent pas  à  la  même  classe;  d après  les  tableaux 
phonétiques  du  Dictionnaire  de  K'ang-hi.ïe  premier 
est  une  sifflante  cérébrale ,  le  second  est  une  palatale 
sourde^.  Mais  ces  transcriptions  chinoises  ont  dû  être 
influencées  par  des  graphies  sanscrites.  Lorsque  les 
Chinois  entendirent  prononcer  directement  le  nom 
d'Uchktt,  et  qu'ils  voulurent  rendre  ce  son  spécial 

'  T'oung-tien,  liv.  CXCIU,  foL  8  v^  1.  6. 

«  Chapitre  ^  h|  :  i"  a*  part.,  foL  6;  a"  i"  part.,  fol.  7  \\ 


LES  INDO-iBCYTHES.  J77 

dune  langue  tartare,  ils  se  sont  tout  naturellement 
servi  du  caractère  ^,  ts'an,  sifflante  dure  aspirée 
selon  les  tableaux  du  Dictionnaire  de  K'ang-hiK 

Le  caractère  P  ,  /reott,  représente  ka  de  Uchka, 
M.  Lévi  Tavoue,  mais  il  ajoute  (page  1 5)  :  «  Si  keoa 
représente  ka ,  c'est ,  par  une  exception  caractéristique , 
dans  le  nom  seul  de  Kanaka-mani.ii  II  ne  s'ensuit 
pas  que,  si  ce  signe  n'a  pas  été  ordinairement  em- 
ployé en  Chine  par  les  moines  bouddhiques  dans 
leurs  traductions  du  sanscrit,  il  n'était  pas  usité  par 
les  voyageurs  chinois  pour  rendre  un  son  d'une 
langue  étrangère.  M.  Watters*^  le  mentionne  comme 
servant  à  représenter  la  première  syllabe  de  P  P§ 
Ka-tags  «  écharpe  de  félicité»  des  Tibétains.  Rien 
donc  n'empêche  de  rendre  l'isan-keoa  par  Uchka. 

La  troisième  observation  de  M.  Lévi  porte  sur  la 
nationalité  de  Kîng-lou  :  «C'est,  dit-il  (p.  18),  un 
Chinois;  sou  nom  le  décèle,  son  titre  le  garantit.  11 
est  qualifié  de  po-sse  ti-tsea;  Pauthier  traduit  littéra- 
lement :  disciple  d'un  savant  lettré.  Mais  c/tj  titre 
n'est  point  vague ,  comme  la  traduction  semble  l'im- 
pliquer. Les  pO'Sse  ti-tsea  sont  les  élèves  titulaires  du 
collège  impérial  fondé  sous  Ou-ti  des  premiers  Ha  n, 
en  12  4  avant  l'ère  chrétienne.  » 

11  est  vrai  qu'il  y  a  des  fonctionnaires  chinois 
chargés  d'interpréter  les  textes  des  King  nommés 
po-sse,  mais  cette  institution  remonte  bien  plus  haut 
que  M.  Lévi  ne  l'indique.  On  rapporte  que  le  fameux 

*  Ibid.,  1"  part.,  fol.  i6  r°,  comp.,  2*  pai't.,  fol.  ao. 

*  Essays  on  the  Chinese  laiiguage,  p.  377. 

X.  12 


iMr>t4«i.U>h    kAit^.    I.ik. 


178  JUaiiET-AOÛT  1897. 

empereur  duTsin,  Chirhouang-ti,  celui  qui  fit  brûiei* 
les  livres  canoniques,  après  avoir  visité  plusieui*s 
provinces  de  $on  vaste  empire  en  a  1 3  avant  Jésus- 
Christ,  donna  un  festin  où  il  invita  les  grands  de  sa 
cour  et  70  po-sse*  Un  des  ministres  ayant  fait  un  éloge 
pompeux  de  Tempereur,  un  des  po-sse  répondit  en 
jetant  un  certain  blâme  sur  la  conduite  politique 
du  souverain ,  citant  comme  modèle  les  anciens  mo- 
narques. L  empereur,  sur  le  comeil  de  Lisse,  rendit 
alors  le  fameux  édit  qui  ordonnsût  de  brûler  tous  les 
livres  canoniques  ^  G  est  encore  un  po-sse,  ce  fa- 
meux vieillard  Foa-cheng  qui  nous  9^  oonservé  le 
Choa-King^.  Les  Chinois  non  seulement  emploient 
le  nom  de  passe  qui  signifie  «  docteur,  professeur 
d  un  collège  »  littéralement  •  maître  m  va9tQ  soevair  ^ , 
pour  désigner  une  certaine  ciaase  de  leun  fonction- 
naires ,  mais  ils  rappliquent  de  même  k  toute  par* 
sonne  d  une  grande  science  même  en  debor»  dki  la 
Chine.  Voici ,  par  exemple ,  un  pa«s«ge  dQ  b  traduo- 
tion,  par  I^sing  dujVinaya  des  MvdaiaryàstiYftd&«', 
où  le  titre  de  po-sse  est  donné  préoiiément  à  un 
Indien,  à  un  brahmane  maître  de  &00  élèvet« 

<(Le  vénérable  Ânanda  avait  d  aventure  Qoopé 
fraîchement  ses  cheveui^;  revêtu  de  son  manteau  et 

^  Voir  Sse-ki,  1.  VI,  fol.  21,  traduction  de  M.  Chavaimes,  t.  II, 
p.  169.  Pauthier,  Hist.  et  civilisation  chinoises,  Journal  asiatùpu , 
6*  série,  t.  X,  p.  202. 

^  Leggc,  Tke  Ckinese  classics,i.  111^  Proiég,,  p.  )G.  Biot,  /iiflniç- 
tion  publujue  en  Chine,  p.  90. 

^  Kin-pen-choue-i-tsie-yeou-pou-pi-naî-ye-tsa-sse,  dans  le  Tm^sa/iff-' 
lnn(j,  lyoïle  17,  IW.  1,  fol.  04  v\  (Nanjia  u"  «i2t«) 


LES  INDO-SCYTHES.  179 

tenant  un  vase  pour  recevoir  les  aumônes,  de  grand 
matin  il  entra  dans  la  ville  afin  de  '  mendier,  et 
marcha  juscpi'à  une  rue  où  habitait  un  brahmane. 
Celui-ci  était  un  maître  de  grande  science  (  ;^  ^  :t 
Ta-hio-sse);  il  demeurait  dans  une  salle  haute, 
spacieuse  et  bien  éclairée;  il  donnait  renseignement 
à  cinq  cents  fils  de  brahmanes;  ii  leur  apprenait 
les  traités  des  quatre  sciences.  Ce  docteur  (  t|  -j; 
pchsse)  était  orgueilleux,  hautain,  et  n observait  au- 
cune convenance;  il  avait  un  sentiment  de  haine 
et  de  mépris  pour  les  hommes.  En  voyant  le  véné- 
rable Ânanda ,  il  demanda  à  un  de  ses  disciples  (  ^ 

_  A 

■^  ti-t^a)  :  «  Etes- vous  capable  de  passer  la  main 
sur  la  tête  de  ce  clia-men  {çramana)  ?  »  Celui-ci  lui  ré- 
pondit :  «  J'en  suis  capable.  » 

Nous  pouvons  donc  conclure  de  là  que  la  déno- 
mination de  pa-sse  U-tsm  donnée  à  King-lou  n'im- 
plique pas  nécessairement  qu'il  soit  un  fonctionnaire 
chinois;  et  King-lou,  Indien,  disciple  de  Çariputra, 
peut  à  ce  titre  recevoir  la  dénomination  de  po-sse  ti- 
tsea  t  disciple  du  docteur  » ,  ainsi  que  le  sens  géné- 
ral de  la  phrase  l'indique. 

M.  Lévi  fait  mention  du  voyage ,  chez  les  Yué-tchi , 
d'im  certain  King-hien ,  qui  rapporta  des  livres  boud- 
dhiques. Ce  fait  se  trouve  consigné  dans  trois  ou- 
vrages ^  ;  le  voyageur  chinois  y  est  toujours  nommé 

^  i'  Chi'kia^fang -  tchi  ( Nanjio  n"  1^70,  composé  en  65o ) ,  dans 
le  Ta-tsang-ki,  boîte  35,  fasc.  i;  2"  Farjouen-tckon-lin  (Nanjio 
n"  1482,  composé  en  668),  dans  le  ra-fiari^-/îi,  boîte  36,  fasc.  5; 
3°  Li-tai-tan-pao^i  (Nanjio  n**  i5o4,  composé  en  697),  Ta-Uang-hi , 
boîte  35,  fasc  6,  fol.  16  r^ 


12 


180  JUILLET-AOÛT  1897. 

de  même  ^  Aucun  auteur  ne  lui  donne  le  titre  de 
po-sse  ti-tsea.  Deux  des  chroniques  disent  :  «  Etant 
allé  dans  le  royaume  des  Yué-tchi  »  ;  la  troisième  : 
«  fut  envoyé  au  royaume  des  grands  Yué-tchi  ».  On 
peut  donc  considérer  comme  deux  faits  distincts  qu  il 
ne  faut  pas  confondre  :  i**  le  voyage  de  King-hien 
allant  dans  le  royaume  des  grands  Yué-tchi  et  en  rap- 
portant en  Chine  des  ouvrages  bouddhiques;  2°  la 
réception  faite  dans  Tlnde,  par  un  disciple  de  Çari- 
putra,  de lambassadeur  des  grands  Yué-tchi,  auquel 
il  souhaita  la  bienvenue  en  lui  disant  :  «  Le  Bouddha 
a  annoncé  que  vous  serez  souverain  de  ce  pays.  »  Ce 
fait  n  est-il  pas  confirmé  par  Thistoire  de  Tlnde  ? 

M.  Lévi  nous  apprend  lui-même  (page  17)  que 
«  Çâriputra  avait  une  grande  réputation  comme  type 
idéal  des  Adhidharmistes.  Le  concile  de  Kanichka 
semble  avoir  marqué  le  triomphe  de  cette  école  ». 
Aussi  n  y-a-il  rien  d'étonnant  si  les  Adhidharmistes  se 
vantaient  d'être  les  premiers  qui  avaient  reconnu ,  dans 
rinde,  la  grandeur  des  nouveaux  maîtres;  cette  tra- 
dition s'était  conservée  parmi  eux  et  arriva  jusqu'en 
Chine.  On  voit  par  ces  quelques  considérations  que 
la  traduction  de  M.  Lévi  ne  saurait  être  acceptée. 

En  résumé  : 

King-ha  doit  être  un  Indien ,  parce  que  son  nom 
nous  est  arrivé  avec  beaucoup  de  variantes  ;  si  c'était 
un  Chinois ,  ses  concitoyens  auraient  conservé  intacte 
la  prononciation  de  son  nom; 

^  Tandis  que  pour  King-lou  sur  quatre  ouvrages,  nous  avons 
trois  lectures  différentes;  voir  jjIus  haut,  p.  170,  note. 


LES   INDO-SCYTIIKS.  181 

Po-sse  ti-tseu  ne  doit  pas  être  interprété  par  «  élève 
titulaire  du  Collège  impérial»;  cette  expression  si- 
gnifie ici  «  élève  du  docteur  »,  comme  le  certifie  la 
traduction  du  Vinaya; 

1-ts'an-keoa  ne  peut  signifier  «  conserva  (les  ou- 
vrages), les  ayant  reçus  oralement».  Cette  interpré- 
tation serait  contraire  au  lexique  chinois.  D'autre  part 
considérer  I-ts'un  comme  le  nom  d  un  pays  rendrait 
inexplicable  le  reste  de  la  phrase.  Par  suite,  I-tsun- 
keou  ne  peut  être  que  la  transcription  du  nom  de 
l'ambassadeur  du  roi  des  grands  Yué-tchi;  et  je  per- 
siste à  croire  que  la  fi)rme  originale  de  ce  nom  de- 
vait être  Uchka. 

La  dernière  phrasé  ne  peut  se  rapporter  qu'à 
l'ambassadeur  I-tsan-keou;  «  cet  homme  »  ne  peut 
désigner  que  lui  seul,  et  les  trois  interprétations  di- 
vergentes successivement  proposées  par  M.  Lévi  ne 
peuvent,  comme  nous  l'avons  vu,  se  soutenir. 

Nous  pouvons  donc  conclure  que  la  traduction, 
telle  que  nous  l'avons  publiée  dans  notre  précédent 
mémoire,  est  littéralement  exacte. 


III 

Il  nous  reste  à  examiner  la  relation  concernant  les 
grands  Yué-tchi,  contenue  dans  l'Histoire  des  seconds 
Han.  Miiis,  au  préalable,  la  question  suivante  se  pose 
devant  nous  :  les  faits  rapportés  par  l'Histoire  des 
seconds  Han  au  sujet  des  Yué-tchi  ont-ils  été  connus 


182  JUILLET-AOÛT  J897. 

de  Pan-kou,  historien  des  premiers  Han?  Dans  ce  cas 
on  pourra  induire  de  son  silence  que,  s*il  na  pas 
mentionné  ces  faits,  c  est  qu'ils  ne  se  sont  pas  passés 
sous  la  dynastie  dont  il  écrivait  Thistoire. 

Pan-kou,  mort  en  exil  en  Tan  92  de  J.-C,  n'avait 
achevé  qu'en  partie  sa  fameuse  Histoire  des  premiers 
Han;  sa  sœur,  femme  d'un  grand  talent  littéraire, 
continua  l'ouvrage  de  son  frère  et  rédigea  les  tables 
chronologiques  et  la  partie  concernant  l'astronomie. 
Mais  le  chapitre  sur  les  contrées  occidentales  a  été 
entièrement  écrit  de  la  main  de  Pan-kou.  L'historien 
l'avait  terminé  et  il  avait  relaté  les  événements  jusqu*à 
la  fin  de  la  dynastie  des  premiers  Han  {ili  après 
J.-C),  comme  le  montrent  les  dates  qui  sont  citées 
dans  ce  chapitre  ^ 

La  position  élevée  de  Pan-kou  lui  permettait 
d'obtenir  beaucoup  de  renseignements.  De  plus, 
Pan-kou  visita  en  personne  les  contrées  occidentales 
et  accompagna  le  célèbre  général  Teou-hien  en  89 
jusqu'à  la  montagne  Yen-jen  (aujourd'hui  les  monts 
Khanggai  ).  Arrivé  à  ces  contrées  lointaines ,  le  général 
lui  dit  de  faire  graver  sur  une  pierre  la  relation  des 
succès  qu'il  avait  rapportés  sur  les  Tarlares,  et  de 
placer  ce  monument  sur  la  montagne  afin  qu'il  at- 
testât la  victoire  de  la  Chine  2. 

Pan-tchao,  frère  de  Pan-kou,  avait  été  nommé 
(en  83  de  J.-C.)  gouverneur  des  contrées  occiden- 

*  Voir  la  traduction  de  M.  Wylie»  lien  cité, 

*  Kang-mou,  l.  X,  fol.  2\  r°,  IfisL  de  la  Chine,  par  le  P.  Mailla , 
t.  Ilf,  p.  391. 


LES  INDO-SCYTHES.  183 

tades  [Si-yny»  Ce  vaillant  gouverneur  eut  à  se  défendre 
contre  les  armées  des  Yué-tchi ,  et  il  a  dû*  très  pro- 
bablement très  bien  renseigner  son  frère  sur  les 
événements  de  cette  période.  Nous  pouvons  donc 
considérer  que  les  faits  dont  il  va  être  maintenant 
question,  n*étant.pas  mentionnés  par  Pan-kou  dans 
son  histoire,  nont  pas  eu  lieu  sous  la  dynastie  des 
premiers  Han. 
Voici  ces  faits  : 

L*histoire  des  seconds  Han  nous  parle  du  règne 
de  Kieou-tsieou-khio ,  roi  des  Yué-tchi,  qui  vécut 
quatre-vingts  ans.  Ce  prince  subjugua  les  quatre  au- 
tres principautés  des  Yué-tchi,  s'empara  du  terri- 
toire de  Kao-fou,  détruisit  Po-ta  et  le  Ki-pin^. 

Les  Chinois  ne  nous  disent  p^s ,  il  est  vrai ,  exacte- 
ment à  quelle  date  se  sont  passés  ces  événements. 
Nous  avons  vu  que  le  Ki-pin  était  encore  libre  à  la 
fin  de  la  dynastie  des  premiers  Han  (en  a  4  de  notre 
ère).  Il  faut  donc  placer  la  conquête  du  Ki-pin  et  le 
règne  de  Kieou-tsieou-khio  sous  la  dynastie  des  se- 
conds Han,  qui  dura  de  25  à  2  20  notre  ère. 

M,  Cunningham  a  identifié  le  roi  des  Yaé*tchi 
Kieoii4sieou-khio  avec  Kajala  Kadphises,  dont  on  trouve 
le  nom  sur  les  monnaies  indo-scythes.  Il  place  le 
règne  de  Kujula  Kadphizes  de  i  o  ans  avant  notre  ère 
à  35  ans  après.  Mais  Tidentification  du  nom  chinois 

»  Hêon-Han-chou,  ï.  LXXVÎl,  fol.  7  r«. 

*  Voir  la  traduction  de  ce  passage  dans  mon  précédent  Mémoire» 
p.  8.  (Journal  asiatique,  8*  série,  t.  II,  p.  5 s 5.) 


184  JUILLET-AOÛT    1897. 

Kieou-lsieou-khio  avec  Kiijula  Kadphises  sbufève  de 
fortes  objections. 

Selon  les  historiens  chinois,  Yen-kao-tching-tai , 
fils  de  Kieou-tsieou-khio ,  succéda  à  son  père  et 
conquit  Tlnde.  Cunningham  identifie  Yen-kao-tching- 
tai  avec  PVema  Kadphises,  selon  lui  prédécesseur  im- 
médiat de  Kahichka^;  mais  là  aussi  il  est  difficile 
de  faire  concorder  le  nom  donné  par  les  Chinois 
avec  les  inscriptions  des  monnaies. 

Les  historiens  chinois  ne  connaissent  pas  le  nom 
(le  Kanichka;  il  n  y  a  que  dans  les  ouvrages  traduits 
du  sanscrit  ou  écrits  par  des  Chinois  bouddhistes 
qu'apparaît  le  nom  de  Kanichka. 

Voici  les  passages  de  Thistoire  des  seconds  Han 
dans  lesquels  on  peut  voir  une  allusion  à  ce  prince 
si  célèbre  parmi  les  Bouddhistes  : 

La  première  année  Youe-ho  (84  de  J.-C.)  Pan- 
tchao  (le gouverneur  chinois,  frère  de  l'historien  Pan- 
kou,  dont  j  ai  parié  plus  haut)  «  avec  les  armées  du 
royaume  de  Sou-le  (Kâschghar)  et  du  Yu-thien 
(Khotan)  alla  attaquer  le  So-kîu  (  Yarkand).  [Le  prince 
de]  So-kiu  dépêcha  secrètement  un  ambassadeur  à 
Tchong  ^  \  roi  de  Sou-le.  Ce  dernier,  séduit  par  les- 
poir  de  grands  avantages,  se' mit  d'accord  avec  les 
rebellés,  et  les  suivit  dans  l'Occident  pour  défendre 

^  M.  Cunningham  place  les  rois  Kouchans  dans  l'ordre  suivant  : 
1°  Kujula  Kadphises;  2°  Wema  Kadphises;  2°  Kanichka  (iVamûm. 
chron.,  3'  série,  vol.  IX,  p.  275). 

M.  Percy  Gardner  donne  là  chronologie  suivante  :  i"  Kad- 
phises l*"*  (  Kujula  Kadphises  )  ;  2°  Kadaphes  ;  3°  Kadphises  H  (  Wema 
Kadphises);  4°  Kanichka  [lieu  cité,  p.  122,  i23,  124  et  l'agi. 


LES  INDO-SCYTHES.  185 

• 

la  ville  d'Ou-tsi.  Pan-tchan  destitua  Tchong  et  éta- 
blit le  sous-gouverneur  [foa  tch'ing)  Tchlng-ta  jj^  ^ 
comme  roi  de  Sou-le  (Kâschghar).  Ils  partirent 
tous  avec  les  soldats  restés  fidèles  pour  combattre 
Tchong.  Ces  événements  se  passaient  vers  le  milieu 
de  Tannée.  Les  Kang[-kiu  (Sogdiane)  expédièrent 
une  troupe  d'élite  pour  secourir  Tchong.  Pan-tchao 
ne  put  empêcher  [cette  jonction].  Comme  à  cette 
époqxie  venait  d'avoir  lieu  récemment  un  mariage 
entre  les  familles  souveraines  des  Yué-tchi  et  des 
Kahg-kiu  et  que  ces  pays  se  trouvaient  ainsi  alliés , 
Pan-tchao  envoya  au  roi  des  Yué-tchi  des  ambassa- 
deurs qui  lui  offrirent  des.  objets  en  soie  brodée,  en 
lui  donnant  à  entendre  qu'il  ferait  bien  d'informer 
[de  cette  démarche]  le  roi  du  Kang-kiu.  Ce  dernier 
cessa  aussitôt  la  guerre,  retourna  dans  son  royaume, 
emmenant  avec  lui  Tchong.  La  ville  0u-tsi  se  soumit 
alors  à  Pari-te/iao^.  » 

Ce  passage  semble  bien  indiquer  que  ce  roi  des 
Yué-tchi,  qu'il  ne  nomme  pas,  et  qui  était  allié  dés 
Kang-kiu  était  un  roi  très  puissant.  La  Chine  vint 
même  implorer  la  protection  de  ce  roi  pour  termi- 
ner une  guerre  qui  pouvait  lui  être  funeste. 

Quelques  années  plus  tard  :  «  Lés  Yué-tchi  ayant 
aidé  les  Han  dans  l'attaque  contre  les  Kiu-sse  Ifi 
gif;  cette  attaque  fut  couronnée  de  succès^.  Cette 

*  Heou-Han-chou ,  1.  LXXVII,  f.  7  v°.  M.  Lévi  signale  ce  pas- 
sage, comment  peut-il  y  voir  «la  soumission  des  Yué-tchi"  à  Pan- 
tchao  »  ? 

-  Cette  phrase  se  rapporte  probablement  à  l'époque  où' les  Yué- 
tchi  habitaient   au  sud  do  Tbien-chan  au  11*  siècle  avant   notre 


180  JUÎLLET-AOÛT  1897. 

année  [les  Yué-tchî]  voulurent  offrir  (à  l'empereur 
de  Chine)  des  objets  précieux,  un  fou-pa  [licorne)^ 
un  lion ,  et  demandèrent  en  mariage  une  princesse  des 
Han.  Pan-tchao  arrêta  Tambassadeur  et  le  renvoya. 
[Les  Yué-tchi]  en  conçurent  un  grand  ressentiment. 
La  deuxième  année  Yornig^youen  (90  de  J.-G.]«  les 
Yué-tchi  envoyèrent  le  vice^roi  Sie  ^ ,  qui  comman^ 
dait  une  armée  de  70,000  [hommes]  pour  attaquer 
Pan-tchao.  [Les  soldats]  de  ce  dernier  étaient  peu 
nombreux,  aussi  étaient-ils  très  anxieux;  Pan-tchao 
fit  l'observation  suivante  aux  chefs  de  son  corps  d'ar- 
mée :  «Quoique  larmée  des  Yué-tchi  soit  nom* 
breuse,  après  qu'ils  auront  fait  plusieurs  mille  (i, 
et  traversé  les  monts  Tsong-ling,  lorsqu'ils  arrive- 
ront, ils  seront  épuisés  et  ne  seront  pas  capables  de 
se  battre.  Est-ce  digne  de  s'inquiéter  ainsi P  Seule- 
ment il  faut  réunir  toutes  les  cérédes  et  les  mettre 
en  sûreté.  La  famine  les  réduira  à  la  dernière  extré- 
mité. [Ils  seront  forcés  de]  se  rendre  avant  qu'il  ne 
s'écoule  plusieurs  dizaines  de  jours.  Vous  pouvex  en 
être  certains.  »  —  Le  vice-roi  Sie  pénétra  dans  ces 
contrées ,  s'avança  et  attaqua.  Pan-tchao  qu'il  ne  put 
vaincre.  [Les  Yué-tchî]  se  livrèrent  au  pillage  «  mais 
ne  trouvèrent  rien  [en  fait  de  subsistance]*  Les 
vivres,  comme  Pan-tchao  l'avait  prévu,  étaient  sur 
le  point  d'être  épuisés.  Le  vice^roi  SUf  dut  néoessai' 

ère  (voir  notre  précédent  Mémoire,  p.  6).  Les  Kiii>«iê  étâieni  un 
peuple  très  puissant;  ils  occupaient  Ouroumtsi  et  Tourfan  ;  il  est  peu 
vraisemblable  que  les  Yué-tchi  aient  envoyé  sous  Tempereiir  Ho-ti 
(8g  k  106  de  J.*C.)  des  troupes  jusqu'aux  portes  de  la  Chine.. 


LES  INDO-SCYTHES.  187 

rement  demander  des  secours  au  Kieoa-tse  H  ^  (ie 
Koutché  actuel).  Il  envoya  plusieurs  centaines  de 
soldats  aux  frontières  orientales  pour  chercher  [des 
vivres].  Le  vice-roi  Sie  expédia  aussi  à  cet  effet  des 
cavaliers  chaînés  d  offrir  au  ExeovAse  de  lor,  de  l'ar- 
gent, des  peiies  et  du  jade,  afin  de  les  gagner  par 
ces  présents.  Pan-tchao  mit  en  embuscade  des  sol* 
dats  qui  arrêtèrent  et  attaquèrent  les  Yué-tchi  à  leur 
passage.  Ils  les  tuèrent  tous,  mais  ils  gardèrent  le 
chef  des  envoyés  afin  qu'il  allât  rapporter  la  chose 
au  vice-roi  Sie.  Celui-ci  en  fut  consterné  et  aussitôt 
il  envoya  des  ambassadeurs  demander  pardon  à 
Pan-tchao,  lui  faisant  dire  qu'il  désirait  obtenir  des 
vivres  pour  s'en  retourner  dans  son  pays.  Pan-tchao 
les  lui  envoya  et  le  laissa  libre.  Les  Yué-tchi  furent 
grandement  épouvantés  de  cet  événement  et  chaque 
année  ils  envoyèrent  leurs  tributs  ^  » 

Les  Yué-tchi  ne  sont  plus  mentionnés  qu'au  com- 
mencement -du  règne  de  l'empereur  Ngan-ti  dans  les 
années  1 07  à  1 1 3  de  notre  ère  dans  le  passage  suivant 
qui  concerne  le  royaume  de  Sou-le  (Kâschghar) 
dont  Tchong,  l'allié  des  Kang-kiu  (Sogdiane),  avait 
été  souverain  vers  84  de  notre  ère.  «  Dans  les  années 
Young-tch'ou  de  Ngan-ti(de  1 07  à  1 1 3  de  notre  ère) , 
Ngan  koue  (^  g),  roi  de  Soù-le  {$  1^>  envoya  son 
oncle  Tch'in-p'an  g  H ,  qui  l'avait  offensé ,  chez  les 
Yué-tchi.  Le  roi  de  ces  derniers  le  prit  en  affection  et 
le  traita  avec  bonté.  Dans  la  suite  Ngan-koue  mourut 
sans  enfant.  Sa  mère,  observant  les  lois  du  pays, 

»  Heon-Han-chon,  1.  LXXVII.  foi.  8  v^ 


188  JUFLLET-AOÛT  1897. 

[de  concert]  avec  les  habitants,  éleva  au  trône  Ifoa 
j|i:J9['  neveu  dé  Tch'ing-pan.  Tchmg-p'an  ayant 
appris  [cet  événement]  fit  au  roi  des  Yué-tchi  cette 
prière  :  «  Ngan-koue  n'avait  pas  d'enfant ,  les  membres 
«de  sa  famille  étant  peu  nombreux,  on  a  élevé  au 
«  trône  un  parent  de  sa  mère.  Moi,  certainement  je 
«  suis  l'oncle  de  I-fou,  il  est  juste  qxie  je  sois  roi.  » 
Les  Yué-tchi  envoyèrent  des  troupes  pour  accom- 
pagner Tch'in-p'an  jusqu'à  Sou-le.  Les  habitants 
de  ce  pays  étaient  sincères,  ils  aimaient  et  respec- 
taient Tch'in-p'an  et,  dans  la  crainte  des  Yué-tchi, 
ils  enlevèrent  aussitôt  de  force  l'investiture  à  I-fou 
et  allèrent  aii-devant  de  Tch'in-p'an  qu'ils  consti- 
tuèrent roi ,  et  I-fou  fut  marquis  de  la  ville  P'an-kao 

mm'-» 

Ces  renseignements  présentent  un  rapport  assez 
frappant  avec  ceux  que  nous  donne  le  célèbre  voya- 
geur chinois  Hîoiien-thsang  sur  Kanihcka. 

«  Jadis  Kia-ni-se-kia  (Kanichka),  roi  de  Kien-t'o-lo 
(Gândhâra),  faisait  sentir  sa  force  redoutable  aux 
royaumes  voisins ,  et  l'influence  de  ses  lois  se  répandait 
dans  les  pays  lointains.  H  organisa  son  armée  et  éten- 
dît ses  domaines  jusqu'à  l'est  des  monts  Tsong-ling. 
Les  princes'  dépendants  qui  habitaient  à  l'ouest  du 
fleuve  (Jaime),  craignant  la  puissance  de  ses  armes, 
lui  envoyaient  des  otages.  Après  les  avoir  reçus,  Kia- 
ni-se-kia  (Kanichka)  les  traitait  de  la  manière  la  plus 
honorable,  et  ordonnait  qu^à  l'arrivée  du  froid  on 

^  Heott-Han-chou ,  1.  GXVIII,  fol.  i6.  Ce  passage,  à  ma  connais- 
sance, n'a  encore  été  ni  traduit,  ni  cité. 


LES   [NDO-SGYTHES.  189 

les  transportât  dans  un  pays  chaud,  pour  qu'ils  y  de- 
meurassent pendant  l'hiver.  Les  princes  des  divers 
royaumes  de  l'Inde  reviennent  en  été  à  Kia-pi-che 
(Kapiça);  au  printemps  et  en  automne,  ils  restent 
dans  le  royaume  de  Kien-t'o-lo  (Gândhara).  C'est 
pourquoi,  dans  chacun  des  lieux  où  les  otages  de- 
meuraient pendant  trois  saisons ,  on  a  bâti  un  cou- 
vent. Celui  dont  nous  parlons  avait  été  construit 
pour  la  résidence  d'été.  C'est  pourquoi,  sur  tous  les 
murs,  on  avait  peint  les  portraits  de  ces  otages,  qui 
par  les  traits  de  leur  figure  et  par  leurs  vêtements 
ressemblaient  beaucoup  à  des  hommes  de  l'Orient 
(c'est-à-dire  de  la  Chine).  Dans  la  suite,  lorsqu'ils 
avaient  obtenu  la  faculté  de  s'en  retourner  dans  leur 
patrie,  ils  conservaient  dans  leur  cœur  le  souvenir 
de  leur  ancienne  résidence,  et,  quoiqu'ils  en  fussent 
séparés  par  des  montagnes  et  des  rivières,  ils  ne  ces- 
saient point  de  l'honorera  » 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  l'objection  de 
M.  Lévi  au  sujet  du  renvoi  de  l'ambassade  des  Yué- 
tchi  par  Pan-tchao  dont  il  a  été  question  plus  haut, 
et  de  la  malheureuse  expédition  des  Yué-tchi,  dans 
laquelle  ils  perdirent  une  partie  de  leur  année  par 
suite  surtout  des  difficultés  de  la  route  et  du  manque 
de  vivres.  Selon  M.  Lévi,  «  ce  n'était  pas  Kanichka  à 
l'apogée  de  son  règne,  de  sa  puissance,  qui  souscri- 
vait à  une  telle  humiliation.  »  Mais,  dans  les  contes 
même  que  M.  Lévi  a  traduits,  ne  voyons-nous  pas 

*  Mémoires  de   Hiouen-tlisan(j ,    trad.  de   Stanislas  Julien,  t.  I, 
p.   42. 


190  JUILLET-AOÛT  1897. 

une  réminiscence  de  ce  fait  ?  Je  lui  emprunte  sa  tra- 
duction : 

«  Dans  le  monde ,  trois  des  qxiatre  régions  étaient 
en  paix;  seule  la  région  orientale  n  était  pas  venue  se 
soumettre  et  demander  protection.  Aussitôt  il  (Ka- 
nichka)  équipa  ime  armée  redoutable  pour  aller  le 
châtier.  En  avant  il  fit  marcher  les  Hou  (barbares) 
et  les  éléphants  blancs ,  comme  tête  de  colonne  et 
conune  guides.  Le  roi  suivit  et  il  conduisit  derrière 
son  armée.  Il  voulut  aller  jusqu  au  Tsong-ling  (Bo- 
lor).  Eln  traversant  les  passes,  ceux  qui  montaient 
les  éléphants  et  les  chevaux  ne  purent  plus  avancer. 
Le  roi,  fort  surpris,  s*adressa  aux  chevaux  en  ces 
termes  :  «  Bien  des  fois  je  vous  ai  montés  pour  sou- 
«  mettre  des  rebelles.  Trois  régions  obéissent  en 
«  paix.  Pourquoi  donc  aujourd'hui  ne  voulez- vous 
«  pas  poursuivre  votre  chemin?^  » 

On  peut  donc  admettre  avec  quelque  apparence 
de  raison  que  vers  lo^  de  notre  ère,  date  donnée 
par  le  document  chinois  que  j'ai  traduit  plus  haut, 
Kanichka ,  —  si  c  est  bien  lui  dont  il  est  question , 
comme  je  le  pense ,  —  était  souverain  de  lempire  des 
Kouchans.  On  a  des  inscriptions  de  Kanichka  qui 
portent  les  dates  de  9 ,  11,  1 8  et  28  ;  si  ces  dates  se 
rapportent  aux  années  du  règne  de  ce  prince,  si  le 
Sakakâla,  ère  de  Kanichka,  commence  en  Tan  78  de 
notre  ère,  les  dates  des  inscriptions  correspondent 
aux  années  87  à  106  de  Jésus-Christ.  La  première 
inscription  connue  d'Huvichka,  successeur  de  Ka- 

^  Journal  asiati(fue ,  nov.-déc»  1896,  t.  VIII,  p.  473. 


LES  INDO-SCYTHES.  191 

nichka,  porte  ia  date  33,  qui,  à  ce  compte,  répon- 
drait à  l'année  1 1 1  de  Jésus-Christ.  Mais  plusieurs 
numismatistes  ont  conjecturé  que  ces  dates  devaient 
se  rapporter  à  Tère  des  Séleucides,  avec  suppression 
du  chiffre  des  centaines  :  il  faudrait  lire  /rog; 
/ni,  etc.  Ces  savants  s  appuient  principalement  sur 
la  mention,  dans  les  inscriptions  indo-scythes,  de 
quatre  mois  du  calendrier  macédonien.  Les  dates 
des  inscriptions  de  Kanichka  correspondraient  alors 
aux  années  97  à  1 1 7  de  notre  ère  K 

Somme  toute,  les  données  des  chroniques  chi- 
noises sont  parfaitement  oonciliables  avec  les  conclu- 
sions des  arohéolc^es  et  des  numismatistes,  dans 
les  deux  systèmes,  soit  qu  on  place  Tavènementde  Ka* 
niebka  en  70  après  Jésus-Christ^  et  celui  de  son  suc- 
cesseur Huviohka  en  1 1  o ,  soit  qu  on  place  ces  deux 
faits  respectivement  en  7 S  et  1  sic  après  Jésus-Xjhrist^. 

L^époque  du  règne  de  Kanichka  se  déduit  logique* 
ment  de  tous  les  passages  que  nous  avons  extraits 
des  auteurs  chinois,  et  qui  se  suivent  dans  un  ordre 
chronologique.  La  conclusion  à  tirer  de  là,  cest 
que,  de  toute  façon,  il  nest  pas  possible  de  placer 
avant  notre  ère  Kanichka,  qui  était  contemporain 
de  la  dynastie  des  seconda  Han  (aS-^ao  de  J«-C«). 
L'identification  très  hasardée,  proposée  par  M.  Lévi, 
du  nom  de  Vâsudeva  avec  celui  de  Misdeos  serait- 


^  Voir  CttQniiigbiun »  Sunttism^  chrou, ^  ^  série,  voi«  IX»  p*  274. 
*  Date  donnée  par  M.  Drouin,  Chronologie  et  numismatique  des 
rois  indo'SCjthes ,  p.  33. 

^  Dates  données  par  M.  Cunningham,  Item  dté,  p.  276. 


192  JUILLET-AOÛT  1897. 

elle  prouvée  —  et  elle  est  loin  de  Têtre  —  qu  elle 
ne  suflirait  pas  pour  renverser  toute  une  chrono- 
logie qui  repose,  d'une  part,  sur  les  données  des  do- 
cuments historiques  des  Chinois  et  les  traditions 
recueillies  par  leurs  voyageurs  dans  l'Inde;  d'autre 
part,  sur  les  monnaies,  les  inscriptions  et  les  dé- 
couvertes archéologiques.  Ces  données  concordantes 
se  complètent  l'une  l'autre  et  forment  une  réunion 
de  faits  qui,  pris  dans  leur  ensemble,  nous  apportent 
l'assurance  que  le  grand  souverain  dont  l'empire 
s'étendait  sur  la  Bactriane  et  l'Inde  vécut  non  pas, 
comme  le  soutient  M.  Lévi,  au  f  siècle  av.  J.-C, 
mais  bien  à  la  fin  du  premier  et  au  commencement 
du  n*  siècle  après  J.-C. ,  époque  généralement  admise. 

Un  mot  encore  en  terminant.  On  a  pu  remarquer 
les  réserves  que  nous  avons  faites  sur  l'identification 
onomastique  de  Kieou-tsieou-khio  avec  Kujula  Kad- 
phises,  et  sur  celle  de  Yen-kao-tching-tai  avec  Wema 
Kadphises. 

Il  y  a  là  une  question  à  débattre  que  nous  nous 
proposons  de  reprendre  dans  un  nouveau  mémoire. 
Mais,  dès  aujourd'hui,  nous  croyons  pouvoir  en  indi- 
quer une  autre  face.  N'est-il  pas  étonnant  que  le  nom 
de  Kanichka,  comme  nous  l'avons  dit,  soit  demeuré 
tout  à  fait  inconnu  aux  Chinois  ?  C'est  ce  qui  m'a  con- 
duit à  me  demander,  comme,  du  reste,  se  Test  déjà 
demandé  également  M.  Wassilief,  si  dans  le  nom  de 
KieoU'tsieou-khio  nous  n'aurions  pas  une  transcription 
plus  ou  moins  exacte  du  nom  même  de  Kanichka, 
dont  l'empire  s'étendait  sur  la  Bactriane.  Ce  n'est  là 


LES  INDO-SCYTHES.  193 

certes  qu'une  hypothèse,  qui  mérite  d'être  examinée 
de  près ,  car  elle  serait  au  moins  aussi  satisfaisante  que 
celle  généralement  admise  jusqu'ici,  et  d'après  la- 
quelle les  trois  syllabes  chinoises  Kieoa-tsieoa-khio  cor- 
respondraient aux  syllabes  indo-scythes  ka,  ja,  — , 
ka,  — ,  — ,  de  KajaldL  £adphises.  Ces  trois  syllabes 
ne  pourraient-elles  pas  rendre  tout  aussi  bien ,  sinon 
mieux,  les  trois  syllabes /ra,  — ,  c/i,  ta  de  kanichka? 
Resterait  à  rendre  compte  de  la  syllabe  omise  ni; 
mais  il  s'agirait  de  savoir  si  la  forme  indo-scythe  ori- 
ginale ,  dont  les  formes  grecques  et  indiennes  ne  sont 
en  somme  que  des  transcriptions ,  n'était  pas  en  réa- 
lité kànska  avec  une  nasalisation  tartare  analogue  au 
sagher  noun;  donc,  dans  ce  cas,  le  caractère  £c  Kieou 
représenterait  à  lui  seul  la  syllabe  indo-scythe  kàii.  Les 
trois  syllabes  chinoises  Kieou-tsieou-khio  nous  don- 
neraient Kang-S'ka.  Le  i  des  transcriptions  grecque 
et  indienne  serait  le  résultat  d'une  épen thèse ,  et  nous 
aurions  alors  le  nom  transcrit  au  complet. 

En  tout  état  de  cause ,  la  date  du  règne  de  Kanichka 
demeurera  toujours  fixée  à  la  même  époque,  c'est- 
à-dire  au  premier  siècle  de  notre  ère. 

^  Le  caraclère  Kieou ,  d'après  le  dictionnaire  de  K  ang-hi ,  avait  an- 
ciennement le  son  de  ^  K'iu  (anc.  son  K'op  ]  ;  il  se  prononce  aussi  j^ 
K'ao  (anc.  son  ICoh) ,  prononciation  japonaise  de  Ko,  ce  qui  indique 
bien  que  ce  caractère  avait  une  nasale.  M.  Giles ,  dans  l'introduction 
de  son  dictionnaire  (p.  xxx),  en  parlant  de  la  prononciation  japo- 
naise des  caractères  chinois ,  fait  cette  remarque  :  «  Word  ending 
in  a  nasal  bave  changed  the  nasal  into  a  and  absorbed  tbe  a  into 
the  main  vowel;  thus  Ka-{-u  becomes  Ko,  for  Kang  or  Kiang,  » 


ID4  JUILLET-AOÛT   1897. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


'Arib.  —r  Tahari  conÙKaatus  quem  edidit,  indieibns  ei  glossanis 
instruxit  M.  J,  de  Gœje,  Lugd.  Batav.  apud  Brill,  1897*  Un 
vol.  in-8';  xxvii  et  Y'^  pages. 

• 

Ce  livre  est  le  complément  indispensable  de  la  grande  édi- 
tion de  Tabari  entreprise  sous  la  direction  de  M.  de  Goeje 
par  une  élite  de  travailleurs ,  et  dont  lachèvement ,  aujour- 
d'hui prochain ,  est  attendu  avec  impatience  par  tous  les  orien- 
listes.  L'auteur  du  document  arabe  dont  nous  annonçons 
la  publication  n*était  pas  tout  à  fait  un  inconnu.  WeU,  sans 
être  absolument  certain  de  son  nom  et  du  titre  exact  de  son 
livre,  avait  été  le  premier  à  en  signaler  la  valeur  et  à  le 
mettre  à  contribution  dans  son  Histoire  du.  khaUfat,  Cest 
à  Dozy  que  revient  Thonneur  d'avoir  établi  sans  conteste 
que  cet  auteur  était  un  savant  katib  originaire  de  Cor- 
doue,  nommé  ^Arih  fis  de  Sad,  et  qu'il  avait  intitcdë  son 
œuvre  :  Abrégé  des  Annales  de  Tahari^.  Titre  trop  modeste  en 
vérité ,  car  on  y  trouve  beaucoup  d'enrichissements  au  récit 
(le  Tabari ,  d'abord  en  ce  qui  touche  à  l'histoire  de  l'Espagne 
et  de  l'Afrique  musulmanes,  et  en  général  pour  la  période 
comprise  entre  291  et  330  de  l'hégire,  où  l'écrivain  qaon  a 
surnommé  l'a  Hérodote  arabe  »  a  précipité  et  écourté  sa  narra- 
tion. M.  de  Goeje  en  a  cité  quelques  exemples  dans  la  pré- 
face qui  précède  le  texte  arabe  et  il  se  propose  d'insister  da- 
vantage, dans  son  Introduction  de  Tabari,  sur  les  parties 
vraiment  originales  du  continuateur  espagnol. 

Le  grand  mérite  de  celui-ci  est  d'avoir  puisé  bon  nombre 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  195 

de  ses  renseignements  à  des  chroniques  aujourd'hui  perdues  i 
notamment  à  celle  de  Souli ,  qui  fut  contemporain  d'El-Mouk* 
tadir,  et  à  un  autre  abrëviateur  de  Tabari ,  un  certain  *Abd 
Allah  ben  Mohammed  El-Fcrghani ,  qui  donna  à  son  travail 
le  nom  très  approprié  de  Modayyel  «  appendice  ».  Le  texte 
d'Arib  s'étend  deagiàSsode  Thégire,  comprenant  ainsi  les 
cinq  dernières  années  du  règne  de  Moktafi  et  tout  le  règne  de 
Mouktadir,  un  des  plus  longs  et  des  plus  troublés  de  l'histoire 
des  Abbassides.  En  dépit  de  sa  sécheresse  et  de  sa  concision ,  qui 
va  souvent  jusqu'à  l'obscurité  (et  ce  reproche  peut  s'adresser 
à  tous  les abréviateurs  musulmans),  ^Arib  captive  l'attention 
par  la  sincérité  et  l'authenticité  absolue  de  ses  récits.  Je  ne 
sais  rien  de  plus  saisissant  que  les  vingt-cinq  années  du  règne 
de  Mouktadir  où  les  signes  avant-coureurs  d'une  décadence 
irrémédiable  se  manifestent  par  des  révoltes  et  des  usurpa- 
tions incessantes,  par  des  calamités  de  tout  genre  dans 
l'ordre  physique  et  politique ,  par  une  corruption  et  une  dé- 
moralisation générales.  Dès  le  commencement  du  iv'  siècle 
de  l'hégire,  la  famille  d'Abbas  est  frappée  au  cœur,  et  le  mal 
va  se  propager  avec  une  rapidité  irrésistible  pendant  près  de 
trois  siècles,  pour  aboutir  à  l'effondrement  dans  l'effroyable 
chaos  de  l'invasion  mongole. 

Il  y  a  donc  beaucoup  et  d'excellentes  choses  à  prendre 
dans  le  texfe  publié  pour  la  première  fois  parle  zèle  infatigable 
de  Téminent  professeur  de  Leyde.  Ce  texte  a  sa  place  mar- 
quée dans  la  série  des  matériaux  de  premier  ordre  qui  seront 
mis  un  jour  à  contribution  pour  une  œuvre  d'ensemble, 
lorsque  le  moment  sera  venu  de  reprendre  et  de  mettre  à  la 
hauteur  des  progrès  accomplis  par  l'orientalisme  moderne 
le  travail  arriéré ,  quoique  toujours  utile ,  de  Weil. 

La  tâche  de  M.  de  Goeje ,  en  apparence  facile ,  si  l'on  n'en 
juge  que  par  l'ordinaire,  simplicité  du  style  d'Arîb ,  ne  laissait 
pas  de  présenter  de  graves  difficultés ,  le  document  dû  au  ré- 
dacteur cordouan  n'existant  plus  que  dans  un  seul  manuscrit 
conservé  en  la  Bibliothèque  de  Gotha.  A  cette  disette  de 
copies  vient  s'ajouter  l'inexactitude  d'une  écriture  assez  soi- 


196  JUILLET-AOÛT  1897. 

gnée ,  mais  presque  entièrement  dépourvue  de  points  diacri- 
tiques. Or  1  absence  de  ces  éléments  indispensables  de  lec- 
ture est  surtout  regrettable  dans  un  fragment  historique  hé- 
rissé de  noms  propres  déjà  défigurés  par  le  copiste  et  quel- 
quefois par  lauteur  lui-même.  Il  faUait  la  sûreté  de  main  de 
M.  de  Goeje  comme  éditeur  et  les  ressources  inépuisables  de 
son  érudition  pour  affronter  des  difficultés  à  chaque  ligne 
renaissantes.  Je  n  ai  pas  besoin  d  ajouter  qu'il  en  a  triomphé 
presque  toujours  et  que  là  où  sa  sagacité  s  est  trouvée  en  dé- 
faut, il  en  fait  laveu  avec  la  meilleure  foi  du  monde.  Le 
nom  d  un  pareil  éditeur  est  une  garantie  de  succès  et  les  re- 
merciements que  nous  lui  adressons  auj  ourd*hui  pour  cette 
utile  contribution  à  l'histoire  musulmane  ne  sont  que  le 
prélude  de  ceux  qu'il  recevra  du  monde  savant  lorsqu'il  aura 
mis  la  dernière  main  à  l'œuvre  immense  du  Tabari. 

B.  M. 


Le  gérant  : 
KufiENS    DUVAL. 


JOURNAL  ASIATIQUE 

SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


NOTES 
D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE, 

PAR 

M.  LE  M«8  DE  VOGCÉ. 

(suite.) 


Les  notes  que  nous  avons  publiées  dans  les  précé- 
dents cahiers  du  Journal  asiatique^,  sur  les  inscrip- 
tions nabatéennes  dePétra,  ont  fait  surgir  un  certain 
nombre  de  textes  nouveaux.  Le  EK  Euting  nous  a  si- 
gnalé une  série  de  copies  prises  par  le  pasteur  Ehni , 
de  Nyon  en  Suisse ,  au  cours  d  un  voyage  fait  au  Sinaï 
en  1862  :  nous  nous  sommes  adressé  à  cet  ancien 
voyageur,  qui  nous  a  gracieusement  communiqué 
son  carnet;  nous  y  avons  relevé  douze  inscriptions 
inédites  trouvées  à  Pétra  :  elles  sont  figurées  en 
fac-similé  sur  les  planches  qui  accompagnent  cet  ar- 
ticle sous  les  n"  354-365^;  elles  n'ont  malheureuse- 
ment pas  la  précision  de  copies  faites  par  un  homme 

^  Sept.-oct.  et  noY.-déc.  1896. 

*  Ces  numéros  sont  ceux  que  porteront  ces  inscriptions  dans  le 
Corpus  inscr,  Sem,,  part.  II. 

X.  là 


198  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

du  métier,  de  sorte  qu'elles  ofFrent  au  déchifiPrement 
des  difficultés  presque  insurmontables,  au  moins 
pour  nous  ;  si  nous  les  publions ,  c  est  moins  pour 
en  donner  une  interprétation,  dont  nous  ne  sau- 
rions nous  dissimuler  les  côtés  hypothétiques,  que 
pour  provoquer  les  recherches  et  susciter  les  explo- 
rations. Aujourd'hui  que  le  voyage  de  Pétra  est  de- 
venu très  facile,  nous  espérons  que  ces  lignes  nous 
vaudront,  d'ici  quelque  temps,  de  bonnes  copies 
ou  de  bons  estampages  ;  elles  pousseront  tes  futurs 
explorateurs  de  Pétra  à  élargir  le  cercle  des  investi- 
gations, à  pénétrer  dans  les  vallées  latérales  qui 
entourent  les  ruines  de  la  ville,  à  attaquer  enfin  le 
sol  de  Tantique  cité  et  à  lui  arracher  les  textes  qu'il 
tient  enfouis;  la  récente  découverte  d'une  base  de 
statue ,  portant  une  inscription  royale,  et  dont  notre 
savant  confrère  M.  Glermont-Ganneau  a  entretenu 
l'Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  est  faite 
poiu*  encourager  les  fouilles;  elle  démontre  que  si 
les  Nabatéens,  dans  leur  capitale;  ont  été  sobres  des 
inscriptions  funéraires  qu'ils  ont  prodiguées  ailleurs, 
ils  y  ont,  comme  ailleurs,  tracé  des  textes  honori- 
fiques ou  religieux;  or  Pétra,  comme  Palmyre,  a, 
par  son  isolement,  échappé  à  la  cause  de  destruc- 
tion qui  a  fait  disparaître  tant  de  textes  en  Syrie 
et  en  Palestine  ;  l'utilisation  des  matériaux  antiques 
par  les  constructeurs  du  moyen  âge  ;  les  textes  sont 
restés  sur  place,  recouverts  par  les  décombres  et  les 
sables;  ils  attendent  la  main  intelligente  et  hardie 
qui  les  rendra  à  la  lumière. 


NOTES  FÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  199 

Aux  copies  du  pasteur  Ehni  nous  avons  ajouté 
quelques  grajfiti  copiés  par  Ross  et  Frazer  et  restés 
inexpliqués  jusqu'ici,  ainsi  quune  série  de  petit» 
textes  analogues  relevés  par  le  R.  P.  Lagrange  à 
Pétra  et  à  Chaubak. 

VI 
INSCRIPTIONS  DE  PÉTRA. 

N**  354.  —  Grande  inscription  gravée  dans  Im- 
térieur  d'un  hypogée,  situé  dans  Une  vallée  écartée 
au  sud-est  de  Pétra.  Afin  de  permettre  à  d'autres 
voyageurs  de  retrouver  ce  site  intéressant,  je  tran- 
scris le  passage  de  la  lettre  que  M.  le  pasteur  Ehni 
ma  fait  Thonneur  de  m'écrire* 

«  Descendus  du  mont  Hor,  dont  nous  avions  fait 
lascension,  au  lieu  d'entrer  dans  la  ville  de  Pétra 
par  le  côté  occidental ,  nous  résolûmes  de  prendre 
un  guide  et  de  faire  le  tour  de  Pétra  par  le  dehors, 
du  côté  sud-est,  pour  rentrer  par  le  Sik  du  côté  est. 
Nous  eûmes  pendant  plus  de  deux  heures  à  nous 
frayer  un  chemin  à  travers  toutes  sortes  de  diffi- 
cultés ,  sur  des  rochers  escarpés ,  par  d'étroits  dé- 
filés, quelquefois  à  travers  des  vallées  verdoyantes. 
Dans  une  de  ces  vallées  nous  rencontrâmes  sur  notre 
gauche  une  cinquantaine  de  marches  soigneusement 
taillées  dans  le  rocher  et  qui  nous  conduisirent  à 
une  excavation  carrée,  spacieuse,  haute  d'environ 
cinq  pieds  avec  une  niche  carrée  dans  la  paroi  du 
fond  et,  en  outre,  une  autre  niche  dont  le  sommet 

i4. 


200  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

était  arrondi  en  forme  de  carreau  :  un  reste  de  cor- 
niche ornait  la  partie  supérieure  de  la  paroi.  Pen- 
dant que  nous  nous  y  reposions,  j  aperçus  une 
longue  inscription  à  ia  partie  supérieure  d  une  des 
parois  à  la  hauteur  d'environ  quatre  pieds.  Je  mis 
quelques  blocs  de  pierre  les  uns  sur  Jes  autres,  pour 
approcher  convenablement  de  Imscription  et  je  la 
copiai  aussi  exactement  que  possible ,  bien  qu'ignorant 
l'alphabet  nabatéen.  Le  guide  appelait  l'endroit  «  le 
tombeau  El-Mer. 

«  En  continuant  notre  chemin  nous  vîmes  encore 
un  grand  nombre  d'inscriptions  ou  de  figures  tail- 
lées dans  le  roc,  mais  nous  n'eûmes  pas  le  temps 
de  nous  y  arrêter.  Nous  finîmes  par  déboucher  dans 
la  vallée  qui  vient,  du  côté  sud-est,  se  réunir  avec 
la  vallée  d'Elqy  tout  près  de  l'entrée  du  Sik.  » 

Malgré  le  soin  apporté  par  M.  le  D"  Ehni  à  sa 
copie  et  l'exactitude  relative  de  sa  transcription ,  trop 
de  doutes  pourtant  subsistent  pour  que  nous  nous 
hasardions  à  risquer  une  interprétation  complète. 
Au  lieu  de  nous  livrer  à  des  hypothèses  qu'une 
meilleure  reproduction  viendrait  détruire ,  nous  nous 
bornons  à  indiquer  les  points  qui  nous  paraissent 
certains. 

Le  début  semble  devoir  se  lire,  en  suivant  d'une 
ligne  à  l'autre  : 

Ceci  est  le  portrait  d'Obodatallaha. 

Le  même  mot  D^s  parait  commencer  la  sixième 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  201 

ligne  :  il  semble  donc  que  Ton  soit  ici  en  présence 
d'une  série  de  portraits  de  famille  semblable  à  celle 
qui  orne  le  vestibule  de  la  plupart  des  grands  tom- 
beaux de  Palmyre.  A  lappui  de  cette  hypothèse  il 
convient  de  remarquer  la  présence  de  deux  niches 
qui  semblent  avoir  été  destinées  à  recevoir  des  bustes. 
Ce  ne  sont  pas,  en  eflFet,  des  loculi  funéraires;  inter- 
rogé par  moi  à  cet  égard,  M.  le  D'  Ehni  me  répond 
que  «  ses  souvenirs  sont  assez  distincts  pour  lui  per- 
mettre d  affirmer  que  ni  l'ime  ni  l'autre  de  ces  niches 
n'avait  les  dimensions  suffisantes  pour  recevoir  un 
cadavre;  Elles  ne  pouvaient  servir  qu'à  contenir  des 
statuettes,  des  urnes ...»  —  Les  lignes  suivantes 
renfermait  beaucoup  de  noms  propres,  ce  qui  con- 
Armerait  encore  notre  conjecture.  Nous  transcrivons 
ceux  qui  nous  paraissent  certains  : 

"13  ix^Vn  ••:3  3 

-)3  wt^n    4 

•  •••••••• r>«..».  •» 

n  w^t^n  dVx    6 

••   • 7 

"»n  i^n  ^y  onDy    8 

Dm  103J  i^D  nn    9 

noy  10 

* 

enfants  de  Halicou,  fils  de  Hatisou,  (ils. . .  Por- 

trait  de  Hatisou  qui avec  eux  du  vivant  de  Haretat  roi 

de  Nabatène ,  qui  aime  son  peuple. 

La  mention  du  même  roi  se  trouve  aux  deux  der- 
nières lignes. 


202  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

L'expression  ^^n  b^  «  pendant  la  vie  »  se  justifie 
par  '»ier  Vy  «  pendant  les  années  »  de  Tinscription  de 
Médaba  [Corpus  I.  S,,ll,  n°  196). 

N**  355.  —  Le  D'  Ehni  ne  peut  dire  exactement 
où  se  trouve  cette  inscription;  il  croit  pourtant 
lavoir  copiée  sur  les  rochers  derrière  le  théâtre. 
Nous  proposons,  avec  une  certaine  hésitation,  les 
lectures  suivantes  t 

m 

\nV3m  -13  i^Kii  3M  nin  ohro    i 

iVki    3 

ahv  iD'in  12  iVni iD^er  na  u^d    à 

oh^ 5 

ab^  Nn^Kriiy    7 

Ce  sont  des  proscynèmes  tracés  par  des  voyageurs 
et  en  tout  semblables  à  ceux  du  Sinaï;  la  formule 
303  nbv  Pax  in  bono  est  la  plus  répandue;  les  noms 
propres  sont  aussi  ceux  que  nous  rencontrons  fré- 
quemment au  Sinaï  :  Ifourou,  fVahballahi,  fVaîloa, 
Kalbou,  Salmoa,  Taïmoa,  Garmoa,  —  ^Autallahi  et 
Bagloa  sont  nouveaux:  :  le  premier  est  formé  de  la 
racine  my,  arab.  ci*^,  juvit,  aijavit,  et  correspond 
à  ITiébreu  "«my  pour  iTniy  (Esdr.,  VIII,  lA).  H  se 
trouve  en  abrégé  sous  la  forme  grecque  Tauios  dans 
un  grand  nombre  d'inscriptions  du  Haouran  (Wad- 
dington,  2019,  2079,  etc.)  et  sous  la  forme  arabe 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  203 

cî*^  (Wûstenfeld,  Register,  p.  171).  Le  sexîond  si- 
gnifie a  loquace  »  en  araméen  et  en  arabe. 

N**  356.  —  D  après  la  place  que  la  copie  occupe 
dans  le  carnet  du  D'  Ehni,  nous  supposons  que 
cette  inscription  se  trouve  dans  un  lieu  rapproché 
de  la  précédente,  nou^  croyons  pouvoir  lire  : 

••nbKam    3 

1^33  ^3     à 

■•nVnyc;  "»3  ic^oa    5 

Les  noms  propres  sont  les  mêmes  que  dans  le 
texte  précédent,  sauf  JSi toloa ,  qui  est  très  fréquent 
au  Sinaï,  et  Sadallahi  également  connu,  écrit  ici 
fautivement  avec  élision  de  Tk  pour  '»nVKiytSf ,  faute 
également  fréquente  au  Sinaï.  (Voir  Euting,  Sinait. 
ïnschr.fU^  liio,  4i2,  4i6.)  La  ligne  i  ne  nous 
offre  aucun  sens  :  nous  avons  transcrit  la  forme  la 
plus  probable  des  lettres. 

N°*  357-358.  —  Ces  inscriptions  se  trouvent  à 
côté  de  la  précédente  dans  le  carnet  du  EK  Ehni, 
sans  indication  spéciale. 

La  première  ligne  du  n**  357  paraît  se  lire  : 

La  première  lettre  du  dernier  nom  cependant  est 
incertaine;  peut-être  devrait-on  songer  plutôt. à  iDip 


204  SLPTEMBRE-OGTOBRE  1807. 

OU  iD^p ,  noms  qui  ne  sont  pas  moins  fréquents  que 
ID^n;  mais  en  comparant  cette  ligne  avec  la  pre- 
mière ligne  du  n**  356,  nous  avons  cru  y  recon- 
naître les  mêmes  personnages.  Cette  hypothèse 
semble  confirmée  par  1  existence  d'une  seconde  ligne 
composée  dans  les  deux  .cas  de  quatre  signes,  indé- 
chiffrables pour  nous,  dont  le  premier  toutefois  pa- 
raît être  un  s . 

En  dehors  du  mot  D^itr,  nous  n'avons  rien  pu 
tirer  des  deux  lignes  qui  forment  le  n**  358. 

N**  359.  —  Inscription  copiée  par  le  D'  Ehni 
dans  «  une  caverne  à  demi-ouverte ,  près  des  réser- 
voirs du  coté  du  nord  ».  Elle  est  gravée  dans  un 
champ  aplani ,  et  entourée  d'une  sorte  de  cadre. 

La  partie  droite  a  complètement  -disparu «  la  lec- 
ture matérielle  ne  paraît  guère  douteuse;  nous 
croyons  qu'on  peut  transcrire,  en  restituant  quelques 
lettres  par  conjecture,  de  la  manière  suivante  : 

"^i  nn 1 

Nfr^p 2 

^inj^y 3 

iîD3:[lSo  nmn]    d 

D^v  [noy  Dm]    5 

Ces  restitutions  conjecturales  nous  sont  suggérées 
par  la  coniparaisoti  du  n**  354 ,  ligne  8;  toutefois  le 
mot  1133: ,  à  la  fin  de  la  quatrième  ligne,  n'est  pas 
absolument  certain. 


% 


Jo 


um.. 


357 


'{ 


U3  V)  X.^\  u& 


H/^ 


ry 


wUU^D 


^ 


i-ïi(hU1  h         558 


<yyi5 


364 


lvF>'/l'OéTl   ''' 


206  SEPTEMBRE^OCTOBRE    1897. 

près  de  la  fontaine  de  Pétra,  publié  par  BlaU  dans 
la  Zeitschrift  der  Morg.  Ges.,  IX,  p.  2  33,  et  resté 
jusqu'à  présent  sans  explication  plausible.  Nous 
croyons  pouvoir  lire  par  analogie  avec  les  textes  du 
omai  : 

Commemoratas  sit  Taîmallahi, 

N**  369.  —  Proscynême  copié  par  Marsh  en  1 858 
près  du  tombeau  dit  Ed-Deir,  publié  dans  la  Zeitschr. 
der  Morg.  Ges. ,  XII,  p.  709,  et  resté  jusqu'à  présent 
sans  interprétation;  en  le  rapprochant  des  textes 
analogues,  nous  croyons  pouvoir  lire  : 

Taîmallahi  est  un  nom  fort  connu  :  il  est  probable 
que  0  est  un  seul  et  même  personnage  qui  Ta  inscrit 
sur  deux  points  différerits  de  Pétra.  Kalbou  n  e^t  pas 
moins  connu. 

N°  370.  —  Cette  inscription  et  les  trois  suivantes 
ont  été  copiées  par  le  R.  P.  Lagrange  lors  de  s^ 
fructueuse  exploration  de  1896;  nous  reproduisons 
un  fac-similé  des  copies  qu'il  nous  a  adressées. 

Celle-ci  est  dans  un  tombeau  au  sud-est  de  la 
ville;  elle  se  lit  sans  difficulté  : 

N"  371,  372.  —  En  montant  à  Ed-Deîr,  près  du 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  207 

sommet  et  au  sommet.  Nous  ne  pouvons  lire  que  la 
seconde  : 

V 

Le  nom  Salmou  est  bien  connu. 

N**  3 y 3.  —  Dans  un  grand  tombeau,  à  lest  d'Ed- 
Deîr  : 

3ona  12  ^bjD  D^cf 

31D3 

SoulM  est  déjà  connu  {^Corpus  /.  S.,  II,  n°'  208, 
221,  2/i3),  il  répond  au  grec  'SvWaîos,  nom  dun 
personnage  nabatéen  contemporain  d'Obodas  (Stra- 
bon,  XVI,  IV,  23). 

Quant  au  second  nom ,  le  P.  Lagrange  proposait 
de  le  lire  riMy  (Euting,  5m.  Inschr.,  n°'  77  et  i58). 
Il  nous  paraît  diflBcile  de  voir  un  n  dans  la  dernière 
lettre,  surtout  en  la  comparant  avec  la  dernière 
lettre  du  mot  suivant  3û  ;  nous  proposons  donc 
de  lire  31313,  comme  dans  Imscription  n°  2  36  du 
Corpus.  Le  sens  du  nom  correspond  à  celui  du  nom 
moderne  Bonaventare. 

VU 
GRAFFITI  NABATÉEN8  DE  CHAUBAK. 

Le  village  de  Chaubak,  construit  dans  les  ruines 
dun  très  beau  château  des  Croisades  (Voir  Duc  de 
Luynes,  Voy.  d* exploration  à  la  mer  Morte,  II,  p.  1 46 
et  suiv.),  nest  qu'à  six  heures  de  marche  de  Pétra  : 


208  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

il  appartient  donc  à  la  même  région  et  il  ne  faut  pas 
s'étonner  d  y  rencontrer  des  graffiti  nabatéens  de  la 
même  famille  que  ceux  que  nous  venons  d'étudier. 
Le  R.  P.  Lagrange  en  a  découvert  et  copié  un  cer- 
tain nombre  aux  environs  de  la  ixiine;  nous  donnons 
ie  fac-similé  de  ses  copies  à  la  suite  des  précédents , 
sur  la  même  planche  et  sous  les  n"  SyA  à  3 77, 
Dans  la  même  région  ie  même  explorateur  a  relevé 
plusieurs  graffiti  grecs;  nous  citerons  les  deux  sui- 
vants à  cause  de  leurs  noms  nabatéens  : 

ASSas.     MvriaOp  ZtouSos  AXôXaos. 

Le  premier  correspond  à  nay  ;  le  second  se  tran- 
scrirait littéralement  :  V^y^K  nn  lOT . 

N"  37/1  : 

Waïlan ,  fils  de  'Amamou. 

Ces  deux  noms  sont  fréquents  au  Sinaï;  le  pre- 
mier se  trouve  plus  souvent  sous  la  forme  ^bH^ . 

N**  375.  —  La  première  ligne  se  lit  sans  trop  de 
difficulté  : 

Haliçou,  fils  de  Saba.  Paix! 

Le  premier  nom  se  trouve  au  Sinai,  et  plus  sor 
vent  sous  la  forme  nxVn .  Quant  au  second  nous  i 
croyons  pas.  lavoir  encore  rencontré.   D  serait 
même  que  le  syriaque  JLâbC»  «  vieillard  ». 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  209 

Nous  n  osons  rien  proposer  pour  les  deux  lignes 
suivantes,  quoique  tenté  de  lire  ^tîhk  ^nVKD"»n  à  la 
première,  et  nnp  p  à  la  seconde. 

« 

N'  376  : 

Les  noms  nous  paraissent  identiques  à  ceux  de 
1  ^inscription  précédente  et  provenir  de  personnages 
de  la  même  famille. 

N**  377.  —  Nous  n  avons  rien  pu  tirer  de  certain 
de  ce  texte  ;  le  second  mot  de  la  première  ligne  pa- 
raît bien  être  K"îpnD  «  surnommé  »  mot  fréquent  à 
Palmyre,  où  il  correspond  au  grec  6  xai;  mais  les 
noms  propres  nous  échappent;  le  second  est  peut- 
être  n'?K13y,  nom  bien  connu.  L'inscription  se  ter 
mine  par  la  formule  ordinaire  nb^. 

VIII 
NOUVELLE  INSCRIPTION  DE  BOSRA. 

Le  R*  P.  Lagrange  m'a  récemment  envoyé  l'es- 
tampage pris  à  Bosra,  par  le  P.  Séjourné,  d'une 
inscription  nabatéenne  gravée  sur  une  pierre  au- 
jourd'hui encastrée  dans  le  mur  d'une  construction 
en  face  de  l'édifice  dit  Deîr-er-Rahab.  Ce  texte  avait 
déjà  été  copié  par  un  missionnaire  anglais,  le 
R^  Ewing,  et  publié  par  lui  dans  le  Qaartely  state- 
ment  ofthe  Palestine  expl.  Fond,  iSgS,  p.  Sdg. 


210  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

Nous  donnons  ci- dessous  un  dessin  que  nous 
avons  exécuté  d  après  i estampage  (fig.  A),  ainsi  que 
la  copie  du  R*^  Ewing  (fig.  B). 


Fig.  B. 


I 


Je  ne  crois  pas  qu  une  explication  de  ce  texte  ait 
été  publiée;  en  tout  cas  je  nen  ai  pas  eu  connais- 
sance^; la  copie  seule,  à  cause  de  ses  imperfec- 
tions ,  permettait  d  ailleurs  difficilement  un  déchiffire- 
ment  complet  :  l'estampage  lui-même  est  loin  d'être 
parfait;  néanmoins  en  le  comparant  à  la  copie,  et 

'  M.  Clermont-Ganneau  m  apprend  qu'il  a  entretenu  de  cette 
inscription  ses  auditeurs  du  Collège  de  France;  mais  rien  ii*a  pam 
des  explications  qu'il  a  données. 


NOTES  FÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  211 

assisté  de  la  bonne  collaboration  de  M.  i'abbé  Cha- 
bot, nous  pensons  être  arrivé  à  déterminer  tout  ce 
qui  pouvait  être  lu  du  texte.  Quand  il  fut  copié  par 
le  R*^  Ëwing,  la  pierre  était  plus  longue  du  côté 
gauche  quelle  ne  lest  aujourd'hui;  il  est  probable 
que  la  cassure  primitive  était  oblique;  les  maçons 
qui  ont  utilisé  la  pierre  pour  leur  construction  lont 
équarrie  ;  ils  ont  supprimé  ainsi  environ  trois  lettres 
à  la  fin  de  la  première  ligne  et  deux  à  la  fin  de  la 
seconde  ;  ces  lettres  se  retrouvent  sur  la  copie  et  ne 
figurent  pas  sur  lestampage;  il  est  probable  que 
d  autres  lettres  encore  ont  disparu  quand  la  pierre 
fut  cassée  pour  la  première  fois ,  mais  leur  nombre 
ne  doit  pas  être  considérable. 

En  complétant  les  imes  par  les  autres  les  données 
fournies  par  le  double  document  mis  à  notre  dispo 
sition  nous  lisons ,  nous  transcrivons  et  nous  tradui- 
sons le  texte  ainsi  qu'il  suit  : 

^<^^'?^<  n"»--!  ^<■)c;n'?    3 

1  Ce  mur  tout  entier,  ainsi  que  les 

2  et  les  citernes  ont  été  construits  par 

Taïmou,  fils  de  Nousaïgou. .  .  . 

3  pour  Dousara  et  .  . .  it  dieux 


212  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

Ligne  i.  —  Km^  désigne  un  «mur»  une  «en- 
ceinte ».  En  hébreu  ii^^  et  iTjia  s'appliquent  aussi 
bien  à  lenceinte  dune  ville,  qua  celle  dune  vigne 
ou  d'un  troupeau.  Dans  le  Targum  d'Onkelos  i^yv, 

a  les  mêmes  sens  ;  ^«X^  signifie  également  «  mur  » 
en  arabe.  La  signification  du  mot  est  donc  certaine, 
li  s  agit  dun  mur,  d'un  mur  consacré  aux  dieux, 
c'est-à-dire  d'une  enceinte  sacrée ,  d'un  haram, 

n^D  est  également  certain;  malgré  ia  forme  un 
peu  insolite  du  V,  il  n'est  pas  possible  de  lire  le  mot 
autrement;  pour  en  saisir  le  vrai  sens  il  faut  se  rap- 
peler que  les  enceintes  sacrées  avaient  généralement 
la  forme  d'un  quadrilatère  dont  les  quatre  côtés 
n'étaient  pas  nécessairement  offerts  au  dieu  par  ia 
même  personne;  il  en  était  ainsi  de  l'enceinte  sacrée 
située  au  sommet  du  Djebel  Bereket,  près  d'Alep. 
Le  mur  qui  l'entoure  a  été  fondé  par  plusieurs 
donateurs,  et  des  inscriptions  grecques,  encastrées 
aux  angles  sur  chaque  face ,  indiquent  avec  préci- 
sion la  part  contributive  de  chacun  (Clermont-Gan- 
neau,  Études  d'archéol.  or,,  II,  p.  34  et  suiv.).  Ici, 
le  mur  tout  entier  a  été  fondé  ou  réparé  (car  n:ï3  a 
été  employé  dans  ce  sens)  par  le  seul  Taïmou. 

n"'DK.  Les  trois  premières  lettres  de  ce  mot  sont 
certaines;  la  dernière  est  douteuse.  Nous  sommes 
vraisemblablement  en  présence  d'un  dérivé  de  la 
racine  ]DK  «  soutenir,  appuyer,  construire  » ,  qui  a 
déjà  fourni  au  nabatéen  le  mot  KJDK  «  architecte , 
artisan  ».  [Corpus  L  S.,  II,  n'*  1 64).  —  H  s'agit  d'une 
construction,  mais  laquelle? 


NOTES  D*ÉPIGRAPHIE  ARAMÉËNNE.  213 

Ligne  5.  —  Le  premier  mol  ^<nD ,  précédé  de  la 
coptdative  ^ ,  termine  Ténumération  des  travaux  or- 
donnés par  Taïmou  :  c'est  un  substantif  masculin 
au  pluriel  emphatique.  B  dérive  de  la  racine  KiD, 

hébr.  n^D,  arab.  tC^,  qui  a  le  sens  de  «creuser  la 
terre».  Il  s'agit  donc  de  fosses,  de  fossés,  et  très 
vraisemblablement  de  citernes  ou  de  bassins ,  accom- 
pagnement habituel  de  la  plupart  des  enceintes  sa- 
crées. 

IDTi,  gr.  SaufJLOs,  est  un  nom  bien  connu,  le  nom 
du  père  ne  figure  que  sur  l'estampage,  mais  la 
copie  nous  donne  les  deux  premières  lettres  :  nous 
avons  restitué  le  mot  ^y^:^  assez  fréquent  au  Sinaï 
(Euting,  5m.  In$chr,9  i5,  ay,  169,  etc.),  le  nom 
n''2aer:  [Corp.  7.  5.,  U,  n**  2o5;  Euting,  n°'  5i, 
90,  etc.)  conviendrait  aussi  bien,  mais  il  parait 
trop  long  pour  l'espace  disponible. 

Ligne  3.  —  K*it2^n^  «  à  Dousara  » ,  c'est-à-dire  en 
l'honneur  de  Dousara;  le  b  employé  avec  ce  sens 
n'est  pas  rare  (C.  i.  5.,  II,  n°*  lyô,  182,  etc.).  Le 
nom  du  dieu  Dousara  est  lisible  sur  l'estampage; 
les  lettres  K")-  •*?  sont  très  bien  marquées;  les  lettres 
ts^n  le  sont  moins  mais  se  distinguent  cependant; 
d'ailleurs  \e  jd  est  clairement  reproduit  sur  la  copie 
du  Rév,  Ewing.  Le  nom  suivant  est  aussi  un  nom 
de  dieu,  comme  l'indique  le  i  conjonctif  et  le  mot 
suivant  au  pluriel  K"'nS^<  «  les  dieux  ».  Dans  ce  nom 
de  quatre  lettres  il  n'y  a  de  bien  certain  que  les  deux 
dernières  :  n^.  .,  les  deux  premières  sont  douteuses  ; 

X.  i5 

iMrii>Mi;ii:r.  BATiuxALr.. 


214  "    SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

on  serait  tenté  de  lire  n^in,  si  la  présence  d'une 
déesse  carthaginoise  dans  un  temple  nabatéen  était 
admissible.  Le  mot  ^f''nV^<  était  suivi  de  sept  à  huit 
lettres  qui  ont  disparu  ou  soijt  illisibles  sur  l'estam- 
page ,  sauf  peut-être  la  première ,  qui  pourrait  être 
un  3.  Cette  fin  de  ligne  renfermait  peut-être  une 
quahfication  se  rapportant  aux  dieux. 

Ce  petit  texte  ne  manque  pas  d'intérêt;  il  ajoute 
quelques  mots  nouveaux  au  vocabulaire  épigraphique 
nabatéen. 

IX 

LA  GRANDE  INSCRIPTION  NABATÉENNE  DE  PÉTRA 


DERNIERES  OBSERVATIONS. 


Deux  erreurs  matérielles  se  sont  glissées  dans  la 
transcription  que  nous  avons  donnée  dans  un  pré- 
cédent article^  de  la  grande  inscription  de  Pétra, 
et  nous  tenons  à  en  avertir  le  lecteur. 

A  la  première  ligne  xm  i  a  été  fautivement  inter- 
calé devant  lavant-dernier  mot  m"»3y  et  doit  dispa- 
raître :  la  traduction  doit,  en  conséquence,  être 
légèrement  modifiée;  l'expression  ]^m3  m^ay  qui  ter- 
mine l'énumération  des  diflFérents  parties  du  monu- 
ment, ne  désigne  pas  un  détail   différent  de  ^ra 

'  Journal  aiiatûfue,  nov.-déc.  1896,  IX'  sér.,  t.  YIU,  p.  485. 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  215 

jnapD,  elle  est  le  complément  de  cette  désignation; 
il  faut  donc  traduire  : 

la  petite  salle  qui  est  à  Tintérieur,  les  sépultures 

cpii  y  sont  creusées  en  forme  de  locali  (m.  à  m.  façon  de 
loculi), 

Ghacim  des  termes  de  l'énumération  correspond 
ainsi  exactement  à  lune  des  parties  du  plan  du  tom- 
beau :  Knap  est  l'ensemble  du  monument  funéraire; 
Knnx  désigne  les  salles  creusées  dans  le  rocher;  "»n3 
piapD  désigne  les  sépultures  qui  se  trouvent  dans  la 
plus  petite  de  ces  salles ,  et  |"»ni3  DT'ay  indique  que 
ces  sépultures  ont  la  forme  spéciale  de  j'^ni^ ,  c'est-à- 
dire  de  loculi  ménagés  dans  les  parois  du  rocher. 

Dans  la  transcription  hébraïque  de  la  deuxième 
ligne  le  ^  a  été  omis  par  mégarde  au  troisième  mot 
DîT'Dnp  :  il  convient  de  le  rétablir. 

Ainsi  que  je  Tai  déjà  dit  ci-dessus^  un  excellent 
estampage  du  texte  m'est  parvenu  au  moment  de 
mettre  sous  presse  le  précédent  article;  un  examen 
attentif  de  ce  document  m'a  démontré  que  les  deux 
lettres  V  et  :ï  ,  qui  souvent  se  confondent  dans  les  in- 
scriptions  nabatéennes,  sont  ici  parfaitement  dis- 
tinctes :  les  b  dépassant  toujours  la  ligne,  les  :,  au 
contraire,  restant  toujours  alignés  avec  le  sommet 
des  lettres  analogues ,  cette  constatation  entraîne  le» 
corrections  suivantes  : 

*  Loc,  cit..  j>.»'iHH 

1  ^  . 


216  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

Lignes  U  et  5.  —  Le  pronom  pluriel  que  je  lisais 
^S^<  doit  se  lire  i:k  :  au  lieu  de  le  rapprocher  de  nbn , 
il  faut  le  rapprocher  de  p5n,  |^:k,  avec  chute  très 
naturelle  du  ] . 

Ligne  à.  —  Le  dernier  mot  est  îdt^n'»  et  non 
K^lS^n^  cest  le  passif  de  îdt^  «changer»;  le  sens 
reste  le  même,  mais  la  lecture  est  plus  correcte. 

A  la  même  ligne  4 ,  le  }  que  j'avais  cru  lire  à  la 
fin  du  mot  |npD  sur  la  copie  du  P.  Vincent,  est  un 
^  comme  sur  la  copie  de  Frazer;  il  faut  donc  réta- 
blir ma  première  lecture  : 

naniDi  îot^m  npcs 

Et  ordonnent  et  Dousara  et 


Quant  au  dernier  mot,  j  ai  reçu  de  mes  savants 
correspondants,  MM.  Nôldeke\  Mûller,  Simonsen, 
et  d'autres  confrères  en  épigraphie  sémitique,  les 
observations  les  plus  concordantes  et  les  plus  con- 
cluantes ;  tous  se  refusent  à  y  voir  le  nom  d'une  di- 
vinité :  ils  se  basent  sur  la  présence  du  suffixe  n  qui 
semble  indiquer  une  qualification  s'appliquant  à  Dour 
sara,  sur  l'absence  du  ^  devant  Kt^nn  à  la  ligne  3, 
et  sur  l'absence  du  même  mot  Kt^nn  à  la  ligne  4- 
Je  m'incline  très  volontiers  devant  une  autorité  ap- 
puyée d'aussi  solides  arguments  et  i^connais  qu'il 
faut  renoncer  au  nom  Moutebah;  comment  le  rem- 

^  M.  Nôldeke  a  depuis  publié  dans  le  Zeitschr,  f,  Assyriologie , 
t.  XII,  une  série  d'intéressantes  observations  sur  notre  inscription 
et  proposé  ces  corrections. 


NOTES  D'ÉPIGRAPHIE  ARAMÉENNE.  217 

placer,  et  quelle  signification  donner  au  groupe 
KC^nn  naniD?  Ici  lembarras  commence  et  laccord 
est  loin  d'être  établi.  Pour  Kt?nn  aucun  sens  n  est 
proposé;  pour  naniD,  M.  MûUer  et  M.  Laudauer, 
chacun  de  leur  côté  proposent,  par  un  rapproche- 
ment avec  larabe  (jt*XSslj  le  sens  de  «assemblée, 

conseil  »  ;  il  s'agirait  d  une  cour  divine  assistant  le 
dieu  Dousara  dans  le  gouvernement  des  choses  hu- 
maines. Nous  avons  peine  à  admettre  cette  explica- 
tion ;  il  nous  paraît  plus  conforme  aux  idées  mytho- 
logiques orientales  de  considérer  Harisa  ou  HadiSa 
comme  une  déesse,  associée  à  Dousara  :  peut-être 
une  divinité  dun  caractère  lunaire,  associée  à  un 
dieu  solaire. 


218  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1807. 

DE  LA  LECTURE  JAPONAISE 

DES   TEXTES 

COPÏTExNANT  UNIQUEMENT  OU  PRINCIPALEMENT 
DES  CARACTÈRES  IDÉOGRAPHIQUES, 

PAR 

M.  MAURICE  GOURANT. 


Les  Japonais,  dont  la  langue  est,  on  le  sait,  de 
type  agglutinatif  et  présente  quelques  traces  de 
flexions,  se  servent  d'une  écriture  empruntée  aux 
Chinois,  qui  parlent  et  écrivent  un  idiome  mono- 
syllabique à  mots  invariables;  pour  mettre  en  usage 
un  instrument  aussi  peu  approprié,,  ils  ont  posé 
quelques  conventions  nouvelles  et  étrangères  au 
chinois.  Le  caractère  chinois,  sous  une  forme  carrée, 
cursive  ou  abrégée,  a  parfois  une  valeur  purement 
phonétique  :  il  reçoit  alors  le  nom  de  kana  (fi  £, 
caractères  empruntés)  et  sert  de  base  aux  syUabaires 
japonais,  qui  contiennent  en  tout  quelques  centaines 
de  signes,  correspondant  k  l\S  sons.  Hus  souvent, 
sous  le  nom  de  mana  (JK  ^,  vrais  caractères),  les 
signes  chinois  conservent  une  valeur  idéographique, 
en  recevant  une  prononciation  dérivée  de  la  pronon- 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  219 

dation  chinoise  (■^,  on  ou  S||£,  kowe,  son)  ou  une 
lecture  japonaise  (fl(,  knn  ou  H,  yomi,  lecture, 
instruction)  qui  n*a  de  commun  avec  le  caractère 
que  la  signification.  Cest  ainsi  que  H,  ch.  $an, 
trois,  pourra  se  lire  sait,  mi  ou  mrt«,  en  conservant 
son  sens ,  et  se  rencontrer  aussi  comme  signe  phoné- 
tique avec  la  valeur  mi;  ift,  ch.  chi,  monde,  géné- 
ration ,  se  prononce ,  comme  caractère  idéographique , 
sei  ou  yo  et  a  les  lectures  phonétiques  se  et  yo  ^. 

Non  sexilement  les  caractères  chinois,  isolés  et 
conservant  approximativement  leur  sens  et  leur  son, 
se  sont  fait  une  place  dans  la  langue  japonaise, 
mais  des  expressions  chinoises  toutes  faites ,  formées 
de  plusieurs  caractères ,  gardant  leur  syntaxe  propre, 
ont  dès  longtemps  acquis  droit  de  cité  au  Japon; 
depuis  un  quart  de  siècle,  ces  expressions  sont  deve- 
nues de  plus  en  plus  nombreuses  :  cest,  en  eflFet,  au 
vocabulaire  chinois  que  les  Japonais  ont  pris  les 
éléments  de  tous  les  mots  techniques  dont  ils  ont 
eu  besoin ,  à  mesure  qu'ils  adoptaient  la  civilisation 
occidentale,  comme  nous-mêmes  demandons  si  sou- 
vent au  grec  nos  mots  scientifiques.  Des  dictionnaires 
ont  été  faits  poiu*  cette  nouvelle  langue  et  ils  sont 
toujoiu*s  insuffisants,  en  raison  de  ses  transforma- 
tions rapides,  qui  rendent  de  plus  en  plus  illusoires, 
par  le  nombre  croissant  des  homophones,  les  espé- 
rances conçues  par  quelques  personnes  de  substituer 


^  Cf.  le  Kanà  zi  mi  sUm,  ^  ^  ^  ^  Ht  <le  Kiliuti  Masu- 


220  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

aux  caractères  idéographiques   soit  les  kana  sylla- 
biques,  soit  Talphabet  iatin. 

Mais,  si  j'indique  ces  différentes  questions,  rap- 
port des  kana  avec  leurs  prototypes  idéographiques, 
lois  de  dérivation  de  ia  prononciation  sino-japonaise 
des  caractères,  emprunts  faits  par  le  japonais  au 
vocabulaire  et  à  la  syntaxe  du  chinois,  je  nai  pas 
rintention  de  les  étudier  dans  ce  mémoire  et  je  dé- 
sire seulement,  en  les  énumérant,  définir  plus  nette- 
ment le  sujet  que  j'aborde  ici  :  comment  les  Japo- 
nais lisent -ils  les  textes  écrits  en  langue  chinoise 
par  des  Chinois  ou  par  des  Japonais  ?  comment 
lisent-ils  les  textes  japonais  qui  contiennent  un  grand 
nombre  d'expressions  chinoises?  Je  crois  que  ce  sujet 
est  capable  d'intéresser  ceux  qui,  s'occupant  de  la 
langue  chinoise,  n'ont  pas  le  loisir  d'étudier  en  outre 
le  japonais  :  car  le  Japon  a  eu  des  écoles  de  sino- 
logues [^  ^  ^)  qui  ont  jeté  un  vif  éclat;  les  prin- 
cipaux textes  de  la  littérature  chinoise  ont  été  expli- 
qués et  publiés  avec  des  notes  et  des  indications 
détaillées  par  des  commentateurs,  dont  la  science 
était  soutenue  par  une  longue  traditién  et  éclairée 
par  la  communauté  de  civilisation;  si  nous  ne 
sommes  pas  tenus  d'adopter  toutes  les  explications 
japonaises,  du  moins  sera-t-il  toujours  sage  d'en  te- 
nir compte.  De  plus,  je  suis  persuadé  que  beaucoup 
de  textes ,  rédigés  en  japonais ,  mais  largement  mêlés 
de  caractères  chinois,  pourront,  à  l'aide  de  quelques 
observations  grammaticales,  devenir  accessibles  aux 
sinologues. 


LECTU1\E  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  221 

L explication  japonaise  dune  phrase  chinoise  se 
borne ,  à  Toeil ,  à  très  peu  de  chose  :  quelques  petits 
caractères  jetés  à  droite  et  à  gauche  de  la  colonne 
du  texte,  et  cest  tout.  Mais,  puisque  le  Japonais  qui 
sait  sa  propre  langue ,  connaît  par  là  même  le  sens 
des  signes  idéographiques,  les  quelques  caractères 
notés  à  droite  et  à  gauche,  lui  indiquant  la  con- 
struction de  la  phrase  et  les  particules  à  ajouter  au 
texte,  constituent  pour  lui  une  véritable  traduction, 
si  bien  qu  il  lit  en  japonais  la  phrase  qui  est  écrite 
en  chinois  :  les  observations  grammaticales  dont  je 
pariais  tout  à  Theure ,  seront  donc  encore  nécessaires 
au  sinologue  européen  pour  comprendre  le  sens 
exact  attribué  par  le  commentateur  japonais  au  texte 
chinois.  Je  dois  noter  que  je  ne  parle  que  des  textes 
chinois  qui  sont  lus  pour  être  compris ,  textes  clas- 
siques, philosophiques,  historiques;  très  souvent, 
pour  les  textes  de  la  religion  bouddhique ,  la  valeur 
formelle  est  tenue  pour  plus  importante  que  le  sens 
et  le  fidèle  se  borne  à  énoncer  le  son  sino-japonais 
("fî  H»  OTi  doka)  des  caractères  dans  Tordre  où  ils 
se  trouvent  (^#  H,  bou  yomi  lecture  en  bâton).  La 
lecture*  qui  s'applique  aux  autres  textes ,  porte  le 
nom  de  kun  doka,  |l|f  H  lecture  par  le  sens,  wa  kan, 
ft  m  sens  japonais,  ou  simplement  yomi,  9[  lec- 
ture :  c'est  la  seule  dont  je  moccuperai  et  dont 
j'expliquerai  quelques  exemples. 


222  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


I 

PREMIÈRE  PHRASE  OE  LA  GRANDE  ETUDE, 
^  ^  »  cil.  Ta  hio,  jap.  Dai  gaku. 


^ 

W^ 

B 

v'±;_L 

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O 

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^*f 

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o 

i 

m 

o 

liïî 

O 

LECTURE  CHINOISE. 

Ta  Hiotchî  tao,  'tsai  'ming  *ming  te;  *tsai  'Uhin  ^min; 
'°tsai  •tchi  'yu  'tchi  chan.  "Tchi  "tchi,  eul  heou  '*yeou 
'^ling;  tîng,  evl  heou  ncng  tsîng;  tsing,  £c;^£  heou  neng 
'an  ;  *an ,  eul  heou  neng  liu  ;  liu ,  edl  heou  neng  Iç. 

LECTURE  JAPONAISE. 

Dai  GAKU  no  raiti  ha,  *mbi  toku  wo  'akiraka  aï  suru  m 
^ari;  ^tami  wo  ''arata  yi  sura  ni  'ari;  'si  sen  'ni  'todomar 
ru  ni  ^®ari.  ^^Todoman  wo  ^*siri/e,  [sikausite]  noti  "sada- 
maru  ^^ari.  Sadaniari^e^  [sikausite]  noti  yoku  sidaka  ffABi. 
SiduKA  ni  site,  [sikausite]  noti  yoKo  yasu5Î.  YasuAa  site, 
[sikausite]  noti  yoi:i7omonpakartt.  Omonpakarifo,  [sikausite] 
noti  yoiri;  u. 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  223 


TRADUCTION. 

La  voie  de  la  Grande  Etude  consiste  à  faire  briller  les 
vertus  brillantes,  à  renouveler  les  autres  hommes  et  à  fixer 
pour  terme  la  plus  haute  perfection.  Connaissant  le  tenue , 
ensuite  il  y  aura  une  détermination  ;  s'il  y  a  une  détermina- 
tion ,  ensuite  on  peut  avoir  le  repos  ;  s*il  y  a  le  repos ,  ensuite 
on  peut  avoir  la  tranquillité  ;  s'il  y  a  la  tranquillité  »  ensuite 
on  peut  examiner;  si  Ton  examine,  ensuite  on  peut  réaliser. 

NOTES. 

Comme  on  peut  le  remarquer,  le  texte  contient,  outre  les  carac- 
tères chinois,  trois  sortes  de  signes  :  i*  La  ponctuation  ('^  ||^^ 
Au  ten)f  peu  importante  en  japonais,  puisque  les  terminaisons 
verbales  marquent  les  pauses  et  la  fin  de  la  phrase;  toutefois 
presque  toutes'  les  éditions  japonaises  la  donnent.  Le  grand  cercle 
du  début,  qui  marque  le  commencement  du  texte,  et  les  tirets  in- 
diquant les  mots  composés  (entre  ^  et  j^,  entre  ^  ®^  "fê)* 
sont  d'un  usage  moins  général,  a**  A  droite  du  texte,  on  lit  des 
hana  représentant  les  suffixes  et  particules  que  le  Japonais  y  ajoute 
en  lisant ,  pour  Tenfermer  dans  le  moule  de  sa  syntaxe  habitudle  : 
dans  la  lecture  japonaise,  j'ai  mis  en  it^diques  ordinaires  ces  par- 
ticules et  suffixes  écrits  en  hana,  tandis  que  j*ai  noté  en  itidiques 
petites  majuscules  ceux  que  Ton  ajoute  sans  qu'ils  soient  écrits;  il 
n'existe  aucune  règle  prescrivant  d'écrire ,  parmi  ces  particules ,  les 
unes  plutôt  que  les  autres  :  cda  dépend  du  caprice  de  l'auteur  ou 
du  scribe;  toutefois  il  est  plus  correct  d'écrire  toutes  les  particules 
et  tous  les  suffixes.  Ces  s^abes  placées  à  droite  s'app^ent  okwri- 
gana,  ^  ^  ^  >  Aana  qui  accompagnent.  3°  A  gauche  du  texte, 
on  trouve  les  kaheri  ten,  jR  5|[  »  ou  kun  ten,  Pf  |f|f ,  qui  indiquent 
la  construction  japonaise  de  la  phrase  :  le  crochet,  \^,  marque  l'in- 
terversion de  deux  caractères  voisins;  les  chiffres  — >  un,  "^^ 
deux,  ^  trois,  etc.,  et  les  caractères  J^  haut,  rfl  milieu,  ^ 
bas,  s'emploient  pour  transférer  un  mot  à  une  place  plus  dis- 
tante; en  l'absence  de  notation  de  ce  genre,  les  caractères  se  lisent 
dans  l'ordre  chinois.  Ainsi  les  quatre  premiers  caractères  et  toute 


224  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

la  fin  du  texte  à  partir  de  ^t,  se  lisent  dans  Tordre  direct;  mais 
la  partie  intermédiaire  présente  plusieurs  inversions  :  v^  est  rejeté 
après  ^  à  cause  du  crochet;  le  cbififre  ^  mis  auprès  de  R^ 
renvoie  ce  mot  après  le  composé  ^  ^ ,  qui  est  affecté  du  chiffre 
—  ;  on  lira  donc  comme  s'il  y  avait  ^  f^  R^  ^  *  en  ayant  soin 
d'insérer  après  chaque  caractère  les  okurigana  qui  l'accompagnent 
à  droite.  Les  numéros  que  j'ai  mis  dans  la  lecture  chinoise  devant 
quelques  mots,  indiquent  Tordre  où  le  Japonais  lit  ces  mots;  j'ai 
répété  les  mêmes  numéros  devant  les  mots  japonais  correspondants 
pour  faciliter  la  comparaison. 

Le  Japonais ,  guidé  par  ces  diverses  sortes  de  signes ,  traduit  le 
texte  tout  en  le  lisant  et  donne  aux  caractères  tantôt  une  valeur 
japonaise  (  ^ ,  kun)  qui  est  une  traduction ,  tantôt  une  prononcia- 
tion sino-japonaise  ('^»  on)  qui  n'est  qu'une  transcription;  dans 
le  texte  cité  plus  haut,  j'ai  mis  en  caractères  romains  petites  ma- 
juscules les  mots  qui  se  lisent  en  on;  seul  Tusage  apprend  si  un  mot 
doit  être  lu  en  on  ou  en  kun,  et,  dans  ce  dernier  cas,  qud  est 
Téquivalent  japonais  du  c&ractère.  Mais  le  sinologue  européen ,  qui 
se  préoccupe  seulement  du  sens  et.  qui  ne  cherche  4ans  les  signes 
japonais  qu'un  secours  pour  l'intelligence  de  la  phrase  chinoise,  n*a 
pas  à  tenir  compte  de  ces  distinctions,  tant  qu'il  n'essaie  pas  de 
prononcer  la  phrase  en  japonais;  au  contraire,  il  est  nécessaire 
qu'il  comprenne  les  okurigana  et  qu'il  sache  le  but  des  kakeri  ten, 
c'est-à-dire  qu'il  ait  quelques  notions  de  grammaire  et  de  syntaxe 
japonaises. 

La  construction  japonaise  est  fixe  et  les  mots  de  la  phrase  se 
succèdent  dans  Tordre  suivant  : 

i"  génitif;  2°  substantif  d'où  il  dépend; 

1"  adjectif  ou  participe  qualificatif;  a°  substantif  qualifié; 

i*  sujet;  2°  compléments;  3°  verbe; 

1*  compléments  indirects;  2*  complément  direct; 

1*  noms  de  temps;  2°  noms  de  lieu; 

1**  mot  principal;  2°  conjonctions  ou  particules  modifiant  le  mot 
principal; 

1°  proposition  subordonnée;  2**  proposition  coordonnée  ou  pro- 
position principale; 

1*  proposition  coordonnée  secondaire;  2°  proposition  principidfl. 

Les  mots  sont  divisés  en  trois  classes  :  1°  les  noms,   ^  na: 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  225 

^'*  les  verbes,  ^  kotoba,  qui  correspondent  à  nos  verbes  et  à  nos 
adjectifs,  les  uns  et  les  autres  revêtant  différentes  formes  qui  con- 
stituent une  conjugaison;  3"  les  particules,  J^  J^  ^^  ^  teniwoha, 
qui  s'attacbent  aux  noms  ou  aux  verbes  pour  former  des  cas  ou 
des  temps. 

Application  de  ces  principes  au  texte  cité  : 

mei  toku  wo,  comjdément  direct,  précède  ahiraka  ni  suru,  verbe; 

akiraka  ni  snm  ni,  verbe  servant  de  complément,  précède  €iri,  verbe 
final; 

todomari  wo,  complément  direct,  précède  sirite,  verbe  au  gérondif, 
qui  précède  à  son  tour  la  proposition  principale  :  sikaasite  noti 
sadamam  an. 

On  remarquera  spécialement  les  faits  suivants  : 

iao,  que  nous  tenons  pour  le  sujet  des  trois  verbes  Uai,  est  lu  en 
japonais  miii  ha;  cette  particule  ha,  très  fréquente,  a  pour  effet 
d'attirer  l'attention  sur  le  mot  ou  la  proposition  qui  précède; 
eUe  a  une  videur  disjonctive,  oppositive,  et  peut  se  traduire  par 
quant  à;  lorsqu'eUe  est  répétée,  eUe  répond  bien  au  grec  fiiv... 

ié Souvent  le  mot  ainsi  disjoint  devient  sujet  en  français, 

mais  il  n'en  est  pas  toujours  ainsi  ;  et  l'on  s'exposerait  à  de  graves 
et  fréquents  contresens,  si  l'on  regardait  ha  comme  marque  du 
nominatif.  En  réalité  le  verbe  japonais  est  impersonnd  et  se 
passe  très  souvent  de  sujet  :  l'action  a  lieu  par  rapport  à  une 
personne  (Aa^  disjonctif),  par  le  moyen  d'une  personne  (instru- 
mental), dans  une  personne  (locatif),  comme  propriété  d'une 
personne  (génitif).  La  pbrase  chinoise  est,  en  général,  assez 
amorphe ,  pour  se  prêter  également  à  la  traduction  japonaise  et 
à  la  traduction  firançaise. 

sikausite,  correspondant  k  enl,  est  superflu  dans  la  phrase  japonaise 
(c'est  pourquoi  je  Tai  mis  entre  crochets)  ;  encore  au  xvii*  siècle, 
m'a-t-on  afiirmé,  la  phrase  se  lisait  :  todomari  wo  sirite,  noti,  etc. , 
ce  qui  a  exactement  le  même  sens  et  est  plus  japonais.  Mais  on 
a  trouvé  que  eul  était  insuffisamment  rendu  par  la  forme  géron- 
dive  de  sirite  et  l'on  a  voulu  avoir  un  mot  japonais  pour  répondre 
à  chaque  mot  chinois. 

neng  est  traduit  en  français  par  le  verbe  pouvoir;  le  japonais  le 
rend  par  yoku,  forme  correspondant  à  un  adverbe  et  signifiant 


226  SEPTEMBREOCTOBRE   1897. 

bien,  capabiement ;  en  quidité  d'adverbe,  yoku  reste  devant  le 
verbe  principal  de  la  phrase  :  on  voit  ici  une  divergence  sensible 
dans  le  rôle  attribué  aux  caractères  par  les  traducteurs  européens 
et  japonais. 

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LIVRE  DES  ODES , 

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LECTURE  CHINOISE. 


*Tchi  *pi  NAN  CHAN,  yen  *tshai  *khi  kiue.  *"*Oei  ^kien 
•kjun  tseu,  yeou  sin  tcho  tcho.  Yi  ki  Lien  tchi,  yi  ki 
keou  TCBi;  oo  sin  tsç  yue. 


LECTURE  JAPONAISE. 


^Kano  NAN  ZAN  ni  ^nohorl,  koko  ni  *sono  warabi  wo  *tortt. 
^Imada  *kun  simjo  'mi  *zu,  iu  sin  têtu  têtu  tari.  Mata  sude 
ni  mi ,  mata  sude  ni  mira  ;  wa  ga  kokoro  sunahati  yoroko6«. 


TRADUCTION. 


Je  monte  sur  cette  montagne  du  sud  et  j  y  cueille  de  la 
fougère.  Je  ne  vois  pas  encore  mon  seigneur  et  mon  cœur 
mélancolique  est  rempli  de  tristesse.  Encore  je  l'ai  vu,  et  en- 
core je  Tai  vu.  Mon  cœur  alors  est  joyeux. 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  227 


NOTES. 

Je  ne  répète  pa:s  désormais  les  indications  générales  données  plus 
haut  et  je  me  borne  à  insister  sur  quelques  formes. 


nobori tor^^mizn tari;  mi miru,  sont  des  exemples 

de  verbes  aj^tartenant,  les  premiers  de  chaque  couple,  à  une 
proposition  ei^rdonnée  secondaire,  les  seconds  à  une  proposition 
principale  :  àgt  voit  que  ces  formes  rendent  la  ponctuation  inu- 
tile. 

jren,  équivaut,  d*après  les  commentateurs  chinois,  à  une  particule 
de  liaison;-  les  Japonais  le  traduisent  par  koko  ni,  ici;  yen  est 
qudquefois  pris  dans  le  sens  de  ware,je\  peut-être  est-ce  de  là 
que  Ton  a  tiré  le  sens  ici,  en  raison  du  rapport  étroit  existant, 
dans  la  langue  japonaise,  entre  les  racines  démonstratives  ho,  so, 
ka  (ou  a)  et  les  trois  personnes  du  pronom. 

oei,  doit  être  lu  deux  fois:  une  fois  à  sa  place  avec  la  prononciation 
imada  pas  encore;  une  fois  après  kien,  voir,  jap.  mi,  pour  en 
faire  le  négatif  mizu  :  la  négation  est,  en  effet,  toujours  exprimée 
par  un  suffixe  verbal,  ainsi  kien  =  mi,  pou  kien  =  mizu,  Oei 
est  peut-être  le  seul  caractère  qui  corresponde  en  japonais  à  deux 
mots  emfdoyés  simultanément. 

ki,  traduit  par  snde  ni,  n'est  jamais,  en  japonais,  qu*une  marque 
du  passé;  le  sens  de  la  phrase  expliquée  ici  se  rapproche  du  con- 
ditionnd. 

tchi,  particule  finale,  disparaît  dans  la  lecture  japonaise. 

n  est  bon  de  remarquer,  en  outre,  que  la  rime  et  le  rythme 
disparaissent  complètement;  il  en  est  de  même  pour  toute  poésio 
chinoise  lue  en  japonais.  Ici  les  rimes  kiuê,  tchô  et  joie  (marquées 
par  des  croix  X]  sont,  la  première  au  milieu  .d'une  phrase,  les 
autres  à  la  fin  et  se  lisent  warabi  wo,  têtu  tari,  yorokobu. 


228 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 


MEMOIRES  HISTORIQUES , 
A  IB ,  ch.  Chi  hi.  jap.  5i  fci  (  H  â  *  tt  <1^  M  Ji  â  )• 


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LECTURE  CHINOISE. 


*Li  *TA  JEN  tsi  'yu  'lei  tse,  eul  'cheng  *  phao  pi  ^yu 

•tchheng  Kl Yang,  tse  "koan  *siang  "yu  "thibn, 

fou,  TSE  "koan  **fa  **yu  **Ti.  Phang  "koan  "nuo  GHbou 
tchi  OEN  ^'yu  "ti  tchi  yi;  kin  "tshiu  "tchou  chen,  yP^i^ 
'*tshiu  **tchou  oou. 


'sikausite] 
[snnabati] 


LECTURE  JAPONAISE. 

*Dai  zin  710  ato  wo  'rai  taku  'nî  ^hùmifo^ 

*hau  gi  wo  •sei  Kl  'ni  ^uma Ahugeha, 

*katati  wo  *®ten  "ni  "mi;  huseba,  [sunahati]  ^*nori«po  "n 
"ni  "mira.  Amemeka  "teu  ziu  no  bun  to  "ti  no  Gi  "to  wo 
'®mi;  tikaAru  **kore  wo  mi  m  ''ton,  tohoAra  "kore  100  mono 
ni  '*tortt. 

TRADUCTION. 
(D'après  M.  Chavannes,  vol.  I,  p.  5  et  suiv.) 

Elle  marcha  dans  les  empreintes  de  pas  d'un  géant  at^nrës 
du  marais  de  Lei ,  et  c'est  à  la  suite  de  cela  qu*dle  enfanta 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  229 

Phao  hi  à  Tchheng  ki Levant  la  tète ,  il  contempla 

les  figures  qui  se  trouvent  dans  le  ciel  ;  baissant  la  tête ,  il 
contempla  les  formes  qui  sont  sur  la  terre.  Autour  de  lui, 
il  contempla  les  bigarrures  des  oiseaux  et  des  animaux ,  ainsi 
que  ce  qui  convient  au  sol.  Au  près ,  il  prit  en  considération 
toutes  les  parties  de  son  corps  ;  au  loin ,  il  prit  en  considéra- 
tion tous  les  êtres. 

NOTES. 

ahngeba  =  yang ,  hnseba=sfon  sont  mis  en  japonais  au  mode  que 
Ton  nomme  conditionnd  (mode  subordonné  avec  puisque,  parce 
que).  Ce  mode  suffirait  à  indiquer  la  rdation  que  le  chinois 
tourne  différemment  au  moyen  de  tse  ;  mais  ce  dernier  mot  est 
traduit  iitténdement  par  sunahati,  pour  ne  laisser  aucun  caractère 
sans  traduction. 

yu  tkien yn  ti,  entre  les  caractères  de  chacun  de  ces  deui 

groupes,  on  trouve  le  crochet  qui  indique  l'inversion  [tkien yu 

ti  yn)  et  le  chiffre  —  qui  place  l'expression  avant  le 

verbe  affecté  du  chiffire  "^.. 

'  koan  niao  ckeou,  etc.,  on  lit  d'abord  les  mots  qui  n'ont  pas  de  nu- 
méro (nioo  cheon  tchi  oen)^  puis  ceux  qui  ont  le  numéro  —« 
[ti  tckiyi),  ensuite  le  caractère  qui  porte  le  numéro  ^  [yu] 
et  enfin  le  verbe  qui  est  affecté  du  ^  [koan).  Le  premier  to  est 
écrit  en  kana;  le  second  correspond  à  jn^  dont  il  est  la  tra- 
duction exacte.  Wo,  marque  de  l'accusatif,  est  en  kcuia  :  on  no- 
tera que  le  japonais  ne  craint  pas  d'accumuler  les  postpositions. 

tchott  est  rendu  par  kore,  ceci,  mis  à  l'accusatif;  chens=mi,  oou  = 
mono  sont  mis  au  datif;  il  y  a  de  nouveau  divergence  entre  le  ja- 
ponais et  le  français;  mais  en  réalité,  tchou  peut  souvent  être 
rangé  parmi  les  particules  dites  explétives  et  les  seuls  complé- 
ments qui  importent  au. sens,  sont  chen  et  oou,  qu'ils  soient 
compléments  directs  ou  indirects. 


iiiiiii)ii;iiiB  «i.TiaKAUi. 


230  SEPTEMBREOCTOBRE  1897 

MÉMOIRES  HISTORIQUES , 

Jfe  la.  ch.  Chi  ki.  jap.  5i  iki  (3£  4j?  }i|s;  ifc,  à  la  Gn. 
daas  le  paragraphe  où  Seu  ma  Tshiea,  ^  j||  ^  i  prcad  la  parole). 

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LECTURE  CHINOISE. 

^Tcili  ^TCHANG  LAO  kiai  ko  OANG  OANG  'tCHHENG  'hOANG 
TI  YAO  CHOEN  TCHl  *tchhoU. 

LECTURE  JAPONAISE. 

^TiYAU  RAU  mina  wono  wono  WAU  wau  'kuwau  tei  geu 
siYUX  wo  ^siYAU  sara  *tokoro  ni  *itartt. 

TRADUCTION. 

(D'après  M.  Ghavannes,  vol.  I,  p.  95.) 

Lorsque  je  m^adressais  aux*  notables  et  aux  vieiUards, 
tous,  pris  chacun  à  part,  me  pariaient  communément  des 
localités  où  se  trouvèrent  Hoang  ti ,  Yao  et  Choçn. 

Ici  la  traduction  japonaise  est  très  diflférente  et 
donne  en  français  le  sens  suivant  : 

Je  suis  allé  dans  des  locsdités  dont  les  notables  et  les 
viefflards,  tous,  pris  chacun  à  part,  me  pariaient  fréquem- 
ment de  Hoang  ti ,  Yao  et  Choen. 

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NOTES. 

Le  verbe  tchheng,  rendu  par  siyau  suru,  a  pour  sujet  tiyim  rau  = 
tchang  lao,  pour  compléments   indirects  et    direct   kiai  ko  o€Mg 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  231 

oang  =  mina  wono  wono  wau  wan  et  hoang  ti  yao  choen  =  kuwau  tei 
geu  siynn:  ce  verbe  est  regardé,  en  japonais,  comme  un  participe 
qualifiant  tchkon  =  tokoro;  enfin  tcki  =  itaru  est  rejeté  à  la  fin  delà 
phrase  et  devient  verbe  de  la  proposition  principale. 

Au  point  de  vue  chinois,  la  traduction  de  M.  Chavannes  est 
parfaitement  correcte  :  kiai  joue  toujours  le  rôle  d'un  pronom  sujet , 
la  phrase  doit  donc  être  séparée  en  deux  propositions,  tcki  étant 
le  verbe  de  la  première  et  tchheng,  le  verbe  de  la  seconde.  C*est 
d'ailleurs,  l'avis  qu'a  bien  voulu  aussi  m'exprimerM.  Devéria.  Pour 
le  japonais,  kiai  =  mina  n'est  jamais  sujet:  du  moins,  je  ne  l'ai 
jamais  vu  en  cette  qualité;  je  l'ai  trouvé  quelquefois  comme  com- 
plément, et  presque  toujours  jouant  le  rôle  d'un  adverbe  qui  mo- 
difie le  verbe  suivant;  ce  serait  donc  une  extension  abusive  de  la 
syntaxe  japonaise  qui  aurait  amené  l'éditeur  à  ce  contresens.  La 
seule  conclusion  à  tirer  de  ce  conflit,  c'est  que  les  traductions  japo- 
naises offriront  souvent  aux  sinologues  un  secours  efficace  et  leur 
créeront  plus  d'une  fois  des  embarras. 


III 

Je  vais  maintenant  donner  trois  exemples  du  style 
fort  mêlé  de  chinois  qui  est  la  langue  écrite  la  plus 
usitée  au  Japon  depuis  vingt-cinq  ans  et  qui  ne  sau- 
rait présenter  de  graves  diffîcidtés  aux  sinologues. 

EXTRAIT  D'UNE  DEPECHE 
DU  MINISTERE  DES  AFFAIRES  ÉTRANGÈRES  DU  JAPON. 

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232  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

LECTURE  CHINOISE. 

(Les  tirets  remplacent  les  syllabes  en  kana.) 

TOEI  KOEI  KOE  OAI  OOU  TA  TGHHEN  KO  HIA  

KOEI  HIA  —  TIEN  HiUN  ^yeou  *tcbi  heou  tchi  —  yi  —  ye 
KiEN  *pei  'tchheng  tou  tchi  yu  chen  tchhou  —  tshiu  'soei 
*TSEOU  *OEN  heou  tchhou 

lecture  japonaise. 

T\I  si.  Kl  KOKU  GUWAI  MU  DAI  ZIN  KAKU  KA  yori  Kl 

KA  he  DEN  KUN  ^ kore  ^ari  sahurahu  mune  wo  motive,  etu 
KEN  ^nas*aretaki  mune  go  sin  siyutu  no  omomuki  *sou 
®MON  wo  'toge  sahurahu  tokoro.    ... 

traduction. 

En  réponse  à ,  en  raison  de  l*idée  qui  est  celle  des 

instructions  télégraphiques  (adressées)  à  vous  par  S.  E.  le 
Ministre  des  Affaires  étrangères  de  votre  pays,  comme  (j*)ai 
porté  à  la  connaissance  de  S.  M.  le  but  de  votre  déclaration 
de  l'idée  que  vous  désirez  être  reçu  en  audience ,  .  . . . 

notes. 

Los  okurigana  font  ici  partie  du  texte;  il  ne  reste  que  quelques 
kaheriten  que  Ton  supprime  souvent,  même  s*il  y  a  des  inversions 
à  faire  :  d'ailleurs  dles  sont  peu  nombreuses  et  Tordre  suivi  est 
presque  partout  conforme  à  la  syntaxe  japonaise.  On  a  quelquefois 
h.  suppléer  une  particule  non  écrite ,  par  exemple  wo  après  sou  mon. 
Les  phrases  de  ce  style  sont  très  longues  :  dans  le  texte  cité,  la 
phrase  complète  n*a  pas  moins  de  81  caractères  idéographiques, 
plus  un  certain  nombre  de  syllabes  en  kana  ;  elle  se  compose  de 
7  propositions ,  une  principale  qui  est  la  dernière ,  une  coordonnée 
secondaire  qui  se  termine  par  tai  si,  et  cinq  subordonnées  rattachées 
aux  autres  par  des  mots  jouant  le  rôle  de  conjonctions  (^  ha, 
^  setu,  .I^T  motite,  ^.tokoro,   ^   akida);  toute  la  lettre  se 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


233 


compose  de  cette  seule  phrase,  plus  une  courte  formule  pour  le 
commencement  et  une  pour  la  fin. 

La  syntaxe  est  purement  japonaise  et  très  éloignée  du  chinois. 
Quant  aux  mots,  ceux  qui  expriment  les  rdations  et  forment  le 
squelette  de  la  phrase,  c'est-à-dire  ceux  qui  sont  en  kana  et  qud- 
ques-uns  des  autres  (ici  ^,  J^y  ^,  j^ ,  ]^)  s'écartent  beau- 
coup de  leur  emploi  primitif;  parmi  les  autres,  je  ne  vois  guère 
que  soei=stoge,  signifiant  effectuer  (effectuer  le  ûiit  de  faire  en- 
tendre à  S.  M .  )  qui  offre  un  sens  un  peu  spécial. 


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JOURNAL  OFFICIEL  DU  JAPON, 
1^  ^f  Kuwan  kau  (n°  du  4  janvier  1894  )« 


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LECTURE  JAPONAISE. 

Saki  ni  hatu  kau  tei  si  seraretara  tanosimi  sou  dan  ha 

HON  GETU   ITI   NITI ,   TIU   YAU    SIN   BUN   ha   ITU    SAKU   llUtuka , 

NiTU  HON  ha  SAKU  mituka  idure  mo  kai  tei  seraretari, 

TRADUCTION. 

Levée  de  suspension  a  été  faite  pour  le  Tanosimi  sou  dan 
le  1"  janvier,  pour  le  Tiu  yau  sin  bun  avant-hier  2  ,  pour  le 
Nitu  hon  hier  3 ,  publications  précédemment  suspendues. 


NOTES. 


Dans  ce  texte,  comme  dans  le  précédent  et  dans  la  plupart  des 
écrits  modernes,  les  mots  prononcés  à  la  chinoise  sont  très-nom- 


234  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

breux  eu  dehors  même  des  noms  propres.  La  phrase  est  écrite 
exactement  dans  l'ordre  japonais,  il  ne  reste  donc  jdus  même  de 
crochets  d'inversion;  il  n'y  a  pas  de  démarcation  bien  nette  entre 
ce  style,  qui  est  aussi  celui  des  textes  législatifs,  et  cdui  des  com- 
munications officielles  :  ce  dernier  est  pourtant  plus  compliqué, 
étant  alourdi  par  de  nombreuses  formules  de  politesse. 

ittt  saku  :  les  expressions  employées  ici  seraient  compréhensibles  en 
chinois,  à  l'exception  de  itu  saku  signifiant  avant-hier.  Mais  on 
trouve  fréquemment  des  alliances  de  caractères  qui  sont  pure- 
ment japonaises  et  qui,  en  chinois,  ou  n'ont  aucun  sens  ou  ont 
un  sens  très  différent,  ainsi  :  ^  ^  an  nai,  guider,  indica- 
tions qui  guident;  ^  -{^  bun  ho,  dénominateur  d*une  fraction. 

tanosimi  plaisir,  joie ,  ce  mot  est  écrit  en  hiragana  H^  ^  ^ ,  au 
:  lieu  du  katakana  j£i  ^  ^ ,  que  nous  avons  vu  jusqu'ici,  afin 
de  le  faire  ressortir,  puisque  c'est  ici  un  nom  propre;  le  hiragana 
équivaut  dans  ce  cas  à  nos  italiques  ;  il  est  rare  dans  le  Journal 
officiel,  il  est  au  contraire  de  règ^e  dans  la  plupart  des  autres 
Journaux ,  dont  le  style  est  moins  teinté  de  chinois.  D'une  façon 
générale,  le  hiragana  moderne,  imprimé  avec  des  caractères  mo- 
biles ,  est  très  net  et  ne  présente  pas  de  formes  difficiles. 

Atti  placé  après  les  noms  des  journaux,  correspond  bien  nettement 
à  quant  à,  ou  à  ftév, . .  3é, . ,  3éj  et  n'indique  nullement  le 
sujet. 

idure  mo,  n'importe  lequel,  donc  tous  :  mo  est  une  particule  con- 
jonctive, dont  l'eifet  est  exactement  opposé  à  celui  de  ha;  elle 
indique  que  le  mot,  la  phrase  qui  précèdent,  font  partie  d'une 
série  et  ne  sont  pas  considérés  à  part. 

seraretaru,  seraretari,  participe  et  conclusif  du  parfait  passif  do 
verbe  suru  faire. 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  235 

HISTOIRE  DE  L'OUVERTURE  DU  PAYS  AUX  ETRANGERS, 
^  @  jll&  ^*  ^^^  ^^^'^  ''  ^"^^  (édition  in-8"  de  1887,  p.  188). 

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LECTURE  JAPONAISE. 


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Kaku  /lo  gotoAri  ziyun  ziyo  wo  hete,  kei  si  guwai  kau  no  ni 
zï  ïTi  zi  ni  KETU  sitari  to  ihedomo,  kono  ni  zi  ni  kuwan 
suru  no  ï  Gi  ha ,  kore  to  tomo  m  seu  metu  sezaru  nari. 


traduction. 


Ayant  passé  par  une  telle  série  (de  faits),  bien  que  les 
deux  questions  de  la  succession  et  des  relations  étrangères 
eussent  été  réglées  à  la  fois ,  quant  aux  divergences  d*opinion 
relatives  à  ces  deux  questions,  il  y  eut  le  non-s'éteindre  en 
même  temps  que  cela. 

NOTBS* 

Ici  le  hiragana  est  devenu  de  règle  et  le  hatakana  n*apparaîtrait 
que  pour  jouer  le  rôle  de  nos  italiques;  les  expressions  chinoises, 
encore  assez  nombreuses,  sont  prises  dans  un  sens  très  normal. 
L'ouvrage  d'où  cette  phrase  est  tirée,  passait,  dans  ces  dernières 
années ,  pour  un  modèle  de  bon  st^e  japonais  contemporain. 

hete  est  au  gérondif,  forme  qui  indique  une  proposition  subordon- 
née avec  le  sens  de  simultanéité  ou  de  conséquence. 


236  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

to  ikedomo  indique  un  verbe  au  concessif ,  c  est-à-dire  un  verbe  su- 
bordonné au  moyen  de  quoique. 

sezam,  participe  négatif  de  sum  faire,  jouant  le  rôle  d*un  sub- 
stantif :  Taction  de  ne  pas  faire. 

narif  verbe  au  conclusif,  il  y  a,  il  y  eut. 

IV 

J'ajoute  ci-dessous  des  tableaux  qui  permettront 
de  trouver  les  terminaisons,  les  particules,  les  mots 
auxiliaires  les  plus  fréquents  et  à  Taide  desquels  ce- 
lui qui  connaît  les  caractères  chinois,  pourra  se 
rendre  compte,  dans  les  parties  essentielles,  de  la 
texture  de  la  phrase  japonaise.  Comme  mon  but 
présent  est  seulement  de  mettre  à  la  portée  de  tous 
les  sinologues  les  textes  du  genre  de  ceux  que  j  ai 
expliqués,  je  me  bornerai  à  noter  les  principales 
formes  et  particules  employées,  sans  en  rechercher 
l'origine  ni  en  examiner  la  correction. 

I.  Inflexions  verbales  ou  bases. 

II.  Terminaisons  de  dérivation  verbale. 

III.  Suffixes  de  nature  verbale. 

IV.  Suflîxes  invariables. 

V.  Principales  formes  de  la  conjugaison. 

VI.  Expressions  auxiliaires. 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


237 


Tableau  I. 


INFLEXIONS  VERBALES  OU  BASES. 


l"  CLASSE. 

Radicid 

>  •  • . 

yo         #. 

asi 

^ 

1°  condusif . 

yosi 

U 

asi 

1 

2*  indéfini . . 

yoku 

^ 

asiku 

\^ 

3"  participe . 

yoki 

+ 

asiki 

1  + 

4°  négatif. . . 

yoku 

l> 

asiku 

1'/ 

5°  parfait . . . 

yokere- 

1  ^v 

asikere     |  ^v^ 

IniDératif --  - 

A^w'  ^'X^A  SAWar 

2^  CLASSE,    l'* 

•        •••                                «WWW1 

CONJUGAISON. 

Radical .... 

[yuk] 

! 

os" 

wakat 

i^conciusif  • 

yuka    fj^       < 

)SU       ^% 

wakatu 

#7 

3*  indéfini . . 

yuki 

I  +     < 

)si 

ix 

wakati 

^ 

y  participe . 

ynku 

1  ^     < 

)SU 

% 

wakatu 

7 

4**  négatif.. . 

yuka 

I  ;flr      < 

)sa 

^ 

wakata 

lî» 

5°  parfait . . . 

yuke 

I  >       < 

>se 

•B 

wakate 

15^ 

Impératif. . . 

yuke 

I  >       < 

>se 

•B 

wakate 

1^ 

2*  CLASSE,    l'*  CONJUGAISON  {fin). 


Radical  • .  • . 

[tob] 

i^'conclusif . 

tobu    ^ 

2*^  indéfini . , 

tobi       1 

3*^  participe  , 

tobu      1 

r  négatif.., 

toba      1 

5°  parfait. . 

tobe      1 

Impératif. . 

tobe      1 

7' 


[yom] 

[sar] 

yomu  Ha 

saru 

*;«- 

yomi     1  B. 

sari 

1  'I 

yomu    1  A 

saru 

h"- 

yoma    |  -^ 

sara 

|9 

yome    |    ;l 

sare 

|v 

yome    |   ;l 

sare 

|v 

238 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


3'  CLASSE ,   3*  CONJUGAISON. 


Radical . . . 
i^'conclusif. 

3**  indéfini . 

3*  participe. 

4*  négatif.. 

5"  parfait. . 

Impératif. . 


iukura  ^^)l 
^^    jikuru    ^^;t 

^<  1:. 

iuknre  ^^v^  | 
iknre    ^!r^ 

"y"'  ^    (ikiyo  ^+3 


uni 


e 


ure 


[makas] 
makasu 

makase 

makasuru 

makase 

makasnre 

makase  yo 


.  (tatara 

»  ""^  (•tara 
|Ute 
oti 


m*- 


I« 


,  (tatare 

•  ^^  jotor. 

.  (taie  YO 

•  (oti  yo 


2*  CLASSE,  3*  CONJUGAISON  (tUlte), 


[sih] 


Radical  ....   [kan] 

i-condusif.   kanu       MyL      I*""  ^^^^ 

-^         (sihu 


3**  indéfini . .  kane 

3°  participe  .  kannru 

à^  négatif. . .  kano 

5°  parfait . . .  kanure     |  yi  %^ 

Impératif. . .  kane  yo 


he  gH 

sibi  J3|b 

Ihnru  ^;L 

sihuru  g|^;L 

^     (sihi  jgk 

jhare  gv 

(sihure  ^y^^ 

jheyo  g^ 

'''^  jsihi  yo  g|k3 


'  tutom  1 
.uram  J 

tutomu 

»A 

urama 

fRA 

tutome 

m* 

nrami 

tta 

tatomum 

»A^ 

nramom 

IRA»- 

tutome 

m* 

uraml 

«a 

tutomnre 

1|A^ 

uramnre 

IRa^ 

tutome  yo 

»« 

urami  yo 

IRsa 

LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


239 


2*  CLASSE,  2*  CONJUGAISON  {fin). 


Radical .  • . . 


1*  condasif . 


2*"  indéGni . . 
3"  participe  . 
r  négatif... 
5* parfait. .  • 
Impëi^tif . . . 


[oboy     1 
mukuy  J 

oboyu 

inukuyu 

oboe 

mukui 

oboyum 

mukuyuru 

oboe 

makui 

oboyure 

tnukuyure 

obœ  yo 

mukui  yo 


9t^ 

ftx;L 

ftx3 


[osor] 
kor  j 
osoru 
koru 
osore 
kori 
osoruru 
korurn 

• 

osore 
kori 
osorure 
korure 
osore  yo 
kori  yo 


[uw] 


Bj^^ 

B'^3 


|uu 

«^ 

Juwe 

|2 

!  unru 

I  ^;i- 

juwe 

I2 

juure 

I  ♦v 

Juwe  yo 

I  23 

2*  CLASSE,    3*  CONJUGAISON. 


Radical . . . . 

.       [i] 

[ki] 

[ni] 

1*  conclusif 

iru        ^;t 

kiru       ^ 

|;t 

niru       ^;L 

2*"  indéfini . . 

• 

1 

(-f) 

ki 

l(+) 

ni 

(=) 

3°  participe  . 

iru 

;l 

kiru 

;t 

niru 

}i 

4°  négatif.. . 

1 

(-f) 

ki 

(*) 

ni 

(=) 

5*  parfait. . . 

ire 

•• 

kire 

1- 

nire 

1- 

Impératif.  • . 

i  yo 

|3 

ki  yo 

\3 

ni  yo      { 

3 

a*  GLASSI 

1,   3*  CONJUGAISON 

[fin). 

Radical  • . . . 

[hi] 

[mi] 

[wi] 

1*"  conclusif . 

biru       1 

ê;«- 

m  iru      J 

V^ 

wiru      JJ 

U 

2*  indéfini . . 

hi 

(t) 

mi 

(a) 

wi            1 

m 

3*  participe  . 

him 

;l 

miru 

;t 

wiru         1 

!l 

4* négatif.. . 

hi 

(k) 

mi 

(H) 

wi            1 

m 

5*  parfait,  b . 

hire 

\/ 

mire 

•• 

wire        1 

•• 

Impératif.  •  • 

hi  yo      { 

3 

mi  yo      { 

3 

wiyo       1 

3 

240 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


Radical . . . 
i^conclusif 
2°  indéfini . 
3"  participe 
4**  négatif.. 
5°  parfait . . 
Impératif. . 


[ar] 
ari  ;^») 


ari 

aru 

ara 

are 

are 


I  " 


IRREGULIERS. 

[in] 
inu 


inu  ^yi 

ini         I  =.  ki 

inuru    |  yi)L  kuru 

ina         I  -^  ko 

inure     |  51  v  kure 

ine        I  7  ko  yo 


3 


l(+) 

si 

I;^ 

suru 

IW 

se 

1- 

sure 

M 

se  yo  1 

S  emploient  substantivement  :  i°  le  thème  verbal; 
dans  la  i  '*  classe ,  il  se  confond  avec  le  radical ,  dans 
la  2'  avec  Tindéfini;  il  a  le  sens  dun  nom  abstrait, 
quelquefois  dun  nom  d'agent;  2°  la  a*  base  corres- 
pondant à  certains  emplois  de  Tinfinitif  français; 
3**  la  3*  base  correspondant  à  un  nom  d'agent  ou 
à  un  nom  d'action  :  yomu  =  le  liseur  et  aussi  la 
lecture  (le  fait  de  lire). 

En  qualité  de  verbe  :  le  conclusif  est  ie  verbe  de 
la  proposition  principale;  il  n'est  d'aucun  temps  et 
d'aucun  mode;  par  opposition  aux  formes  à  su£Bxes, 
il  correspond  souvent  au  présent;  il  est  toujours  à 
la  fin  de  la  phrase. 

L'indéfini  n'est  d'aucun  mode  ni  d'aucim  temps, 
mais  représente  le  mode  et  le  temps  du  premier 
verbe  qui  le  suit;  il  ne  peut  se  trouver  que  dans 
une  proposition  secondaire. 

Le  participe  se  joint  aux  substantifs  comme  qua- 
lificatif et  sert  à  remplacer  nos  propositions  relatives; 
il  correspond  souvent  au  temps  présent.  Il  remplace 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  241 

le  conclusif  dune  proposition  principale  dans 
quelques  cas  spéciaux. 

Le  négatif  n'est  Jamais  employé  sans  suffixes. 

Le  parfait  remplace  dans  quelques  cas  le  conclu- 
sif dune  proposition  principale;  le  plus  souvent,  il 
se  joint  à  des  sufiixes. 

La  conjugaison  ne  tient  aucun  compte  des  per- 
sonnes ,  des  genres  ni  des  nombres  ;  elle  se  fait  par 
ladj onction  de  suffixes  aux  différentes  bases  :  dans 
la  2^  classe,  l'adjonction  se  fait  directement,  avec 
élision  de  la  voyelle  finale,  ou  de  l'initiale,  ou  avec 
contraction,  pour  éviter  l'hiatus;  les  verbes  de  la 
1^°  classe  ne  prennent  directement  que  les  suffixes 
ha,  mOt  domOy  te;  tous  leurs  autres  temps  se  forment 
avec  l'auxiliaire  ara,  être. 

EXEMPLES  DE  FORMES  A  SUFFIXES. 

yokare         =  yoku-are 

yokariki      =  yoku-ari-ki 

yokarazaru  =  yoku-ara-zu-aru 

yokaru  bekariki  =  yoku-aru-beku-ari-ki 

yokaru  bekarazuba  =  yoku-aru-beku-ara-zu-ba 

yokaru  bekarazareba       =  yoku-aru-beku-ara-zu-are-ba 

yokaru  bekarazaredomo  =  yoku-aru-beku-ara-zu-are-do-mo 

yukeri         =  yuki-ari 

yukinaba    =  yuki-ina-ba 

yukitariki   =  yuki-te-ari-ki 

yukazarisikaba  =  yuka-zu-ari-sika-ba 

yukazarîsikadomo  =  yuka-zu-ari-sika-do-mo 

yuku  bekarazaredomo    =  yuku-beku-ara-zu-are-do-mo 


242 


SËPTËMBREOCTOBRE   1897. 


Tableau  IL 

TERMINAISONS  DE  Dl^RIVATION  VERBALE. 

a.  Les  sens  transitif  et  intransitif  dun  radical 
sont  distingués  par  une  légère  variation  dans  la  forme 
du  mot.  Cette  variation  se  fait  sans  règles  précises. 
Ebcemples  : 


Intrans. . 

Tatu,  ti 

*y 

être  debout. 

Trans. . . . 

Tatoru,  te 

■*7;t 

dresser. 

Intrans.. . 

Ugoku,  ki 

«^ 

être  en  mouveoieiit. 

Trans. . . . 

Ugokasu,  si 

»^ 

mettre  en  mouvement. 

Intrans.  •  • 

Yoru,  ri 

^;t 

s'aj^procher,  s'assembler. 

Trans. . . . 

Yosuru,  se 

^7.?l 

rassembler. 

Intrans. . . 

Kiruru,  re 

^Jt)V 

être  discontinu. 

Trans. . . . 

Kiru,  ri 

^;l 

couper. 

Intrans. . . 

Tugaru,  ri 

ffi^' 

être  continu. 

Trans. . . . 

Tugu,  gi 

my 

suivre,  succéder  à. 

Intrans. . . 

Iduru,  de 

HJyVt 

sortir. 

Trans. . . . 

Idasu,  si 

œ^ 

tirer,  sortir  quelque  chose. 

Intrans. . . 

Sadamaru,  ri 

£;t 

être  fixe. 

Trans. . . . 

Sadamurn,  me 

SA;t 

fixer. 

Intrans. . . 

Noburu,  bi 

'  ^  7Vt 

être  étendu,  s'étendre. 

Trans. . . . 

Noburu,  be 

'  ^  7';t 

étendre. 

b. 


ACTIF. 


CAUSATIF. 


FOTIIITIBrVAttir. 


rr# 


conjugaison. 


^— 


Yuku     fjjf 


Yukasuru .  se  ^i^  %JV    )  a^  ^ 

Yukasimuru,  me       ^ifl^UJl^,       ^ 


Yukaram,  re 

HUM»-'  mn 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  243 

ACTIF.    ,                                    CAUS4TIV.  POTEHTIEL-PASSIF. 

T  conjugaison. 

jg,        (    Ukesasuru,  se           5^^^-''')  A.iit  i  Ukeraruru,  re 
Ukuru   ^^;t|   ukesimaru,  me         5>V^A;tj'9^^|S^^;Wt.  tSfS 

3*  conjugaison. 

g        J   Misasuru ,  se             ^  ^^%)l'    |  a.  a  i  Miraruru ,  re 

^"^      X.^^    I  Misesimaru,  me        l.-eVA;t)'^*  (  ^^;Pt,  Sfcl, 

/rre^tt/icr5. 

^        j   Arasura,  se                ^JT-)^    |a.A-J  Araruru,  re 

Aru        m^^    j   Arasimuru.  me          ^^U^)l)'^^ \  ^'7?l)l.  îfC^ 

44.        (   InasmTi,  se                ^'^%)^    )>V44.(  Inaruru,  re 

-rfr        I   Kosasuru,  se              2K*^^;t    )  >vife  i  Koraruru,  re 

Kuru     ^;L    |   j^^^j^^^    ,^^  •        ^j^^^^^    j>9^^j  jJç^;L;t,  fjrjjç 


Surn      >fiî,L    jSesasuru,  se  j^t^;^;t    )  j       Seraruru,  re 

On  trouve  même  des  passifs  de  causatifs  ;  ex.  :  ara- 

serarara,  Sfc  '^  W- 

Le  causatif  indique  que  l'action  est  faite  non  par 
le  sujet  directement,  mais  par  Tintermédiaire  d'un 
agent  qui  se  met  au  datif. 

Le  potentiel-passif  a  deux  sens  ;  ukerarara  signifie 
soit  pouvoir  recevoir  (potentiel),  soit  être  reçu  (pas- 
sif); le  nom  de  l'instrument,  de  l'agent  se  met  au 
datif.  Le  potentiel  et  le  potentiel  du  causatif  ont 
souvent  un  sens  honorifique. 


244  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

c.  Les  verbes  de  la  i**  classe  forment  des  verbes 
dérivés  appartenant  à  la  2®  classe.  Exemples  : 


Siroki ,  ku  ^  # 

Siroma,  mi  j^A 

Siromaru,  ri  j^'^'I' 

Siromuru ,  me  j^  A;t     rendre  blanc. 


être  blanc, 
devenir  blanc. 


j   Hosiki,  ku  ;^4f        être  désireux. 

(   Hosigaru ,  ri       ^if?^     ^^^  désireux  d'une  façon  habituelle. 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


245 


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§   I    ^ 


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24Ô 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  18§7. 


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^  -es      ■* 


§  2  to 
fi  -^    , 

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^^    fi 
C/3  ,js  .Je 


2 

fi  2  «» 

^        , — 


LECTUHE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


247 


Tableau  IV. 

SUFFIXES  INVARIABLES. 
(N.  B,  Voir  le  N,  B.  du  tableau  111.) 

a.   Se  joignant  aux  verbes  et  aux  suffixes  de  na- 
ture verbale. 


ra 


\  LA  1      BASE 


to  h 

tomo  h  ^ ,  fe ,  ^ 

to  ihedomo    J      k  B§i. 

yainaya  ^j^ 


que,  introduit  une  citation,  remplace 
les  guiflemets. 


même  si. 


quoique,  bien  que. 
interrogatif  ou  exclama tif. 
dès  que. 


ha  (ba)  /n,  ^ 

mo  t 

tomo  ht,  )e,  ^ 


to  h 

to  ihedomo 

mo  t 
ni  ::. 
wo  ^ 


À  LA  2*  BASE. 

( après  zu,  ku)  si  hypothétique, 
(après  te)  particule  disjonctive,  quant  à. 

même  si. 


nagara  -^Hf^  ,  ^  en  même  temps  que. 


A  LA  3*  BASE. 

que,  etc.;  même  sens  que  plus  haut, 
quand  la  syntaxe  exige  le  verbe  au 
participe. 

quoique,  bien  que. 

même  si. 

marquent  un  opposition  faible  :  sur 
quoi,  là-dessus,  mais. 


«7 


248  SëPTËMBHE-OGTOBRË  1807. 

kara  fj^  après  que. 

ka  ;9r ,  ^  interrogatif  ;  si  dubitatif. 

na  ^  forme  Timpératif  prohibitif. 

X  LA  4*  BASE. 

ba  /^,  ^  particule  disjonctive,  si  hypothétique, 

baya  /^^  forme  Toptatif. 

X  LA  5*  BASK. 

(  que,  etc.;  comme  pins  haut,  quand  la 
^  I       syntaxe  eiige  le  verbe  au  parfait. 

domofe.  ^  !  J^w"^  q«e,  quoique, 

•      ^    ^  particule  disjonctive;  quand,  puisque, 

^  ^  en  tant  que. 

6.  S'attachant  aux  noms. 

de;  partitif,  génitif;  sujet 

de;  possessif,  génitif;  sujet. 

à;  datif,  locatif,  instrumentai;  énumé- 
ratif  ;  forme  des  adverbes. 

locatif;  sujet. 

étant;  instrumental,  locatif. 

vers;  marque  la  direction. 
jusqu*à. 

depuis  (ablatif).  Écrit  g,  ou  Q,  il 
kara      jj^  |       se  place  devant  le  nom  et  se  lit  après 

lui. 

depuis  (ablatif);  que,  comparatif. 
yori       H  «)  l       ^  ♦  H  ♦  même  remarque  que  pour 

[  et,  avec;  conjonctif  et  énumératif;  în- 
^  .  1       troduit  une  citation ,  forme  des  ad- 

verlxïs.    1^,    même   remarque  que 
pour  hwra. 


no 

>^1t 

ga 

a 

ni 

=^'  1k 

ni  ha 

-/^ 

nite 

='T 

de 

=f 

he 

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made 

-T^i 

ya,  yo  ^,  3 


wo 
ra 


tati 
gaU 
siyu 
nado 

ha 


mo 


domo     Kt,  )t,  ^ 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 

vocatif. 

exclamatif ,  marque  l'accusatif. 


marques  de  pluriel. 


249 


^.-^ 


ka 

fr. 

zo 

koso 

sahe 

sura 
dani 

damo 

t^ 

bakari   fj-,  ;^ir^) 
nomi      jjj  Ë^ ,  y  i 
nagara  '^,  •:^;5ir^ 

dutu      ^.3fe.-/7 


et  estera. 

disjonctif  :  quant  à;  se  met  après  un 
nom ,  un  verbe ,  une  autre  particule , 
toute  une  phrase. 

i'   conjonctif:  aussi,  même;  répété  et  avec 
un  négatif,  il  équivaut  à  ni . . .  ni  ; 
^^ ,  n'importe  qui,  et  avec  un  né- 
gatif, personne, 
dubitatif:  |||;^,  qudqu'un. 

emphatique,  insiste  sur  un  mot  ou 
une  phrase  qui  précèdent. 

même,  si  peu  que  ce  soit,  seidement 
(plutôt  avec  le  sujet). 

même  sens  (avec  le  complément  indi- 
rect). 

même  sens  (avec  le  complément  di- 
rect). 

seulement. 

même  sens,  à  la  fin  d'une  phrase. 

tel  que,  sans  changement. 

à  la  fois. 


250 


SEPTEMBRE-OCTOBRIi   1897. 


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LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


251 


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252 


SKPTEMHRE-OCTOBRK  1897. 


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LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


253 


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254 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


Tableau  VI. 


EXPRESSIONS  AUXILIAIRES. 
(N.  B.  Voir  le  N.  B.  du  tableau  lU.) 

a.  Suffixes  composés  correspondant  à  des  conjonc- 
tions, prépositions,  etc. 


no  tohori  /^^  /h * ») 


ni  oite 
ni  okeru 
ni  site 
ni  tuite 
ni  tuki 
ni  tuki 
tuke,  duke 

ni  yori 
ni  yorite 

yorite 

taru,    ri    (to 
aru) 

to  site 
tote 

wo  site 
wo  motite 


iJir 


comme /diaprés  (se  met  aussi 
après  un  participe). 

locatif;  sujet. 

comme,  en  quidité  de. 

en  raison  de. 

locatif. 

au  sujet  de,  en  raison  de. 

à  la  date  de  (après  un  sulMtan- 
tif ,  sans  marque  de  caf). 

conformément  à. 


en  conséquence, 

être  :  ex.  ^  J^^?^  ^.  «y» 
zin  tara  hko,  un  homme  qui 
est  maître. 

comme,  en  qualité  de. 

disant  que,  admettant  que, 
supposé  que. 

en  ce  qui  concerne;  sujet. 
au  moyen  de,  par  suite  de. 


b.  Substantifs  jouant  le  rôle  de  conjonctions  et 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  255 

substantifs  auxiliaires  (ils  sont  précédé^  soit  de  no, 
soit  dun  participe). 


ahida 

FaT.rty 

en    (avec    participe    présent); 
comme. 

uhe 
omomuki 

en  sus  de,  après  avoir, 
le  sens ,  la  teneur. 

kata 

gi 
koto 

le  fait  de  (précédé  directement 
d'un  mot  composé  chinois). 

quant  à  Taffaire. 

la  chose  de,  le  fait  de. 

sai 
si  dai 

lorsque,  au  cas  de. 

en  suite  de,  en  conformité  de. 

sein 
dan 

deu 

lorsque,  au  cas  de. 

quant  à  l'affaire;  jjfj  ^  ,  hono 

dan,  pour  cette  fois, 
comme,  en. 

loki 

tokoro 

hadu 

lorsque, 
comme. 

nécessité ,     nécessairement ,    il 
faut  (  souvent  ^  =: ,  hadu  ni  ) . 

mune 

if.  Aï 

le  sens,  la  teneur. 

yau 

«l.^^ 

de  façon  à. 

C,   Verb( 

îs  auxiliaires,  etc. 

asohasu,  si 

ahi  naru,  ri 
katagata 

kanuru,  ne 

honorifique,  appliqué  fréquem- 
ment à  riilmpereur. 
devenir,  faire. 

à  cette  occasion,  je  saisis  celte 

occasion  pour, 
il  est  difficile  de. 

go  za 

(suivi   de  aru  ouf 
de  5aAaraAu.  )    [ 

honorifique. 

gozaru,  ri 
sahurahu,  hi 

verbe  honorifique  ;  ^^l  ^  ^ , 

'jBI  ^<^  dil ,       sahnrahedomo , 
mode  concessif  du  même. 


256 
tamahu,  lii 

todoku,  ki 
todokuru,  ke 
naki,  ku 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


mausu,  SI 
masu,  si 
masuru,  se 


hatamata  jf(  31*  /^^('^^E 


^ 


verbe  honorifique  appliqué  sur- 
tout à  l^Empereur. 

atteindre,  avoir  Teffei. 

faire  atteindre,  informer. 

il  n*y  a  pas  (négatif  de  ^7t 

aru),  El.  î  ^  jj^.  ^ore  no- 

ku,  il  ii*y  a'  pas  le  fui  de; 

j^  j^,  kore  ari,  il  y  a  le 

fait  de). 

d'autre  part;  sert  à  introduire 
une  nouvdle  question. 

dire;  auxiliaire  honorifique, 
auxiliaire  honorifique. 


INDEX    ALPHABl^TIQUE   DES   PARTICULES   ET   TERMINAISONS 

CITÉES  DANS  LES  TABLEAUX. 


ahida 

tabl.  VI.  b 

H.o'^  *r.  ^"OK 

ahi  naru 

tabl.  VI.  c 

*  jA^^»  *  jA  ^ 

aku 

tabl.  III,  c«  participe 

r^.  o< 

aru 

tabl.  VI,  c 

;f  ;l.  #  à 

asobasu 

tabL  VI.  c 

ai^.*^ 

b 

voir  aussi  k  pour  les  mots  avec  b 
initial. 

ba 

tabl.  IV,  a,  2*  base.  4' base.  5*  base 

#./^.  tt 

bakari 

tabl.  IV.  b 

tf*  Aif^if  }it  ♦  •! 

baya 

tabl.  IV.  o,  4*  base 

A't,  tt  4» 

beki 

tabl.  ITI.  a,  participe 

^^,'^é 

d 

voir  aussi  t  pour  les  mots  avec  c/ 
initial. 

damo 

tabl.  IV.  b 

^^*  K  ♦ 

dan 

tabL  VI.  6 

S,  ^v.  K/L 

dani 

tabl.  IV.  b 

j^,^-.  *f  * 

de 

tabl.  III,  d,  indéfini 

f*.  t 

tabl.  IV,  b 

id,,  id. 

deu 

do 

domo 

dutu 


garu 
gâta 

g» 

go  za 
gozaru 

ba 


hadu 

hatamata 

he 


hi 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 

tabl.  VI,6  j^'T*^'    1:    ^ 

tabl.  IV,  a,  5*  base  K»    ^ 

tabl.  IV,  o,  5*  base  h'^,  îe.  ^ 

tabi.  IV,  b  id,y  id,,  id. 

tabl.  IV.  i  ^,  jlg,  r9.   ^^ 


257 


bu 


tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  1 ,  2*  d. ,  2*  conj. ,  indéfini ,  né- 
gatif, impératif  (  pour  ye  ) 

voir  aussi  k  pour  les  mots  avec  g 
initial. 

tabl.  IV,  b 

tabl.  II,  c 

tebl.  IV,  b 

tabl.  VI,  b 

tabl.  VI,  ç 


tabl.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  négatif 

tabl.  IV,  a,  2*  base 

tabl.  IV,  b  (niha) 

tabl.  IV,  b 

tabl.  VI,  i 

tabl.  VI,  c 

tabl.  I,   2*  cl.,    i"  conj.,   parfait, 
impératif 

tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  IV,  b 

tabl.  I,  2*  cl.,  i'*  conj.,  indéfini 

tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  I,  2*  cl.,  3*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  I,  2*  cl.,   i"  conj.,  conclusif, 
participe 


X,  X. 


la  M' Xi'  3¥.  <^  * 

id,,  id.,  ^ 
id,,  id,,  id, 
id,,  id,,  id, 

S*.  /^^.  \U  -> 

id,,  id, 
id,,  id, 

b.  CA 
id.,  id, 

id,,  id, 
7»  ^ 


258  SKPTEMBRE.OCTOBRE  1897. 

hu  labl.  I,  2*  d. ,  2*  conj.,  conclusif  7  i    .^-v 

hure  tabl.  1,  2*  cl. ,  2*  conj.,  parfait  ^v^i  .^   v 

huru  tabl.  I,  2*  cl. ,  2'  conj.,  participe  y)L,  ^  ^ 

i                      tabl.  I,  2*cl. ,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  (pour  j/)  >f ,  y} 

tabl.  I,  2'  cl.,  y  coûj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  iiL,  iL 

inaya  tabl.  IV,  a,  1"  base  §,  -f-^-Y,   vp  j^  -<» 

ka  tabl.  I,  2*  cl.,  1'"  conj.,  négatif  H; ,    b 

tabl.  IV,  a,  3'  base  id.,   ^  ,     t 

tabl.  IV,  b  id.,  id.,    b 

kanuru  tabl.  VI,  c  ^;t 

kara  tabl.  IV,  a,  V  base  irj ,    ^    l, 

tabl.  IV,  h  ic/.,   g,    0 

kato  tebl.  VI,  i  if  *  i;  ^ .    b  fi 

katogata         toW.  VI ,  c  ^ ,    »  *i    y  *^ 

ke  tabl.   I,    2*  cl.,   1"  conj.,  parfait, 

impératif  ^ ,   Vf 

tabl.  I,  2*  cl. ,  2*  conj. ,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  id.,  id, 

tabl.  Uly  b,  négatif  id. ,  id. 

kert*  tabl.  I,  1"  cl.,  parfait  ^v,   )i   v 

tabl.  m ,  6 ,  parfait  id. ,       id, 

keru  tabl.  III,  6,  participe  ^;t»  ^  ^ 

ki  tabl.  1 ,  1  "  cl. ,  participe  ^  ,   J 

tabl.  I,  2*  cl.,  i*"'  conj.,  indéfini  id.,  id, 

tabl.  I,  2*  eJ,,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  id.,  id. 

tabl.  I,  2*  cl.,  3*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  id.,  id, 

tabl.  I,  2*  cl.,  irrégulier,  indéfini  id.,  id. 

tabl.  III,  b,  conclusif  id.,  id, 

ko  tabl.  I,    2*  cl.,   irrégulier,  négatif, 

impératif  jJS  ,  3  ,    4 

koso  ubl.  IV,  ^  ny ,   4  ^ 


LECTlRE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 


250 


koto 
ku 


kure 
kuru 


ma 

made 

maru 

înasu 

masuru 

mausu 

maziki 

me 


meru 
mi 


mo 

motite 
mu 


mune 


labl.  VI,  b 

tabl.  I,  i"*  cl.,  indéfini,  négatif 

tabi.1,   2'  cL,   i"  conj.,  conclusif, 
participe 

tabi.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  conclusif 

tabl,  I,,2'  cl.,  irrégulier,  conclusif 

tabl.  I,  2'  cl. ,  2'  conj.,  parfait 

tabl.  1 ,  2*  cl. ,  irrégulier,  parfait 

tabl.  I,  2*. cl.,  2*  conj.,  participe 

labl.  I,  2*  cl.,  irréguiier,  participe 

tabl.  I,  2"  cl.,  i"  conj.,  négatif 

tabl.  IV,  h 

tabl.  II,  c 

tabl.  VI,  c 

tebl.  VI,c. 

tabl.  VI,  c 

tabl.  III,  a,  participe 

tabl.   I,    2*  cl.,   1"   conj.,   parfait, 
impératif 

tabl.  1 ,  2*  cl. ,  2*  conj. ,  indéHni ,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  III,  a ^  participe 

tabl.  I,  2*  cl.,  i"*  conj.,  indéfini 

tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  I,  2*  cl.,  3"  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif 

tabl.  IV,  a,  2*  base,  3*  base 

Ubl.lV,  6 

tobl.  VI,a 

tabl.  I,  2*  d.,   !*•  conj.,  conclusif, 
participe 

tabl.  I,  2'  cl.,  2*  conj.,  conclusif 

tabl.  II,  c 

tabl.  III,  (/,  participe 

tabl.  VI.  6 


^,  < 

id,,  id, 
id,,  id. 
id,,  id, 

id, ,        id, 

-^.  t. 

id,,  id, 

a,  V 

id,,  id„ 


id.. 

a. 

4 

t, 

t 

id.. 

^, 

t 

.W 

.^r 

,  tf  T, 

^Vf 

A. 

c 

id,. 

id. 

id.. 

id. 

id,. 

id. 

A^ 

-w^ 

V  Sfc. 

2Ô0  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

mure  tabl.  I,  2*  cl.,  a'conj,,  parfait  /^v,   v  v 

muni  tabl.  I,  a*  cl.,  a' conj. ,  participe  A;t,   o  ^ 

tabl.n,c  W.,       id. 

n  tabl.  III,  d,  participe  y,   A, 

na  tabl.  I,  a*  cl.,  irrégulier,  négatif  ■^,    4> 

tabl.  IV,  a,  3'  base  irf.,  id. 

nado  tabl.  IV,  6  ^|.»,  ^,  ^,   4,    Ç. 

nagara  tabl.  IV,  a,  a'  base  ■^:;y'? ,  '^ï    4»    *"    I? 

tabl.  IV,  i  û/.,        iW.,         iV. 

naki  tabl.  VI,  c  ^+»:^+'^» 

nari  tabl.  III,  a,  conclusif  .|j^,  ■^»J,    4  ») 

naru  tabl.  lU ,  a ,  participe  ^;L,    ^  /^ 

ne                  tabl.  I,  a*  cl.,  a*  conj.,  indéGni,  né- 
gatif, impératif  jj:,  îb, 

Ubl.  I,  a'  cl.,  irrégulier,  impératif  id,,  id, 
tabl.  m,  rf,  parfait  jd.,  ^,  t^ 
ni                   tabl.  I,  a'  d.,  3*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  -,  «9» 

tabl.  I ,  a*  d. ,  irrégulier,  indéfini  id, ,  id, 

tabl.  IV,  a,  3«base  lU,  id. 

labl.IV,  6  y.,  ]R,4. 

ni  ha  tabl.  IV,  6  =./%,  s.^ ,  *  Vl 

nite  tabl.  IV,  6  zs-f-,  4»  t 

no  tabl.  IV,  6  >'  »  j^  »    *^ 

nomi  tabl.  IV,  6  /'S,  Bff  R,    *^   * 

nu  tabl.  I,  a'  d.,  a'  conj.,  conclusif  5I ,   ^ 

tabl.  I,  a*  cl.,  irrégulier,  conclusif  id,,  id, 

tabl.  IIl,  (Z,  participe  id,,  /fi,   ^ 

nure  tabl.  I.  a'  d..  a*  conj.,  parfait  JLy^,   4^  %^ 

tabl.  1.  a*  cl.,  irrégulier,  parfait  id,,       id. 

nuru  tabl.  I,  a"  d.,  a*  conj.,  participe  JLjl,   i^  h 

tabl.  I,  a*  d.,  irrégulier,  participe  vd,,       id, 

tabl.  m,  b,  participe  id.,       id. 

oite  tabl.  VI,  o  jjj^f 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CfflNOTS. 


261 


okeru 

tabl.  VI,o 

jR^i- 

omomuki 

taW.  VI ,  b 

m 

ra 

tahl.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  négatif 

9.    1. 

tabl.  1 ,  2*  cl. ,  irrégulier,  négatif 

id. ,  id. 

tabl.  IV.  b 

id.,^.    h 

ramu 
ran 

!   tabl.  m ,  a ,  participe                          ! 

raruru 

tabl.  II,  6^  potentiel 

=?^^;^.  a 

rasi 

tabl.  III,  a  «  condusif 

^t-,  io 

re 

tabl.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  parfait,  im- 

pératif 

V 

tabl.  I,  2*  cl.,   2*  conj.  (ure,  hure. 

sure,  etc.) 

id. 

tabl.  I,   2*  cl.,   2*  conj.,  indéfini, 

négatif,  impératif 

id. 

tabl.  I,  2*  d. ,  3*  conj.,  parfait 

id. 

tabl.  I,    2*  d. ,    irrégulier,  parfait. 

impératif 

id. 

tabl.  I,  2*  cl.,  irrégulier  (nure,  hure. 

sure) 

id. 

ri 

tabl.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  indéfmi 
tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 

») 

gatif,  impératif 

id. 

tabl.  I,  2*  cl.,  irrégulier,  conclusif, 

indéfini 

id. 

ru 

tabl.  I,  2*  d..  i"  conj.,  conclusif, 

participe 

;t,  « 

tabl.  I,   2*  d.,   2*  conj.  (uiii,  kuru. 

snru) 

id.,  id. 

tabl.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  conclusif 

id.,  id. 

tabl,  I,   2*  cl,,  3*  conj.,  conclusif. 

paiticipe 

id,,  id. 

tabl.    I,    2*    cl,,    irrégulier,   parti- 

cipe 

id.,  id. 

tabl.   I,    2*  d. ,    irfégulier    (niiru. 

faim,  sura 

id.,  id. 

tabl.  III,  e,  participe 

id.,  id. 

X. 


i8 


262 

mire 
ruru 


sa 

sahe 

sahurahu 

sai 

sasuru 

se 


sesiniuru 

setu 

si 


si  dai 

sika 

siinuru 

site 

siyu 

su 


sura 
sure 

suru 


SEPTE>1BRE-0CT0BRE  1897. 

labl.  I,  2*  d. ,  2*  conj.,  parfait  ^l'-v^.    j^    v^ 

tabl.  I,  2'd. ,  2*  conj.,  participe  ;t;t,    J^  6 

tabl.  Il,  b,  potentiel  id, ,       id, ,     ^ 


tabl.  J,  2*  d.,  i"  conj..  négatif 

tabl.  IV,  b 

tabl.  VI,  c 

tabl.  VI,  A 

tabl.  II,  6,  causatif 

taW.  I,    5*  cl. ,    i"   conj.,  parfait, 
impératif 

tabl.  I,  2'  cl,,  2* conj.,  indéfiÎDi,  né- 
gatif, impératif 

tabl,  l,    2*  cl.,  irrégulier,  négatif, 
impératif 

tabl.  III ,  b,  négatif 

tabl.  U,  b,  causatif 

tabl.  VI,  6 

tabl.  I,  i"  cl.,  condusif 

tabl.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  indéfini 

tabl.  I,  2*  cl.,  irrégulier,  indéfini 

tabl.  III,  bt  participe 

tabl.  VI,  b 

labl.  III,  b,  parfait 

tabl.  II,  6,  causatif 

tabl.  VI,  a  [ni  site,  tu  sitr ,  wo  site) 

tabl.  IV,  b 

tabl.  I,  2*  cl.,   i"  conj,,  conclusif, 
participe 

tabl.  I,  2*  d. ,  2*  conj.,  conclusif 

tabl.  I,  2*  d.,  irrégulicr,  condusif 

tabl.  IV,  b 

tabl.  ï,  2*  cl.,  2*  conj.,  parfait 

tabl.  I,  2'  cl.,  irrégulier,  parfait 

tabl.  I,  2*  d.,  2*  conj.,  participe 

tabl.  J,  2*  cl.,  irrégulicr,  participe 

tabl.  Il,  b,  causatif 


id.,  id, 

id. ,  id. 
id, ,  id, 

lit 

V,  1 

id.,  id, 
id,,  id, 
ui,,  id, 

Vif,  I  o 

vt.  y ,  I   t 

m 

id,.,  id, 
id,,  id. 

id. ,       id, 

id.,  ^ 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS. 

soa 

ta 

taW.  I,  2*  cl.,  i"  conj.,  négatif 

^.K         .. 

^ 

taki 

labl.  m,  b,  participe 

*  +  »Jft* 

tamahu 

tabl.  VI .  c 

^-^y^Hè^^ 

Ï7     - 

taru 

labl.  m ,- 6  /  participe          . 

5r;t,  *r  ib'  • 

V    *  • 

labl.  VI.  a 

id.,       id,' 

lati 

labl.  IV,  b 

5«^.if,  ti 

h 

le 

tabl.   I,   2*  cl.,    i"   conj.,  parfait. 

T.. 

impératif 

■7^."t'     • 

taW.  I,  2*  cl.,  2*  conj.,  indéfini,  né- 

gatif, impératif 

id.,  id. 

labl.  lïl,  6,  indéfini,  négatif 

id,,  id,       ;■ , 

«tf    < 

tabl.  IV,  b  (nite) 

id,,  id. 

ti 

labl.  I,  2'  cl.,  i"  conj.,  indéfini 

^  .    t> 

labl.  I,  2'  cl. ,  2" conj.,  indéfini,  né- 

.> •• 

gatif,  in^pératif 

id,,  id. 

lo 

labl.    JV,    a,    1"    base,    3'    base. 

5'  base 

h.    { 

labl.  IV,  b 

ic/.,  ^.     5 

todoku 

labl.  VI,  c 

JS^ 

todokuru 

tabl.  VI,  c 

JS^^^ 

•   ! 

tohori 

iabl.  VI,a 

mr 

to  ihedomo 

labl.  IV.  a,  1"  base,  V  base 

>>f--h'%,  h 

11% 

loki 

labl.  VI ,  b 

fl#.  K+»  ■\ 

.  »=.    5  * 

tokoro 

tabl.  VI,  J 

j^,^,  hnit   ' 

tomo 

tabl.  IV,  0,  1"  base,  2*  base 

ht,  )e,^ 

•" 

lotc 

tobl.VI,a 

hrv    Ç  1 

lu 

labl.  ï,  2'  d.,   i""*  conj.,   conciusif, 

participe 

^.  r> 

labl.  I,  2*  ci.,  2'  conj.,  conciusif 

id.,  id. 

tuile 

labl.  VI ,  a 

VAr.  m^ 

tuke 

labl.  Vï.  a 

m-^^ 

tuki 

tabl.  VI,  a 

#*•  «t*' 

# 

tupe 

tabL  I,  2*  d.,  2*  conj.,  parfait 

7 v,  ^  • 

luru 

labl.  I,  ■2*  d.,  2'  conj.,  participe 

-7;t,  ^  >b 

tabl.  lU,  6,  partici|M^. 

id, ,       id. 

u 


labl.l,  2'cL,  2*  conj.,  conciusif  '^»  ^, 


5 


18 


yorite 


264  SEPTBMBRE-OCTOBRE  1897. 

u  tabl.  I,   a*  d.,   a*  çonj.,  condusif 

(pouruitt)  ^,    1 

uhe  tabl.  VI,  i  ^^.  Jl 

ure  tabi.  I,  a*  d.,  a*  conj.,  parfait  ^v,    5    v 

tabl.  I ,  a'  d. ,  a*  conj. ,  parfait  (pour 

wure)  id»,       id» 

upu  tabl.  I,  a*  d. ,  a*  conj.,  paptidpe  ^;t,    5    6 

tabl.  I,   a"  d.,  a*  conj.,  participe 

( pour  wura )  id»,        id, 

va  cf.  Ao  />,  Vl 

we                 tabl.  I,  a*  d.,  a*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  X*  i, 

wi                  tabl.  I,  a*  cl.,  3*  conj.,  indéfini,  né- 
gatif, impératif  # .  ^  ,  A 

wo  tabl.  IV,  a,  3'  base  ^»  ^     ^ 

tabl.  IV,  h  id,,  id.,  id, 

ya  tabl.  IV,  a,  i"  base  ^^  ^*  M*  JH*   ^ 

tabl.  IV^  a»  k"  base  [baya)  id,,  id, 

tabl.  IV.  h  id.,  id, 

yt  inaya         tabl.  IV,  a,  i"  base  Y-f -^-Y,  Y 5 

yau  tabl.  VI,  b  Y^.  H»  4»  1 

yo  tabl.  I,  a*  cl.,  a' conj.,  impératif  3,    ( 

tabl.  I,  a*  cl.,  3*  conj.,  impératif  id,,  id. 

tabl.    I,    a'  cl.,    irrégulier,    impé- 
ratif id.t  id. 

tabl.  IV.  b  id.,  id. 

yori  tabl.  IV,  i  3»J,|jg,  g,    (  »j 

tabl.  VI,  a  id.,  ^ 

tabl.  VI,  a  J3.,r,«^,H.*^ 

yu  tabl.  I,  a*  d.,  a*  conj.,  condusif  i,  l^ 

yure  tabl.  I,  a*  cl.,  a*  conj.,  parfait  iv.   I^^v 

yuru  tabl.  I,  a*  d.,  a*  conj.,  participe  x;t,  19^  ^ 


,  • 


LECTURE  JAPONAISE  DU  CHINOIS.  265 

z  voir  aussi  s  pour  les   mots  avec  z 

initid 

zaru  tabl.  III,  (2^  participe  t^7t,   ^  6 

ti  tabl.  Ul^  d,  participe  vA.    ^ 

20  taW.IVj  r*  V 

<u  tabl.  III,  d,  conclusif  indéfini,  né- 

gatif ^;  ^.  > 


266  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


DE  LA  PARTIE  COMMUNE 

DES   PÂDAS   DE    11    ET   DE    12    SYLLABES 
DANS  LE  M  AND  AL  A  III  DU  RGVEDA, 


PAR 

M.  A.  MEILLET. 


La  forme  de  la  ftn  des  pâdas  de  tristubhs  et  de  ja- 
gatïs  est  fixe  et  n*appeUe  pas  d*obsen'ations  nouvelles. 
Les  sept  premières  syllabes  sont  beaucoup  plus  libres 
et  y  n  a  pas  paru  inutile  de  chercher  à  préciser  et  com- 
pléter par  une  statistique  portant  sur  un  maiidala 
entier  —  le  troisième  —  les  observations  consignées 
dans  les  prolégomènes  de  l'édition  du  Çgveda  de 
M.  Oldenberg,  p.  42  et  suiv. 

Les  résultats  obtenus  jusqu'à  présent  conduisent 
à  montrer  l'importance  de  la  coupe  et  à  faire  ressortir 
la  tendance  à  une  certaine  régularité  dans  l'emploi  des 
quantités  longues  et  brèves  :  c'est  donc  en  étudiant 
à  part  chacun  des  deux  types  de  coupes  et  en  fixant 
la  quantité  dans  ces  deux  cas  qu'on  a  chance  d'ajouter 
quelques  faits  nouveaux  à  ceux  qui  sont  déjà  connus. 
Des  sept  syllabes  considérées  ici ,  la  première  seule 
a  une  quantité  indifiFérente  dans  tous  les  cas;  dans 


DES  PADAS  de  h  et  de  12  SYLLABES.    267 

loules  les  autres,  une  préférence  pour  la  longue  ou 
pour  la  brève  s  accuse  d'une  manière  plus  ou  moins 
nette.  ' 

Tous  les  pâdas  de  1 1  ou  de  1 2  syllabes  présentent 
une  coupe  soit  après  4 ,  soit  après  5  syllabes.  On  n  a 
constaté  dans  le  mandala  III  que  S  exceptions  :  16, 
6  c  —  53,  2  d  —  58,7  a.  Dans  les  3 ,  la  6*  syl- 
labe est  longue  et  la  y''  brève  et  ce  trochée  est  pré- 
cédé d  un  autre  trochée  ;  16,  6  c  est  un  pâda  de 
satobfhati  et  peut  être  considéré  comme  ayant  sa 
coupe  après  8  syllabes  (Grassmann,  K.  Z.,  XVI, 
I  78  n.  et  CHdenberg,  toc.  cit.^  p.  1 1 1  et  suiv.);  les 
deux  autres  ont  aussi  une  coupe  après  8. 


I 


Quand  la  coupe  est  après  k ,  les  syllabes  5 ,  6  et 
7  ont  lune  des  k  formes  s*v>^,  .^s^-,  wv*s^,  -^^fc>. 
Suivant  cette  règle  générale,  la  2"  syllabe  après  la 
coupe  est  brève;  les  types  v^, — .,  .^--,,  w-s^,  --^ 
sont  donc  exceptionnels.  En  fait  on  rencontre  : 

1°  , — .-  2  fois  :  1 6,  3  c  (avec  coupe  après  8  sui- 
vant l'observation  de  Grassmann  citée  plus  haut  : 
cf.  16,  6  (?)  et  18,  Ix  c  (pour  introduire  la  nom 
propre  viçvàmitr^sn)\  • 

2"  — yj  2  fois  :  4,  4  cî  et  4,  8  c;  le  second 
exemple  est  amené  par  la  nécessité  de  faire  entrer  le 
mot  sârasvatébhir  (nom  propre)  dans  le  mouvement 


208  SKPTEMRRE-OCTOBRE  1897. 

général  de  la  strophe;  quant  k  U,  à  d  on  y  Mi  devà- 
vyacâ\  il  ny  a  pas  lieu  de  rappeler  ici  Tanomalie  de 
V,  1 ,  1 2  d  où  il  faut  sans  doute  lire  amvàhcant  au 
lieu  de  nruvyàhcam,  car,  comme  le  montre  le  fé- 
minin arûct,  le  masculin  uravyàhc^  wravyàc-  est 
ime  corruption  de  uravahe-  sotis  Imfluence  de  wror 
vydcas-\ 

3®  ^J —  9  fois  (en  ne  tenant  pas  compte  de  i4, 
1  (2  où  on  lira  prthv[ijyâm  au  lieu  de  prthivyAm)  : 
il,  8  d  peut  être  éliminé  en  lisant  amacan  au  iieu 
de  amahcan  et  36,  i  d  en  lisant  mahàbKih [cf.  VU, 
37,  1)  au  lieu  de  mahddbhih  (on  corrigera  dé  même 

IV,  4 1 ,  2  d) ;  il  reste  3o,  i5  c  —  35,9  c  —  53, 
2 1  d  (dans  ces  3  exemples  on  pourrait  aussi  couper 
après  5,  ce  qui  produirait  une  forme  également 
anomale)  - —  2,  Ix  a  (cf.  une  anomalie  provoquée 
par  le  même  participe  sanisyànt-  dans  le  même 
hymne  2 ,  3  d,  et  de  plus  IX,  90,  1  —  IV,  20,  3=^ 

V,  3 1 ,  11  [subjonctif]  ;  il  faut  lire  sanis-  au  lieu  de 
sanisy-  dans  tous  ces  passages ,  d'après  une  variante 
fournie  par  le  Sâmaveda  pour  IX,  90,  1)  —  ai, 
5  c  (dans  un  hymne  liturgique  de  forme  très  parti- 
culière et  qui  présente  d'autres  anomalies  métriques) 
—  2  2,3c  [parAstât\  sur  1 2  pâdas,  le  même  hymne 
présente  une  autre  anomalie  dans  1  a)  —  33,  12  d 
[prnàdhvam)  ; 

4"  sj-yj  10  fois;  cette  forme  se  trouve  surtout 
dans  les  hymnes  où  la  forme  -  sj  des  syllabes  6  et  7 


PES  PADAS  de  11  ET  DE  12  SYLLABES.  26Q 

est  fréquente  lorsque  le  pâda  est  coupé  après  5  ;  c  est 
la  preuve  d  une  tendance  au  rythme  ianibique  (voir 
Kûhnau,  Die  tristabh-jagatï  familie ,  p.  78).  On  a 
1,  i5  c  [mimîhi);  mais  on  peut  lire  mlmihi,  cf. 
didihi  et  didihi  (Wackernagel,  Altindische  gramm., 
I,  p.  à'])  —  1*  17  c  [avâsayo;  si  Ton  admet 
une  coupe  après  Taugment,  le  pâda  est  correct): 
l'hymne  I  a  9  exemples  de  la  forme  -  sj  pour  les 
syllabes  6  et  7,  contre  89  de  ^j^j,  proportion  plus 
élevée  que  la  moyenne  —  ilx,  ']  ci  (kavikrato;  cf. 
plus  bas  l'observation  à  propos  de  i4,  6  c)  —  19, 
2  a  [havismatim)  —  q6,  6  a  [ganàrn  ganam,  ano- 
malie appelée  par  le  mouvement  de  la  phrase  et  le 
parallélisme  de  vrâtam  vrâtam  qui  commence  le 
pâda)  —  43,  3  a  [namovrdham)  —  li'j,  1  b  [anas- 
vadhàm)  :  dans  ces  5  derniers  cas  il  y  a  une  coupe 
secondaire  entre  la  6®  et  la  7®  syllabe  —  ïli,  6  c 
[sahasrinam;  le  type  -v>  se  trouve  dans  6  autres 
pâdas  (lu  même  hymne  coupés  après  5 ,  et  s^  v>  dans 
9  seulement)  —  34,8a  [vàrenyam)  dans  un  hymne 
où  la  forme  _  v>  après  5  manque  absolument  et  où 
rien  ne  fait  attendre  une  anomalie  quelconque. 

Les  autres  cas  où  la  coupe  est  après  4  se  répar- 
tissent de  la  manière  suivante ,  en  tenant  compte  à 
la  fois  de  la  quantité  des  trois  syllabes  qui  précèdent 
la  coupe  et  des  trois  qui  la  suivent.  (Le  nombre 
des  cas  reconnus  ici  de  la  forme  -  v^  »-»  après  la  coupe 
est  un  minimum,  parce  que  les  exemples  —  peu 
nombreux  —  qui  comportent  une  coupe ,  même  très 


270  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

faible,  entre  la  longue  et  les  deux  brèves  ont  été 
attribués  à  la  coupe  après  5  ). 

—  —  N^—       \>  o  —        208  il  — o—       —  \^—  g5. 

^ v>v._     i4i         ^ -o-  64 

^  ^   \J   \J  V»«u>—  95  ^  ^  KJ    KJ  ^    KJ    ^  2^ 

^ Kj     *u»  *u»  —       5o         — ^     —  \j  —  54 

Hvo—     oo^       ]i3         ^oo—    ^v^         ^ 


492  348. 

^-.  — -.     \j  KJ  Kj       4o         — —    — wv       i5 

^  \j  \j  ^       KJ  yj  yj  3  ^uv^.^       «.ou  I 


108  il 

soit  un  total  de  889  exemples  pour  les  quatre  type». 

En  ce  qui  concerne  les  proportions  numériques 
des  quatre  cas,  cette  statistique  confirme  simplement 
celles  que  Ton  a  déjà  faites  (voir  CMdenberg,  Die  hym- 
nen,  I,  p.  87  et  suiv.). 

Si  Ton  tient  compte  de  la  fréquence  du  dactyle 
dans  la  langue,  on  voit  que  le  dactyle  après  la  coupe 
est  nettement  évité.  11  est  curieux  que  1 9  des  exem* 
pies  présentent  ime  coupe  plus  ou  moins  intense 
entre  les  deux  brèves  du  dactyle,  par  exemple  ya^ 


DES  PADAS  de  11  et  de  12  SYLLABES.  271 

nàin  avanta  8,8;  apsusàdam  3,5.  —  Dans  3  cas  il 
serait  peut-être  permis  de  couper  après  la  longue ,  ce 
qui  ferait  rentrer  ces  pâdas  dans  le  cas  de  la  coupe 
après  5  :  saamanasé  i,  21  d  (on notera  toutefois  que 
le  même  hymne ,  sur  Ix  2  exemples  de  la  coupe  après 
4  ,  a  deux  autres  dactyles ,  3  c  et  1 3  a ,  les  deux  fois 
pour  introduii^e  darvatàm  )  —  dardrhi  3o ,  21  a 
(pour  la  coupé  après  dar-  cf.  màr-mrjatcLs ,  IV,  2, 
1  9  d)  —  papraiha  6 1 ,  4  d.  D'une  manière  générale, 
le  dactyle  ne  peut  être  considéré  comme  une  ano- 
malie; car  il  ny  a  guère  d'hymne  un  peu  long  où 
Ton  n'en  rencontre  au  moins  un  ou  deux  exemples; 
mais  il  n'y  a  pas  non  plus  d'hymne  où  le  dactyle  soit 
recherché;  la  proportion  la  plus  forte  de  dactyles 
s'observe  dans  l'hymne  en  virâj  XXV  où  l'on  en  trouve 
3  exemples  sur  9  de  la  coupe  après  4  et  peut-être 
est-elle  due  à  un  simple  hasard. 

Les  proportions  des  quatre  types  ne  sont  pas  les 
mêmes  dans  tous  les  hymnes  ;  les  différences  ne  sont 
pas  assez  grandes  pour  qu'on  en  puisse  tirer  des 
conséquences  sûres,  mais  toutes  ne  semblent  pas 
fortuites. 


HYMNES. 


\J    \J    ^  ^    \J   .^  \J    \J    KJ  m^   \J    \J 


1 26  7  6  3 

II 1 3  11  1  o 

IV 11  4  3  2 

V 11  9  1  2 

VI 8  12  5  o 

XXIII. ...  1  7  1  1 

XXIX.. . .  10  5  9  o 


272 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


HYMNES. 

o  o  _ 

-^- 

\j  \j  \j 

m^  \j 

Jx/V  Jv  •  •  • 

36 

9 

8 

2 

XXXI. . . . 

4i 

8 

6 

I 

xxxn... 

i8 

8 

1 

4 

XXXIII,  . 

^7 

5 

4 

s 

XXXIV.  , 

i5 

5 

s 

o 

XXXVIII. 

9 

1 

2 

o 

XXXIX.  . 

lO 

8 

1 

o 

XLIIL... 

1 1 

1 

O 

1 

LIV 

36 

i8 

5 

1 

LV 

20 

9 

6 

1 

U  y  a  une  différence  de  proportion  très  sensible 
entre  I,  XXX,  XXXI,  XXXIII,  XLIIl  d'une  pari 
et  II,  V,  VI,  XXIII,  LIV,  LV  de  lautre. 


Quant  aux  quatre  syllabes  qui  précèdent  la  coupe, 
la  première  est  complètement  indifférente;  la  seconde 
est  le  plus  souvent  longue  (762  longues  ,187  brèves) , 
ainsi  que  la  quatrième  (706  longues,  i83  brèves). 
L'opposition  des  3/i4  cas  de  ii-c»-  et  des  q6o  de 

:± accuse  une  très  légère  préférence  de  la  brève 

à  la  3*  syllabe;  si  la  4'  syllabe  est  brève,  la  propor- 
tion change:  il  —  ^  92  fois,  ii-c»^  56  fois;  elle 
change  plus  encore  si  la  seconde  est  brève  :  :iv>--, 
77  fois,  ii^  v^-  25  fois;  enfin  on  a  27  ^kj^kJ  contre 
8  ::!  v^  v^  v^ .  Il  y  a ,  on  le  voit ,  des  types  plus  ou  moins 
fréquents  ou  plus  ou  moins  rares,  il  n  y  en  a  pas  qui 
semblent  être  absolument  évités. 

Les  types  à  2*^  et  à  4"  brève  appellent  quelques 
observations  ; 


DES  PADAS  de  11  et  de  12  SYLLABES.         273 

1®  On  sait  que,  dans  plusieurs  formes,  la  voyelle 
finale  est  brève  ou  longue  suivant  la  position  syn- 
tactique;  un  assez  grand  nombre  de  2*"  et  4"  brèves 
peuvent  être  remplacées  par  des  longues  dans  ces 
conditions;  par  exemple  6o,  2  c  on  peut  lire  yénâ 
hàri  au  lieu  deyénahàrï;  si  Ton  examine  les  5o  exem- 
ples de^ — v>  s^v>_,  on  voit  que  Ton  peut  lire  :  adro- 
ghénâ  i4,  6  d;  evânénà  ly,  2  c;  asmàbhyam  su  3o, 
2  1  d'y  viçvà  vedâ  3i,  8  b\  asmàkarn  su  ii,  ili  d;  â 
sihcasvà  k'],  i  c;  ahhi  syâmâ  i ,  i  6  d;  yàjisthenâ  1 4  , 
5  c  ;  pità  yàtrâ  3 1 ,  i  c  ;  idàm  cm  né  3 1 ,  g  c  ;  imàih  à 
5U  36,  1  a;  imà  asyâ  38,  5  b;  ûpa  prêta  53,  1 1  a; 
vàso  ràsvâ  5 y,  6  d  (cf.  Oldenberg,  Die  hymnen, 
409).  Dans  Tétat  actuel  du  texte,  le  nombre  des  2* 
et  4"  brèves  peut  donc  être  considéré  comme  étant 
plus  élevé  qu'il  n'était  en  réalité  au  point  de  vue 
des  auteurs  ; 

2®  La  substitution,  assez  fréquente  dans  les  fins 
de  pâdas  ,deov>iià-v^-  permet  de  se  demander  si , 
dans  aràn[i)yor  29,  2  a,  dans  sàm  sàhase  5i,  4  c 
ou  dans  hàrivate  5^ ,  7  fc,  le  groupe  v>  v>-  formé  par 
un  seul  mot  n'est  pas  en  quelque  mesure  un  équi- 
valent métrique  de  _  s^  -  (Oldenberg ,  loc.  cit. ,  p.  11); 

3®  Une  seconde  syllabe  brève  termine  le  plus 
souvent  un  mot  ou  du  moins  un  premier  terme  de 
composé;  ainsi,  sur  les  34  deuxièmes  brèves  du  type 
^yj —  v>s^-,  il  y  a  6  cas  seulement  de  2' brève  non 
fmale  de  mot  :5,7c  —  32,  6d  —  47,  5  t  — 
5i,  1  c  —  53,    10  d  —  58,  7  c.  De  plus  cette 


274  SEPTEMBRE-OCTOBBE  1897. 

brève  finale  est  souvent  la  finale  d'un  vocatif,  par 
exemple  35,  lo  indra  piba; 

Zi°  Certaines  anomalies  sont  appelées  par  le  mou- 
vement de  la  phrase,  ainsi  5 1 ,  2ei  : 

dkàmasàcam  ahhisàcam  svarvidam. 

Au  point  de  vue  de  l'histoire  de  ce  type  métrique , 
il  importe  de  signaler  le  fait  que  les  pâdas  coupés 
après  4  ont  très  souvent  —  environ  dans  les  deux 
tiers  des  cas  —  une  seconde  coupe  après  j  syllabes. 
Cette  coupe  secondaire  répond  à  la  coupe  principale 
de  quelques  strophes  de  TAvesta  (Gâthâ  Vahistôisti) 
et  rappelle  Thephtémimère  des  Grecs. 


II 

Quand  la  coupe  est  après  5  syllabes  (penthémi- 
mère  des  Grecs),  la  répartition  des  longues  et  des 
brèves  est  différente  à  quelques  égards  et  surtout 
beaucoup  plus  régulière. 

Les  syllabes  6  et  7  n  admettent  que  deux  formes 
normales  x>  o  et  -  o.  Les  types  «^  -  et  —  sont  très 
rares. 

Le  seul  exemple  sûr  de  —  est  6 ,  6  c 

àthd  vaha  devàn  deva  viçvàn 

OÙ  fanomalie  s'explique  par  la  recherche  du  rappro- 
chement de  devàn  et  deva.  Quant  à  2  2  ,  1  a 

ayiiin  s6  atjnir  yùsmin  sàniam  indrak 


D£S  PÂDAS  DE  11  ET  D£  12  SYLLABES.  275 

on  est  tenté  de  lire  yàsmi  =  zd  joàmi;  on  obtient 
ainsi  une  forme 


—    ^     S^     ^    m—  ^     \J     ^     \J     ^    ^ 


qui  peut  être  considérée  comme  anomale  en  prin- 
cipe, ainsi  qu'on  le  verra  plus  loin,  mais  qui  n'est 
pas  évitée  dans  les  hymnes  attribués  à  Gâthin  Kau- 
çika.  Il  faudrait  alors  lire  aussi  yàsmi  I,  lyA,  5  a. 
Toutefois  la  fin  de  mot  admise  ici  après  _  ^  est  en 
tout  cas  une  anomalie  (cf.  plus  bas,  p.  282). 

Les  exemples  de  s^  -  sont  :  2 ,  3  d  [sanisyànrif  cf. 
plus  haut,  p.  268)  —  5,76  (pour  rapprocher  açdn- 
tam  de  açânàh ,  ce  qui  entraîne  en  même  temps  une 
fin  de  pâda  anomale)  —  3o,  6  c,  amené  par  le  pa- 
rallélisme : 

jahi  pratïcà  anàcâh  pârâco 

—  3o,  9  d  (où  Ton  obtiendrait  peut-être  une  forme 
normale  en  supprimant  ihà], 

A  part  ces  exceptions  insignifiantes,  tous  les  exem 
pies  ont  la  forme  v  v^  ou  -  ^  pour  les  syllabes  6  et  7. 
On  a  : 

1°  Types  à  2*  et  /j*  longues  : 


\J  \J 

—  \j 

il-w 

263 

5 

\j 

199 

7 

i:-.v>-  yj 

139 

5i 

^  —  ., \J 

78 

52 

609        ii5 


276  SEPTEMBRE  OCTOBRE  1897. 

2°  Autres  types  : 


KJ  \J  ^m  yj 


-o i3 


o 


i:  Kj  —  o 

^   KJ   ^   KJ  .^ 


22  lO 

9  o 

iiwo-_  3 

^  «u»  w  _  v>  5 

^   ^    «^    V    O  ^ 


O 
2 
12  O 


2 
o_  12  1 


il o  o 


_1  v^  o   w  ^ 


1  3 


1  o 


2L    KJ    KJ    KJ    KJ  l  l 


85  22 


Ensemble  83 1. 


De  ces  chiffres  il  ressort  plusieurs  conclusions 
importantes  : 

1°  Les  syllabes  2  et  /»  sont  toutes  deux  longues 
dans  la  très  grande  majorité  des  cas;  quand,  par 
exception,  la  seconde  syllabe  est  brève,  la  troisième 
est  le  plus  souvent  longue  ; 

2°  Dans  le  type  ^  ^ ,  quand  les  syllabes  2  et  4 
sont  longues,  la  3*  syllabe  est  brève  4o2  fois, 
longue  207.  Dans  les  mêmes  conditions,  la  5*  syl- 
labe est  au  contraire  longue  892  fois,  brève  21 7. 
La  5®  longue  est  donc  à  peu  près  aussi  recherchée 
dans  ce  cas  que  la  3**  brève.  Quand  il  y  a  une  a* 


DES  PADAS  DE  11  ET  DE  12  SYLLABES.  577 

OU  une  4* brève,  la  5*  est  brève  dans  35  cas,  longue 
dans  5o.  La  proportion  des  5"  brèves  apparaîtra 
plus  faible  encore  si  Ton  note  que  la  quantité  de 
beaucoup  de  voyelles  finales  est  douteuse  ;  ainsi  on 
peut  lire  :  havemà  3o,  22  a  —  prchâ  38,  1  a  — 
jArasvâ  i,  'j  a  — àtrà  38,3a  —  yàhi  3 1 ,  1 9. c  — 
adyâ  1  4 ,  5  a  —  çagmyènd  3 1 ,  1  rf.  Cf.  les  exemples 
cités.  Die  Hymnen , -p.  [x  \  6  et  suiv.,  par  M.  Olden- 
berg  qui  les  suspecte  à  tort. 

La  5*  longue  est  recherchée  d'une  manière  toute 
particulière  dans  certains  hymnes.  Ainsi  dans 
f hymne  I,  très  remarquable  en  ce  sens  que  la  2*  et 
la  4*  syllabe  y  sont  toujours  longues  lorsque  la 
coupe  est  après  5 ,  la  5*^  syllabe  est  longue  devant 
w  o  dans  3o  cas,  brève  dans  9  ;  dans  fhymne  II,  où 
la  2*  et  la  4J  syllabe  sont  parfois  brèves,  la  préfé- 
rence pour /la  5*"  longue  est  beaucoup  moins  ac- 
cusée :  16  longues,  12  brèves.  Dans  Thymne  XIV, 
attribué  à  Rsabha,  on  a  en  levanche  3  longues  et 
6  brèves.  La  5^  longue  n'est  pas  non  plus  recherchée 
dans  les  hymnes  d'Utkïla  (XV  et  XVI)  :  7  longues, 
y  brèves.  Kata  évite  la  5*^  brève  :  dans  XVII,  8  lon- 
gues, 1  brève;  dans  XVIIl,  9  longues,  pas  de  brève. 
Gàthin  Kauçika,  au  contraire,  emploie  indifférem- 
ment la  5*  longue  ou  brève  :  dans  XIX,  5  longues, 
5  brèves;  dans  XX,  3  longues,  6  brèves;  dans  XXI , 
1  longue,  1  brève;  dans  XXII ^  1  brève,  pas  de 
longue. 

Partni  les  hymnes  attribués  à  Viçvâmitra ,  les  pro- 
portions sont  très  variables. 


19 


278  SEPTEMBRK^OCTOBRK    1897. 

Voici  quelques  chiffres  : 

HYMNES.         5'  LONGUE.   5*  BREVE. 


XXVI 

XXVIII  (inlerp.) 

XXIX.... 

XXX 

xxxu 

XXXIII 

XXXIV ...... 

XXXV 

XXXVI 

XXXIX 

LUI  (interp.)... 

LIV 

LV 

LVII 

l.Vlll 


Eii  somme,  la  5*  brève  nest  recherchée  nulle 
part;  dans  beaucoup  d'hymnes,  elle  est  évitée  avec 
plus  ou  moins  de  soin  ;  on  sait  que  la  5*  longue 
est  devenue  la  règle  par  la  suite; 

3°  Le  type  _  ^  s  oppose  nettement  au  précédent. 
Quand  les  syllabes  a  et  k  sont  longues,  la  3*  brève 
n'est  pi  recherchée  ni  évitée;  la  5*  syllabe  est  brève 
dans  103  exemples ,  longue  dans  12.  Quand  les  syl- 
labes 2  et  4  présentent  une  brève,  la  5*  longue 
se  trouve  i  fois,  la  5®  brève  21.  On  a  donc  au  total 
13  longues  et  12 U  brèves  :  rapprochée  des  propor- 
tions  très  différentes   du   cas  v>  kj  ,  cette  différence 


10 

7 

1 

d 

12 

8 

i5 

10 

1^ 

18 

>4. 

3 

1 1 

6 

il 

2 

»o, 

4 

h 

7 

16 

17 

20 

6 

18 

10 

7 

0 

7 

3 

DES  PADAS  DE   11  ET  DE   12  SYLLABES.  279 

ne  peut  être  tenue  pour  fortuite.  La  5*  brève,  évitée 
devant  kj  kj^  est  recherchée  devant  -  ^ . 

Il  convient  donc  d'examiner  de  près  les  1 3  cas 
de  5*"  longue  devant  -  ^ . 

Il  faut  tout  d'abord  éliminer  ilx ,  2  b  : 

rtàvas  tdhhyam  cétate  sahasvah 

O  »/  • 

en  lisant  tdbhya;  car,  dans  les  5  autres  exemples 
de  -o  que  présente  cet  hymne,  attribué  à  Rsabha, 
(en  regard  de  9  de  ^  v^),  on  a  la  S*"  brève. 

Trois  exemples  se  trouvent  dans  le  seul  hymne 
XXXIII,  où  en  revanche  la  .^*  brève  devant  -^ 
manque  entièrement  :  lauteur  de  cet  hymne,  qui 
occupe  à  tous  égards  une  place  à  part,  n'appliquait 
donc  pas  la  règle  de  la  5*  brève  devant  -  ^. 

L'hymne  XXI ,  qui  a  une  forme  toute  particulière 
(Bergaigne,  Recherches  sur  Vhistoire  de  la  liturgie, 
p.  18),  renferme  deux  exemples  à  peu  près  identiques 
l'un  à  l'autre  : 

1      stokànàm  ayne  medaso  ghrtàsya 
4     stokâso  agne  médaso  ghrtàsya. 

L'hymne  XIX  a  aussi  un  exemple  à  la  strophe  2  6, 
et  on  a  vu  plus  haut  (p.  275)  un  exemple  restitué 
dans  22,1a.  On  peut  donc  dire  que  l'auteur  des 
hymnes  XIX -XXII  (attribués  à  Gâthin  Kauçika) 
ignore  l'observance  particulière  de  la  5^  brève  devant 
-  w  qui  est  pratiquée  dans  la  plupart  des  autres 
hymnes  du  3*  mandala.  Il  faut  ajouter  l'auteur  des 
hymnes  XV   et  XVI,  attribués  à   Utkila  Kâtya,  et 

19. 


280  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

dont  la  versification  est  assez  négligée,  cur  on  lit  i  5  , 

1  6: 

hâdhasva  doisà  raksiio  âmîvâh, 

•  •  • 

Enfin  on  a  la  5*  longue  devant  -v»  dans  2,  5  </ 
(contre  4  fois  la  5®  brève)  : 

rudràm  yajnândm.  sâdhadistini  apàsâm 

li,llb: 

ûrdhvâ  çoctmsi  pràsthitâ  râjâmsi 

m 

(le  pâda  d  a  une  structure  anomale;  du  reste  on  est 
tenté  de  lire  prathità  ici  et  IX,  69  ,  8  d)  — -7,  10  d  .: 

krtâm  cid  énah  sàni  mahé  daçasya 

(contre  3  ibis  la  5*  brève  devant  _  v>  dans  le  même 
hymne)  —  5,  3  a  : 

ààliâyy  agiur  mànasîsa  viksà 

(on  pourrait  proposer  de  lire  dhAyi  et  manusyàsvL,  cf. 
I,  i48,  1  h).  Ces  k  derniers  cassent  tous  compris 
dans  les  1  2  premiers  hymnes  attribués  à  Viçvâmitra 
Gâthina,  lesquels  renferment  3o  exemples  de  la 
5*  brève  devant  -  ^ . 

Si  Ton  écarte  l'hymne  XXXIII ,  on  voit  que  les 
hymnes  attribues  à  Viçvâmitra  ne  renferment  pas  un 
seul  exemple  de  5*  longue  devant  -  ^  ;  car  on  ne  saurait 
compter  54,  i5  fc  : 

ubhé  à  paprau  i^dasi  niahitvà 

simple  formule  qui  se  retrouve  iV,  16,  5  t  et  VUl, 

2  5 ,  18  c.  Certains  hymnes  sont  très  caractéristiques; 


DES  PADAS  de  11  ET  DE  12  SYLLABES.  281 

ainsi  dans  XXXVIII  on  a  -/c»  o  g  fois,  yjjyj  yj  y  fois, 
w/_  yj  8  fois ,  -/-  yj  manque  —  dans  LV  on  a  ^jyj  yj 
i8  fois,  yjfyj  yj  10  fois ,  yjj^  yj  3  fois ,  _/_  o  oianque ; 
—  dans  LVIII  on  a  _/v»  yj  y  fois,  yjjyj  yj  2  fois,  o/l  c» 
I G  fois,  -/_  yj  manque.  -^—  Cf.  I ,  VI  et  X. 

L'hymne  1,24,  attribué  à  Çunahçepa,  fils  adoptif 
de  Viçvâmitra,  doit  être  signalé  ici;  ia  coupe  y  est 
dans  2  5  cas  après  5  ;  dans  3  de  ces  cas  oh  a  le  type 
-o,  et  alors  ia  5°  est  brève  (1 4  h,  \lx  d,  \h  h); 
dans  les  2  2  autres  on  a  i>  ^ ,  et  alors  la  5*  est  longue 
partout  sauf  dans  1  k  c  qu  on  peut'faire  rentrer  dans 
le  type  -  ^  à  5®  brève  en  lisant  âsara  au  lieu  de 
asara  (cf.  V,  85,  5).  - —  On  a  aussi  la  h"  longue 
devant  yj  ^  dans  les  deux  strophes  du  même  auteur 
I,  2*^  i3  et  3o,  16.  —  Les  3  exemples  de  5*  brève 
devant  -  ^  sont  dès  lors  très  caractéristiques. 

Les  corrections  qui  fournissent  une  S**  brève  de- 
vant -  yj  sont  donc  admissibles  au  point  de  vue  mé- 
trique. Ainsi  on  comptera  s6  agne  pour  2  syllabes 
(Bartholomae,  Slad.  z.  iiq.  sprachw.,  I,  109)  et  on 
coupera  entre  su-  et  'Vlr[i)yani  1  o ,  3  c  ; 

sô  a(jne  dhatle  saviryam  sa  pusyuli 

(cf.  plus  bas  p.  280).  On  supprimera  la  première 
syllabe  de  adhvaréva  suivant  Tingénieuse  hypothèse 
de  M.  V.  Henry,  Mémoires  d^  ta  Société  de  lÙKjuistiqae, 
X,  84  et  108  ^  dans  6,10  c: 

prdcî  adhvaréva  ta  thatuh  sumcke. 
*  A  propos  de  la  remarque  de  M.  V.  Henry,  Méni.  Soc,  Ung, 


282  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1897. 

Enfin  M.  Oldenborg  supprime  enain  dans  Bg,  à  d  : 

nainam  dmho  açnoly  àntUo  nà  durât 

[HymneTty  86).  Après  correction ,  ces  trois  pâdas  ren- 
trent dans  le  type  -  v^  considéré  ici. 

Une  particularité  du  cas  -  v^  est  à  noter  :  le  trochée 
qui  occupe  les  syllabes  6  et  y  ne  peut  être  constitué 
par  un  mot  phonétique  dissyllabique;  c'est  tout  au 
plus  si  Ton  rencontre  dans  quelques  exemples  une 
fin  de  mot  suivie  d  un  enclitique  :  pàrsi  ca  i  5 ,  3  r 

—  dhehi  nas  i  g ,  5  rf  —  apsv  d  2  2 ,  2  6  —  dhàrsv  â 
35 ,  26  ou  la  fin  dun  premier  terme  de  composé 
vrktàbarhiso  2  ,  6  b  —  bhûriposino  3,9  c  —  adhrigo 
21,  4  «.  Le  plus  souvent  ce  trochée  est  constitué 
par  le  commencement  dun  mot  de  3  syllabes,  tel 
que  adhvaré  li,  k  a ,  oude  li  comme adhvai^sya  60 , 
j  d.  Cette  absence  de  coupe  après  -v^  n'est  pas 
fortuite,  car  les  mots  trochaïques  sont  nombreux  en 
sanskrit.  Du  reste ,  quand  la  coupe  est  après  à ,  une 
fin  de  mot  se  rencontre  assez  souvent  entre  -  o  et 

-  dans  le  cas  -v^-,  bien  que  Ton  trouve  plus  ordi- 
nairement à  cette  place  un  mot  de  la  forme  -w-, 
avec  coupe  après  j  ;  ainsi  on  a  une  coupe  entre  -  v» 
et  -  dans  8  exemples  sur  92  du  type  : 


8,  1  d  —  ly,   2  a  —  22,  1  c  —  35,  'j  d  —  53, 
16  c  —  Sy,  3  a  —  58,  9  c.  Quand  la  coupe  est 

X,  109,  on  doit  noter  que  le  mot  iranien  dvara-  signifie  parfois 
«  porte  »  dans  l*Avesla.  (  Note  de  correction.  ) 


DES  PADAS  de  11  ET  DE  12  SYLLABES.  283 

après  5  et  que  les  syllabes  6  et  -y  ont  la  forme  v^  c» , 
une  coupe  après  la  -y®  syllabe  est  rare,  mais  elle 
n'est  pas  exclue;  sur  3 9  exemples  de  v>  v^,  Thymne  l 
a  3  coupes  après  y  :  5  a  —  5  c  —  16  a;  l'hymne  II 
a  2  coupes  [ik'c —  i5  a)  sur  28  exemples;  etc. 
L'absence  de  fin  de  mot  après  -  ^  est  donc  un  fait 
significatif; 

4°  Les  exemples  —  relativement  rares  — -  du  type 
-  v^  se  trouvent  répartis  entre  presque  tous  les  hymnes , 
mais  en  proportion  assez  variable,  ainsi  : 

HYMNaS.  yj  \j    .^  ^  HYMNES.  \j  \j    _  v^ 

I 39  9  XXXII 3 

II a8  S  XXXIV 

m 3^2  2  XXXVIII 

XIV  (  auteur  Rsabba).  9.  6  XLIII i4 

XVII  (aiiteur  Kata).  9  o-  XLVI 

XVIII  {         —         )  9  1  LUI 

XXV.... 3  3  LIV 

XXIX...; 20  4  LV 

XXX.    25  5  LVII 

XXXI 20  7  LVIII 


Ô2 

2 

17 

0 

16 

8 

1^ 

0 

11 

0 

33 

6 

a6 

2 

a8 

3 

7 

5 

9 

10 

Le  type  -c»  est  donc  admis  au  même  titre  que 
Kj  KJ  dans  quelques  hymnes  (LVIII ,  XXV)  ;  il  est  faci- 
lement toléré  dans  quelques  autres  (XIV,  XXXVIII, 
LVII  et  même  I,  II,  XXX,  XXXI);  le  plus  souvent 
il  est  rare  (III,  XXXÎI,  LV);  parfois  il  manque  tout 
à  fait  (XVII,  XXXIV,  XLIII,  XLVI).  L'hymne  X 
qui  a  _  v>  partout  sauf  6  c  occupe  une  place  à  part 
(Oldenberg,. //ymw^/i,  11  3). 


284 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


III 

*  » 

■ 

Le  nombre  des  coupes  après  4  :  889  et  celui  des 
coupes  après  5  :  83i  (abstraction  faite  des  cas  ano- 
maux dans  les  deux  types  )  sont  très  voisins.  Mais  si , 
au  lieu  de  considérer  les  chiflfres  d'ensemble,  on 
(examine  chaque  hymne  en  particulier,  on  observe 
des  différences  frappantes.  Le  plus  souvent  les  coupes 
après  Ix  et  après  5  sont  en  quantités  sensiblement 
égales,  ainsi  : 


COUPE   COUPE 


COUPE    COUPE 


HYMNES 

après  !\, 

apr(>s  5. 

HYM?1E8. 

après  4* 

après  5. 

I 

42 

48 

XXIX. . 

34 

34 

II 

35 

33 

XXXII. 

3o 

34 

IV.... 

30 

33 

XXXIV 

33 

»7 

VIL . . . 

17 

»9 

XXXV. 

33 

»7 

XIV.. 

11 

i5 

xLvm 

8 

8 

XVII.  . 

10 

9 

Lil .... 

19 

»7 

XVIII. . 

10 

9 

LUI. . . 

36 

39 

XX.... 

10 

10 

IjY.  .  • . 

36 

3i 

XXVI., 

16 

»9 

Lvn. . 

13 

13 

Mais,  dans  certains  hymnes ,  on  voit  dominer  la 
coupe  après  4  : 


HYMNES. 
VI 

XXX 

XXXI 

u\ 

LIV 


COUPE 

après  4* 

25 

55 
56 
1 1 
Go 


COUPE 

après  5. 

i3 
3o 

27 

mm 

0 
38 


DES  PÀDAS  DE  1 1  ET  DE  12  SYLLABES.  285 

Dans  d'autres  au  contraire ,  la  coupe  après  5  est 
plus  ordinaire  : 

COUPE  COUPE 

HYMNES.  ^      ,  ,      c 

après  a.       après  5. 

III. .  k  «...  .^ lo  3/i 

X o                  8  (resp.  9) 

XXXVin 12  2/4 

LX.  ...* .10  18 

Lxi: 9  19 

On  remarquera  surtout  Tljiymne  X  en  usnih  d'où  la 
coupe  après  4  est  exclue  (y.  plus  haut  p.  281).  Les 
strophes  en  brhatî  de  IX.  ont  6  coupes  après  5  et 
2  seulement  après  4.  Cette  particularité  ne  se  re- 
trouve pas  djan$  les  hymnes  en  brhatî  XVI,  XLIVet 
XLV,  attribués  ^  d'autres  auteurs. 


IV 

L'examen  de  quelque^  autres  hymnes  pris  au 
hasard  dans  le  Çgveda  confirme  les  conclusions  tirées 
de  l'étude  complète  du  mandala  III.  ; 

L'hymne  I,  3i  a  /io  exemples  de  la  coupe  après 
5  et  32  de  la  coupe  après  tx.  Quand  la  coupe  est 
après  5,  le  type  ^.v  est  presque  exclusivenient  em- 
ployé, et  alors  la  5*  syllabe  est  longue  dans  29  cas,, 
brève  seidement  dans  1 1  ;  le  type  -  o  se  trouve  une 
seule  fois,  1.7  a,  c'est-à-dire  dans  la  partie  de 
l'hymne  où  les  strophes  ne  commencent  pas  par 
tvàm  af/ne  (1-1 5)  :  la  5°  syllabe  est  brève  dans  ce 
pâda.    Dans    18  d,  la  forme    anomale  v^ —  après 


286  SEPTEMBRE. OCTOBRE  1897. 

la  coupe  k  est  facile  à  éliminer  en  lisant  saniatt  au 
lieu  de  samatyâ  :  Topposition  de  la  forme  ancienne 
matt  «  par  Thym  ne  »  et  de  la  forme  récente  matyâ 
«  par  la  pensée ,  par  le  désir  »  n'était  donc  pas 
connue  de  Fauteur  de  Thymne  et  a  été  introduite 
ici  par  un  rédacteur  postérieur. 

L'hymne  I,  55  est  tout  à  fait  à  part.  La  coupe 
après  4  est  presque  entièrement  exclue;  il  n'y  en  a 
que  5  exemples  sûrs;  des  5,  l'un,  le  4a,  a  la  forme 
anomale  v^-c»  des  syllabes  5 -y,  et  3  se  trouvent  dans 
la  dernière  strophe  de  l'hymne.  Il  y  a  27  cas  de  la 
coupe  après  5  :  1 3  du  type  ^  kj  et  i  5  du  type  -  kj  ; 
la  5*  syllabe  est  brève  dans  à  des  1  a*  cas  de  kjxj  et 
longue  dans  les  8  autres;  devant .  c»  on  a  :  8  longues, 
y  brèves;  l'observance  de  la  5*  brève  devant  _c» 
n'existe  donc  pas  dans  cet  hymne. . 

Dans  le  second  mandala,  la  règle  de  la  5*  brève 
devant  -  yj  paraît  être  assez  généralement  observée. 
Ainsi  II,  9,  sur  i5  exemples  de  la  coupe  après  5 
(contre  9  de  la  coupe  après  6),  ily  a  5  cas  de  o/l»  c», 
7  de  -/v>  Kj,  1  de  v>/-  c» ,  i  de  -/-  w»  (5  a)  : 

ubhàyam  te  nà  kfîyate  vasavyàm 

(pourrait-on  lire  ksiyate?  cf.  àksitas).  II,  la  a  deux 
cas  de  v^/-  xj  1 3  i  et  i  5  c,  aucun  de  -/-  sj.  II,  27  sur 
26  pâdas  coupés  après  5  (contre  4o  coupés  après  4). 
a  i4  cas  de  ^/^^,  8  de  yj/^^  et  4  de  v^/-v»,  aucun 
de  -/-  v>;  dans  II,  28  et  29,  qui  se  terminent  par  là 
même  strophe  que  II,  27  et  qui  sont  attribués  au 
même  auteur  Kûrma  Gârtsamada,  on  ne  trouve  pas 


DES  PÂDAS  DK  11  ET  DE  12  SYLLABES.  287 

davantage  -/-  v^ ,  mais  on  a  v>/-  v>  'i  8 ,  8  d  et  9  c ,  et  2  g , 
lid.  Dans  II,  3o,  on  a  ^/^  kj  12  fois,  kj/^j  ^j  6  fois, 
v^/-  Kj  1  fois,  jamais  _/_  sj  ;  la  coupe  est  après  ^  dans 
26  cas.  Khymne  II,  33  présente  plus  de  cas  de  -  v; 
on  y  trouve  -/v>  sj  1  y  fois,  kj/^  kj  8  fois,  -/_  kj  2  fois, 
xj/^  V.  7  fois  ;  des  2  exemples  de  _/_  v>  l'un  est  5  d  : 

hahhrûh  suçipro  rîradhan  manàyai 

Or  la  longue  du  redoublement  dans  riradhan  est 
d'origine  rythmique.  En  somme  la  5*  longue  est 
plus  fréquente  que  la  5'  brève  devant  v^  v^ ,  et  la 
5*  longue  est  évitée  devant  -  yj  dans  les  hymnes  de 
Grtsamada  et  de  Kûrma.  —  Les  hymnes  II,  1,  2 
et  3  attribués  à  Grtsamada  Bhârgava  Çaunaka,  pré- 
sentent seulement  une  fois  v/-  v^  (1 ,  1 36*)  et  une  fois 
-/-  c»  (2  ,  1  2  t);  le  type  -  kj  est  évité  en  principe.  — 
L'hymne  IV,  attribué  à  Somâhuti  Bhârgava ,  a  -/-  sj  3 
fois  et  yj/^yj  1  fois;  mais  il  est  plein  d'anomalies 
métriques  dont  la  première  strophe  suffit  à  donner 

une  idée  : 

kuvevah  sudyôtmànam  suvrktim 
viçàm  agnim  àtitkiTn  suprayàsam  | 
miti'à  iva  y 6  didhisâyyo  hhûd 
devà  ddeve  jcïne  jâtàvedâh  \\ 

On  ne  saurait  donc  s'attendre  à  y  retrouver  l'obser- 
vance délicate  de  la  5®  brève  devant  -  v^. 

Dans  IV,  kl  (Vâmadeva),  le  type  -v^  manque 
entièrement.  Des  2  3  exemples  de  coupe  après  5 
(contre  21  de  coupe  après  4),  18  ont  -/v>  v^  et  3 
yj/Kj  Kj;  2  de  ces  3  brèves  en  5*  syllabe  sont  aisées 


288  SEPTKMBRE-OCTOBRE  1897. 

à  remplacer  par  des  longues  :6c  àtrâ  et  1 1  d 
syâmâ\  il  reste  8  c,  mais  peut-être  faut-ii  lire  gave 
(cf.  plus  bas  à  propos  de  VI,  i).  La  5®  longue  est 
aussi  régulière  ici  que  dans  1,2  4.  —  Il  en  est  tout 
autrement  de  IV,  2  (Vâmadeva  Gautama)  :  ii  y  a 
45  coupes  apr^s  4»  34  après  5;  les  34  cas  se  ré- 
partissent ainsi  :  kjJ^j  ^^  16,  -/c»  v^  1  6 ,  c»/-  w  1 ,  -/-  v» 

1  ;  il  y  a  un  second  exemple  de  kj/^  kj  si  on  lit  màrtâ- 
naam  i8c. 

V,  55  (Çyâvâçva  Atreya)  a  1  3  exemples  de  coupe 
après  5  (contre  19  de  coupe  après  4,  y  compris  le 
refrain  compté  naturellement  une  seule  fois)  :  -./c»  kj 
■y ,  sj/kj  V»  5  et  v/-  yj  1  ;  -./-  w  manque. 

Dans  VI,  1 ,  il  y  a  19  coupes  après  5  :  -/o  o  1 5 , 
sj/kjkj  2,  -/-v>  1  (3  c  pour  introduire  darçatàm).i 
yjj^  w»  1 .  La  coupe  est  après  4  dans  33  cas;  les  types 
sont  :  sjKj^  241—*-»—  6,*^v»w  2,— *^*^  1;  Tunique 
exemple  de  dactyle  est  douteux,  car  on  pourrait 
couper  sau'çravasâni  12  d.  Cet  hymne  est  V\m  de 
ceux  où  les  longues  et  les  brèves  sont  le  plus  exacte- 
ment réparties.  Quand  la  coupe  est  après  5 ,  on  a  : 
^^^^^  1 3  fois  ,ii« ii5  ei^^ *^i  fois  seule- 
ment (le  pâda  1 2  b  commençant  par  bhéri  tokâya). 
Quand  la  coupe  est  après  4,  on  n'a  une  2*  brève 
que  2  fois  ;  les  deux  fois  il  s  agit  de  0  ou  e  final  de-, 
vant  la  voyelle  initiale  du  mot  suivant;  or  le  pâda  . 

2  cî  se  termine  par  citàyanio  ànu  gman  et  3  6  par 
jàgrvàrnso  àna  gman  ;  il  est  donc  permis  de  croire  que , 
pour  1  auteur  de  cet  hymne,  c  et  0  restaient  longs 
dans  ces  conditions;  si  Ton  admet  ce  point  de  vue, 


DES  RÂDAS  DE  11  ET  DE  12  SYLLABES.  280 

les  8  cas  de  4*  brève  à  la  coupe  se  réduisent  à  3  ; 
on  éliminera  1 1,  2  t,  5  6,  y  6  c;  il  reste  i  c  (la  brève 
finale  est  celle  dun  vocatif),  8 c  et  li  d  (lire  vàsà). 
Dans  dama  à6  c,  àréaghâ  i  a  c,  vasûtâ  te  açydin  lih, 
les  e  abrégés  sont  suivis  d'enclitiques  et  par  suite  ne 
terminent  pas  un  mot  phonétique. 

Dans  VII ,  3 ,  il  y  a  1 6  coupes  après  4  et  2  3  après 
5,  ainsi  réparties  :  -/v>  v>  y,  kj/kj  kj  l\,  -/-v^  2,  ^./-v^ 
10;  la  fréquence  du  type  -  w  explique  1  emploi  de  la 
forme  anomale  v^-v^  après  Ix  dans  9  c.  L'hymne  VIÏ, 
k  est  plus  net  encore  19  coupes  après  4,  2  3  après 
5  :  -/v>  v^  5 ,  sjjyj  o  8 ,  v»/-  *^  1  o ,  -./-  yj  manque.  L'un 
des  deux  exemples  de  -/-  v^ ,  VII ,  3 ,  7  a,  est  du  reste 
seulement  apparent,  car  il  s'agit  d'un  à  final  en 
hiatus  (Oldenberg,  Die  Hymnen,  465  et  siiiv.). 

Dans  VIII,  27,  on  a  1 9  coupes  après  4  et  1 3  après 
5  ainsi  réparties  :  ^/kj  kj  8 ,  ^/^  ^  2  ,  v>/—  kj  2  ,  -/—  ^  1 . 
Le  pâda  i  2  c  est  à  lire  : 

ni  dvipàdo  ni  càlaspâdo  arthino 

et  doit  être  ajouté  aux  19  cas  de  coupe  après  [\, 
Dans  le  pâda  22  a,  qui  fournit  l'exemple  de  -/-v^, 
la  coupe  est  très  faible  : 

vayàrn  tàd  vah  samrâjà  a  vrnîmalie 

De  plus  on  aurait  une  coupe  après  _  v^  ;  or  une  pa- 
reille coupe  ne  se  rencontre  ni  dans  le  mandai  a 
III,  ni  dans  les  autres  hymnes  étudiés.  Il  y  a  donc 
peut-être  lieu  de  reconnaître  ici  la  forme  anomale 
. —  Kj  avec  coupe  après  Ix. 


290  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1897. 

Dans  X ,  1  1 A ,  sur  i  y  coupes  après  5  il  n  y  a  aucun 
cas  de  -  v^  ;  on  a  -/v>  v^  i  2  fois  et  kjJkj  ^  5  fois. 

On  le  voit,  la  5*  brève  devant  -  kj  est  recherchée 
dans  beaucoup  d'hymnes  ;  ailleurs  la  5*  longue  n'est 
pas  évitée;  à  ce  point  de  vue,  comme  à  plusieurs 
autres  —  notamment  proportion  des  longues  et  des 
brèves  à  la  5'  syllabe  terminant  un  mot  devant  sj  sj 
et  proportion  des  coupes  après  4  et  après  5  —  les 
divers  poètes  montrent  des  tendances  particulières. 
Il  est  curieux  que  les  indications  d'auteurs  différents 
de  Yanukramanï  se  trouvent  vérifiées  par  là  dans 
une  certaine  mesure.  On  en  a  vu  plus  haut  des 
exemples  pour  les  mandalas  1,  II,  III  et  IV. 


Le  schéma  métrique  du  pâda  de  jagatî  III,  2, 

i6  : 

ghrtâm  nu  pûtàm  agnuye  janâmasi 

et  celui  du  trimètre  iambique  d'Eschyle  Ag. ,  i  i  1 3  : 

se  recouvrent  exactement;  la  place  même  de  la  coupe 
est  identique.  Les  deux  vers  n'en  sont  pas  moms 
tout  différents.  En  effet  on  sait  que  le  trimètre  iam- 
bique se  divise,  non  en  6  pieds  identiques,  mais  en 
3  mètres  de  chacun  2  pieds  ;  il  n'est  pas  comparable 
à  6  mesures  à  3/8  mais  à  3  mesures  à  6/8;  rien 
n'indique  une  répartition  semblable  dans  le  pâda 
védique.  Le  pâda  cité  ici  peut  se  couper  en  pieds 


DES  PÀDAS  Dïù  II  ET  DE   12  SYL1.ABES.  291 

comme  un  vers  grec,  mais  cest  un  pur  hasard  et 
il  s'en  faut  de  beaucoup,  comme  on  la  vu,  que  cette 
forme  métrique  soit  recherchée  des  poètes  védiques. 
En  effet,  un  vers  qui  n'est  pas  destiné  à  être  chanté 
sur  une  mélodie  mesurée  en  conservant  son  rythme 
ne  comporte  pas  nécessairement  le  retour  du  temps 
marqué  à  intervalles  égaux  ou  sensiblement  égaux  : 
l'hémistiche  dalexandrin  classique  français  peut 
avoir  son  ictus  secondaire  indifféremment  sur  la  2', 
la  3®  ou  la  4*  syllabe  (cf.  l'étude  de  M.  Kors  sur 
le  çloka ,  dans  Tpydbi  eocni,  homm.  Mock.  apxeo^. 
odiUtecmea,  U).  il  n'y  a  donc  pas  heu  d'admettre  avec 
M.  KQhnau  [Die  tristabh-jagati  fandlie)  et  M.  V. 
Henry  [Manuel  védique,  p.  Ixi  n.)  que  les  ictus  du 
pâda  védique  fussent  tous  séparés  par  des  intervalles 
égaux;  or  la  double  hypothèse  des  longues  de 
3  temps  et  de  la  résolution  possible  d'une  des  lon- 
gues du  pâda  en  2  brèves  repose  imiquement  sur 
cette  affirmation  a  priori.  En  fait,  comme  l'a  montré 
M.  Oldenberg,  Die  Hymnen,  p.  1  et  suiv.,  la  place 
des  ictus  dans  les  pâdas  védiques  est  sujette  à  de  lé- 
gères, variations ,  ce  qui  exclut  la  division  en  pieds  ; 
de  plus  aucune  place  du  vers  n'est  occupée  par  une 
syllabe  dont  la  quantité  soit  absolument  détermi- 
née, comme  il  arrive  dans  le  vers  grec. 

Le  rythme  du  pâda  III,  2,  16  cité  ici  ne  peut 
être  figuré  autrement  que  par  : 


I 
'-'I      I      II  I      I      i  •    ^ 


La  règle  de  la  5*'  brève  devant  le  trochée  qui  suit  la 


292  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

coupe  semble  imposer  cette  manière  de  rythmer.  F^e 
rythme  du  type  ordinaire  : 

est  plus  difficile  à  fixer.  La  prédominance  de  la 
5*  longue  a  conduit  M.  Kùhnau,  loc.  cit.,  p.  88,  à 
placer  un  ictus  sur  cette  5*  syllabe.  Mais,  on  ne  doit 
pas  loublier,  un  groupe  de  deux  brèves  faisant  par- 
tie dun  même  mot  peut,  dans  certains  cas,  être 
substitué  à  un  trochée  dans  le  vers  védique;  il  est 
donc  très  admissible  que  le  pâda  présente  ici  un 
ictus  secondaire  tombant  parfois  sur  une  longue ,  le 
plus  souvent  sur  une  brève.  Alors  ta  longue  précé- 
dente ne  marquerait  pas  la  place  d'un  ictuis  mais 
servirait  à  compléter  la  quantité;  ce  besoin  de  com- 
pléter la  quantité  n'existait  pas  devant  la  6*  longue 
et  alors,  en  effet,  la  5®  est  généralement  brève;  tnais 
rictus  de  la  6*  syllabe  devait  rester  secondaire,  et  cest 
sans  doute  pour  cette  raison  que  cet  ictus  tombe  sur 
le  commencement  d  un  mot  phonétique  d'au  moins 
3  syllabes  qui  reçoit  son  ictus  principal  sur  la  3*  syl- 
labe (8*  du  pâda).  -  *  ' 
Quand  la  coupe  est  après  4 ,  les  deux  types  ordi- 
naires pour  les  syllabes  5  et  7  sont  v^  w_  et  -c»-,  le 
premier  étant  du  double  plus  fréquent  que  le  second  ; 
le  type  v^  -  v^ ,  qui  ne  se  trouve  souvent  que  dans  les 
hymnes  où  la  coupe  après  5  est  fréquente,  est  nette- 
ment anomal.  Il  y  a  donc  \m  ictus  secondaire  sur 
la  5*  syllabe;  la  6*,  qui  paraît  être  frappée  de  l'ictus 
secondaire  dans  le  cas  de  la  coupe  après  5 ,  est  dé- 


DES  PÂDAS  DE  11  ET  DE  12  SYLLABES.         Î95 

pourvue  de  toute  intensité.  Mais ,  dans  les  deux  types 
de  coupe ,  on  voit  que  Tictus  secondaire  tend  à  tom- 
ber sur  une  brève;  la  fonjie  -v»o  pour  les  syllabes 
5  à  7  est  la  plus  rare  des  formés  normales  dans  les 
pàdas  coupés  après  k  (alors  quelle  est  la  plus  recher- 
chée dans  les  pâdas  coupés  après  5).  La  forme  o^v» 
est  un  substitut  de  la  forme  la  plus  ordinaire  c»  o  _  et 
porte  un  ictus  secondaire  sur  la  première  des  trois 
brèves.  Quant  à  la  7*  syllabe,  elle  est  longue  dans 
7^0  des  pâdas  coupés  après  Ix  du  mandala  III,  brève 
dans  ]  A  9  seulement  :  il  n  est  pas  impossible  que 
cette  syllabe  ait  porté  elle  aussi  un  léger  ictus  secon- 
daire; le  rythme  ordinaire  dans  le  cas  de  la  coupe 
après  k  serait  dans  cette  hypothèse  : 

Il  '^     "^  » 

Ces  pâdas  présentent  donc  une  dyssymétrie  plus 
marquée  que  les  pâdas  coupés  après  5  : 

Il  ^  • 


De  plus  les  deux  types  ne  peuvent  être  ramenés 
à  un  même  rythme. 

La  rigueur  avec  laquelle  les  poètes  grecs  observent 
la  quantité  et  la  symétrie  presque  parfaite  qui  carac- 
térise leurs  vers  leur  permettent  de  remplacer,  dans 
les  types  iambiques  et  trochaïques ,  une  longue  intense 
par  un  groupe  de  deux  brèves  :  une  brève  unique 
ne  pouvant  en  aucun  cas  occuper  la  place  dune 
longue  frappée  de  Tictus ,  la  résolution  d  une  longue 
en  deux  brèves  ne  causait  aucune  ambiguïté.  Ladys- 

X.  30 


294  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

symétrie  des  mètres  védiques  rend  impossible  <5ette 
liberté. 

Du  reste,  tandis  que,  en  grec  homérique,  un 
groupe  de  3  brèves  'appartenant  à  im  même  mot  est 
parfois  traité  comme  l'équivalent  de  -  v»  o ,  dans  les 
poèmes  védiques  la  première  des  deux  brèves  d'un 
même  mot  peut  déjà  équivaloir  métriquement  à  une 
longue.  Si  le  groupe^  .  vaut  à  Toccasion  un  trochée, 
il  est  clair  quil  ne  peut  en  même  temps  tenir  lieu 
de  la  seule  longue  du  trochée.  On  conçoit  dès  lors 
pourquoi  on  ne  trouve  rien  dans  Tlnde  qui  réponde 
aux  types  dactyliques  et  anapestiques  des  Grecs.  Pour 
quun  type  dactylique  se  développât,  il  fallait  qu'un 
groupe  de  deux  brèves  «ne  tendît  pas  déjà  à  déve- 
lopper sur  la  première  brève  un  ictus  secondaire  : 
tel  était  le  cas  pour  le  grec  homérique  mais  non 
pour  la  langue  védique.  Deux  brèves  suffisent  en 
védique  pour  développer  une  .longue  rytlunique; 
ainsi  à  1  aoriste  redoublé  on  a  çiçràthat,  didipat,  mais 
rîrisat  (cf.  Leumann ,  dans  Gurupâjâkaiimudi,  p.  1 3  et 
suiv. ,  et  Wackernagel,  i4/ft/idwcfte  gramm.,  I,  p.  3 1 o 
et  suiv.);  en  grec  il  en  faut  trois  (F.  de  Saussure, 
Une  loi  rythmiqae  de  la  ilangvte  grecque.  Mélanges 
Graax,  .p.  787  et  si^iv.;  L.  Havet,  Métrique  grecqme 
et  ilaiine,  ;p«  17  :et  suiv..;  G.  Schulze,  Qaaèstiônes 
«picoe,  p.  .137  et  suiv.).  ..  , 

.  ;L aperçu  suivant  de  la; forme  métrique  des  pâdas 
<le  8  sylls^es  dans  «le  mandala  ill  conifirm^ra  ees 
observations..     ,?..  ,;  .,    .1 


DES  PADAS  de  11  ET  DE  1:^  SYLLA3ES.    ^95 

VI 

Le  mandala  III  renferme  relativement  peu  de 
pâdas  de  8  syllabes  ;  néanmoins  les  chiffres  ci-dessous 
suffisent  pour  indiquer  l'aspect  de  ce  type. 

Si  Ton  met  à  part  les  deux  pâdas  incomplets  8 , 
3  c  et  62,  16  a,  on  trouve  la  fin  m-w-  386  fpis 
et  : 


Kj\j^^ 

i8 

—  \J  \J  ^ 

6 

--Wii 

à 

SJ ii 

8 

\J 

5 

KJ^ 

10 

sjyj^^ 

6 

Les  hymnes  Vm ,  X ,  XXI ,  XXII ,  XXI 11 ,  XLIV,  ne 

renferment  aucune  autre  fin  que  c»-*^-. 

Les  hymnes  XIII ,  XXXVU ,  XLV,  LI  et  LU ,  ne  pré- 
sentent d  autre  fin  anomale  que  s^*^*^ii;  le  groupe 
KJKj^  final  appartient  toujours  à  un  seul  mot  et  la 
k"  syllabe  du  pâda  est  toujpurs  longue;  il  est  fclair 
que ,  dans  tous  ces  cas ,  ^^  ^^  ^^  ii  est  un  simple  substitut 
de  w-v-  ^t  que  le  mot  àvdse  i3,  ad  est  rythmé 
comme  rôdasu  Dans  Thymne  LUI  on  a  ime  fois  ^  o .-»  - 

(22a)  et  une  fois  o ^-  (,2.2  c) ;  les  strophes  1  a ,  1 3 , 

18  et  20,  ne  présentent  aucime  anomalie.  Enfin 
rhymne  XII  a  un  exemple  isolé  de  la  fin  ^  ^^-i:  (5  6) 
contre  26  fins  correctes. 

30. 


296  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1897. 

Toutes  les  anomalies  se  trouvent  réunies  dans  un 
petit  nombre  d'hymnes  et  même  de  strophes  de 
quelques  hymnes  :  XL,  6  fins  anomales  sur  a  y  ;  seules 
les  strophes  5  et  6  ont  les  types  -^^-i:  et  *^v_:id; 
le  reste  de  Thymne  est  correct  sauf  les  strophes  3  et 
8,  qui  ont  chacune  une  fois  sj^jsj^,  substitut  de 
^«^ii.  —  XVI,  7  fins  anomales  sur  1 5;  cet  hymne 
est  le  seul  du  mandala  III  où  le  type  final.^o— ^  et 
ses  substituts  ^ ^  et v/-  soient  librement  em- 
ployés ;  or  cet  hymne  présente  d'autres  anomalies  (cf. 
plus  haut ,  p.  2  6 7)  ;  on  a  vu  aussi  que  l'hymne  XV,  du 
même  auteur  (Utkila  Kâtya),  a  une  fois  la  5*  longue 
devant  le  trochée  qui  suit  la  coupe  et  que,  dans  les 
hymnes  XV  et  XVI,  la  5*  brève  n'est  pas  évitée  de- 
vant Kj  v^;  ces  deux  hymnes  sont  peut-être  interpolés 
(lîergaigne.  Journal  asiatique,  1887,  I,  p.  285).  — 
XXIV,  les  4  strophes  de  gàyatrï  sont  correctes  sauf 
une  fois  ^yj^j^  i^^)^  "^^^^  lanustubh  initiale  ren- 
ferme à  elle  seule  3  fins  anomales  (*^*^*^::i,  v^v^_iiet 
-v>--).  — XXVII,  les  groupes  7-9  et  i3-i5  sont 
entièrement  corrects  sauf  une  fois  yj^sj^  iia\  on  tk 
\j  Kj  \j  •— •  1  o  c  ei  m^  \j  \j  •»  11  0  ^  \j  \j  .^  .^  *j  c  ei  \j  ^  MB  ^  3  c 
(excusé  par  le  parallélisme);  -^^-ii  66.  —  XXVllI 

(interpolé),  ^^^^  2a,  v^ ^  3a,  -^-li  1  6=*66; 

8  fins  normales.  —  XXIX  (interpolé),  3  fins  ano- 
males (-v^v^ii, ^^,  ^ ii),   12    normales.    — 

XXXIII ,  l'unique  anustubh  de  cet  hymne  a  une  forte 

anomalie il  1 3  a  ;  or  l'hymne  XXXIII  est  l'un  de 

ceux  où  une  5*  longue  est  librement  employée  de- 
vant* le  trochée  qui  suit  la  coupe.  —  XL ,  seule  la 


DES  PADAS  de  11  et  de  12  SYLLABES.         Wl 

Strophe  3  a  deux  fins  anomales  v^. ii  3a  et ^  3  6; 

les  8  autres  strophes  sont  régulières,  sauf  v^\^^:i 
7  a.  —  XLI ,  les  6  pâdas  de  3  et  8  sont  anomaux 

(-^-ii,---^,  o ii  et  une  fois  seulement ,^ ,^\^ :i) , 

les  7  autres  strophes  ont  la  fin  normale.  —  LIX, 
3  fins  anomales,  9  régulières.  —  LXII,  4-6,-  fins 
régulières,  7-9 ,  une  fin  anomale  facile  à  corriger  en 
lisant  yc  : 

asmdbhis  tàbhya  çasyate 

10-12,  une  fin  anomale  (^^ «il  12  a),  i3-i5,  li 
fins  anomales  sur  un  total  de  9  [^^^^  ika, 
^^sj^  ilib,  — sj^  iba,  yjyj^^  ibb),  16-18,  toutes 
les  fins  régulières,  sauf  celle  du  pâda  incomplet  1 6  a. 
Le  commencement  des  pâdas  est  plus  libre.  On  y 
trouve  : 


■»  v->  w  — 
^  s>  —  V» 


FIN 

FIN 

NORMALE. 

ANOMALE. 

l38 

»9 

86 

23 

71 

10 

4 

0 

38 

1 

27 

1 

32 

3 

386  57 

Des  1 1  o  pâdas  ayant  la  2*  syllabe  brève,  k  seule- 
ment nont  pas  la  3*  longue,  ce  sont  :  45,  16,  où 
il  suffit  de  lire  ydht  pour  obtenir  une  2*  longue; 
62 ,  1  o  a,  où  le  mot  savitup  est  le  substitut  de  o-.s>; 


298  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

2  /i ,  2  a  et  5 1 ,  1 1  a,  oii  le  poète  prononçait  peut 
être  €  devant  voyelle  et  non  ay, 

La  4*  syllabe  est  brève  dans  un  certain  nombre 
de  cas.  Alors,  si  la  a®  est  longue  et  la  3*  brève,  la 
à*  fait  toujours  partie  dun  groupe  de  deux  brèves 
appartenant  au  même  mot,  c'est-à-Jire  qtie,  dans 
les  pâdas  terminés  par  k/.^^,  on  a  k^sj  employé 
comme  substitut  de  -  ^  ;  le  type  : 


w  v->  v->  —  o  — 


se  ramène  donc  au  type  : 


H  faut  naturellement  mettre  à  part  le  pâJa  ano- 
mal 4 1 , 8  6.  —  Si  la  2*  et  là  3*  syllabe  sont  longues, 
il  y  a  lieu  d  envisager  3  cas  :  i  **  au  lieu  de  la  brève 
du  texte  on  peut  lire  une  longue,  ainsi  8,3a: 

àc  chrayasvâ  vanaspate 

Ce  cas  est  relativement  fréquent,  surtout  si  Ton  ad- 
met que  0,  e  ont  pu  subsister  accidentellement  avec 
valeur  de  longue  en  hiatus;  2**  la  4*  brève  forme 
avec  la  S*'  un  groupe  de  deux  brèves  appartenant  à 
un  même  mot,  et  l'on  a  ^  v^  valant  -s>,  ainsi  12, 

2  a  : 

indrâgnX  jaritnJj,  sàcâ 

3"  les  cas,  fort  peu  nombreux,  où  la  4*  brève  est 

certaine  et  ne  forme  pas  un  groupe  avec  la  5*,  ainsi 

12,2c: 

ayâ  pâtam  imàm  suiAm 


DES  PADAS  de  11  et  de  12  SYLLABES.         299 

Oïl  est  alors»  conduit  à  admettre  le  r}'tlime  dyssy- 
métrique  :  .• 


qu*U  faut  sans  doute  reconnaître  aussi  dans  27, 
lia: 

agnim  yaniuram  aptûram 

—  Si  la  a*  est  brève  et  la  3"  longue,  abatraction 
faite  des  pâdas  où  Ion  a  un  groupe  de  deux  brèves 
valant  -  v  et  de  ceux  où  Ton  peut  restituer  une  longue , 
on  a  la  forme,;: 


où  il  est  malaisé  de  retrouver  le  rythme  ordinaire, 
mais  ces  cas  sont  en  petit  nombre.  Les  exemples  les 
plus  sûrs  sont  :  i3,  5a  [didivâmsam,  cf.  27,  126); 
3 7,  5  6  [puruhûtàm);  3^,  9  a  [indriyàni);  37,  9  c 
[indra  tâni);  ko,  bb  [sàmam  indra,  noter  le  vocatif; 
de  même  4i,7a);53,i26  [ahàm  indram)  ;  6  2 ,  5  6 
[adhvarésa);  62,  6  fc  [viçvàrûpam). 

Ainsi ,  dans  les  pâdas  de  8  syllabes  comme  dans 
ceux  de  1 1  et  de  1  2 ,  on  observe  que  deux  brèves 
faisant  partie  d'un  même  mot  peuvent  être  substi- 
tuées à  -  V». 

Dans  la  plupart  des  cas,  les  pâdas  de  8  syl- 
labes se  laissent  diviser  en  pieds  de  deux  syllabes 
chacun;  mais  cette  répartition  n'exprimerait  nulle- 
ment le  caractère  essentiel  du  vers  et  il  ne  manque 


300  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

pas  de  pâdas  qui  présentent  dans  leur  première  moi- 
tié une  ruptiu*e  de  symétrie* 


En  résumé;  le  pâda  védique  a  en  commun  avec  le 
vers  grec  de  reposer  sur  des  alternances  de  longues 
et  de  brèves  ;  une  étude  attentive  révèle  dans  ces  al- 
ternances des  finesses  dont  l'observance  de  la  5*  brève 
devant  le  trochée  qui  suit  la  coupe  après  5  syllabes 
fournit  un  très  remarquable  exemple.  Mais  le  pâda 
sanskrit  a  une  liberté  rythmique  qui  est  étrangère 
au  vers  grec  et,  dans  l'ensemble  do  leur  structure, 
les  deux  tj^pos  diQ%rent  dune  manière  essentielle. 


LETTRE  DU  R.  P.  LOUIS  CHEIKHO.  301 


LETTRE 

DU   R,  P.  LOUIS  CHEIKHO, 

AU  SUJET  DE  L'AUTEUR  DE  LA  VERSION  ARABE 

DU  DIATESSARONK 


En  passant  à  Beyrouth,  vous  m'avez  dit  que  les 
membres  du  Congrès  des  Orientalistes  réunis  à  Paris 
verraient  avec  plaisir  un  spécimen  des  feuillets  que 
nous  possédons  de  la  version  arabe  du  Diatessaron. 
Je  vous  en  adresse  donc  la  reproduction  photogra- 
phique. 

Voici  quelques  détails  sur  l'histoire  de  ces  feuilles 
et  quelques  observations  que  leur  examen  ma  sug- 
gérées au  sujet  de  lauteur  de  la  version  arabe  de  cet 
ouvi'age. 

En  ^890,  nos  ouvriers  de  Timprimerie  étaient 
allés  passer  leur  congé  du  limdi  de  la  Pentecôte  au 
couvent  maronite  de  Louaïzeh  (»v^),  à  quatre  lieues 
et  demie  au  noid-est  de  Beyrouth.  Ils  remarquèrent 
à  la  porte  différents  détritus  parmi  lesquels  se  trou- 

*  Cette  lettre  était  adressée  à  M.  J.-B.  Chabot  qui ,  conformément 
au  désir  du  P.  Cheikho.  a  communiqué  les  photographies  et  les 
observations  contenues  dans  sa  lettre  aux  membres  du  Congrès  des 
Orientalistes,  iv*  section  (séance  du  7  septembre). 


302  SEPTEMBRE  OCTOBRE   1897. 

valent  trois  feuillets  du  Diatessaron.  quils  recueil- 
lirent pour  nous  les  remettre.  Des  démarches  ulté- 
rieures faites  auprès  des  moines  pour  retrouver  le 
reste  de  Touvrage  n'ont  amené  jusqu'ici  aucun  ré- 
sultat. 

Ces  trois  feuillets  sont  écrits  sur  un  fort  papier 
qui  a  l-aspect  du  parchemin;  1  encre  est  excellente; 
les  titres  sont  en  rouge  ainsi  que  le  nom  des  évan- 
gélistes;  ils  mesurent  20  centimètres  de  hauteur, 
sur  1 1  de  largeur. 

En  voici  le  contenu  : 

Le  premier  feaillet,  qui  a  1 9  lignes  h  la  page,  oon- 
tient  le  récit  de  la  Gène  tel  qu'il  est  relaté,  dans 
rédition  dé  M^  Giasca  ^  depuis  la  page  1 68^  ligne  i  o , 
jusqu'à  la  page  170,  ligne  12.  —  Nous  avons 
donné  ce  passage,  en  grande  partie,  d'après  nôtre 
manuscrit,  dans  notre  nouvelle  Chrestomathie  qui 
va  paraître  prochainement. 

Le  deuxième  feaillet  contient  dans  les  huit  pre- 
mières lignes  du  recto  les  trois  derniers  vei^ets  xles 
évangélistes  saint  Luc,  saint  Marc  et  saint  Jean.  Piiis 
vient  la  date  de  la  copie.  — •  Au  verso  nous  trouvons 
le  nom  du  copiste  et  quelques  explications  sur  les- 
quelles je  reviendrai  tout  à  l'heure.  Ein  mai^e  on 
lit-ime  courte  note  écrite  par  un  des  lecteurs  du 
livre  et  datée  de  l'an  1 98 5  des  Grecs  (  1 64  4  de  J.- G.). 

'  Tatiani  evangeUomm  hamwhiœ,  arabiee,  Rome,  i88S.' 


AJU 


LETTRE  DO  R.  P.  LOlJÎS  CHEIKHO.  303 

Le  troisième  feaillet  ne  forte  que  quelques  lignes 
incomplètes,  qui  contenaient  la  fin  de  la  note  com- 
mencée  au  verso  du  deuxième. 

Je  transcris  ici  le  contenu  du  deuxième  feuillet 
[h  partir  de  la  9*  ligne  du  recto)  et  du  troisième  : 

Recto  du  deuxième  feuillet  (lignes  9-18)  : 

7^  (:r*  C:^?;-^^  cr*^  **^j*ll  ji^^'  t>^  c^'^  i^l^H^ 

Verso  du  deuxième  feuillet  : 
UUàJ.  ^,  ^^  ^;Uîl  (^[5C^tl]  wiUJ  Aki*?  iàs^  li 


304  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 


(j^^l  JuUt  4^iy I  ^1  JU)I  Ju6U}l  v^t  W  Jlà^o 


iiecto  da  troisième  feuillet  : 

iVot6  marginale  (au  verso  du  deuxième  feuHlet)  : 
^  ^*XJI  ^L^  ^H^l  ^AiJl  J.î*Jt  ^^  ot^Ai.^  il^H^ 


LETTRE  DU  R.  P.  LOUIS  CHEÏKHO.  305 


Comme  vous  le  voyez,  l'intérêt  de  ces  feuillets 
consiste  dans  le  colophon. 

Au  recto  du  deuxième  feuillet  il  est  dit  que  la 
copie  a  été  terminée  le  26  du  mois  copte  d'Abib, 
en  Tan  1068  de  Tère  des  Martyrs,  correspondant  à 
Tannée  ySa  de  Thégire  (28  dhou-T  CaWa),  c est-à- 
dire  1 33 1-1 332  de  J.-C. 

Le  verso  nous  apprend  que  le  copiste  se  nomme 
Aboul  Barakat  Ibn  Abi  al-Khaîr(?);  qu'il  a  copié  1  ou- 
vrage sur  le  manuscrit  d  un  prêtre  religieux ,  attaché 
à  l'église  de  Saint-Mercurius ,  au  couvent  de  Chah- 
ran(?),  et  appelé  Anba  Youhanna,  fils  de  Mouta- 
mîn,  connu  sous  le  nom  d'Ibn  al -Cheikh,  lequel 
l'avait  transcrit  d'une  copie  faite  par  Simaan  le  co- 
piste. —  Ce  Sima^an  avait  lui-même  fait  sa  copie 
sur  celle  de  l'évêque  de  Foueh  (son  nom,  à  demi 
effacé,  est  terminé  par  .  .  .ai)  connu  sous  le  nom 
d'Ibn  Mouhabrik.  —  Cet  évêque  assure  avoir  tran- 


LETTRE  DU  R.  P.  LOUIS  CHEIKHO.  307 

tion  (le  cet  ouvrage  important.  Ce  que  je  lis  à  ce 
sujet  dans  le  prologue  de  M^"  Giasca  ne  me  satis- 
fait point. 

Il  y  a  là  une  question  intéressante  et  je  laisse  aux 
savants  le  soin  de  Télucider. 


Beyrouth,  Université  Saiiit-Josepli,  le  17  août  i'^97. 


308  SEPTEMBRE. OCTOBRE  1807. 

NOTES  D'ÉPIGRAPHIE 

ET  D'ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE, 

PAR 

M.  J.-B.  CHABOT. 


I 

BUSTES  ET  INSCRIPTIONS  DE  PALMYRE^ 

Parmi  les  documents  que  j  ai  rapportés  de  ma 
mission  en  Syrie  se  trouve  un  certain  nombre 
d'inscriptions  palmyréniennes  gravées  sur  des  bustes 
funéraires.  Ces  bustes  sont  la  propriété  de  quelques 
personnes  notables  d'Alep  qui  m'ont  permis,  avec 
beaucoup  dpbligeance ,  d'en  prendre  des  photogra- 
phies et  des  estampages.  Mon  intention ,  en  prenant 
ces  estampages ,  était  uniquement  de  rapporter  à  la 
Commission  du  Corpus  Inscriptionam  Sendticaram 
des  reproductions  exactes  de  ces  petits  monuments 
que  je  croyais  déjà  publiés^.  A  mon  retour,  en  les 

^  Communication  faite  à  l'Académie  des  Inscription»  et  Bdles- 
iettres,  séance  du  20  août  1897. 

*  Le  D**  Euting  possède  depuis  longtemps  des  estampages  de  la 
plupart  de  ces  inscriptions;  mais,  par  suite  de  ses  engagements, 
leur  publication  étant. subordonnée  au  bon  plaisir  d'une  société  scien- 
tifique allemande,  il  n'a  pu  encore  les  produire  au  jour,  non  plas 
que  d'autres  précieux  documents  épigraphiques  qu'il  a  rapportés 
d'Orient,  et  dont  il  serait  heureux  de  faire  proGler  le  paUic 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  309 

examinant  de  plus  près  et  en  essayant  de  les  classer 
parmi  les  centaines  d'inscriptions  de  Palmyre  que 
nous  possédons,  j*ai  vu  que  non  seulement  ces  in- 
scriptions étaient  inédites,  mais  qu'elles  contenaient 
un  assez  grand  nombre  de  noms  nouveaux  et  inté- 
ressants. 

Plusieurs  des  bustes  qu  accompagnent  les  inscrip- 
tions sont  d'une  exécution,  assez  remarquable.  Il  en 
est  même  d'un  type  un  peu  différent  de  ceux  que  nous 
connaissons  déjà.  Je  signalerai  en  particulier  la  sta- 
tuette en  pied  sur  laquelle  est  gravée  l'inscription 
n**  9,  le  buste  de  la  femme  qui  tient  un  enfant  dans 
ses  bras  (n**  18),  et  quelques  autres  figures  qui  nous 
présentent  tout  le  détail  du  costume  et  de  la  parure 
féminine  avec  ses  colliers ,  ses  bracelets ,  ses  pendants 
d'oreilles,  ses  bijoux  de  toute  sorte. 

Les  inscriptions  sont  au  nombre  de  dix-huit.  J'en 
donne  ci-après  la  lecture  et  l'interprétation. 

1 

Buste  d'homme  en  haut  relief;  tête  nue;  le  bras  gauche 
est  enveloppé  dans  les  plis  de  la  toge  qui  sont  retenus  par  la 
main;  la  main  droite  est  ramenée  sur  la  poitrine,  les  doigts 
repliés  à  Texception  du  pouce  et  de  l'index. 

Hauteur  o  m.  48;  largeur  o  m.  4o. 

L'original  existe  dans  la  Bibliothèque  du  collège  de  Terre- 
Sainte  ,  à  Alep.* 

L'inscription  est  gravée  horizontalement  au-dessus 
de  l'épaule  gauche^  du  personnage;  l'intérieur  des 

^  Quand  nous  ^nplayons  les  mots  de  droite  ou  de  gauche  àêns 
X,  21 


310  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

lettres  était  peint  en  rouge  et  il  reste  encore  des 
traces  de  cette  couleur.  Le  texte  a  été  publié  par 
M.  Barthélémy,  vice-consul  de  France  à  Marasch, 
dans  le  Recueil  de  travaux  relatifs  à  la  philoL  et  Vott 
chéoh  égypt.  et  ass. ,  vol.  XIX ,  p.  38 ,  et  M.  Clermont- 
Ganneau  en  a  fait  ressortir  les  particularités  gram- 
maticales dans  son  Recueil  d'archéologie  orientale, 
t.  II,  p.  177.  —  Nous  la  donnons  ici  de  nouveau 
parce  que  la  copie  de  M.  Barthélémy  est  imparfaite 
en  ce  qui  concerne  la  première  ligne  qu'il  lisait  : 
")a  "îDV,  ^  Omar  fils  de.  .  . 
Elle  se  lit  : 

a^JV  a-)p»      ^Aqerab 

XAU  nna     fils  de 

mpv  est,  je  crois,  un  nom  nouveau  dans  Tono- 
mastique  palmyrénienne.  Ce  mot  en  hébreu,  en 
syriaque,  en  arabe,  signifie  «scorpion».  - —  On  a 
éinis  diverses  conjectiires  pour  expliquer  les  noms 
propres  sémitiques  qui  sont  en  même  temps  des 
noms  d'animaux.  On  pourrait  peut-être  supposer  que 
certains  d'entre  eux,  comme  nipv  «  scorjrion»,  iàfe 
«  chien  »,  etc.,  ont  pu  être  empruntés  aux  cohsteÛa-: 
tions  (jui  sont  désignées  sous  le  même  vocable;  on 
sait  quelles  éléments  croer  «  soleil  »  et  nn^  tlune» 

ces  descriptions ,  nous  les  entendons  toujours  par  rapport  au  per- 
sonnage figuré,  et  non  par  rapport  à  cdni  qui  regarde  la  statue. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  311 

entrent  dans  ia  composition  d  un  grand  nombre  de 
noms  propres,  et  il  ne  serait  pas  surprenant  que  les 
autres  astres  eussent  fourni  des  éléments  à  lono- 
mastique  des  peuples  chez  lesquels  le  culte  sidéral  a 
été,  à  une  époque,  très  développé. 

V7J2V")2y  Tiom  déjà  connu,  quoique  rare;  doit  sm- 
terpréter  a  fils  »  ou  «  créature  »  (de  Nia  créer)  du 
dieu  Semés»  (le  soleil).  —  Une  inscription  palmy- 
rénienne  publiée  par  Euting  [Epigr.  Miscellen.,  n**  5  ) 
mentionne  ia  tribu  des  t2?DDn3  "«in . 


Buste  d*homme;  tête  nue;  vêtu  comme  le  précédent, 
mais  d*une  exécution  un  peu  moins  soignée. 

Il  se  trouve  à  Mep,  dans  ia  Bibliothèque  du  collège  de 
Terre-Sainte. 

Hauteur  :  o  m.  53;  largeur  :  o  m.  34. 

L'inscription  est  gravée  à  droite  de  la  tête  ;  on  y 
^ilH  Van     Hélas! 

'\ii^;S  IsVd       Malkou 

X^J^  ^H       ID^Din       fils  de  Malkou. 

Le  nom  de  IS^D,  Ma'Xxos  et  MoC^i^xo^  dans  les  in- 
scriptions bilingues,  est  des  plus  fréquents  à  Pal- 
myre. 

Ce^e  inscription  a  été  publiée,  sans  fac-similé, 
en  niênie  temps  jque  la  parécédente.  -  . 


1 1 . 


312  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


Buste  d*homme  en  haut  relief;  tète  nue  ;  chevelure  crépue 
et  frisée  de  même  que  la  harbe;  le  personnage  est  élégam- 
ment drapé  dans  les  plis  de  la  toge  d'où  sort  la  main  droite 
ramenée  et  étendue  sur  la  poitrine;  la  main  gauche  tient 
une  petite  tablette  sur  laquelle  est  gravée  Texclamation  fu- 
néraire :  Vsn  «  Hélas  î  » 

Hauteur:  o  m.  60;  largeur  :  o  m.  4^. 

L'original  se  trouve  à  la  Bibliothèque  du  collège  de  Terre- 
Sainte,  chez  les  PP.  Franciscains,  à  Alep. 

L*inscription  est  gravée  verticalement  au-dessus 
de  Tépaule  droite  du  personnage.  L'écriture  est  un 
peu  cursive.  Elle  se  lit  ainsi  : 


JjVy)<. 

obn 

Portrait 

y\l5-;5'a\> 

r"'?D'7» 

de  k>almallat 

'ûX-^i 

""jyD 

[fils  de]  Ma^nnai. 

\vMH 

•jan 

Hélas  I 

La  deuxième  et  la  troisième  ligne  sont  à  demi 
effacées;  je  crois  cependant  la  lecture  certaine.  Lçs 
noms  sont  d'ailleurs  connus. 

n^D^e? ,  ^aXfxdXkaOos  en  grec  dans  les  inscriptions 
bilingues  (  Vogué ,  P.  7  ) ,  s  explique  n'jK  nbv  «  paix  » 
ou  «  récompense  de  la  déesse  Allât  ».  C'est  lé  corres- 
pondant des  noms  hébreux  :  ^K"»D^2?  (Num.,  i,  6) 
et  liT'D^c?  (I  Par.,  xxvi,  i/j). 

••:yi:,  grec  Mawaîos  (Vogué,  P.  3 7,  etc.),  Mfr- 
vauoç  (Mordtmann ,  Neae  Beitràge  zar  Kanie  Palmy- 
ras,  p.  Sg)  et  Maevas  (Schrôder,  Sitz.  d.  Ahad.  à. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  313 

fVissensch.  za  Berlin,  i88/i,  t;  XXVI,  p.  438),  est 
un  nom  très  commun  à  Paimyre.  Il  est  dérivé  de  là 
racine  nay  «  exaucer  »  ;  on  ie  trouve  en  syriaque  sous 
la  forme  JjûIao,  et  en  nabatéen  sous  ia  forme  lavD  (G. 
/.  S.,  II,  2^9,  262). 

Nous  trouvons  précisément  un  Saimallat  fds  de 
Ma^nnai ,  dont  ia  fiiie  avait  épousé  im  membre  de  la 
famille  de  Wahballat  dont  M.  de  Vogué  a  retrouvé  le 
tombeau  (P.  54).  C  est  peut-être  le  personnage  repré- 
senté parle  buste  (jue  notre  inscription  accompagne. 

Nous  supposons  qu'il  faut  sous-entendré  le  mot 
in  «  fils  »  entre  les  noms  de  Saimallat  et  de  Mà^nnai; 
construction  adoptée  sous  Tinfluence  de  l'usage  grec 
qui  supprime  habituellement  le  mot  vl6s;  mais  il 
est  possible  que  Ma*nnai  ne  soit  qu'un  second  nom 
de  Saimallat;  nous  avons,  à  Paimyre  même,  des 
exemples  pour  appuyer  ces  deux  hypothèses. 

Il  est  à  remarquer  que  la  forme  des  lettres  de  notre 
inscription  se  rapproche  beaucoup  dé  l'écriture  sy- 
riaque estranghelo.  Gela  est  surtout  frappant  dans  la 
troisième  ligne  qui  renferme  le  noin  de 


Buste  d'homme  jeune  et  imberbe  ;  tète  nue  ;  les  cheveux 
rejetés  en  arrière  ;  il  est  drapé  comme  les  précédents ,  et  la 
main  gauche  tient  une  fleur  en  même  temps  qu'elle  retient 
les  phs  de  la  toge.  —  (Fig*  4.)' 

Hauteur  :  o  m.  60  ;  largeur  :  o  m.  4o. 

Ce  buste  se  trouve  à  Alep ,  dans  la  maisqn  de  M.  Andri 
Marcopoli. 


314  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

L'inscription  de  quatre  lignes  est  gravée  au-des'sûft 
de  l'épaule  gauche.  On  y  lit  : 

Aa  H  ^3n        Hélas  I 

'\a  'X  ii  \j  JS  ->3  IdVd         Meikon  fib  de 

iG^Ail  XD'îU         Borrepha 

^^y^  '>  H  2^         Tin^nK       AHtôr. 

KD"nn  est  composé  de  tOT^p,  Bol  sanavit,  par 
assimilation  du  S  dans  le  "i  suivant. 

nin^nx  s'est  déjà  rencontré  plusieurs  fois,  mais  n*n 
pas  encore  été  expliqué  d'une  manière  satisfaisante. 
Il  est  formé  comme  les  noms  hébreux  :  Dp^nK,  DTnK, 
*^D"»^^c,  etc.;  avec  l'élénient  '♦nK  a  frère  »  (ou  t  ami  »), 
mais  il  est  difficile  de  préciser  le  sens  de  Taulre  élé- 
ment formé  par  les  lettres  mn . 

Cette  inscription  permet  de  résoudre  une  petite 
difficidté  qu'on  pouvait  élever  relativement  à  un 
buste  palmyrénien  publié  par  M.  Wright  dans  les 
Proceeiin(jsof  theSoc.  ofbiblicalArchœoL,(nor.  1 885). 
L'inscription  qui  accompagne  ce  buste  est  formée  de 
deux  lignes  placées  symétriquement  de  chaque  côté 
de  la  tête  du  personnage,  de  cette  façon: 


à  gauche  : 

à  droite  : 

KDIÙ  13 

nbam  ban 

n^n'»nî< 

Kfibu  13 

Les  inscriptions  ainsi  disposées  se  lisent  ordinai- 
rement par  colonne,  le  côté  droit  le  premier,  et  le 
gauche  ensuite.  Cependant  comme  on  connaissait 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  315 

lin  certain  Bblha  surnommé  (ou  fils  de)  'Ahitôr  (Si- 
monsen ,  Scalptares  et  Inscriptions  de  Palmyre,  p.  1 5  ) 
on  pouvait  se  demander  si  Tinscriptiort  ne  se  com- 
posait pas  de  deux  lignes  séparées  par  la  tête,  et  ne 
devait  pas  se  lire  : 

Le  texte  qui  accompagne  notre  buste  montre 
quûn  certain' KD113  a  aussi  porté  le  surnom  (ou  était 
fib)  de  "Tin^nX;  rien  ne  s  oppose  donc  à  ce  qu'on  lise 
l'inscription  publiée  par  Wright  :  fVahballat  Jils  de 
Bolhajils  de  Borrepha  [appelé  ou  Jils  de]  'Ahitôr. 


Buste  de  femme;  le  bras  droit,  nu  jusqnau  coude,  est 
relevé  à  la  hauteur  du  cou  et  la  main  écarte  légèrement  le 
voile  qui  recouvre  la  tête;  la  main  gauche\  ramenée  sur 
la  poitrine,  retient  les  plis  du  vêtement;  un  anneau  orne 
le  petit  doigt;  sur  la  tête  et  sous  le  voile,  une  soi*te  de 
turban  surmonte  le  bandeau  brodé  qui  recouvre  le  front  et 
au-dessous  duquel  les  cheveux  dépassent  à  droite  et  à  gauche 
au-dessus  des  tempes  ;  ils  sont  ornés  de  deux  parures  com- 
posées chacune  de  sept  grosses  perles;  ils  descendent  par 
derrière  en  longues  tresses  qui  retombent  de  chaque  côté 
sur  les  épaules  et  la  poitrine.  —  (^ig*  ^•) 

Hauteur  :  o  m.  68  ;  largeur  :  o  m.  44- 

Cette  sculpture  se  trouve  à  Alep ,  dans  la  maison  de  M.  An- 
dré Marcopoli. 

A  droite  de  la  tête  se  trouve  une  inscription  de 
de  cinq  lignes ,  probablement  la  continuation  d'une 
autre  inscription  qui  était  placée  à  droite  dans  la 


3J6  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807, 

partie  fracturée.  Elle  renferme  une  date  *el' 


ainsi 


' 

i        . 

•  ■  - 1-  r 

•    ■                      ■  *    A 

)\^^ 

m'»3 

Dàn»  le'  mois  ' 

1.-  .  ■    {'  \ 

^^a 

TK 

deYar 

•    • 

1  j' f 

>\i\> 

T\W 

de  rànnëe 

^s^W) 

cccc 

quatre  cent 

m 

y  333 

LXV 

soixante-cinq.  : 

T             T 

Lé  mois  de  yar  de  Tannée  465  des  Séfeudâqi 
correspond  au  mois  de  mai  de  Tannée  1 5 4' de  tiOtlB 

ère.  •  >  ■ 

6'  •  . 
.s- 


•  »  ■ 

.     I    !   !      ' 


Buste  d'homme  jeune  et  imberbe,  vêtu  de  ia  toge;  tète 
nue;  les  cheveux  frisés  sont  relevés  en  arrière  et  séparés 
sur  le  milieu  ;  la  main  gauche  tient  une  petite  tdblette  sur 
laquelle  on  voit  un  seul  signe  ressemblant  âssei  bten  à  la 
lettre  grecque  v  et  qui  est  peut  être  un  n.  «commencement  du 
mot  ^nn  «Hélas!*  (cf.'  ci-dessus,  n*  S);  le  petit  d<ngt  est 
orné  d*un  anneau;  Tindex  de  la  main  droite  étendu  semUe 
montrer  la  tablette.  — ^  (Fig.  8.)  "    'i   "" 

Hauteur  :  p  m.  55;  largeur:  o  m.  4o.  '  \'"     ■ 

8e  trouve  à  Alep,  dans  la  maison  de  M.  Georges  MaiSiSo- 
poli.  '         ■     '    .  '  ' 

,    L'inscription  de  trois  lignes  se  trouve  au-dcjBSjUUi 
de  Tépaule  gauche;  on  y  lit  :  .     !  '    - 

i^^o\       KTl      Waida  .V  ' ■ '-'^ 

•^^Xa       p:i3      (fdsde)Bagran. 

\^  iK      b^n     HélasI 

Les  noms  sont  parfaitement  gravés;  le  pied  dli 
premier  signe  a  souffert  d'une  cassure  de  la^pieitra;. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  317 

il  ne  semble  cependant  pas  qu'il  puisse  y  avoir 
doute  sur  sa  valeur.  NT»!  (ou  KT»!)  et  p33  (ou  p33) 
sont  deux  noms  nouveaux  et  d'apparence  étrange. 
Je  n'en  saurais  donner  l'explication.  Le  second  est 
probablement  un  nom  d'origine  parthe. 


Cette  inscription  était  gravée  silr  le  fronton  triangulaire 
d*un  pietit  monument  dont  je  ne  saurais  dire  la  destination. 
Une  large  feuille  d*acanthe  sculptée  au  milieu  séparait  ce 
fronton  en  deux  parties  égales.  Le  côté  gauche  a  disparu,  il 
portait  probablement  un  buste  et  une  inscription ,  faisant 
pendant  au  buste  et  à  Tinscription  de  droite.  Le  buste  »  sans 
bras ,  est  celui  d*un  homme  imberbe  coiffé  d*un  modius  itni  ; 
il  est  revêtu  de  la'  toge  dont  les  plis  sont  retenus  par  une 
agrafe  fixée  sur  Tépaule  droite;  entre  le  buste  et  la  feuille 
d*acanthe  se  trouve  l'inscription. 

La  pierre  mesure  actuellement  dans  sa  plus  grande  largeur 
om.  g4}  et  om.  5i  dans  sa  plus  grande  hauteur.  Avant  la 
fracture  eHe  devait  mesurer  i  m.  54  dans  sa  plus  grande 
largeur.  •*-  (  Fig.  7.  )        * 

E^e  se  trouve  à  Alep ,  dans  la  maison  de  M.  Georges  Mar- 
copoli.  Selon  les  renseignements  qui  m'ont  été  donnés , 
elle  aurait  été  acquise  à  Deir  ez-Zôr,  sur  les  bords  de  TEu- 
phrate  ;  mais  il  est  probable  qu'elle  provient  de  Palmyre  et 
a  été  transportée  là  »  par  les  Arabes ,  pour  être  vendue  plus 
facilement. 

L'inscription  se  lit  ainsi  î 


î^iSAJi 

KaSTD 

Mezabana 

•Xii\iJi^a 

idVd  ^n 

fils  de  Maikôu 

M"Ui'>> 

'  inD^n 

Taimarcôu 

3 

^axH 

"^"i^m 

318  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

# 

KanîD,  en  grec  MelaSSdvous  (Waddington,  !i584), 
s'était  déjà  trouvé  en  palmyréniën  comme  nom  dé 
femme  (Vogué,  P.   io5;   Schrôder,  Z.  D.  M.  G., 

t.XXXIX[i885],p.  353). 

iSiD^n,  gr.  @aifjidp<Tns  (Waddington,  aSgô;  Vo- 
gué, P.  6,  33).  L'étymologie  du  nom  est  incertaine; 
Wellhausen  [Skizzen  and  Vorarbeiten  [3  Heft.p.  54], 
Reste  arabischen  Heidentkames)  le  croit  composé  avec 

le  nom  du  dieu  arabe  ^^,  de  même  que.  vr\i} 
(Vogué,  P.  84);  cf.  C  1.  S.,  II,  ïf  2o8. —  Le  sens 
serait  donc  «  serviteur  de  Radwa  »;  Cîomp.  le  nom 
arabe  si  commun  :  ^t  k%3  «  serviteur  d'Allah  ».  — 
Dans  notre  inscription  la  lecture  de  ce  nom  n'est 
pas  tout  à  fait  certaine.  Les  lettres  "iD^n  seules  sont 
parfaitement  distinctes  au  commencement.  Il  semble 
que  le  î ,  plus  petit  que  les  autres  lettres,  ait  été  omis 
par  une  inadvertance  du  lapicide,  et  ajouté  après 
coup.  Peut-être  la  lettre  finale  est-elle  un  K  et  non 
un  1 . . 

Quant  à  la  dernière  ligne,  je  ne  saurais  l'inter- 
préter avec  certitude.  Elle  se  compose  de  quatre  ca- 
ractères et  peut-être  d'un  cinquième  (qui  sellait  un  d) 
en  surcharge;  mais  il  est  très  possible  que  ce  signe 
ne  soit  que  la  partie  inférieure  du  1  qui  termine  le 
nom  de  ITIOTI .  Il  ne  diffère  pas  sensiblement  de  la 
forme  du  i  fmal  de  la  ligne  précédente.  Le  signe 
qui  précède  les  lettres  >3y ,  dont  la  lecture  est  abso- 
]ument  sûre ,  peut  être  soit  un  ^c ,  soit  \m  n ,  soit  un  I . 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  310 

Si  Ton  admet  cette  dernière  hypothèse,  on  aurait 
alors  le  nom  "«ays,  nouveau  en  palmyrénien,  mais 
fréquent  en  nabatéen  sous  la  forme  13^2  (G.  /.  5.,  II, 
n*"  286;  Euting,  Sinait,  Inschr.,  6,  207,  219,  438), 

en  arabe  cajw?,  «  îndomitus  »  (Ibn  Doreid,  29).  Tou- 
tefois, je  dois  dire  quun  K  me  paraît  paléographi- 
quement,  beaucoup  plus  probable. 


8 


Buste  de  femme  très  soigné;  la  tété- est  recouverte  d'un 
voile  qui  retombe  sur  le  corps,  mais  il  n'y  a  ni  coiffure,  ni 
frontal;  les  cheveux  sont  tot£dement  rejetés  en  arrière;  le 
bras  droit,  complètement  nu  jusqu'au  coude,  sort  de  la  toge 
qui  laisse  voir  l'extrémité  de  la  manche  de  la  tunique  ;  il  est 
replié  de  manière  à  ramener  la  main  à  la  hauteur  de  la 
joue  sur  laquelle  sont  appuyés  les  deux  premiers  doigts 
étendus,  tandis  que  les  deux  autres  avec  le  pouce  paraissent 
soutenir  le  menton.  On  a  déjà  fait  observer  que  ce  geste 
était  un  signe  de  deuil.  La  main  gauche  tient  les  plis  de  la 
toge  au-dessous  de  la  poitrine,  le  petit  doigt  porte  un  an- 
neau ;  chaque  bras  est  orné  de  bracelets  ;  il  y  a  plusieurs  col- 
liers autour  du  cou ,  et  de  longs  pendants  aux  oreilles.  Der- 
rière le  buste  est  figurée  une  draperie  fixée  par  des  agrafes 
à, deux  palmes.  L'inscription  se  trouve  de  chaque  côté  de  la 
tête  dans  l'espace  qui  la  sépare  des  palmes. 

Ce  buste  mesure  o  m.  60  de  hauteur  sur  o  m.  56  de  lar- 
geur. 

Il  se  trouve  à  Alep,  dans  la  maison  de  M.  Joseph  Marco- 
poli. 

Les  inscriptions  sont  ainsi  conçues  : 


320  SEPTEMBRE-OCTOBRE  18Ô1 

Ui.  Au-dessus  de  Tépauie  gauche  : 

yvi\>       niV      Année 
^^  y  D      cinq  cent 

^''^-»33      XLIII      quarante-troi». 

b.  Au-dessus  de  la  droite  : 


Ji\y^ 

obTt 

Portrait  de 

'aH 

bn 

Hai- 

• 

ilhS'» 

ano"» 

iphat  fil- 

^kY }f^^ 

■73»  m 

le  de  'Ogal- 

M^a^cy^ 

13  KD 

ta,  fils  de 

• 

oJJoM^H 

• 

■•onn 

Harimsgi. 

\yaH 

•jan 

Hélas  ! 

L  écriture  de  cette  inscription  est  assez  n^igée 
et  irrégulière ,  peut-être  à  cause  de  la  dureté  excep- 
tionnelle de  la  pierre  sur  laquelle  elle  est  gravée.  De 
plus,  il  est  à  remarquer  que  les  mots  sont  coupés 
dune  manière  tout  à  fait  arbitraire,  et  même  sans 

I 

nécessité  apparente ,  à  la  deuxième  ligne  par  exemple. 
.  Le  mot  D*?»  par  laquelle  elle  débute  devrait  être 
écrit  riD^s  avec  la  forme  féminine.  C'est  en  eflG^ 
l'usage,  dans  les  monuments  de  Psdmyre,  que  ce 
mot  désignant  une  statue  d'homme  garde  la  forme 
masculine,  et  prenne  au  contraire  la  forme  féminine 
quand  il  accompagne  ime  statue  de  femme  (cf. 
Vogué,  P.  i3,  29;  Simonsen,  Sculptures  et  inscrip- 
tions de  Palmyre,  p.  4o;  etc.). 


AReHÉOL,OGIE  ORIENTALE,  321 

nD^^n  est  un  nom  féminin  qui  se  trouve  pour  la 
première  fois.  li  est  à  rapprocher  des  noms  mascu- 
lins déjà  connus  :  '•D'^^n,  ^CD'7^,  iD^n,  ^D^n.  On  trouve 
également  en  nabatéen  (G.  /.  S,,  II,  209)  ie  nom 
propre  'iD'7n  que  Nôldeke  identifie  avec  ie  nom  arabe 

Uds^.  La  forme  pleine  ^^7^CD7^  [G.  L  S.,  II,  206), 
montre  que  les  noms  cités  plus  haut  doivent  être 
considérés  comme  des  noms  théophores  apocopes, 
dans  lesquels  l'élément  divin  a  disparu.  Le  sens  est 
«  compensation  [donnée  par  le  dieu.  .  .]  ».  La  tribu 
des  "'S"»'?n  "^in  est  appelée  en  grec  <ï>v\rf  AXi^iyvcSi;.  On 
la  trouve  mentionnée  dans  une  inscription  grecque 
de  ^El  'Adjeilat  (Waddîngton ,  2210). 

• 

n'ia  0  fille  de  ».  —  Nous  avons  ici  la  forme  pleine; 
on  trouve  aussi  fréquemment  la  forme  contractée 
n3(cf.,  ci-dessous,  n®  12). 

xn^ay  est  également  une  forme  nouvelle.  Ce  nom 
présente  quelque  difficulté.  S'il  s  agissait  dun  nom 
féminin ,  on  pourrait  le  rapprocher  de  Thébreu  nh^^ 
«  génisse  » ,  nom  d  une  des  femmes  de  David  (  II 
Sam.,  m,  5).  Mais  il  est  suivi  directement  du  mot 
12  «  fds  de  » ,  qui  montre  que  nous  avons  affaire  à  un 
nom  masculin  malgré  sa  forme  féminine.  —  On  a 
rencontré  plusieurs  fois  le  nom  ib"»ay,  gr.  OyjjXo^ 
(Vogué,  P.  70,  9 4;  etc.),  qui  doit  avoir  la  même 
étymologie.  Dans  la  plupart  des  langues  sémitiques , 
la  racine  ^:y  a  le  sens  de  «  rouler,  être  rond  »  ;  en 
éthiopien  elle  a  conservé  celui  de  «  nouveau-né  ».  — 


322  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

A  rapprocher  les  noms  du  dieu  palmyrénien  h^ph}^ 
et  du  roi  moabite  j^^a?  (Jud.,  m,  i  q). 

>Dnn  nouveau  à  Palmyre ,  parait  signifier  «  con- 
sacré» {devotas).  li  dérive  de  ia  racine  Din  «être 
consacré,  être  voué  ».  C'est  sans  doute  Tabrégé  d'un 
nom  théophore  dans  lequel  l'élément  divin  a  dis- 
paru comme  dans  tant  d'autres  !  Nous  avons  dans 
l'araméen biblique  Din  (Esdr.,  u,  3a;  x,  3i;  Neh,, 
m,  11)  pour  cnn  ;  et  en  nabatéen  le  nom  lonn  (C.  /. 
S.,  II,  1^8)  que  Nôldeke  rapproche  de  l'arabe «L^, 
Harâm,  (Wûstenfeld,  Résister,  p.  ao5).  Le  nôtre 
serait  à  comparer  à  ^i^^  Harim  (ibid.,  p.  206). 
Nous  avons  probablement  ce  même  élément  dans  le 
nom  grec  kpàl(ittXos  tvoué  à  El»  (Waddington, 
2^46)  dont  la  forme  sémitique  serait  ^KD^in ,  comme 
kvvriXos  répond  à  bnin , 

L'année  543  des  Séleucides  commence  le  i*  oc- 
tobre de  l'an  2  3 1  de  notre  ère.  Je  ferai  remarquer 
que  la  lecture  du  chiffre  des  centaines  est  un  peu 
douteuse.  On  pourrait  sans  trop  de  difiEiculté  i'intej^- 
prêter  6/1 3.  Cependant  le  signe  ressemble  assez  bien 

à  un  y  de  forme  cursive  (syriacîsante),  et  daii9  les 
meilleures  inscription?,  le  signe  du  chiflBre  5  ne  dif- 
fère en  rien  du  X. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  333 


9 

Petite  statue  en  pied  sculptée  en  haut  relief,  représentant 
une  femme  drapée  dans  un  long  manteau  qui  passe  sous  le 
bras  droit  et  est  retenu  sur  Tépaule  gauche  par  une  agrafe;  il 
laisse  voir  la  tunique  ornée  de  broderies  ;  par>dessus  le  man- 
teau est  jeté  un  voile  qui  recouvre  la  tête  et  descend  jus- 
qu'aux pieds  ;  les  clieveux  sont  dissimulés  par  la  coiffure  et 
un  frontal  orné.  La  personne  porte  des  pendants  aux  oreilles 
et  un  collier  de  perles  au  cou  ;  les  bras  sont  engagés  dans  les 
plis  du  voile  et  ne  laissent  passer  que  les  mains  ;  la  droite  est 
ouverte,  les  doigts  étendus  et  écartés,  et  présente  la  paume; 
la  gauche  tient  deux  objets  qui  paraissent  être  un  fuseau  et 
une  pelote  de  laine.  Les  pieds  sont  chaussés  d'une  manière 
spécisde.  —  (Fig.  i.) 

Ce  curieux  spécimen  de  Tart  palmyrénien  est  msdheureu- 
sèment  fracturé  en  trois  morceaux.  Il  se  trouve  à  Alep,  chez 
M.  Henri  Marcopoli.  —  Dimensions,  dans  Tintérieur  du 
cadre  :  hauteur,  om.  5i;  largeur,  om.  23. 

L'inscription ,  placée  au  niveau  du  coude  du  bras 
droit  de  la  statue,  se  lit  ainsi  : 

^en>y  est  encore  un  nom  nouveau;  il  est  à  rap- 
procher du  nom  d'homme  arabe  Mtïfe  (Wûstenfeld, 
Regùter,  p.  54;  Qflma5,p.  211). 


b2n 

Hélas! 

Kn^y 

•Aita 

'r\i2 

fdlcdc 

loV^y 

Ailamei , 

^HT» 

fils  de]  Yarhai. 

324  SEPTËMBRK-OGTOBRS  I8«7. 

"•©^"•y  est  le  même  que  '»D^'»yK  (Vogué,  P.  i, 
iq3;  etc.),  mais  écrit  sans  k  prosthétique.  Ce  der- 
nier est  transcrit  en  grec  ÂaiXa/xeis  (Wadd.,  a  586). 
A  la  forme  que  nous  avons  ici  correspond  sans  doute 
le  grec  Aï\afios[Wsidd.,  2071,  Q086,  2189,  ubij  e). 
Ce  nom  vient  de  la  racine  nb:f  «  être  jeune,  être  vi- 
goureux ». 

^m"»  est  un  nom  très  fréquent;  iapaios  dans  les 
inscriptions  bilingues.  Littéralement  :  lanaris  t  qui 
appartient  au  dieu  Lune  ». 

10 

Double  statue  en  haut  reHef  représentant  deux  jeunes 
filles.  Elles  sont  vêtues  d*'une  simple  tunique  qui  descend 
jusqu'aux  pieds  et  dont  les  manches  ne  dépassent  pas  le 
coude.  La  plus  grande  a,  en  outre,  une  sorte  d*écharpe  qui 
passe  sur  Tépaule  gauche  et  sous  le  bras  droit  et  dont  l'une 
des  extrémités,  terminée  par  un  gland,  pend  sur  le  devant 
du  corps  à  la  hauteur  des  genoux.  Toutes  deux  sont  tète  nue 
avec  les  cheveux  séparés  sur  le  milieu  et  rejetés  en  arrière; 
elles  portent  des  pendants  aux  oreilles,  un  coUier  de  perles 
et  des  bracelets.  E^les  tiennent  chacune  un  oiseau  :  Talnée 
de  la  main  gauche,  et  la  plus  jeune  de  la  main  droite;  ceUe- 
ci  a  en  outre  un  fruit  en  forme  de.  grappe  compacte,  dans  sa 
main  gauche,  que  la  droite  de  Tainée  saisit  au  poignet,  pour 
indiquer  sans  doute  que  cet  emblème  s'applique  aux  deux 
sœurs.  Les  pieds  sont  chaussés  de  sandales  retenues  par  des 
courroies,  et  la  manière  dont  celles-ci  sont  fixées  est  très  net- 
tement exprimée.  Les  statues  d'hommes  et  de  jeunes  gens 
ont  généralement  les  pieds  nus.  —  (Fig-  2») 

Hauteur,  om.  4o;  largeur,  om.  ds*  —  Ce  buste  appar-' 
lient  à  M.  Henri  Marcopoli,  d'Alep. 


AaCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  3â5 

L'inscription ,  placée  entre  les  deux  têtes ,  doit  se 
lire  : 

"\:i  ^^\aH  >^"\a  îd  a  eC      13  p^n  n-13  K33K 

^a  a  H  *»  Vl  *> 'îCi  '?3n'Sn3 

Ababa  fille  de  Hairan  fils  de  ||  Kohaili.  Hélas!  ||  àista,  || 
sa  sœur.  11  Hélas  ! 


K33N  est  la  forme  emphatique  du  nom  d'homme 
33^c  qui  se  trouve  dans  une  inscription  palmyrénienne 
du  British  Muséum  éditée  par  Wright  [Procendings , 
loc.  cit.).  Comp.  le  nom  grec  këaSos  (Wadd. ,  24^0, 
2  59o).  —  Quant  à  Tétymologie,  il  faut  sans  doute 
rapporter  ce  nom  à  la  racine  chaldéenne  22Vi  «  pro- 
duire des  fruits».  Comp.  le  syriaque  jL^d)  «  fruit, 
rameau  ».  —  Ce  nom  se  rencontre  pour  la  première 
sous  cette  forme  et  comme  nom  de  femme. 

p'^n,  AipclvïfSy  dans  les  inscriptions  bilingues ,  est 
un  des  noms  les  plus  fréquents  de  Palmyre. 

■♦^MD  ne  s'est  pas  encore  présenté  avec  cette  or- 
thographe, mais  bien  sous  la  forme  ^b^nD  (Vogué, 
P.  3o)  qui  se  trouve  aussi  en  nabatéen  (G.  /.  S., 
II,  197).  Le  même  existe  en  arabe  Ja^  (Ibn  Do- 
reid ,  111,  2  )  ;  ce  serait  un  diminutif  de  la  racine 
Shd,  en  chaldaïque  «  être  fort,  valait»,  - —  Peut-être 
à  rapprocher  du  grec  XatXos  (Wadd.,  21 4a). 

NDC?'» w*  est  encore  un  nom  nouveau.  Le  même  mol 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  327 

m 

VllPsér. ,  1. 1,  1 883,  p.  a43).  —  Avant  la  découverte 
de  cette  inscription  bilingue,  on  lisait  ce  nom  ^a:^'» 
Yanbel.  Il  n  y  a  aucun  exemple  certain  de  cette 
dernière  forme  dont  lexpiication  étymologique  est 
d'ailleurs  difficile.  Une  inscription  de  Copenhague 
(Simonsen,  Scalplares  et  inscriptions  de^^Palmyre, 
p.  17)  porterait,  dit-on,  le  point  diacritique  sur  la 
seconde  lettre  du  mot  qui  serait  bien  im  "i  et  non 
un  n.  L'examen  de  la  photographie  (pi.  VIlI)  laisse 
un  doute  sérieux  sur  Texactitude  de  cette  affirma- 
tion. —  A  rapprocher  le  nom  biblique  'jK^fn^  (1  Chr., 
vu,  6;  X,  11). 

12 

Buste  de  femme.  La  tète  est  recouverte  du  voile  que  la 
main  droite  écarte  légèrement  à  la  hauteur  du  cou.  Un  dia- 
dème est  fixé  sur  le  voile,  les  cheveux  sont  complètement 
ramenés  en  arrière.  Aucun  ornement  au  cou;  mais  des  pen- 
dants aux  oreilles,  un  bracelet  très  simple  au  poignet  droit, 
et  un  anneau  au  petit  doigt  de  la  main  gauche. 

Hauteur,  o  m.  55  ;  largeur,  o  m.  55 .  —  Ce  buste  se  trouve 
à  Alep,  chez  M.  Henri  Marcopoli. 

L'inscription    est   gravée   au-dessus    de   lepaule 
gauche  ;  on  y  lit  : 


Hagar  fille  de 
Malé; 

ha  iCii\ 

ra  N3n 

Hanna  fille  de 

î^i\\y^ 

NSibp 

Qaloupha. 

i^K 

Van 

Hélas  ! 

32 


328  SEPTEMBKE-OCTOBRE  1807. 

I2r\  n  est  autre  chose  que  le  nom  biblique  porté 
par  la  servante  d'Abraham  (Gen.  xvi,  i)  et  qui  si- 
gnifie «  fugitive  ».  C'est  la  première  fois  qu'on  le 
rencontre  en  palmyrénien.  —  On  peut  le  rappro- 
cher du  nom  nabatéen  Min  [C.  I.  S.,  II,  200,  2o3, 

226)  et  de  larabe  y^li.  (Ibn  Doreid,  277,  5;  1 19, 

n2  «  fille  de  » ,  forme  contractée  de  ri3  ;  cf.  ci- 
dessus,  n°  8. 

Hbv,  MaXijs,  est  très  fréquent. 

Kin  «grâce,  miséricorde»  se  trouve  aussi  pour 
la  première  fois  en  palmyrénien.  C'est  le  même  nom 
que  l'hébreu  nin  *  kvva  (I  Sam.,  i,  2)  et  le  nabatéen 
nin  (C.  /.  5.,  II,  2 1 7).  Il  y  a  un  léger  doute  sur  la 
lecture  de  la  seconde  lettre. 

KDi^p  est  encore  un  nom  nouveau.  La  première 
lettre  paraît  bien  être  un  p  plutôt  qu'un  D..  La  ra- 
cine «st^jD  en  syriaque,  (en  arabe  s^i!^),  a  le  sens  de 
«  dépouiller,  dénuder  ».  —  Ce  qui  semble  appuyer 
cette  lecture ,  c'est  qu'on  trouve  dans  une  inscription 
grecque  de  Bosra  (Wadd,,  igSô  a)  un  certain  per- 
sonnage nommé  Diogène,  aussi  appelé  (très  proba- 
blement en  nabatéen)  Ko'kd<pios,  nom  qui  n'est  pas 
sans  analogie  avec  celui  de  notre  inscription  ;  car  il 
est  de  règle  dans  les  transcriptions  de  cette  époque 
que  le  p  sémitique  soit  rendu  par  le  x  grec.  Il  y  en  a 
de  nombreux  exemples  et  l'inscription  suivante  en 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  329 

fournit  deux.  La  présence  de  deux  noms  de  femme 
dans  une  même  inscription  et  sur  un  seul  buste  a 
quelque  chose  d'anormal.  Peut-être  y  avait-ii  primi- 
tivement un  second  buste  qui  a  été  séparé  du  premier. 


13 

Buste  de  femme ,  couverte  du  voile ,  dont  le  vêtement  et 
la  pose  sont  analogues  au  buste  de  Nabai  (n**  1 1),  avec  cette 
différence  toutefois  qu'elle  ne  porte  pas  de  collier. 

Hauteur,  o  m.  5o  ;  largeur,  o  m.  4a .  —  H  appâtaient  comme 
les  précédents  à  M.  Henri  Marcopoii ,  d*Alep. 

L'inscription ,  gravée  au-dessus  de  l'épaule  gauche , 
se  lit  : 

iC  Ji  j^  iC      KtJpx      'Aqmé 
y^^a  n-»3      fille  de 

^Ji^rtJi       '•O'^pD       Moqeimi. 

^)^        bin     Uéhsl 

HJ^pii,  en  grec  Ax/ùt)/,  est  déjà  connu.  (Sachau, 
Z.D.M.G.,  t.  XXXV  [i 88 1]  p.  735; Mordtmann, 
Neae  Beitràge,f.  4o;  etc.)  —  La  dernière  lettre  de 
ce  nom,  en  partie  dissimulée  par  la  sculpture,  est 
parfaitement  visible  sur  l'original. 

nD^pD ,  écrit  ici  avec  un  >  final  au  lieu  de  l'ortho- 
graphe habituelle  iD^pD,  en  grec  MAxeifios  (  Wadd., 
i6 1 3)  ou  MéxtiÀOs  {*ibS6) ,  est  un  des  noms  les  plus 
commun^  à  Palmyre. 


330  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

14 

Buste  d*homme ,  tête  nue ,  avec  les  cheveux  et  la  barbe 
crépus.  Il  est  vétn  de  la  toge  dont  les  plis  sont  retenus  par  la 
main  gauche;  la  droite  est  ramenée  sur  la  poitrine. 

Hauteur,  o  m.  5o;  largeur,  o  m.  iia,  —  Ce  buste  appar- 
tient à  M.  Constantin  Homsy,  d*Alep. 

L'inscription  est  gravée  au-dessus  de  Tépa^ile 
droite.  Les  lettres  sont  d  une  forme  assez  négligée  et 
de  basse  époque  à  ce  quil  semble,  bien  qu'en  géné- 
ral on  ne  doive  pas  attacher  d'importance  chronolo- 
gique à  la  forme  des  lettres  dans  les  inscriptions  de 
Palmyre,  comme  le  montrent  certaines  inscriptions 
datées,  les  unes  anciennes  et  mal  écrites,  les  autres 
plus  récentes  et  d'une  écriture  plus  correcte.  Les 
points  diacritiques  sont  marqués,  sur  les  n  et  à  l'in- 
térieur du  T . 

^ii^J.'i  13^0  Malkou 

^  H'\^  ^  a  ^n-T»  -a  fils  de  Yarhai 

^^y\>àC  Ti:^«?K  As'adar. 

^^iK  ^3n  Hélas! 

La  lecture  de  l'inscription  est  absolument  cer* 
taine. 

ni:fVH  est  un  nom  nouveau  dont  je  ne  vois  pas 
l'étymologie  ;  l'élément  verbal  "msr  qui  le  termine 
se  rencontre  dans  beaucoup  de  noms  propres  sémi- 
tiques et  signifie  «  aider,  secourir  ».  Le  nom  doit 
donc  se  décomposer  ainsi  *iiy+^K.  L'élément  VK  est 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  331 

sans  doute  Tabrégé  d  un  nom  divin.  Mais  quel  est  ce 
nom?  Je  ne  saurais  le  dire: 


15 

Buste  d'homme  ;  tête  nue ,  avec  ia  barbe  et  les  cheveux 
frisés.  Il  est  vêtu  de  la  toge  qui  laisse  passer  les  mains  rame- 
nées au-dessous  de  la  poitrine;  le  petit  doigt  de  la  main 
gauche  porte  un  anneau.  Dans  le  cliamp  resté  libre  au  dessus 
de  Tépaule  gauche  est  figurée  la  coiffure  :  un  modius  ceint 
d'une  couronne  de  feuillage.  Du  côté  opposé  se  trouve  l'in- 
scription en  caractères  assez  semblables  à  ceux  de  la  précé- 
dente. 

Hauteur^  om.  60;  largeur,  om.  4o.  —  Ce  buste  appar- 
tient à  M.  Guillaume  Poche,  d'Alep. 

L'inscription  se  lit  ainsi  : 

^^X\>         "•■'^l^    Sagri 
iCXy  '\  â      Ka:r  ^3    fJs  de  *Ogga 

)Mmm.^)^  3--03  fils  de.... b. 

\ja>\         ^3n     Hélas! 

Le  nom  de  nac;  s  est  déjà  rencontré  (Vogué, 
P.  \il\)-  —  Celui  de  K^y,  grec  Ôyya,  est  fréquent 
(Vogué,  P.  17,  18,  67;  etc.). 

Quant  au  troisième  nom,  la  lecture  en  est  très 
difficile.  Nous  croyons,  sans  en  être  certain,  recon- 
naître au  commencement  les  lettres  TD ,  suivies  d'un  "» 
et  peut-être  d'un  :r;  le  dernier  signe  est  presque 
certainement  un  3 .  Nous  aurions  ainsi  le  nom  3:r*ïD 
dont  je  ne  vois  pas  la  signification. 


332 


SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


16 


Sculpture  en  haut  relief  représentant  le  buste  de  deux 
(personnages:  le  mari  et  la  femme.  L*homme,  tète  nue,  avec 
la  barbe  courte  et  les  cheveux  frisés,  est  vêtu  de  la  toge;  il 
porte  im  anneau  au  petit  doigt  de  la  main  gauche  qui  tient 
un  objet  mutilé,  soit  une  tablette  (cf.  n*  6)  soit  une  branche 
de  feuillage  (cf.  Simonsen,  Sculptures  et  inscriptions  de  Pàl- 
myre,  pi.  VII).  —  La  femme  est  couverte  du  voile;  le  ban- 
deau du  front  laisse  voir  les  cheveux  au-dessus  des  tempes  ; 
elle  porte  des  pendants  d'oreilles ,  un  collier,  des  bracelets , 
et  un  anneau  au  petit  doigt  de  la  main  gauche  qui  est  ra- 
menée à  la  hauteur  de  Tépaule  et  écarte  le  voile. 

Hauteur  :  o  m.  58;  largeur  :  o  m.  4^.  —  Appartient  à 
M.  Guillaume  Poche ,  d*Âlep. 

L'inscription,  gravée  entre  les  deux  têtes,  se  lit 
ainsi  : 


^a  y^o\j  a 

13  :^T»''?a 

Belyada',  fiis  de 

i^aoMM, 

K3'»m 

Rahiba; 

>^^a  v.}M^\ 

•  n")a  mH^ 

et  Âlia ,  fille  de 

^if^y^ei  ^3^^^ 

innriN  XDiia 

Bojnrepha,  sa  femme 

^ai\ 

tan 

Hélas! 

yT»V3 .  —  Ce  nom  est  parfaitement  lisible  sur  la 
pierre.  L'inscription  est  nettement  mais  légèrement 
gravée,  et  pour  ce  motif  l'estampage  reproduit  hx- 
blement  les  lettres.  ^ —  C'est  le  pendant  du  nom 
^^T»  que  nous  avons  rencontré  plus  haut  (n*  1 1). 
Le  sens  est  «  Bel  connaît  (=  protège)  ».  Nous  avons 
en  hébreu  le  nom  congénère  de  stt^^  porté  par  un 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  333 

fils  de  David  (II  Sam.,  v,  16)  qui  est  aussi  appelé, 
dans  un  document  d  origine  différente  (I  Par. ,  xiv, 
7)  ^tI^??»  c  est-à-dire  exactement  comme  le  person- 
nage de  notre  inscription ,  ^5  étant  en  paimyrénien 
la  contraction  de  ^ya , 

Hi'^ni  est  aussi  un  nom  nouveau.  Il  y  a  un  léger 
doute  sur  la  valeur  de  la  première  lettre ,  mal  venue 
sur  l'estampage,  mais  dont  la  lecture  est  presque 
certaine  sur  la  pierre.  Ce  nom  serait  dérivé  de  la  ra- 
cine 3m  (arabe  4^^)  «être  large,  spacieux».  Cette 

racine  entre  dans  la  composition  de  plusieurs  noms 
propres  en  hébreu.  Elle  a  fourni  le  nom  de  ann  (  Jos. , 
n,  1),  porté  par  la  célèbre  courtisane  de  Jéricho,  qui 
accueillit  les  espions  de  Josué. 

KPK  s'est  déjà  rencontré  comme  nom  de  femme, 
et  M.  Clermont-Ganneau  a  fait  ressortir  Tétrangeté 
de  l'emploi  comme  nom  féminin  d'un  mot  qui  parait 
signifier  «frère»  [Études  d'archéologie  orientale,  t.  I, 
p.  112),  —  Le  1  conjonctif  qui  n'est  pas  venu  sur 
l'estampage  est  absolument  distinct  sur  la  pierre. 

17 

Buste  de  femme  vêtue  assez  simplement  ;  le  front  est  orné 
d  un  bandeau,  la  tête  couverte  du  voile  et  les  cheveux  des- 
cendent sur  les  épaules  en  tresses  ondulées.  La  main  gauche 
tient  le  fuseau  et  la  pelote  ;  la  main  droite,  relevée  au-dessus 
du  sein,  retient  le  voile. 

Ce  buste  mesure  o  m.  5a  de  haut  sur  o  m.  35  de  large. 
Il  appartient  à  M.  Constantin  Homsy,  d'Aiep. 


334  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

Au-dessus  de  Tépaule  droite  est  gravée  une  in- 
scription dont  les  caractères  sont,  à  première  vue, 
fort  étranges.  Kn  les  examinant  de  près,  je  me  suis 
persuadé  que  cette  inscription  était  i^oeuvre  d*un 
faussaire.  J ai  cru,  en  effet,  reconnaître  qù'cdle  avait 
été  .substitué^  à  une  inscription  plus  ancienne  et 
presque  effacée,. mais  dont  il  ma  sçmbl^  retrouver 
des  traces  certaines.  L  ancienne  inscription  était 
gravée  horizontalement.  Le  faussaire  cpji  a  grfivé  la 
seconde,  croyant  sans  doute  donner  à  son  buste  une 
valeur  vénale  plus  considérable,  a  probablement 
imité  une  inscription  tracée  verticalement.  H  ny  mi- 
rait donc  pas  lieu  de  chercher  à  interpréter  les  signes, 
dont  on  peut  voir  la  reproduction  fidèle  dans  leiao- 
similé.  '•'  - 

18 

Baste  de  femme.  Le  voile  qui  couvre  la  tête  est  piaoé''plni 
en  arrière  que  dans  les  autres  sculptures.  Le'  hândusti  dn 
front  est  orné ,  au  milieu ,  d  une  plaque  de  méUl  omaiMntée, 
de  laquelle  partent  deux  chaînettes  qui  descendent  sur  Iqs 
tempes  et  disparaissent  sous  le  voile  derrière  la  tètè;loi'clle- 
veux  ramenés  en  arrière  couvrent  en  partie  les  oréffléS-v'ins- 
([uclles  sont  fixés  de  longs  pendants.  Le  cou  est  omë  d'an 
double  collier  de  perles  et  de  métal;  le  bras  droit,  anjnsqa'an 
coude,  poilc  im  gros  bracelet.  La  femme  tient  sur  son  bfas 
gauche  un  petit  enfant  emmaiiloté.P  -—  (^ig*  ^O  ^  ' 

J'ai  omis  de  prendre  les  mesures  de  ce  monument ;d*iipfks 
la  photographie,  il  doit  être  de  mêmes  dimensions  qip»*b 
n"  5.  —  Il  se  trouve  au  consulat  de  France,  à  Akp, oùfla 
été  abandonné  par  un  des  derniers  tittUaires  de  oe* 


Cc  buste  portait  une  inscription  gra^^ée  ao-dafsus 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  335 

de  l'épaule  gauche  de  la  femme;  mais  là  pierre  est 
fracturée  en  cet  endroit,  et  dans  la  partie  qui  sub- 
siste les  lettres  sont  presque  entièrement  effacées. 
On  reconnaît  toutefois  très  distinctement  le  nom  si 
fréquent  de  idVd. 


,UaTB  ALPHABETIQUE  DES  NOMS  1 

PROPRES     . 

ÇONTÊ^jÛS  PANS  LES  INSCRIPTIONS   PRECEDENTES. 

i5  iVai* 

8  Knbay 

8  D^^bn 
12  H:n 

1 O  K32X 

i6  Knx 

9  ^D^^ 

9  KrT'y 

8  "Dnn 
Il  bay^T 

4.'Tin''nK 

i3  XDpK 

1  3^py 

i4,  9  "»nn> 

i4  m:^i2^K 

7  (?)  ••3^2 
12   JCDI^p 

i6  H2^ni 

11,  lo  "«^nD 

7  KiSTD 

12     K'?© 

6    pas 
i6,4  KDIia 

i6  yi^bi 

i5  nat!; 

i8,  i4,7»  'i»  2  ID^D 

1  i2;Dc;n3 

lo  ^riV^^ 
3  inh^bv 

3  '»:3?D 
i3  1D''pD 

.12  nan 

6  KT»! 

7  inD'»n 

11  '•a: 

lo  p''n 

II 

LES  RUINES   DE  PALMYRE  EN    1735. 

On  fait  généralement  beaucoup  d'honneur,  et  à 
bon  droit,  aux  voyageurs  anglais  Wood  et  Daw- 
kins,  qui  ont  visité  les  ruines  de  Palmyre  au  siècle 
dernier,  en  i  yS  i ,  et  nous  en  ont  laissé  une  remar- 
quable description  ^  Un  voyageur  français ,  Granger^, 

^  The  ruins  of  Palrnyra;  Londres,  1753. 

*  Granger,  dont  le  véritable  nom  était  'Tourtechot ,  naquit  à  Di- 


336  SEPTEMBRE-OCTOBRE    18Q7. 

avait  pourtant  pénétré  jusqu'à  cette  ville  quinze  ans 
auparavant  et  en  avait,  lui  aussi,  rapporté  une  des- 
cription en  plusieui's  points  supérieure  par  lexacti- 
tude ,  la  netteté  et  la  précision  des  détails  à  celle  des 
explorateurs  anglais.  Voici  comment  je  fus  conduit 
à  sa  découverte.  En  consultant,  à  la  Bibliothèque 
nationale ,  le  ms.  français  Nonv.  accj.  9123 ,  qui  fait 
partie  de  la  collection  des  Papiers  de  Saint-Martin, 
je  trouvai ,  à  la  suite  des  épreuves  et  du  manuscrit 
de  son  Histoire  de  Palmyre,  restée  inachevée,  la  co- 
pie d  un  grand  nombre  de  documents  :  extraits  des 
géographes  ou  historiens  anciens,  transcription  et 
traduction  d'inscriptions,  citations  d  auteurs,  etc.. . 
en  un  mot,  à  peu  près  tout  ce  que  Ton  savait  sur 
Palmyre  vers  1 83o.  C'est  au  milieu  de  ces  pièces  de 

jon;  il  étudia  la  chirurgie  et  se  distingua  dans  son  art,  sortout  à 
Marseille  et  à  Toulon ,  pendant  la  peste  de  1 7  a  i .  Il  passa  ensuite 
à  Tunis ,  en  qualité  de  chirurgien  en  chef  de  Thôpitid  des  rdigieox 
Trinitaires  espagnols,  et  y  occupa  ce  poste  jusqu*en  1734*  H  se  lia 
fort  intimement  avec  Pignon,  alors  consul  de  France  en  cette  vifle, 
qui  le  retint  à  Tunis  jusqu'en  1738.  Il  rentra  en  France;  et,  en 
1730,  Pignon,  ayant  été  nommé  consul  au  Caire,  décida  Granger 
à  raccompagner.  C'est  alors  qu'il  visita  l'Egypte  et  écrivit  les  notes 
.  qui  ont  servi  de  base  à  la  Relation  du  voyage  fait  en  Egypte  eit 
1730,  par  le  sieur  Granger,  publiée  après  sa  mort  (Paris,  1745). 
Il  revint  en  France  en  1732  et  en  repartit  Tannée  suivante  avec 
Pignon;  mais,  cette  fois,  chargé  de  mission  ou,  comme  on  cUsait 
alors ,  «  honoré  d'une  Commission  du  Roy  1  en  vue  d'étudier  llib-« 
toire  naturelle.  Il  visita  la  Cyrénaîque  avec  son  ami ,  puis ,  continuant 
seul  son  voyage,  il  passa  en  Crète,  en  Egypte,  à  Chypre,  en  Pldes- 
tine,  en  Syrie  et,  d'Alep,  il  se  dirigea  vers  la  Perse.  H  mourut  en 
revenant  de  ce  pays,  à  deux  journées  de  Bassora.  Sa  description 
(le  Palmyre  est  datée  du  commencement  de  1736,  c*est-à-dire  do 
l'année  même  do  sa  mort. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  337 

toute  nature  que  se  rencontre  l'extrait  de  la  relation 
de  Granger  que  je  donne  ci-dessous  ^  Outre  l'intérêt 
qu  il  présente  en  lui-même ,  il  rappellera  les  mérites 
de  ce  voyageur  intrépide  et  sagace.  Granger  avait 
coutume  de  copier  les  inscriptions  qu  il  rencontrait  ; 
nous  en  avons  quelques  spécimens  dans  la  relation 
imprimée  de  son  voyage  d'Egypte.  Il  a  dû  faire  la 
même  chose  en  Syrie ,  et  peut-être  ses  papiers  et  ses 
notes  contiennent-ils  quelques  documents  épigra- 
phiques.  Mais  j'ignore  ce  qu'ils  sont  devenus,  n'ayant 
pas  eu  le  loisir  jusqu'à  ce  jour  de  faire  des  recherches 
à  ce  sujet. 

Extrait  d*aiie  lettre  du  siear  Granger  à  Monseigneur  le 
comte  de  Maurepa^^,  concernant  les  antiquités  de  la 
ville  de  Tadmor,  autrefois  Palmyre, 

Enfin,  n*ayartt  plus  rien  a  voir  a  Balbec  nous  en  partîmes 
le  1 9  octobre  i  ySS  pour  nous  rendre  a  Damas  ou  nous  arri- 
vâmes le  lendemain  a  deux  heures  après  midi.  La  première 
journée  nous  fumes  coucher  a  un  gros  village  nommé  Zeb- 
daini,  après  avoir  marché  tout  le  jour  sur  des  montagnes 
escarpées  et  très  stériles.  Ce  village  est  situé  dans  un  vallon 
et  au  commencement  d  une  petite  plaine  qui  a  environ  une 
lieue  et  demi  de  long  sur  deux  milles  de  large ,  couverte  en 
partie  par  beaucoup  de  mûriers  et  autres  arbres  fruitiers  ;  le 
reste  de  la  plaine  est  ensemencé  de  bled  et  d*orge  qui  ren- 
dent dans  les  bonnes  recolles  cinquante  pour  un. 

^  Elle  occupe  les  folios  253-279  du  manuscrit. 

*  Jean-Frédéric  Phelypeaux,  comte  de  Maurepas  (1701-1781). 
Il  était  alors  secrétaire  d'Etat  de  la  Marine  et  de  la  maison  du 
Roi. 


338  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

Cette  plaine  est  arrosée  par  les  eaux  de  dix  a  douze  fon- 
taines qui  ont  leurs  sources  au  pied  des  montagnes  pdées 
qui  environnent  le  village.  Les  eaux  de  ces  fontaines  forment 
par  leur  reunion  une  rivière  assez  considérable,  qui  après 
avoir  parcouru  la  plaine  se  dégorge  dans  une  autre  rivière 
que  nous  suivimes  le  lendemain  jusques  a  Damas,  ou  elle  ya 
se  rendre. 

Le  lendemain  de  mon  arrivée  en  cette  ville ,  je  fus  rendre 
les  lettres  de  recommandation  que  M.  le  consul  de  Seyde 
m'avoit  procurées  pour  les  puissances  qui  y  commandent. 

Quelques  jours  après  voyant  que  les  environs  de  cette  vîBe 
etoient  trop  secs  pour  y  trouver  des  plantes,  je  pris  la  reso- 
lution de  me  rendre  dans  les  montagnes  pour  y  herboriser, 
avant  que  la  saison  des  pluies  et  des  neiges  qui  commencent 
de  tomber  dans  le  pays  de  bonne  heure ,  ne  fut  venue.  Mais 
comme  mon  dessein  etoit  de  pénétrer  en  herborisant  jusqu'à 
Tadmor,  autrefois  Palmyre ,  pour  y  voir  non  sealemetat  les 
ruines  de  cette  ancienne  ville ,  mais  encore  pour  y  examiner 
la  plante  de  laquelle  les  Arabes  de  ce  pays  tirent  cpantité 
de  cendres ,  qu'ils  vont  vendre  a  Tripoli ,  je  m'informai  de 
l'endroit  a  peu  prés  ou  pouvoit  être  cette  ville  et  de  la  nmte 
([u'il  falloit  tenir  pour  s'y  rendre. 

Ayant  donc  appris  par  les  perquisitions  que  je  fis  a  ce  sujet 
(|ue  Tadmor  n'est  qu'a  huit  journées  de  Damas  du  coté  de 
l'Est  ;  mais  que  je  courrois  risque  d'être  tué  ou  fait  esclave 
par  les  Arabes  qui  y  campent,  je  me  préparai  a  faire  ce 
voyage  quoiqu'il  m'en  put  coûter.  Pourcet  effet  je  remis  aux 
lUl.  PP.  Capucins  chez  qui  j'étois  logé,  mes  graines  et  ce- 
que  j'avois  de  plus  précieux ,  avec  ordre  d'envoyer  le  toat  a 
M.  le  consul  de  Seyde ,  au  cas  que  je  ne  fusse  pas  de  retour 
dans  deux  mois,  et  n'emportai  «avec  moi  qu'un  maavaift 
habit  a  l'arabe  et  quelques  bagatelles  que  j'achetai  pour  fidre 
présent  aux  comniandans  des  villages  ou  je  devois  passer, 
afin  de  les  engager  a  me  donner  des  lettres  de  recomman- 
dation pour  les  chefs  des  Arabes. 

Knfm  après  mètre  muni  de  ce  qui  m'etoit  le  plus  neces- 


ARCHEOLOGIE   ORIENTALE.  33,Q 

saire,  je  montai  a  cheval  au  commencement  du  mois  de 
novembre,  accompagné  seulement  d'un  valet  maronite  de 
nation,  a  qui  je  recommandai  de  dire  aux  personnes  qui 
s'informeroient  du  sujet  de  notre  voyage  que  nous  allions 
acheter  des  cench'es. 

Nous  commençâmes  notre  route  par  le  village  de  Mara, 
situé  dans  les  montagnes  qui  sont  au  Nord-Ëst  de  la  ville  de 
Damas,  de  laquelle  il  n'est  éloigné  que  d'environ  cinq 
lieures  et  ou  nous  fumes  contraints  de  nous  arrêter  pour 
laisser  passer  la  pluie.  Ensuite  nous  continuâmes  notre  che- 
min et  après  trois  jours  de  marche  nous  arrivâmes  a  Daratiés, 
gros  village  a  trente  lieues  de  Damas ,  situé  dans  une  petite 
plaine  pierreuse ,  couverte  de  vignobles ,  de  mûriers  et  autres 
arbres  fruitiers. 

Les  habitants  de  ce  village  sonjt  au  nombre  de  huit  cent 
hommes,  moitié  turcs  et  moitié  syriaques  catholiques;  ceux- 
ci  n'ont  aucun  scrupule  de  njarier  leurs  fdles  avec  un  mu-, 
sidman,  et  les  turcs  de  marier  leurs  fds  avec  une  chré- 
tienne ,  et  chacun  suit  la  religion  dans  laquelle  il  a  été  élevé  ; 
les  enfants  maies  qui  naissent  de  ces  sortes  de  mariages  sont 
turcs  et  les  fdles  chrétiennes.  Les  femmes  tant  turcs  que  sy- 
riaques vont  a  découvert,  et  portent  chacune  un  tablier, 
comme  nos  paysannes ,  avec  cette  différence  que  ce  tablier 
est  de  drap  rouge ,  jaune  ou  bleu.  Elles  sont  naturellement 
fainéantes ,  encleintes  a  la  débauche  et  au  vol.  Les  hommes 
ont  les  mêmes  vices. a  la  fainéantise  près,  car  ils  sont  très 
laborieux  :  leur  principale  occupation  est  de  faire  des  fusils 
et  des  pistolets  très  estimés. 

Ayant  appris  dans  ce.  village  que  les  chemins  n'etoient  pas 
libres ,  nous  priâmes  notre  hôte  qui  etoit  le  curé  des  Syriens , 
de  nous  faire  donner  en  payant  six  hommes  d'escorte  pour 
nous  accompagner  jusqu'à  Sedet ,  autre  gros  village  a,  neuf 
lieues  du  précèdent,  qui  n'est  habité  que  par  des  syriaques, 
catholiques.  Ce  village  est  aussi  entouré  par  de  hautes  mon- 
tagnes stériles  et  pelées  ;  le  terrain  qui  est  de  sa  dépendance 
et  qui  peut  être  cultivé  est   entouré   de  hautes  murailles 


340  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

faites  de  boues  pour  garantir  leurs  récoltes  des  Arabes  qui 
les  detruiroient  sans  cette  précaution. 

Le  chef  ou  le  commandant  du  village  chez  lequel  nous 
étions  logés  nous  fit  mille  amitiés.  Gomme  c*est  un  honmic 
qui  a  beaucoup  de  crédit  dans  ces  cantons ,  quoique  chré- 
tien, nous  lui  demandâmes  des  lettres  de  recommandation 
pour  le  commandant  d  un  village  ou  nous  devions  passer,  ce 
qu'il  nous  accorda,  non  seulement  en  nous  donnant  une 
lettre  pour  le  chef  de  Karitain ,  mais  encore  en  nous  donnant 
six  hommes  d*escorte  qui  nous  accompagnèrent  a  ce  village 
qui  n*est  qu*a  huit  lieues  de  Sedet ,  et  il  envoya  son  frère  a 
nous  accompagner  jusqu  a  Palmyre. 

A  notre  arrivée  a  Karitain  qui  est  un  gros  village  habité 
par  des  turcs  et  des  maronites,  et  situé  au  commencement 
d  une  vaste  plaine ,  nous  fumes  rendre  notre  lettre  au  chef, 
et  nous  lui  présentâmes  les  petits  présents  qui  lui  etoient 
destinés ,  ce  qui  ne  contribua  pas  peu  a  l'engager  dans  nos 
interests,  et  lorsque  nous  lui  eûmes  dit  que  nous  avions  en- 
>  ie  de  passer  a  Tadmor,  il  nous  dit  qu'il  nous  y  feroit  con- 
duire ,  sans  qu'il  nous  fut  fait  aucun  tort,  moyennant  douze 
sequins-foudouclis,  que  je  lui  donnai  no  pouvant  faire  autre- 
ment. 

Ce  chef  ayant  reçu  notre  argent,  envoya  chercher  un 
ocuyer  du  prince  Arabe  qui  se  trou  voit  alors  a  ce  village  et 
(|ui  commande  une  troupe  d'arabes  d'environ  quatre  cent 
hommes  qui  passent  pour  les  {dus  grands  voleurs  qu'il  y  ait 
dans  ces  cantons  et  il  lui  dit  après  lui  avoir  donne  quatre 
sequins  qu'il  nous  consignoit  a  lui  pour  nous  conduire  a 
Tadmor  et  nous  ramener  sans  qu'il  nous  fut  fait  aucune  in- 
sulte sous  peine  de  la  vie,  car  le  chef  qui  parioit  ainsi,  est 
la  terreur  non  seulement  des  arabes,  mais  encore  des  tnnqies 
des  bâchas  de  Hemz  et  de  Damas  qui  n'ont  jamais  pu  le 
dompter. 

Enfm  nos  accords  faits ,  nous  primes  qudqnes  pain»  d*orge , 
des  raisins  secs,  avec  une  peau  de  bouc  que  nous  remplimei 
(l'eau  parce  qu'il  ne  s'en  trouvoit  pas  pendant  les  trente 


ARCHEOLOGIE  ORIENTALE.  341 

quatre  lieues  qu*il  y  a  de  ce  village  à  Tadmor.  Munis  ainsi 
de  nos  petites  provisions,  nous  montâmes  a  cheval  a  dix 
heures  du  matin  avec  notre  conducteur  qui  nous  mena  tou- 
jours a  grands  pas  jusqu'à  six  heures  du  soir  que  nous  mimes 
pied  a  terre  auprès  d'une  tour  quarrée ,  en  partie  démolie  et 
nous  nous  y  arrêtâmes  pour  manger  un  morceau.  Une  demie 
heure  après ,  nous  remontâmes  à  cheval  et  continuâmes  notre 
route ,  mais  vers  le  minuit ,  le  froid  nous  ayant  saisis ,  nous 
en  descendimes  pour  faire  du  feu  avec  des  herbes  sèches  et 
après  nous  être  chauffés  pendant  trois  heures ,  nous  conti- 
nuâmes notre  marche  toujours  par  une  vaste  plaine  stérile , 
jusqu'à  trois  heures  du  soir  que  nous  descendimes  de  cheval 
auprès  d'un  aqueduc  souterrain,  pour  y  faire  hoir  nos  che- 
vaux qui  etoient  extrêmement  fatigués. 

Nous  descendimes  dans  cet  aqueduc  par  un  degré  de 
seize  marches.  Il  est  très  solidement  bâti  de  grands  quartiers 
de  pierre ,  tous  marqués  d'une  lettre  de  l'alphabet  grec  ;  il  a 
deux  pieds  de  largeur  sur  huit  de  hauteur  ;  l'eau  y  coule  con- 
tinuellement jusqu'à  Palmyre  ou  elle  se  perd  sous  les  dé- 
combres de  cette  ville  depuis  qu'on  a  rompu  un  autre  aque- 
duc dont  je  parlerai  ci-aprés ,  avec  lequel  celui-ci  s'abouchoit. 
Mon  conducteur  me  dit  que  cet  aqueduc  conmiençoit  a  une 
fontaine  qui  n'est  qu'a  une  bonne  demie  journée  de  Balbec 
du  côté  de  TEst,  et  qu'on  trouve  en  le  parcourant  trois  mon- 
tagnes ,  a  travers  lesquelles  passe  l'eau  de  cet  aqueduc.  H  me 
fit  observer  en  chemin  les  ruines  de  quatre  anciennes  villes , 
situées  sur  le  penchant  des  montagnes,  qui  bordent  cette 
vaste  plaine ,  du  coté  du  Nord.  Cette  plaine  a  environ  deux 
heues  de  large  sur  trente  quatre  de  longueur,  et  elle  est 
bordée  a  droite  et  a  gauche  de  hautes  montagnes  pelées  < 
qui  conunencent  a  Karitain  et  finissent  a  Palmyre. 

Nous  étant  un  peu  reposés  à  cet  aqueduc  nous  remontâmes 
a  cheval  et  après  une  demie  heure  de  marche  nous  entrâmes 
dans  un  vallon  qui  se  divise  en  cinq  ou  six  autres  a  cause 
qu'on  a  coupé  la  montagne  a  cinq  ou  six  endroits,  et  nous 
y  vimes  une  centaine  de  tours  quarrées  presque  toutes  en- 


IHVftlHCftll   ■ATIOXALK. 


342  SEPTEMBRE-OCTOBRK   1897. 

lieres  et  bien  environ  autant  qui  etoient  presque  entièrement 
démolies  ;  ce  sont  autant  de  mausolées  des  queb  je  ferai  la 
description  dans  un  moment. 

Lorsque  nous  eûmes  traversé  ce  vallon  ou  plustot  cette 
montagne ,  nous  nous  trouvâmes  sur  les  ruines  de  Tadmor 
qui  seroit  meconnoissable  sans  environ  deux  cent  colonnes 
qui  sont  encore  sur  pied.  Cette  superbe  vOle  si  florissante 
avant  que  l'empereur  Aurelien  l'eut  ruinée ,  n'offre  plus  à  la 
veue  qu'un  tas  de  décombres  si  confus,  qu'on  ne  peut  pas 
se  former  une  idée  du  plan  de  cette  ville ,  non  plus  que  des 
édifices  qui  y  etorent  renfermés.  Sans  les  restes  d'un  temple 
qui  est  dans  l'enceinte  d'un  château  ou  nous  fumes  loger» 
un  curieux  seroit  trop  peu  dedomagé  des  risques  et  des 
peines  qu'il  auroit  prises  pour  visiter  ces  ruines.  Tout  im- 
menses qu'elles  soient,  elles  ne  sont  rien  en  comparaison 
du  sailon  et  des  autres  ruines  qu'on  voit  a  Luxor,  autrefois 
Thêbe  dans  la  haute  Egypte. 

A  peine  eûmes  nous  mis  le  pied  dans  ce  château  que  le 
chef  a  qui  je  fus  présenté  par  mon  conducteur  et  a  qui  il  dît 
(|ue  j'etois  un  franc ,  que  ce  chef  voulut  me  faire  mettre  a  la 
chaîne  avec  mon  valet,  disant  que  je  venois  enlever  des  se- 
crets qui  etoient  dans  son  pays  ;  mais  un  chef  qui  conduisent 
le  sel  de  cette  ville  a  Damas ,  avec  qui  j'avois  traité  un  peu 
auparavant  pour  l'achapt  de  deux  cent  quintaux  de  cendres , 
ayant  pris  ma  deffense ,  joint  a  quelques  sequins  que  je  don- 
nai au  chef,  nous  en  fumes  quittes  pour  la  peur,  et  la  perte 
des  housses ,  des  licols  et  des  poitrails  de  nos  chevaux  qa*oii 
nous  vola  pendant  la  nuit. 

Pour  avoir  une  idée  générale  du  plan  de  ce  château  on 
plustot  de  ce  palais,  il  faut  se  représenter  une  plate  forme 
taillée  en  partie  dans  le  roc,  et  le  reste  de  maçonnerie,  sur 
laquelle  sont  élevées  quatre  murailles  a  dix  pieds  de  distance 
des  reborts  de  la  plateforme ,  lesquelles  murailles  forment  on 
quarré  long  qui  a  cent  douze  toises  du  Nord  au  Sud  et  cent 
toises  de  l'Est  à  l'Ouest.  Ces  murailles  sont  bâties  de  gtanids 
quartiers  de  pierres  taillées,  et  ornées  de  distance  en  distance 


ARCHEOLOGIE  ORIENTALE.  343 

de  gros  pilastres  cannelés ,  qui  sont  engagés ,  ou  fdustot  qui 
font  partie  des  murailles,  soutenant  encore  leur  chapiteau 
d*ordre  corinthien ,  et  qui  repondoient  a  autant  de  colonnes 
tant  en  dedans  qu*en  dehors,  dans  lantre-deux  de  chaque 
pilastre  ;  et  en  dehors  on  remarque  une  fausse  fenestre  dont 
les  plinthes  et  les  cimaises  sont  travaillées  en  has-relief.  Elles 
ont  quatre  pieds  de  hauteur  et  deux  de  largeur,  travaillées 
dans  le  haut  en  manière  de  guerre  ^  et  ces  mêmes  murailles 
sont  chargées  en  dedans  de  bas  reliefs  représentant  divers 
fruits  et  feuillages  d  une  sculpture  admirable. 

11  y  a  soixante  et  deux  pilastres^  dans  les  façades  qui  re- 
gardent le  Nord ,  l'Est  et  le  Sud ,  qui  repondent  chacun  à 
autant  de  colonnes  tant  en  dedans  qu'en  dehors.  Celles-ci 
formoient  comme  un  perystile  qui  en  faisoit  tout  le  tour,  mais 
qui  sont  toutes  détruites  à  leurs  piédestaux  prés.  Celles  de 
l'intérieur  sont  presque  toutes  entières ,  et  sont  éloignées  de 
dix  huit  pieds  des  pilastres  ;  leurs  chapiteaux  d'ordre  corin- 
thien soutiennent  encore  dans  plusieurs  endroits  des  enta- 
blements et  des  restes  de  corniches ,  de  sorte  qu'on  peut  se 
représenter  l'extérieur  et  l'intérieur  de  cet  enclos  comme  un 
vaste  doitre  dont  le  plafond  ou  les  voûtes  sont  totalement 
détruites. 

Les  colonnes  sont  d'une  pierre  blanche  graveleuse  qui  ne 
reçoit  pas  un  si  beau  poli  que  le  marbre  ;  mais  elle  en  a  toute 
la  dureté  et  la  beauté.  Le  fût  de  chacune  de  ces  colonnes  est 
composé  de  trois  pièces  et  chaque  colonne  a  tout  au  plus 
quarante  pieds  de  hauteur  y  compris  son  piédestal  et  son 
chapiteau  et  trois  pieds  et  demi  de  diamètre.  La  troisième 
pierre  qui  forme  le  fût  de  la  plus-part  de  ces  colonnes  est  tra- 
vaillé de  façon  qu'il  s'y  fait  une  saillie  en  dehors,  ce  qu 
forme  autant  de  piédestaux  sur  lesquels  etoient  placés  selon 
toute  apparence  les  bustes  des  Empereurs  et  des  Magistrats. 

Les  façades  de  cet  enclos  qui  repondent  au  Nord ,  a  l'Est 
et  au  Sud ,  sont  entières  et  dans  leur  premier  état  ;  mais  celle 

'  H  veut  dire  qu'elles  sont  couronnées  d'un  fronton  (S*-M.) 
'  Suivant  les  auteurs  Anglois,  il  s'en  trouve  96  (S*-M.) 

23. 


344  SEPTEMBRE-OCTOBRE   1897. 

qui  regarde  l'Ouest  a  etë  presque  toute  détruite  et  ensuite 
relevée  par  les  Sarrazins  et  les  M amelucs ,  car  la  muraille  qui 
forme  cette  façade  n*a  ni  la  solidité ,  ni  Tordre  d'architecture 
des  anciennes  murailles  et  elle  est  même  plus  élevée  que  les 
autres.  La  porte  qui  est  au  milieu  de  cette  nouvelle  façade 
repond  a  Tancien  portique  qui  est  presque  dans  son  entier 
mais  tout  muré,  ce  qui  est  cause  quon  détourne  a  droite 
dans  une  espèce  de  vestibule  qui  conduit  à  un  nouveau  por- 
tique ,  n'a  de  largeur  et  de  hauteur  que  ce  qu'il  faut  pour 
laisser  passer  un  chameau  chargé.  L'ancienne  porte  a  quinze 
pieds  de  largeur  sur  environ  trente  de  hauteur;  elle  est  ornée 
d'un  feuillage  de  vignes  et  de  grappes  de  raisins  représentées 
au  naturel,  qui  en  fait  tout  le  tour. 

On  remarque  sur  la  cimaise  de  la  nouvelle  porte  les  restes 
d'une  inscription  greque  et  trois  a  quatre  lignes  d'une  autre 
en  des  caractères  qui  me  sont  inconnus. 

La  nouvelle  façade  est  fortifiée  d'un  profond  fossé  que 
l'on  traverse  sur  une  chaussée  faite  de  morceaux  de  cdk>nnes 
et  de  chapiteaux,  laquelle  conduit  à  la  porte  du  château,  qui 
est  encore  fortifiée  par  un  ouvrage  de  maçonnerie ,  fait  en 
manière  de  glacis  qui  prend  du  fond  du  fossé  et  s*appoye 
contre  les  murs  du  portique. 

Ce  vaste  enclos  est  a  découvert  et  il  est  a  présumer  qu'il 
l'etoit  pareillement  lorsque  la  ville  etoit  dans  la  plus  grande 
splendeur;  du  moins  on  en  juge  ainsi  par  le  peu  de  dé- 
combres qui  s'y  trouvent,  eu  égard  à  l'étendue  de  la  jdace, 
on  n'y  voit  que  les  restes  d'un  temple  dont  la  magnifique 
structure  donne  une  haute  idée  de  l'opulence  des  andens 
habitants.  Ce  temple  n'est  pas  directement  dans  le  centre  oa 
le  milieu  de  la  cour  ;  il  est  plus  avancé  de  douce  toises  Yen 
la  façade  de  l'enclos  qui  regarde  l'Est  que  de  celle  qui  estxla 
côté  de  l'Ouest. 

Pour  avoir  une  idée  du  plan  de  ce  superbe  ediiice,  il  n'y 
a  qu'a  se  figurer  un  quarré  de  trente  six  toises  de  long  sur 
vingt  de  large ,  formé  par  une  file  de  colonnes  cannelées  qui 
en  font  le  pourtour  et  qui  y  forment  un  perystile.  Il  reste 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  345 

encore  quatorze  de  ces  colonnes  sur  pied  toutes  entières  et 
soutenant  leurs  chapiteaux  d'ordre  corinthien ,  presqu*autant 
rompues  par  le  milieu,  sont  aussi  sur  pied.  Ces  colonnes 
composées  de  trois  pièces  sont  de  la  même  pierre  que  les 
précédentes;  elles  ont  environ  cinquante  cinq  pieds  de  hau- 
teur sur  quatre  de  diamètre ,  y  compris  les  piédestaux  et  les 
chapiteaux. 

On  voit  dans  la  façade  de  ce  perystile  du  coté  de  TOuest 
les  restes  d  un  beau  Portique  qui  conduisoit  à  celui  du  Temple 
et  qui  a  environ  quarante  pieds  de  haut  sur  quinze  de  large . 
Il  est  orné  de  bas  en  haut  de  beau  relief  qui  représente  une 
vigne  avec  des  grappes  de  raisins  et  autres  fruits  disposés  en 
manière  de  guirlande.  On  observe  sur  la  cimsfise  de  ce  por  • 
tique  un  aigle  en  bas  relief  qui  a  les  ailes  eployées ,  et  près 
de  cet  oiseau  un  petit  Gupidon.  Il  ne  reste  plus  que  la  moitié 
de  cette  cimaise;  l'autre  est  tombée  a  terre  et  se  trouve  a 
quelques  pas  du  portique. 

Le  centre  de  ce  Perystile ,  ou  pour  mieux  dire  le  milieu 
de  l'espace  ou  du  vuide  que  forme  la  colonnade ,  est  occupé 
par  le  temple  dont  il  ne  reste  aujourd'hui  que  les  quatre  mu- 
railles, formant  un  quarré  de  vingt  toises  de  long,  sur  dix 
de  large  ;  les  turcs  en  ont  fait  une  mosquée  y  ayant  élevé  un 
nouveau 'plafond  soutenu  par  de  mauvais  pilastres,  sans  ordre 
et  sans  ornement.  Les  murailles  du  temple  dans  l'intérieur 
sont  couvertes  de  bas  reliefs  d'une  sculpture  admirable  et  a 
peu  près  dans  le  goût  de  ceux  qu'on  voit  sur  les  pilastres  des 
galeries  de  la  chapelle  de  Versailles  ;  car  ces  bas  reliefs  repré- 
sentent des  guirlandes ,  des  habits  sacerdotaux  et  les  instru- 
ments qui  servoient  a  immoler  des  victimes  qu'on  sacrifioit 
a  la  divinité  adorée  dans  ce  temple.  Mais  ce  qui  frappe  le 
plus  est  une  petite  chapelle  faite  en  manière  de  dais ,  et  prise 
dans  l'épaisseur  du  mur  qui  repond  au  Nord ,  dans  laquelle 
on  entre  parle  moyen  d'un  marche  pied  de  cinq  a  six  degrés 
dont  il  reste  encore  quelques  pierres.  Cette  chapelle  a  neuf 
pieds  de  largeur,  huit  de  profondeur,  et  quatorze  pieds  de 
hauteur.  Les  murailles  sont  couvertes  depuis  le  bas  jusqu'en 


346  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

haut  de  même  que* le  plafond,  d*ornemens  en  bas  reliefs, 
travaillés  en  manière  d^ouvrage  de  menuiserie  et  de  mar- 
quetterie ,  et  distribués  en  plusieurs  compartimens.  Le  milieu 
du  plafond  est  creusé  en  forme  de  dôme  ou  de  coupole  a  six 
faces,  à  chacune  desquelles  est  attaché  la  tète  ou  le  buste 
d  un  empereur  ;  toutes  sont  entières  et  bien  conservées ,  mais 
sans  aucune  inscription. 

Loi*squ*on  regarde  attentivement  ce  plafond  de  bas  en 
haut,  on  le  soupçonneroit  n'être  formé  cpie  d*un  gypse  ou 
plâtre  endurci,  tant  il  y  a  de  délicatesse  dans  Texecution 
des  omemens  qui  y  sont  exprimés  dans  les  bas  reliefs  ;  mais 
lorsqu'on  est  monté  sur  le  plafond  on  voit  qull  n'est  fait  que 
d'une  seule  pierre  qui  a  cinq  pieds  d'épaisseur,  dix  de  large 
et  quatorze  de  longueur.  On  monte  sur  ce.  plafond  par  un 
escalier  pratiqué  dans  l'épaisseur  du  mur  et  qui  a  son  entrée 
dans  la  chapelle  du  côté  de  l'Ouest. 

Pour  ce  qui  est  des  ruines  de  la  ville ,  tout  y  est  dans  une 
telle  confusion  qu'on  peut  difficilement  prendre  une  idée 
juste  du  plan  des  édifices  qui  y  etoient  renfermés.  Ces  ruinas 
consistent  dans  cent  quatre  vingt  colonnes  environ ,  disper- 
cées ça  et  là ,  presque  toutes  encore  entières  et  sur  pied, 
couronnées  de  leurs  chapiteaux  d'ordre  corinthien,  et  por- 
tant des  entablemens  et  des  restes  de  corniche.  Ce  qu'il  y  a 
de  plus  remarquable  parmi  ces  décombres  est  le  reste  d'un 
aqueduc  et  celui  d'un  portique  ou  arc  de  triomphe  le  toat 
soutenu  par  des  colonnes. 

Cet  aqueduc  commençoit  a  la  montagne  qui  sert  conune 
de  boulevard  a  la  ville  du  côté  du  Nord-Ouest  et  il  s'y  aboa- 
choit  avec  l'aqueduo  souterrain  dont  j'ai  déjà  parié ,  et  en 
conduisoit  les  eaux  dans  le  Temple  dont  je  viens  de  donner 
la  description ,  et  il  reste  encore  soixante  et  six  colonnes  po- 
sées sur  une  même  ligne ,  du  nombre  de  celles  qui  sou- 
tiennent Taqueduc  ;  il  est  dans  son  entier  pendant  l'espace 
de  quarante  toises ,  mais  il  devoit  être  deux  fois  plus  long  a 
en  juger  par  environ  soixante  piédestaux  qui  repondent  tant 
du  coté  de  la  montagne  que  du  coté  du  temple  a  l'alignameiit 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  347 

des  colonnes  qui  soutiennent  la  portion  de  i*aqueduc  actuel- 
lement subsistante.  Il  en  doit  marquer  vingt  quatre  toises 
du  coté  de  la  montagne  et  près  de  cinquante  toises  du  coté 
du  temple.  H  y  a  quatorze  pieds  de  distance  d'une  colonne 
à  l'autre ,  de  sorte  que  Tentablement  qu  elles  portent  a  pour 
le  moins  seize  pieds  de  portée  sur  deux  pieds  et  demi  d'épais- 
seur et  trois  pieds  et  demi  de  largeur.  C'est  siu*  cet  entable- 
ment que  pose  l'aqueduc.  Il  est  formé  par  des  pierres  qui 
ont  depuis  quatre  jusqu'à  huit  pieds  de  long  sur  deux  et 
demi  de  large  et  autant  d'épaisseur.  Ce  canal ,  qui  est  creusé 
dans  ces  pierres  et  par  ou  l'eau  couloit  autrefois ,  a  dix  huit 
pouces  de  profondeur  sur  un  pied  de  diamètre  ou  de  largeur. 
Ce  canal  est  couvert  d'une  pierre  arrondie  par  1^  haut,  en 
manière  de  dos  d*asne  et  dans  laquelle  on  a  ménagé  des  re- 
bords qui  travaillés  en  corniche  et  en  rond  font  une  perspec- 
tive très  agréable. 

Ces  colonnes  ont  environ  quarante  cinq  pieds  de  haut  y 
comprenant  tant  les  piédestaux  que  les  chapiteaux ,  les  enta- 
blements et  le  conduit  de  l'aqueduc.  Leur  fût  est  composé 
de  trois  pièces  ou  tambours  de  trois  pieds  de  diamètre.  Il 
en  est  de  ces  colonnes  comme  de  celles  du  temple  ;  c'est- 
à-dire  que  la  troisième  pierre  q^i  compose  le  fût  de  1a  plus- 
part  ce  ces  colonnes  forme  un  piédestal  q^i  saille  en  dehors 
et  qui  selon  toute  apparence  soutepoit  quelque  statue  ou  le 
buste  de  quelqu'Ëmpereur.  Il  y  a  cinq  pu  six  de  ces  piédes- 
taux sur  lesquelles  on  lit  une  inscription  contenue  en  quatre 
ou  cinq  lignes. 

Quant  au  portique  dont  j'ai  parlé,  il  coupe  l'aqueduc  en 
angle  droit  dans  son  commencement,  eu  pgard  a  ce  qui 
manque  du  dit  aqueduc.  Ce  portique  ou  arc  de  triomphe  est 
composé  de  trois  arcades  :  d'une  grande  étant  au  milieu  et 
de  deux  autres  plus  petites  sur  les  cotés ,  soutenues-  par  un 
double  rang  de  colonnes.  U  y  a  soixante  pieds  de  large  sur 
environ  quarante  de  haut.  Tous  ces  arcs  sont  chargés  de  bas 
rçliefs  distribués  par  petits  quarrés ,  en  /açon  d'ouvrage  de 
marqueterie,  et  le  dehors  de  ces  arcs  est  orné  d*un  feuillage 


348  SKPTEMBRROCTOBRE   1807. 

de  vigne  et  de  grappes  de  raisin  d*une  excellente  sculpture. 

La  grande  arcade  de  ce  portique  se  trouve  doublée  dans 
la  façade  (|ui  regarde  le  Nord-Ouest ,  par  un  second  portique 
que  forment  quatre  belles  colonnes  de  granité  rouge ,  deux 
de  cha(pie  coté ,  des  quelles  il  en  reste  encore  deux  sur  pied , 
les  deux  autres  étant  couchées  par  terre ,  et  rompues  par  le 
milieu.  Le  fût  de  ces  colonnes  est  d*une  seule  pièce;  il  a 
trente  pieds  de  long,  et  trois  pieds  de  diamètre. 

En  parcourant  les  environs  de  ce  portique  on  trouve  une 
vingtaine  de  piédestaux  dont  il  y  en  a  cpiatre  qui  soutiennent 
un  portique  de  colonnes;  tous  sont  jdantés  sur  une  même 
ligne  et  font  paralelles  aux  piédestaux  qui  portent  les  co- 
lonnes de  Taqueduc ,  ce  qui  donne  lieu  de  croire  qu*il  y  avait 
autrefois  un  second  rang  dé  colonnes  qui  faisoient  face  a 
celles  de  Taqueduc  et  qui  repondoient  à  Tautre  extrémité  du 
portique  dans  une  vaste  allée  de  colonnes  qui  conduisoient 
peut  être  a  quelque  palais  ou  autre  édifice. 

Outre  les  colonnes  de  Taqueduc  on  en  voit  encore  environ 
cent  autres  semblables  aux  précédentes,  toutes  sur  pied,  qui 
dans  des  endroits  sont  au  nombre  de  dix  a  douie,  dans  d'au- 
tre plus  et  dans  d'autres  moins.  H  y  a  une  de  ces  colonnes 
qui  est  fort  éloignée  des  autres  et  qui  est  seule ,  sur  laquelle 
il  y  a  une  inscription  greque  en  dix  ou  douze  lignes,  qa*on 
ne  voulut  pas  me  permettre  de  copier. 

A  environ  trente  toises  de  cette  colonne  du  coté  du  Nord- 
Ouest,  il  sort  du  pied  de  la  montagne  une  source  d*eau 
chaude  d'une  odeur  de  souffre  insupportable,  qui  fait  tourner 
un  motdin ,  et  qui  sert  a  arroser  qudques  mauvais  jardins. 
Cette  eau  a  cela  de  particulier  que  peu  de  temps  après  en 
avoir  mis  dans  uil  vase ,  elle  devient  très  fraîche  et  perd  la 
plus  grande  partie  de  son  odeur  :  les  arabes  qui  habitent  ces 
ruines  n'en  ont  point  d'autres  pour  leur  boisson. 

Il  est  a  observer  (|ue  parmi  ces  grands  monceaux  de  dé- 
combres on  ne  trouve  aucuns  marbres  de  couleur,  si  l'on 
excepte  les  quatre  colonnes  de  granité  dont  j*ai  parié.  On  n'y 
rencontre  même  c[ue  très  peu  de  ce  marbre  blanc  que  nous 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  34Q 

avons  en  France  et  qui  est  si  abondant  en  Egypte;  ce  qui 
donne  lieu  de  croire  que  le  marbre  est  fort  rare  dans  ces 
cantons;  car  toutes  les  colonnes  qu'on  voit  ici  en  si  grand 
nombre ,  ne  sont  faites  que  d'une  pierre  graveleuse ,  d'un 
blanc  saie ,  qui  a  la  vérité  ne  cède  en  rien  pour  la  pesanteur 
et  en  dureté  au  marbre  ordinaire ,  mais  qui  n'est  pas  d'un  si 
beau  poli. 

Sur  le  sommet  de  la  montagne  qui  borne  la  ville  du  côté 
du  Nord  on  voit  un  grand  château  d'une  forme  régulière, 
entouré  d'un  vaste  et  profond  fossé ,  taillé  dans  le  roc  ;  je  ne 
pus  entrer  dans  ce  château  faute  d'échelle ,  ni  en  examiner 
l'intérieur,  je  dirai  seulement  qu'il  m'a  paru  être  l'ouvrage 
des  Mamelucs  et  non  celui  des  Romains,  puisque  les  mu* 
railles  sont  d'architecture  sarrazaine. 

En  descendant  de  ce  château  j'allai  visiter  les  tours  sépid- 
chrales  dont  j'ai  fait  mention.  Ces  mausolées  sont  d'un  ordre 
d'architecture  bien  différent  de  ceux  qu'on  voit  tant  en 
Egypte  qu'a  Cyrene  et  a  Gucozé. 

Ce  sont  des  tours  quarrées ,  terminées  en  terasse ,  qui  ont 
vingt  et  jusqu'à  trente  pieds  tant  en  largeur  qu'en  longueur 
sur  environ  quarante  pieds  de  haut ,  les  unes  plus  les  autres 
moins.  Elles  sont  bâties  de  grandes  pierres  de  taille.  Toutes 
les  portes  qui  donnent  entrée  dans  ces  mausolées  regardent 
le  Sud ,  et  il  y  a  dans  le  milieu  de  la  même  façade  une  autre 
petite  porte ,  mais  qui  est  murée.  L'intérieur  de  deux  de  ces 
mausolées  que  j'ai  visités,  consiste  en  une  salle  mortuaire 
qui  a  vingt  pieds  de  long,  sur  dix  de  large,  et  quatorze  pieds 
de  hauteur.  Le  fond  de  cette  salle  est  chargé  d'ouvrage  a  la 
mosaïque ,  son  plafond  est  formé  de  quatre  grandes  pierres 
entièrement  couvertes  de  bas  reliefs  de  la  dernière  délica- 
tesse ,  distribués  en  plusieurs  compartimens  qu'on  prendroit 
au  premier  coup  d'œil  pour  un  ouvrage  de  menuiserie  et  de 
marqueterie ,  le  tout  peint  de  diverses  couleurs  sur  un  fond 
d'azur. 

Les  murs  qui  forment  les  cotés  de  cette  salie  sont  coupés 
en  cinq  ou  six  cloisons  qui  sont  comme  autant  de  piliers 


350  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

ornés  de  chapiteaux  d*ordre  corinthien  et  couvert  depuis  le 
bas  jusqu'au  haut  de  bas  reliefs  semblables  a  ceux  du  pla- 
fond. 

Ces  colonnes  forment  entre  elles  autant  de  petites  allées 
qui  ont  sept  pieds  de  profondeur  sur  un  pied  et  demi  de 
largeur  et  dans  les  parois  desquelles  on  a  ménagé  des  re- 
bords qui  saillent  en  dehors  en  manière  d*étageres  sur  les 
quelles  on  posait  les  cadavres;  chacune  de  ces  allées  conte- 
noit  cinq  à  six  morts.  On  descend  de  cette  première  salie 
dans  une  autre ,  mais  creusée  dans  le  roc  :  ce  sont  propre- 
ment des  charniers  dans  le  même  ordre  d'architecture  que 
les  salles  dans  lesquelles  on  trouve  encore  des  cadavres  em- 
baumés, sans  cercueil.  Ces  cadavres  sont  emmaillotés  de 
bandes  de  toile  de  lin  très  fines ,  de  même  que  les  momies 
cpi*on  voit  en  Egypte.  J'aurais  bien  voulu  qu'on  m'eut  permis 
d'enlever  en  payant  un  de  ces  cadavres,  ou  qu'on  eut  sim- 
plement consenti  de  m'en  laisser  démailloter  ua,  poor  véri- 
fier s'il  est  vrai  que  ces  cadavres  soient  envdoppés  d'un  sac 
ou  plus  tôt  d'une  chemise  incombustible ,  ainsi  que  les  Arabes 
c[ui  habitent  ces  ruines  ont  voulu  me  le  persuader.  Je  ne 
désespère  pas  d'avoir  un  jour  un  de  ces  cadavres,  ayant 
promis  douze  sequins  a  un  chef  qui  s'est  engagé  de  m'en  ap- 
porter un  à  Seide  moyennant  cette  somme* 

A  main  gauche  en  entrant  dans  la  première  saHe,  on 
trouve  une  porte  a  hauteur  d'honune,  sur  la  cimaife  de  la- 
quelle il  y  a  trois  ]}ustes  humains  en  bas  relief,  tout  nratSés. 
On  passe  de  cette  porte  a  un  degré  qui  conduit  a  une  seconde 
salle ,  semblable  à  la  précédente ,  et  de  la  on  monta  aor  une 
terrasse  pavée  ou  l'on  a  ménagé  des  rigoUes  pour  l'écoulé- 
ment  des  eaux. 

On  voit  sur  la  façade  de  l'un  de  ces  Mausolées  une  grande 
pierre  sur  laquelle  est  gravée  une  inscription  qui  m*a  pam  * 
être  latine  et  que  j'aurois  copié  si  des  Arabes  mal  inten- 
tionnés ne  m'eussent  obligé  de  gagner  au  plus  tôt  la  maison 
ou  j'etois  logé. 

A  une  bonne  lieue  et  demi  de  la  ville  «  marchant  droit,  a 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  351 

i*Ouest-Sud-Ouest,  on  trouve  une  vaste  saline  qui  a  près  de 
deux  lieues  de  long  sur  trois  quarts  de  lieue  de  large.  Le  sel 
s'y  forme  naturellement  par  le  moyen  des  eaux  de  pluie ,  qui 
y  déposent  ce  minéral  conjointement  avec  les  eaux  sauma- 
très  d'une  petite  rivière  qui  déborde  en  hyver.  Cette  rivière 
sort  de  la  gorge  d'un  vallon  qui  n'est  qu'a  une  heure  de 
chemin  des  salines  du  côté  de  l'Ouest-Nord-Ouest  ;  laquelle 
après  avoir  traversé  les  salines  prend  son  cours  du  coté  de 
TËst-Sud-Ëst  pour  se  jeter  dans  TEuphrate ,  a  ce  qu'assurent 
les  Arabes. 

Ces  salines  sept  affermées  cinq  mille  piastres  par  le  Tes- 
terdar  de  Damas,  aux  habitants  du  village  d'Ayiroude,  qui 
paient  outre  cela  trois  meduis  au  chef  de  Tadmor,  pour 
chaque  bête  de  somme.  Les  salines  de  Palmyre  fournissent 
non  seulement  du  sel  aux  habitants  de  Damas  et  de  Hemz , 
qui  n'en  usent  pas  d'autre,  mais  encore  a  la  plus  grande 
partie  des  villes  et  villages  de  la  dépendance  de  ces  deux 
Pachalis. 

A  deux  heures  de  chemin  de  la  ville  de  Tadmor,  du  coté 
du  Nord-Nord-Elst,  on  rencontre  une  grande  grotte,  ou  plus 
tôt  une  minière  que  les  Arabes  appellent  Maagafe  Tetmaav, 
ou  grotte  de  Tadmor.  Cette  grotte  ou  mine  est  creusée  sous 
une  montagne  pelée  qui  n'est  pas  fort  haute.  Eille  est  très 
profonde,  a  ce  que  disent  les  Arabes,  car  ils  assurent  (|u'on 
peut  y  marcher  pendant  plus  d'une  heure  avec- des  lumières 
sans  en  trouver  le  fond.  L'entrée  de  cette  mine  jointe  a  un 
^upirail  qui  perce  la  montagne  de  bas  en  haut,  donnent 
suffisamment  de  jour  pour  y  marcher  la  longueur  .de  vingt 
toises  sans  le  secours  d'une  chandelle. 

Ce  souterrain  a  quinze  pieds  de  haut  sur  trente  de  large , 
dans  des  endroits  plus  et  dans  d'autres  moins.  On  y  a  pie- 
nagé  des  piliers  pour  soutenir  la  voûte ,  et  l'on  y  a  trouvé  de 
distance  en  distance ,  comme  des  puits ,  presque  tous  comblés. 
Les  Arabes  assurent  qu'en  fouillant  dans  ces  puits ,  ils  y  ont 
trouvé  des  pioches ,  des  marteaux  et  autres  instruments ,  qui 
servoient  selon  toute  apparence  a  creuser  cette  mine.  Ils  di- 


352  SEPTEMBRE-OCTOBRK   1807. 

sent  aussi  qu*ayant  creusé  a  l*entrée  d'un  de  ces  puits  a  la 
profondeur  de  dix  a  douze  pieds  ils  ont  trouvé  du  vitriol 
bleu ,  du  cuivre  et  de  Tétain  ;  mais  malgré  mes  recherches , 
je  n'ai  pu  y  découvrir  aucun  marcassite  qui  puisse  me  faire 
croire  qu'il  y  ait  de  ces  métaux  en  cet  endroit.  On  voit  en- 
core près  de  cette  mine  les  restes  de  trois  fourneaux  qui  sont 
peut  être  ceux  dont  on  se  servait  pour  pétrifier  ces  divers 
métaux. 

De  cette  grotte  en  marchant  droit  au  Nord-Est,  pendant 
douze  heures  on  rencontre  un  gros  village  nommé  Sagui, 
bâti  sur  les  mines  d'une  ancienne  ville  tdiement  détruite 
qu'elle  seroit  meconnoissable  sans  des  bains  d'eau  chaude  qui 
sont  assez  bien  conservés  et  que  les  gens  du  pays  appellent 
Ïfamam-Sagni  ou  Bains  de  Sagui. 

Ces  bains  de  même  que  la  source  sont  renfermés  dans  un 
corps  de  bâtiment  terrassé  bâti  de  grandes  pierres  qoi  a 
quatorze  toises  de  long  sur  dix  de  large ,  mais  a  moitié  ense- 
veli par  dehors  dans  les  décombres  d'autres  édifices. 

L'intérieur  de  ce  bâtiment  consiste  en  quatre  chambres 
dans  trois  desquelles  il  y  a  un  bassin  qui  reçoit  les  eaux  d*une 
source  qui  est  dans  la  quatrième  chambre.  Ces  eaux  passent 
ensuite  par  un  canal  a  travers  de  l'une  des  façades  de  ce  bâ- 
timent et  vont  former  un  petit  ruisseau. 

Les  chrétiens  syriaques  et  les  turcs  qui  habitent  ce  village 
assurent  que  l'eau  de  ces  bains  est  fort  bonne  pour  guérir  la 
galle ,  la  sciatique  et  les  rhumatismes  lorsqu'on  s'y  baigne 
quatre  ou  cinq  fois.  Elle  sert  aussi  pour  la  boisson  ordinaire 
des  habitants  qui  en  usent  sans  qu'elle  leur  soit  nuisible, 
quoiqu'elle  soit  empreinte  d'un  peu  de  vitriol  et  de  loafire; 
Mais  en  allant  de  Damas  a  Palmyre  j'ai  trouvé  d'autres  baini 
bien  plus  curieux  que  les  précédents  et  on  les  appelle  Hamam~ 
Soliman  ou  bains  de  Salomon. 

Ces  bains  ou  plus  tôt  ces  étuves,  sont  à  trois  heures  de 
marche  du  village  de  Sedet,  du  côté  du  Nord-Nord-Est,  et  a 
douze  lieues  de  la  ville  de  Hemz,  autrefois  Emése;  ils  sont 
situés  en  rase  campagne  et  auprès  des  ruines  d'un  village. 


ARCHÉOLOGIE  ORIENTALE.  353 

L'édifice  qui  renferme  ces  etuves  a  cinquante  pieds  de 
long  sur  trente  de  large  et  vingt  quatre  pieds  de  haut;  il  est 
bâti  très  solidement,  terrassé  et  orné  d'une  corniche  simple. 
L'intérieur  est  divise  en  deux  chambres  d'égale  grandeur  et 
plafonnées  de  longues  et  grosses  pierres.  Lorsqu'on  entre  dans 
la  première  chambre ,  on.se  trouve  saisi  d'une  chaleur  comme 
si  l'on  etoit  dans  une  etuve.  H  y  a  dans  cette  chambre  un 
bassin  de  marbre  mais  a  sec  et  presque  tout  rempli  de  terré. 
De  la  première  chambre ,  on  entre  dans  la  seconde  par  une 
porte  de  communication ,  ou  l'on  trouve  un  bassin  semblable 
au  précèdent;  mais  la  chaleur  s'y  fait  beaucoup  plus  sentir 
que  dans  la  première ,  surtout  si  on  ]eve  tme  pierre  qui  bouche 
un  trou  qui  a  seize  pouces  de  diamètre  en  quarré,  creusé 
dans  le  plancher  de  cette  chambre,  et  qui  forme  comme  un 
puits  très  profond ,  d'où  il  sort  une  fumée  ou  plustôt  des  va- 
peurs chaudes  d'une  légère  odeur  de  souffre  ;  mais  cette  cha- 
leur devient  par  la  suite  si  forte  qu'on  est  obligé  de  sortir  de 
l'une  et  de  l'autre  de  ces  chambres,  si  le  puits  reste  trop 
longtemps  débouché  ;  elle  est  même  si  vive  qu'elle  échauffe 
l'eau  fraiche  contenue  dans  un  outre  a  un  degré  de  tié- 
deur. 

Quand  on  levé  la  pierre  qui  bouche  ce  puits ,  on  entend 
un  bruit  sourd  et  comme  un  bourdonnement ,  ce  qui  donne 
lieu  de  croire  qu'il  y  a  une  source  d'eau  très  chaude  sous  les 
fondements  de  l'édifice.  Que  si  l'on  jette  dans  ce  puits,  une 
serviette,  un  bonnet,  ou  quelqu'autre  chose  semblable,  les 
vapeurs  qui  en  sortent  avec  impétuosité  le  rejettent  dehors 
deux  fois  de  suite ,  mais  si  on  les  jette  une  troisième  fois  ils 
restent  dans  le  puits ,  sans  doute  par  la  raison  que  les  corps 
étrangers  ainsi  pénétrés  des  vapeurs  ont  acquis  un  plus  grand 
degré  de  pesanteur. 

Les  bassins  qui  sont  dans  ces  chambres  ne  sont  aujour- 
d'hui d'aucune  utilité,  et  s'ils  etoient  autrefois  de  quel- 
qu'usage  i  il  falloit  de  deux  choses  l'une ,  ou  qu'il  y  eut  an- 
ciennement une  pompe  dans  le  puits ,  au  moyen  de  laquelle 
on  remplissait  d'eau  les  bassins,  ou  bien  on  y  en  apportoit 


354  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

du  dehors  qu'on  prenoit  dans  des  sources  qui  sont  dans  le 
voisinage. 

Les  Arabes  fuient  ordinairement  ces  etnves  et  plusieurs 
d'entre  eux  n'osent  y  entrer  dans  la  persuasion  ou  ils  sont 
qu'il  y  a  en  ce  lieu  un  diable  sous  terre  qui  fait  du  feu  pour 
ecliaufîer  ces  etnves.  Les  chrétiens  sont  a  peu  près  du  même 
sentiment,  mais  moins  scrupuleux  que  les  Arabes;  Texpe- 
ricnce  leur  ayant  fait  connoitre  que  ces  étuves  etoient  très 
salutaires  en  plusieurs  maladies ,  aussi  les  habitants  de  Sedet , 
de  Karitain,  de  Daratié,  de  Henu  et  de  pluûeurs  autres 
lieux  qui  ont  la  galle  ou  qui  sont  tourmentés  de  douleurs  de 
rhumatismes  et  de  sciatique  vont  dans  ces  bains  secs  pour  y 
suer,  et  plusieurs  d'entre  eux  en  ont  été  parfaitement  guerris , 
et  d'autres  considérablement  soulagés.  On  y  verroit  une  bien 
plus  grande  aflluence  de  malades  s'ils  n  etoient  rétenus  par 
la  crainte  d'être  dépouillés  en  chemin  par  les  Arabes,  comme 
il  ii'ari'ive  que  trop  fréquemment. 

Les  personnes  qui  vont  prendre  ces  bains  secs,  se  couchent 
sur  une  natte  dans  la  chambre  ou  est  le  puits  qu'ils  font  dé- 
boucher ;  ils  restent  dans  cette  chambre  un  bon  quart  d'heure, 
après  (}uoi  ils  font  refermer  le  puits  et  passent  dans  la  pre- 
mière chambre  ou  ils  demeurent  autant  de  tems  que  dans  la 
seconde. 

On  voit  autour  de  cet  édifice  un  tas  de  décombres  indé- 
pendamment des  i-uines  du  village  dont  j'ai  fait  mention. 
On  y  remarque  entre  autres  cinq  a  six  arcades  solidement 
construites,  des  portions  de  colonnes  et  de  chapiteaux,  d'oa 
l'on  doit  conjecturer  (pie  cet  endroit  a  été  habité  autrefois 
par  les  Grecs  ou  par  les  Romains. 

Pour  revenir  à  Palmyre ,  je  dirai  que  cette  ville  est  située 
dans  un  lieu  extrêmement  désert  à  l'extrémité  d'une  vaste 
plaine  stérile  et  au  pied  d'ime  montagne  pcdée  qui  hii  sert 
comme  de  ])oulevard  tant  du  coté  du  Nord  nord<«ftt  que  de 
celui  du  Nord  et  de  l'Ouest.  Cette  ville  n'est  qu'a  trois  petites 
Journées  de  Deir,  gros  village  habité  par  des  juifs,  sur  le  bord 
de  l'Euphrate,  a  quatre  journées  d'Alep,  six  de  Tripdi,  à 


ARCHÉOLOGIE   ORIENTALE.  355 

c=^mq  jours  de  marche  de  Balbec  et  a  soixante  et  seize  lieues 
^e  Damas. 

De  cette  grande  quantité  de  palmiers  qu'on  voyoit  an- 
ciennement dans  ces  déserts  et  desquels  les  historiens  tirent 
3'etymologie  de  cette  ville,  il  ne  reste  plus  aujourd'hui  que 
le  tronc  de  dix  a  douze  de  ces  arbres  et  environ  cinquante 
pieds  d'oliviers  que  les  arabes  qui  habitent  ces  ruines  culti- 
vent pour  en  avoir  le  fruit,  mais  leur  principal  revenu  sont 
les  cendres  qu'ils  tirent  d'une  plante  particulière  qu  ils  vont 
vendre  a  Tripoli  et  quelquefois  a  Damas. 

Le  bois  y  devait  être  très  rare ,  surtout  le  bois  a  bâtir, 
puisque  les  anciens  Palmyreniens  etoient  obligés  d'inhumer 
leurs  cadavres  sans  cercueil  ;  en  effet ,  il  y  a  si  peu  d'arbres 
dans  ces  cantons  qu'on  ne  rencontre  pas  même  un  buisson 
depuis  Damas  jusqiies  a  Palmyre  ;  on  ne  voit  pendant  tout 
ce  trajet  que  de  liantes  montagnes  pelées  et  des  plus  ste 
riles. 

Les  habitans  des  villages  situés  entre  ces  deux  villes  ne 
brûlent  que  des  herbes  sèches  et  de  la  bouze  de  vache ,  ex- 
cepté ceux  du  village  d'Agiroude  qui  ont  l'avantage  de  brûler 
une  pierre  blanche  qui  s'enflamme  aisément  et  qui  donne 
autant  de  chaleur  que  notre  charbon  de  terre. 

Quoique  ces  différents  villages  soient  dans  un  pays  sec  et 
arride ,  on  ne  laisse  pas  que  d'y  cultiver  beaucoup  de  vignes , 
de  garence ,  et  de  mûriers  pour  les  vers  a  soye  ;  parce  que  le 
plus  grand  nombre  de  ces  villages  se  trouvent  assis  auprès 
de  trois  a  quatre  fontaines  qui  fournissent  suffisamment  de 
l'eau  pour  Tarrosement  des  terres. 

Le  a6  janvier  1786. 


Les  noms  propres  qui  se  rencontrent  dans  la  lettre 
de  Granger  sont  d*une  identification  assez  facile  pour 
que  nous  puissions  nous  dispenser  d'ajouter  des 
notes  explicatives  à  ce  document. 


35C  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

LA  PHILOSOPHIE 

DU  CHEIKH  SENOUSSI, 
D'APRÈS  SON  AQIDA  ESSORA, 

PAR 

G.  DELPHIN, 

DIRECTEUR  DE  LA  MEDERSA  D'ALGER. 


Ce  traité  de  métaphysique,  qui  emprunte  son 
nom  à  un  terme  du  syllogisme  «  la  mineure  »,  parce 
qu'il  fait  suite  à  deux  autres  parties  :  el  koubra  «  la 
majeure»,  et  el  ouest' a  «la  moyenne»,  est  connu 
dans  les  écoles  musidmanes  sous  le  nom  de  Senonssia, 
et  forme  aujourdliui  encore  la  base  de  l'enseigne- 
ment théologique  dans  tout  le  Maghreb. 

Traduit  en  allemand^  ^  y  ^  cinquante  ans  déjà, 
et  sans  que  cette  publication  ait  fait  beaucoup  con- 
naître en  Europe  le  théologien  berbère,  ce  texte 
important  a  été  repris  par  M.  Luciani  qui  vient  d'en 
donner  une  remarquable  traduction  française^  avec 
de  nombreux  extraits  du  Commentaire,  le  mettant 

»  Wolf,  Leipzig,  lUS, 

*  Petit  traité  de  théologie  musulmane,  texte  arabe,  pnUié  par 
ordre  de  M.  J.  Cambon,  gouverneur  général  de  TAlgérie,  avec 
une  traduction  française  et  des  notes  par  J.-D.  Luciani.  Aiger, 
1 896 ,  chez  Fontana. 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSL         357 

ainsi  à  la  portée  de  tous  lès  arabisants.  Cherbonneàu 
dans  le  Journal  asiatiijae  ^  avait  résumé  la  biographie 
du  cheikh  Senoussi  (Abou  Abd  Alla  Mohammed 
ben  Mohammed,  né  aux  Béni  Snous  près  Tlemcen 
en  1/128  et  mort  en  1490),  mais  avec  la  liste  de 
ses  ouvrages,  il  ne  nous  donne  pas  de  'détails  sur 
leur  contenu ,  pas  plus  que  sur  la  doctrine  du  philo- 
sophe. Brosselard  est  plus  explicite;  il  en  a  publié 
une  analyse  assez  étendue  dans  la  Revue  africaine 
en  1861  ^.  Il  faut  néanmoins  le  consulter  avec  pré- 
caution,  en  ayant  soin  de  s'en  référer  au  texte  lui- 
niême,  car  il  me  parait  avoir  ajouté  beaucoup  de 
choses  que  j  ai  vainement  cherchées  dans  le  texte 
arabe;  je  ne  parle  pas  de  la  confusion  qui  résulte  du 
fait  d'avoir  cité  sous  le  nom  d'essor  a  ce  qui  ne  s  y 
rapporte  pas,  mais  serait  plutôt  extrait  de  ÏAqida  el 
Koabra.  Je  penserais  volontiers  que  Brosselard ,  dans 
son  ouvrage  des  Inscriptions  arabes  de  Tlemcen, 
s'est  servi  pour  ses  biographies  de  résumés  préparés 
par  des  savants  indigènes;  or  ces  témoignages,  qui 
ont  sans  doute  leur  utilité ,  demandent  à  être  bien 
compris  d'abord ,  puis  ensuite  contrôlés  de  fort  près. 
Il  n'est  pas  inutile  non  plus  de  revenir  sur  une 
thèse  de  Berbrugger  qui  forme  la  matière  d'un 
article  d'ailleurs  très  intéressant  publié  dans  là  Re- 
vue africaine^,  immédiatement  après  celui  de  Bros- 

r 

^  Journal  asiatiijae,  i854i  I»  p*  175. 
*  iievue  a/ricaine,  juillet  1861,  p.  249* 

'  Revue  africaine,  juillet  1861,  p.  26 1*  Abd  Àttak  Tenrdjemant 
renégat  de  Tunis  en  1388. 

X.  2  à 


ICIUMtAlB    ■4TIOÏALS. 


358  SEt^TEMBHE-OCTOaRE  1897;. 

5elard  dont  je  viens  de  parièn  Berbrugger  qui  igno. 
rait  peut-être  qu'il  existait,  avant  l'époque  à  laquelle 
il  fait  allusion,  beaucoup  de  livres  de  polémique  et 
d apologétique  musulmanes,  fut  très  surpris  de  ren- 
contrer dans  louvrage  d'un  cheikh  berbère  une 
connaissance  assez  étendue  de  nos  Écritures.  Un 
passage  notamment  attira  son  attention,. c'est  celui 
où,  dans  YAijida  el  Kaabra,  Senoussi  traite  du  Psqra^ 
det,  mot  grec  dans  lequel  les  théologiens  musul- 
mans veulent  retrouver  Je  nom  du  prophète  Ahmed , 
en  lisant  'urapobt'kvTos  \/xXvœ,  au  lieu  de.^apdxXnros 
yjxakéoj^  sans  toutefois  que  cette  distinction  ait  une 
importance  capitale  à  leurs  yeux,  puisque  le  Pror- 
phète  est  également  dit  Tu  intercesseur  »  par  excel- 
lence ,  en  arabe  ç^U*}) ,  sens  du  terme  grec  «rapd/jcXjrTO^. 
Berbrugger  fut  amené  à  siqpposer  qu'en  raison  desrap 
ports  fréquents  qui  existaient  alors  dans  le  Maghreb 
entre  les  pays  de  l'Ouest  et  ceux  de  l'Est,  tant  à  l'époque 
du  pèlerinage  annuel  qu'à  l'occasion  des  visitesque  les 
lettrés  rendaient  aux  princes  musulmans,  Senoussî 
avait  dû  connaître  un  ouvrage  de  controverse  reli- 
gieuse^ paru  en  8 si 3  de  l'hégire  (a&ao  de  J«-G.<), 
c'est-à-dire  peu  d'années  avant  sa  naissance,  et  dont 
l'auteiu* ,  prêtre  renégat  espagnol  .et  ancien  étudiant 
des  Universités  de  Lérida.et  de  Bolc^e,  sétait  xé^ 
fugié  à  Tunis  à  la  cour  du.  sultan,  ha&ide  Âboul^ 
Farès  Ahmed  pour  embrasser  l'islamisme. 

i  çiaIi^IIJjpI  i§..^V^c>sî>»YlîUaL.  «Le  préMkitde 
riïomme  lettré  pour  réfuter  les  partisans  de  la  croix.»  Ma-ii*  790 

(lu  Catalogue  des  manuscrits  de  la  bibliothèque  d* Alger.        . .-   - 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSI.         359 

Ceci  n'est  quune  conjecture  et  ia  comparaison 
des  deux  textes  arabes  lui  enlève  toute  probabilité. 
Il  est  aisé,  en  les  mettant  en  regard,  de  constater, 
que  Senoussi  ne  cite  point  les  Evangiles ,  et  en  par- 
ticulier celui  de  saint  Jean ,  de  la  même  façon  que 
Teurdjeman;  son  érudition  est  puisée  à  une  autre 
source.  Quoi  quil  en  soit,  il  reste  acquis  que  Ber- 
brugger  a  le  premier  mis  en  lumière  une  des  figures 
les  plus  curieuses  de  cette  époque,  type  accompli 
d'aventurier  à  retenir  dans  ce' xv*  siècle  qui  en 
renferme  tant.  Par  contre,  on  est  étonné  que  lau- 
teur  anonyme  de  la  traduction  du  livre  d'Abd  Alla 
Teurdjeman  publiée  dans  la  Revue  de  l* Histoire 
des  religions^,  nait  cru  devoir  faire  aucune  mention 
de  l'étude  cependant  très  complète  de  Berbrugger. 
Le  savant  président  de  la  Société  historique  algé- 
rienne avait  cependant  résolu  à  peu  près  toutes  les 
difficultés  de  la  traduction  et  caractérisé  l'apologie 
du  prêtre  renégat  avec  cette  originalité  de  style  et 
cet  humour  qui  lui  étaient  familiers. 

VAqida  es-sora,  celle  qui  nous  occupe  ici,  est 
un  ouvrage  écrit  dans  un  esprit  très  difl'érent  de  la 
Koabra,  Ce  n'est  pas  un  livre  de  polémique;  la  con- 
troverse y  occupe  ime  place  pour  ainsi  dire  insigni- 
fiante, mais  en  revanche  on  peut  le  considérer 
comme  un  manuel  de  philosophie  scolastique  trai- 
tant avec  une  certaine  indépendance,  et  suffisam- 

^  T.  XII,  i885,  p.  68  et  suiv. 

2-4. 


360  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

ment  d'érudition ,  les  problèmes  métaphysiques  qui 
se  posent  à  côté  des  dogmes  religieux  :  l'existence  de 
,Dieu,  ses  attributs,  la  création  du  Monde.  C'est  une 
constatation  qui  a  son  importance  puisque  cet  ouvrage 
est  le  traité  de  théologie  le  plus  répandu  de  nos  con- 
trées ,  et  qu'il  a  été  maintenu  dans  nos  écoles  d'en- 
seignement supérieur  mustdman. 

Senoussi  débute  par  la  théorie  du  jugement  et  il 
en  donne  la  définition  suivante  ^  •/«  Le  jugement  est 
l'affirmation  ou  la  négation  d'une  chose.  »  Définition 
d'Aristote  qui  s'exprime  ainsi  :  ëaltv  ij  flbrXnf  énr6- 
(pavais  (pojvfj  (rnyiavTtxri  ts'ep)  toS  indipy^eiv  n  ^  fi^  ùndp' 
XSiv^  «  Le  jugement  est  une  énonciation  sur  ce  qui 
est  ou  n'est  pas  ».  Le  type  du  jugement  chez  le  sco- 
lastique  musulman  est  donc ,  ainsi  que  pour  Âiristote, 
le  jugement  catégorique.  «  Cette  affirmation  ou  cette 
négation,  ajoute  î>enoussî^,  émane  soit  du  dc^me, 
soit  de  l'expérience,  soit  de  la  raison.  C'est  pour 
cela  que  le  jugement  se  subdivise  en  trois  espèces  : 
dogmatique ,  expérimental  et  rationnel.  »  Une  Èem- 
blable  division  ne  saurait  appartenir  qu'à  un  théo- 
logien. Senoussi  ne  s'étend  pas  davantage,  dans  le 
texte,  sur  le  jugement  dogmatique  et  le  jugement 
expérimental ,  et  il  énonce  de  suite  les  trois  catégories 
du  jugement  rationnel  qui  sont  :  la  nécessité,  i'îmiKis- 
sibilité  et  la  contingence.  Mais  auparavant  ii  con- 
vient de  faire  une  remarque  sur  la  définition  du 

*  Luciani,  p.  22. 
'  De  Interpr, ,  ch.  V. 
^  Luciaui,  p.  32. 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSL         361 

jugement  rationnel^  :  «  Le  jugement  rationnel,  dit- 
il  ,  s  entend  des  choses  dont  la  raison  perçoit  l'exis- 
tence ou  la  négation,  sans  s'appuyer  ni  sur  Texpc- 
rience,  ni  sur  l'autorité  dune  règle  imposée.  »  Si  le 
texte  arabe  est  fidèlement  rendu,  ce  n'est  point 
exact;  les  jugements  rationnels  ne  perçoivent  pas 
toujours  l'existence;  ainsi  les  jugements  logiques 
affirment  une  simple  convenance  d'idées,  par  ex.  : 
«  Les  chimères  sont  des  êtres  ailés.  »  Tel  est  bien 
un  jugement  rationnel,  puisqu'il  est  analytique,  et 
cependant  il  n'alHrme  pas  l'existence;  c'est  simple- 
ment une  idée  qui  en  enveloppe  une  autre  dans  sa 
compréhension.  Au  surplus,  voici  le  texte  de  Se- 
noussi  : 

Ne  pourrait-on  pas  traduire  :  »  Quant  au  jugement 
rationnel ,  c'est  l'expression  de  ce  que  perçoit  l'intel- 
ligence ,  que  ce  soit  pour  atBrmer  ou  pour  nier,  sans 
s'appuyer  ni  sur  l'expérience,  ni  sur  l'autorité  d'une 
règle  imposée  ?» 

«  Le  jugement  rationnel  est,  ajoute  Senoussi,  cir- 
conscrit dans  trois  catégories  :  la  nécessité ,  l'impos- 
sibilité et  la  contingence.  »  Là  est  tout  le  plan  de 
l'ouvrage,  plan  simple,  il  est  vrai,  mais  artificiel. 
Senoussi  va  développer  ces  trois  idées  :  il  y  a  des 

^  Luciani,  p.  26. 


362  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

choses  nécessaires,  impossibles  et  contingentes. 
Quelles  sont-elles  à  Tégard  de  Dieu  et  à  l'égard  des 
prophètes  ? 

A  regard  de  Dieu,  au  nombre  des  choses  néceis- 
saires,  sont  vingt  attributs.  Dans  son  Commentaire  ^ 
Senôussi  insiste  sur  ce  quei  en  se  servant  de  l'expres- 
sion «  au  nombre  de  »,  il  a  voulu  dire  que  les  attri- 
buts divins  ne  se  bornaient  point  à  ceux-ci  seule- 
ment, mais  qu'ils  étaient  ^l«ô  Y«  en  nombre  infinie 
ou  «  infinis  » ,  si  Ton  admet  Tinterprëtation  de  Mi  Lu- 
ciani.  Dieu  devient  donc,  ainsi  que  Spiiiosale  défi- 
nira deux  siècles  après,  «Tétre  qui  possède  infùùta 
attrihata  des  attributs  infiniis  i»  ou  «  une  infinité  d'attri- 
buts ».  L'expression  latine  de  Téthique  est  vague  et 
a  donné  lieu  à  bien  des  controverses.  En  insistant 
sur  le  sens  particulier  de  Hft'r^tr»x')1  >,  c^est-à-dire 
min  partitif,  Senôussi  indique  clairement,  je  crois, 
qu  il  a  entendu  dire  «  une  infinité  d'attributs  ». 

Le  premier  de  ces  attributs,  l'existence,  est,  dit- 
il,  nefsia,  terme  qu'il  développe  ainsi  dans  son 
Commentaire'^  :  «  L'attribut  personnel,  c'est  la  mo- 
dalité ,  qui  appartient  nécessairement  à  la  substance 
tant  que  dure  cette  substance ,  sans  que  cette  moda- 
lité dépende  d'une  cause  quelconque.  »  Alors  pour- 
quoi ne  pas  traduire  par  «  essentiel  »  ?  Badjouri  dé- 
finit plus  justement  ce  terme  :  «L'attribut  sans 
lequel  la  substance  ne  se  conçoit  pas  ».  L'expression 
«  modalité  »,  dont  le  traducteur  s'est  servi  ici  pour 

^  Luciani,  p.  27. 
*  Lnciani,  p.  3i. 


LA  CTILOSOPHÏE  DU  CHEJ6KH  SSNOUSSI.         JÔÔ 

rendre  le  mot^W,  n'«st  pas  suffisamment  précise, 
VeUtrril  entendre  par  là  un  attribut'?  Id  6e  nest  pa$ 
douteux.  Ailleurs,  au  contraire,  c'est  un  mode  :  «  Lçs 
mots  :  circonscrits  dans  trois  catégories,  ajoute-t-il ^, 
signifient  que  toute  conception  qui  se  forme  dans  i  es- 
prit, c>est-à-dirê  tout  ce  qui.  est  pierçu  par  la  rai^fti, 
en  fait  de  substances,  dattiribtits  réels  ou  négatifs, 
de  modalités  préexistantes  ou  créées,  se  trpuve  forcé- 
ment rangé  dans  funp  de  ces  ti*ois  patégoriîe*.  >  . 

Il  est  important  de  bien  définir  le^  termes;  ç&m 
de  substance,  attribut,  mode,  sont  difficiles  à  com- 
prendre; de  plus  le  terme  arabe  ^W  est  Tague.  JLa 
confusion  provient,  je  crois,  de  çe.que.tântôt  il  est 
^nployé  pour  sa  valeur  technique,  çest-à-dire  avec 
le  sens  de  «  mode  »,  tantôt  indéterminé ,  équivalent 
à  U  relatif.  Je  proposerais  de  traduire  ainsi  le  pas- 
sage cité  plus  haut  :  «  h' Mrjhnt  essentiel  est  ce  qui 
appartient  nécessairement  à  la  substance,  ,  .,  etO 
Quels  sont ,  d  autre  part ,  ces  modes  «  préexistants  » 
dont  parle  Senoussi?  Ils  ne  peuvent  avoir  qu'un 
sens,  celui  d«  incréés  ».  Ce  sont  les  modes  «  éternels  » 
de  Spinoza. 

La  signification  du  mot  «existence»  est,  dit  Se^ 
noussi^,  «  évidente  ».  Cependant  il  semble  que,  même 
à  ses  yeux,  elle  soit  rien  moins  que  cela.  Il  suffit 
pour  s  en  convaincre  de  lire  le  développement  qu'il 
y  consacre  ;  il  est  loin  d'accorder  à  l'argument  onto- 
logique une  valeur  absolue  :  «  Mais  ce  n'est  qu'im- 

*  Lnciani,  p.  26. 

*  Luciani .  p.  28. 


3ft4  SEPTEMBRK-OCTOBRE  18(^7. 

proprement  que  Ton  peut,  au  point  de  vue  de  la 
doctrine  d*El  Achari,  compter  Texistence  au  nombre 
des  attributs.  En  effet,  dans  cette  doctrine,  l'exis- 
tence c'est  ia  substanceméme,et  non  quelque  chose 
qui  vient  s  ajouter  à  la  substance;  or  la  substance 
n  est  pas  un  attribut.  »  Mais  il  ajoute  aussitôt  : 
«  Toutefois,  comme  l'existence  sert  dans  le  langage  k 
qualifier  la  substance,  et  que  l'on  dit  que  la  sub- 
stance divine  est  existante,  on  peut,  sans  spécifier, 
compter  l'existence  comme  un  attribut.  »  En  disant 
que  cet  attribut  sert  «  dans  le  langage  »,  JiuiQV^,  à 
qualifier  la  substance,  il  semble  indiquer  qu'il  n'a 
qu'une  valeiu*  logique,  et  cela  suffirait  pour  le  ran- 
ger parmi  les  adversaires  du  célèbre  argument.  Aussi 
a-t-il  cherché  à  le  transformer,  et  tel  est  bien  vrai- 
ment le  point  original  de  sa  doctrine. 

L'argument  ontologique,  tel  que  les  scolastiques 
font  formulé,  repose  sur  l'idée  de  perfection  :  m  Dieu 
est,  par  définition ,  l'être  qui  a  toutes  les  perfections; 
or  l'existence  est  une  perfection,  donc  Dieu -possède 
l'existence.»  En  d'autres  termes,  dire  que  Diea 
n'existe  pas  est  une  contradiction ,  parce  que^  si  Vous 
le  concevez,  vous  le  concevez  avec  l'existence,  i'exia- 
tence  étant  renfermée  dans  la  définition;  Aohari, 
avant  Gaunilon,  avait  compris  que  ce  jugement 
était  analytique.  La  faiblesse  de  cet  ai^gument  est 
dans  la  difficulté  de  passer  du  possible  au  réd» 
distinction  que  certains  scolastiques  ont  peut-être 
entrevue,  mais  qu'ils  n'ont  aucunement  formulée. 

Senoussi  pose  Dieu  comme  un  être  absolu,  «'est- 


L\  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSI.         365 

à-dire  indépendant ,  et  il  fonde  un  argument  a  priori 
de  l'existence  de  Dieu  sur  son  indépendance.  Puis  il 
déduit  ridée  de  perfection  de  celle  d absolue  «Du 
fait,  dit-il,  qu'il  peut  se  passer  de  tout  ce  qui  n'est 
pas  lui  découlent  nécessairement  son  existence,  son 
éternité  dans  le  passé,  sa  perpétuité  dans  l'avenir, 
sa  dissemblance  avec  les  choses  créées ,  son  indépen- 
dance ,  ainsi  que  l'absence  de  toute  imperfection  en 
lui.  »  Ce  n'est  point  l'argument  de  saint  Anselme,  ni 
même  celui  de  Descartes.  Plus  loin^,  il  explique  ce 
qu'il  entend  par  l'indépendance  divine  :  «  Elle  doit 
s'entendre  en  ce  sens  qu'il  n'est  subordonné  à  aucune 
chose  quelle  qu'elle  soit;  il  n'a  pas  besoin  d'un  sab- 
stratanif  c'est-à-dire  d'une  substance  autre  que  sa 
propre  substance. .  .De  même  Dieu  n'a  pas  besoin 
d'un  spécialisatevir  (moukhaçis),  c'est-à-dire  d'un  au- 
teur qui  lui  confère  l'existence.  »  Ce  terme  est  curieux 
et  signifie  nécessité  d'une  autre  substance.  Leibniz  a 
retrouvé  cette  terminologie  :  la  création  au  sens  de 
ce  philosophe  est  là  complète  détermination.  Quand 
Senoussi,  au  même  endroit,  ajoute  :  «  Dieu  est  une 
substance  non  un  attribut ,  comme  le  prétendent  les 
chrétiens,  il  vise  très  probablement  la  Trinité  :  s'il  y 
a  trois  personnes  en  Dieu  ces  trois  personnes  ne 
peuvent  être  que  des  attributs. 

Après  l'existence,  Senoussi  énumère  six  autres 
attributs  qu'il  nomme  selbia  «  négatifs  »,  parce  qu'ils 
consistent  dans  la  négation  de  tout  ce  qui  esta  priori 

^  Luciaoïi,  p.  i3. 
*  Luciani,  p.  29. 


366  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1807. 

incompatible  avec  la  nalure  divine.  Ce  sont  à  propre- 
ment parier  des  attributs  métaphysiques.  Ils  sont 
nommés  négatifs  parce  qu'ils  n'ont  pas  de  contenu; 
ils  nient  des  imperfections,  ainsi  on  dit  :  «  Dieu  est 
éternel  ■  pour  exprimer  que  Dieu  ii  a  pas  eu  de 
commencement.  «L'éternité  dans  le  passé,  dit  Se- 
noussi^  c'est  la  négation  de  l'antériorité  delà  noib- 
existence  par  rapport  à  l'existence  ;  en  d'autres  termes , 
dire  qu'une  chose  est  étemdie  c'est  nier  que  son 
existence  ait  eu  un  commencement.  »  Cette  mé- 
thode, dite  par  la  voie  dé  négation,  j4i3\  ^^è^  <  via 
remotionis  » ,  est  pour  certaines  écoles  la  seul6  qui 
soit  légitime,  toute  déterknination  plus  précise  ayant 
pour  résultat  dapporter  une  limîtalioù  à  la. persoû- 
nalité  divine ,  et  renfermant  implicîtBln6nt  une  ova- 
tion de  son  essence  infinie.  Spinostt  a  donné  une 
forme  plus  absolue  à  cette  pensée  en  l'exprimant  : 
«  Determinatio  negatio  est  ». 

Outre  ces  six  premiers  attributs  négatifs  «  Dieu 
possède  sept  attributs  nommés  ^Vu«  ma'am^  expre»- 
sien  très  exactement  rendue  dans  la  traduction  de 
M.  Luciani  par  «  idées  réelles  ».  Ce  sont  ea  effet  des 
déterminations,  des  formes  positives,  du  grec  $thi^ 
des  attributs  significatifs.  Lés  sept  derniers  attributs 
dits  ^>3àad,  maudouia  «  idéaux»,  sont  ceux  dont  k 
signification  s  applique  à  un  cas  particulier.  Bs  ne 
sont  en  effet  que  des  rapports,  et  par  conséquent 
n'existent  que  dans  l'esprit.  C'est  bien  ainsi  qu^ii  &ni 

'   Luciani,  p.  3i. 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSI.         367 

entendre  Senoussi  quand  il  les  définit  :  «Des  qua- 
lités positives  qui  tiennent  le  milieu  entre  Texisterice 
et  la  non-existence.  »  Ce  serait  donc  ce  que  Imtefli- 
gence  attribue  à  Dieu,  et  noa  ce  qui  appartieiitybr- 
mellement  à  Dieu ,  pour  nous  servir  encore  d'une  ex- 
pression de  Spinoza.  Ainsi  Dieu  possède  en  soi  la 
faculté  de  savoir  et  d  agir,  nia  ni;  il  n'est  pensant  et 
agissant  que  lorsqu'un  objet  lui  est  donné,  sur  lequel 
il  peut  penser,  manaoïtia.  Il  faut  nécessairement  sup- 
poser la  présence  dun  objet  sur  lequel  s'exarce  la 
faculté  divine  de  penser  ou  dagir.  «  Le  mode  idéale 
dit  Senoussi,  est  un  attribut  qui,  sans  avoir  d'exis- 
tence propre,  dépend  en  outre  dune  cause  exté^ 
rieure ,  de  façon  à  n  appartenir  à  la  substance  que 
pendant  que  sa  cause  elle-même  est  jointe  à  cette 
substance.  »  Il  est  vrai  que,  d autre  part,  Senoussi  a 
admis  la  possibilité  de  considérer  ces  attributs  idéaux 
comme  des  «  qualités  positives  adhérentes  à  la  sub- 
stance du  Très-Haut  ^  »;  mais  il  est  à  présumer  qu'il 
ne  fait  une  réserve  semblable  que  dans  cet  esprit  de 
conciliation,  dont  il  ne  se  départit  guère  dans  ce 
livre  qu'il  destinait  au  grand  enseignement  théolo- 
gique; tandis  que  la  façon  dont  il  analyse  et  déve- 
loppe la  doctrine  d'Achari  démontre  bien  que  s'il  ne 
s'en  autorise  pas  ouvertement  il  en  reflète  cependant 
l'esprit  et  les  tendances. 

En  somme,  cette  distinction  entre  les  ma'unieX  les 
manuoaia  est  purement  logique;  elle  a  été  suggérée 

*  Luciani,  p.  34. 


368  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 

aux  théologiens  musulmans  par  la  nécessité  de  ne 
point  se  trouver  en  désaccord  avec  le  Coran.  En 
fait,  les  idées  même  en  EMeu  ont  un  objet,  et  quand 
lobjet  est  présent  ce&  idées  deviennent  des  modes 
idéaux.  Reste  à  expliquer  l'attribut  de  la  vie  qui, 
disent  les  philosophes  arabes ,  n  a  pas  d'objet, 

La  vie,  dit  Senoussi,  est  un  attribut  par  lequel 
celui  qui  en  est  revêtu  est  capable  de  perception, 

V};^W  of<^<.?  ,  iattacifoa  bel  idrak.  Définition  in- 
complète :  la  vie  existe  sans  perception;  à  moins 
que  nous  ne  soyons  autorisés  à  traduire  \A)k^  par  le 
terme  leibnizien  «  aperception  » ,  ce  qui  n'est  guère 
possible,  parce  que  la  iv*  forme  est  intensive  et 
donne  bien  à  la  racine  V)^  le  sens  d'«  activité  spon- 
tanée ».  • 

Ayant  terminé  Tétude  des  vingt  attributs  divins 
dont  la  connaissance  est  imposée  au  musulman, 
Senoussi  développe  la  preuve  de  l'existence  de  Dieu  : 
«La  preuve  de  l'existence  de  Dieu,  dit-il^,  c'est  la 
création  du  Monde.  »  Il  n'admettrait  donc  qu'une 
seule  preuve,  celle  d'Aristote,  du  premier  moteur; 
cependant  nous  avons  vu  que  dans  son  Commen- 
taire il  expose  l'argument  ontologique.  Ceci  prouve- 
rait bien  qu'il  conserve  des  doutes  sur  sa  valeur  ab- 
solue, et  qu'il  croit  nécessaire  d'y  joindre  une  autre 
preuve  rationnelle,  celle  dite  a  contingenda  moiufi. 
Il  s'y  étend  longuement  et,  après  avoir  démontré 
que  le  Monde  a  eu  un  commencement,  il  ajoute*  : 

^  Luciani,  p.  8. 
*  Luciani,  p.  38. 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSI.         309 

«  On  est  forcé  de  conclure  qu'il  a  eu  besoin  d'un 
créateur;  si  Ton  admettait  qu'il  neût  pas  besoin  de 
créateur,  et  qu'il  fût  né  de  lui-même ,  on  admettrait 
la  coexistence  de  deux  choses  incompatibles  :  Téga- 
lité  et  la  supériorité  sans  cause.  »  En  employant  ce 
terme,  lauteur  semble  vouloir  réduire  ce  qui  est 
sans  raison  y  mais  sans  être  contradictoire,  à  ce  qui 
est  absurde  ou  impossible.  En  réalité,  son  raisonne- 
ment repose  sur  le  principe  des  indiscernables  : 
«  Deux  choses  identiques  par  leur  dénomination  in- 
trinsèque ne  peuvent  exister.  »  Mais  il  n  a  pas  encore 
la  notion  nette  de  ce  principe  que  Leibniz  sera  le  pre- 
mier à  formuler.  On  en  retrouve  plus  loin  ^  une  autre 
application  dans  la  démonstration  de  l'unité  divine. 
«  S'il  existait  un  créateur  ayant  au  même  degré  que 
Dieu  le  pouvoir  de  créer  une  chose  possible ,  quand 
les  deux  puissances  se  porteraient  sur  cette  chose, 
cette  chose  ne  poun^ait  être  créée  par  les  deux  si- 
multanément  S'ils  sont  l'im  et  l'autre  impuis- 
sants à  l'égard  de  cette  chose  possible ,  ils  le  sont  à 
l'égard  de  toutes  les  autres ,  puisqu'il  n'y  a  point  de 
différence  entre  elles.  » 

De  l'existence  du  Monde  il  infert  que  Dieu  est 
cause  intelligente  et  finale^.  «L'action  de  la  puis- 
sance éternelle  est  subordonnée  à  la  volonté  de  Dieu 
à  l'égard  de  l'effet  à  produire  ;  et  la  volition  de  Dieu 
à  l'égard  de  cet  effet  est  subordonnée  à  la  connaissance 
de  cet  effet.  »  Senoussi  établit  ainsi  que  Dieii  pos- 

^  Luciani,  p.  42. 
*  Luciani,  p.  43. 


370  SEPTEMBRE-OCTOBRE    1897, 

sède  Imtelligence  et  la  vie.  «  Or,  ajoute-t-il,  la  puis- 
sance, la  volonté  et  la  science,  sont  subordonnées  à 
la  vie,  puisqu'elle  en  est  la  condition,,  et  qu'une 
chose  subordonnée  à  une  condition  ne  saurait  exister 
sans  la  réalisation  de  cette  condition.  Donc  l'exis- 
tence de  toute  chose  créée,  quelle  qu'elle  soit,  supr 
pose  chez  son  créateur  l'existence  de  ces  quatre  attri- 
buts. » 

Platon  avait  démontré  de  la  même  façon  que  les 
idées  sont  des  substances  actives  et  vivantes,  et  daps 

« 

lé  Sophiste  Dieu  devient  un  Dieu  personnel,  le  Dieu 
de  toutes  les  religions.  On  pourrait  croire  que  les 
philosophes  arabes  ont  analysé  le  passage  suivant 
de  ce  dialogue  ^  :  ri  Se  'épos  Ai6$;  éç  àXiiûùk  ntmimw 
xai  ^&i})v  Kcà  "^vy^tiv  xai  (pp6vii(Tiv  H  pfSleûç  ^eioôticréfuOa 
rœ  'cravreXâs  6vti  (lij  tirapeivau ,  (ifiSi  l^ijp  wirb  ynifiè  (Ppo- 
vsîvy  âXXà  arsfivbv  xoà  âytov  voSv  ovx  f-X^v^  (hiipnroséalbs 
eJvai;  «  Mais  quoiP  par  Jupiter,  nous  laisserons  nous 
facilement  persuader  que  ni  le  mouvement ,  ni  l'âme , 
ni  la  vie,  ni  la  sagesse  n'appartiennent  véritable- 
ment à  l'être  absolu;  qu'il  ne  vit  pas,  qu'il  ne  pense 
pas,  mais  que,  vénérable  et  auguste  intelligence,  il 
demeure  immobile?  » 

Mais  si,  dans  Senoussi,  on  retrouve  l'inspiration 
de  certains  passages  de  Haton  et  d'Aristote,  il  n'est 
guère  probable  qu  il  ait  bien  connu  ces  deux  philo- 
sophes dans  l'ensemble  de  leur  doctrine.  Ce  qu'il  y  a 
de  plus  remarquable  chez  cet  auteur,  c'est  la  netteté 

^  248  E. 


LA  PHILOSOPHIE  DU  CHEIKH  SENOUSSI.         371 

avec  laquelle  il  développe  les  principaux  problèmes 
théologiques  qui  agitaient  TEcole.  Son  mérite  est  de 
les  avoir  étudiés  avec  un  sens  philosophique  incon- 
testable,' ne  s'en  tenant  point  seulement  aux  mots 
comme  beaucoup  de  ses  contemporains.  Il  était,  du 
reste ,  en  grand  progrès  sur  son  époque ,  et  c'est  faire 
de  son  livre  un  éloge  qui  a  sa  valeur  que  de  con- 
stater qu'il  nous  a  conduits  plusieurs  fois  au  seuil 
de  la  philosophie  moderne. 


:V73  SEPTEMBRE-OCTOBRE  1897. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


E.  LàUNB.  Manuel  français  -  arabb  ou  recueil  ^'actes  adminis- 
tratifs, judiciaires  et  sous-seiug  privé  traduits  en  arabe.  Alger, 
A.  Jourdan,  1897,  1  voL  in-12,  4a6  pages.    -, 

Dans  toutes  les  langues,  les  termes  en  luage  parmi  les 
gens  de  la  basoche  ont  une  signification  particulière  qui  ne 
correspond  pas  toujours  à  Tidée  qu*é veillent  ces  mêmes  mots, 
pris  dans  leur  acception  courante.  La  précision  qa*on  a  voixla 
atteindre  pour  éviter  toute  ambiguïté  est  la  cause  de  cet  écart 
souvent  assez  considérable  et  qui  déroute  d*autant  jdos  ceux 
qui  ont  à  les  traduire  dans  une  langue  étrangère  qu'ils  re- 
trouvent chez  les  autres  peuples  ces  mêmes  ûngidaritës. 
En  Algérie ,  où  existe  la  nécessité  constante  de  faire  passer 
d'une  langue  dans  une  autre  des  textes  juridiques  ou  admi- 
nistratifs ,  les*  interprètes  sont  souvent  fort  embarrassés  pour 
exprimer  exactement  la  pensée  qu'ils  ont  à  rendre ,  les  dic- 
tionnaires actuels  arabes-français  ne  fournissant  que  des  ren- 
seignements incomplets  et  parfois  inexacts  sur  tout  ce  qui 
touche  aux  choses  du  droit.  Dans  sa  longue  carrière  d'inter- 
prète judiciaire,  M.  Laune  a  pu  constater  par  iui-ménie  la 
peine  qu'il  fallait  prendre  quand  on  veut  faire  passer  du 
français  en  arabe  ou  réciproquement  les  pièces  de  toate 
nature  auxquelles  la  législation  musidmane  et  surtout  les  lois 
françaises  ont  donné  naissance.  C'était  donc  rendre  un  réel 
service  à  tous  ses  collègues  que  d'entreprendre ,  comme  i*a 
fait  M.  Laune,  la  rédaction  du  Manuel  français-arabe  qu'il 
vient  de  publier.  11  a  réuni  là  deux  cents  formides  différentes 
d'actes ,  dont  il  présente  le  texte  français  en  regard  da  texte 
arabe ,  de  façon  à  ce  que  chacun  puisse  se  rendre  un  compte 
tout  à  fait  exact  des  termes  qui  se  correspondent  dans  les 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  373 

deux  langues.  M.  Laune,  qui  a  suivi  autrefois  les  savantes 
leçons  de  Combarel  et  à  ia  mémoire  duquel  il  a  dédié  son 
livre ,  a  réussi  pleinement  à  atteindre  le  but  cpiii  s'était  pro- 
posé :  son  style  arabe  est  correct  et  les  expressions  qu'il  em- 
ploie appartiennent  bien  au  langage  juridique.  Rarement  il 
y  aurait  de  légères  modifications  à  y  introduire  pour  rem- 
placer par  une  tournure  plus  arabe  certains  passages  qui 
rappellent  plutôt  la  façon,  d'exprimer  sa  pensée  en  français 
que  celle  spéciale  au  génie  de  la  langue  arabe.  Mais ,  je  ]c 
répète ,  cela  est  fort  rare  et  n'empêche  jamais  le  texte  d'être 
intelligible  pour  les  indigènes  qui  auront  a  le  lire.  Grâce  à 
ce  travail  et  à  d'autres  du  même  genre  qui  se  publient  de 
temps  à  autre,  quoique  pas  assez  fréquemment  peut-être,  ia 
tâche  des  arabisants  devient  cliaque  jour  plus  aisée  en  ^- 
gérie,  où  la  pratique  de  la  langue  impose  des  obligations 
spéciales ,  dont  bien  longtemps  on  a  fait  fi  dans  les  anciennes 
publications  inspirées  surtout  par  l'enseignement  purement 
théorique,  qui  était  le  seul  pratiqué  en  Europe  jusqu'à  ces 
dernières  années. 

O.  HOUDAS. 


NOUVELLES  PUBLICATIONS  DE  L'IMPRIMERIE  CATHOLIQUE 

DE  BEYROUTH. 

L^Universit^  catholique  de  Beyrouth  travaille  avec  une  ac- 
iiyité  digne  de  tout  éloge  à  répandre  la  connaissance  et  le 
goût  de  ia  littérature  arabe.  Chaque  nouveau  catalogue  de 
son  imprimerie  nous  en  fournit  la  preuve.  J'ai  rendu  compte , 
l'année  dernière,  de  deux  éditions  dont  le  zèle  éclairé  du 
P.  Louis  Cheikho  a  enrichi  le  domaine  de  l'arabe  dit ,  à  tort 
on  à  raison  «  littéral.  L*une,  le  Livre  de  ia  correction  da  lan- 
ffO^e,  par  Ibn  Sikkit,  savant  lexicographe  du  iii*  siècle  de 
l'hégire ,  nous  a  fait  connaître  les  nuances  les  plus  délicates , 
les  analogies  les  plus  fugitives  d*une  langue  dont  les  meilleurs 
dictionnaires  n  ont  pas  encore  révélé  toutes  les  richesses.  La 

X.  35 


mraïaiwiB  SATtoxiLs, 


374  SEPTEMBRE. OCTOBRE   18Q7. 

troisième  et  dernière  partie  de  ce  curieux  Traité  vient  de  pa- 
raître, et  les  noies  grammaticales ,  philologiques  et  historiques, 
ainsi  que  les  index  détaillés  dont  le  savant  éditeur  les  a  ac-> 
compagnées  en  rehaussent  la  valeur. 

Presque  en  même  temps,  le  P.  Cheikho  publiait  sous  le  titre 
de  Poétesses  arabes  la  première  partie  d'un  recueil  où  se  trouve- 
ront réunies  dans  un  large  cadre  toutes  les  pièces,  qaçidahs^ 
fjlhazels,  élégies,  improvisations,  etc.,  qui  ont  eu  des  femmes 
pour  auteurs ,  aussi  bien  les  filles  du  désert  que  les  habitantes 
des  harems,  depuis  les  deux  ou  trois  siècles  qui  ont  précédé 
Tislamisme  juscp'à  une  époque  voisine  de  la  nôtre.  M*  Chei- 
kho poursuit  assidûment  ce  travail,  et  U  ne  se  passera  pas 
longtemps  avant  que  j  aie  le  plaisir  d*en  annoncer  rachève- 
ment.  On  peut ,  dès  à  présent  et  par  ce  qui  en  à  paru ,  recon« 
nattre  le  caractère  particuhèrement  attrayant  de  cette  g^ide* 
rie  poétique ,  je  pourrais  ajouter  et  son  mérite  d*œuvre  iné* 
dite ,  car  T essai  déjà  ancien  de  A.  Perron  n  est  quWe  esquisse 
destinée  au  grand  public,  sans  souci  de  la  précision  historique. 
Aujourd'lmi  c'esl  une  contribution  à  Tétude  de  Tarabe 
(|ue  nous  fournit  le  P.  Cheikho,  qui  pour  une  moitié  au 
moins  de  sa  tâche  a  fait  appel  à  la  collaboration  du  P.  Du- 
rand. Ce  nouvel  ouvrage  se  compose  de  deux  parties  :  un 
abrégé  de  granunaire  et  un  choix  de  morceaux  en  prose  et 
on  vers  \  Dans  une  courte  préface  les  deux  éditeurs  semblent 
s'excuser  de   donner,  après  tant   d'autres,  un  Manudi  de 
langue  arabe,  et,  en  effet,  c'est  un  champ  qui  a  été  exploité 
presque  jusqu'à  l'épuisement.  Pour  ne  parier  que  de  ce  qui 
est  sorti  des  presses  de  Beyrouth,  MM.  Ëddé,  Blin,  Vemier 
et  Beiot  ont,  à  tour  de  rôle  et  avec  des  mérites  divers, 
fourni  leur  contingent  à  cette  étude  laborieuse.  L'œuvre  nou- 
velle n'a  voidu  être  qu'un  simple  précis ,  un  résumé  des  règles 
strictement  nécessaires,  sans  aucun  de  ces  détails  qui  en* 
combrent  les  grammaires,  au  grand  effroi  des  débutants.  Ce 

'  Pars  prior:  Elementa  grammaticœ  arabicœ,  1896,  in-ia,  179  ptgei» 
Pars  IP  :  Chrestomathia  arabica  cam  Uxico ,  variisqae  notit,  un  vol.  in-ii , 
Beyrouth,  1897,  A86 pages.  * 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       375 

plan  a  été  fidèlement  suivi ,  peut-être  même  trop  strictement. 
Si  certaines  parties,  ia  conjugaison,  par  exemple,  qùï  ne 
compte  pas  moins  de  3i  tableaux,  ont  été  traitées  avec  les 
développements  indispensables,  d'autres  au  contraire,  sur- 
tout la  syntaxe,  pèchent  par  un  excès  de  concision.  La  mé- 
thode des  grammairiens  arabes  a  été  suivie  ici  de  préférence^ 
Loin  de  moi  la  pensée  d'en  faire  un  reproche  aux  éditeurs  : 
ib  ont  travaillé  en  Orient  et,  en  premier  lieu,  pour  des  Orien- 
taux. Mais,  dans  toute  tentative  de  fusion  entre  deux  sys- 
tèmes aussi  opposés  que  celui  des  Arabes,  et  nos  théories 
occidentales,  il  restera  toujours  quelque  chose  d'indécis,  de 
flottant ,  qui  nuit  à  la  parfaite  exposition  des  règles. 

Au  surplus,  la  grammaire  n'est  ici  que  Taccèssoire  et 
comme  ia  préface  de  l'anthologie  à  laquelle  elle  se  rattache 
par  de  continuelles  références.  Celle-ci  est  l'œuvre  exclusive 
du  P.  Cheiklio  et  fait  honneur  à  Tétendue  et  à  la  variété  de 
ses  recherches.  C'est,  autant  que  le  comportent  les  limites 
d'un  livre  d'enseignement ,  un  tableau  complet  de  la  littéra- 
ture arabe.  Cent  trente  écrivains  y  figurent,  répartis  entre 
douze  chapitres  dont  voici  l'énoncé  :  I,  Extraits  bibliques  et 
religieux;  II,  Extraits  du  Coran;  III,  Proverbes;  IV,  Morale; 
V,  Philosophie  et  théologie  ;  VI ,  Morceaux  oratoires  ;  VII ,  Fables; 
VIII,  Narrations,  Contes  plaisants  ;  IX,  Histoire  et  Géographie; 
X,  Prose  ornée;  XI,  Poésies;  XII,  Spécimen  d'écritures  car- 
sives, 

La  graduation  usitée  dans  les  ouvrages  de  ce  genre  se 
conciliait  difficilement  avec  l'ordre  adopté  dans  celui-ci  :  les 
fables  de  Lokman,  par  exemple,  viennent  après  de  longs 
extraits  de  traités  théologiques  ou  scolastiques  d'une  lecture 
assez  ardue.  Mais  le  mal  n'est  pas  grand,  et  après  quelques 
tâtonnements ,  l'étudiant ,  même  le  moins  expérimenté ,  saura 
trouver  sa  route.  Et  quel  profit  il  tirera  d'un  livre  où  tous  les 
styles ,  tous  les  genres  sont  représentés  !  A  l'exception  du 
Medjâni  oul-edeb  du  même  auteur,  ouvrage  d'une  étendue 
considérable ,  mais  moins  adapté  à  l'étude  progressive  de  la 
langue ,  je  ne  crois  pas  qu'une  anthologie  arabe  aussi  docu- 


376  SEPTEMBREOCTOBRE  18Q7. 

inentée  ait  été  publiée  jusqu*à  ce  jour.  Ce  n*est  pas  à  diret 
pourtant ,  que  le  travail  de  M.  Cheikho  soit  à  Tabri  de  toute 
critique.  On  pourra  lui  reprocher  d*avoir  donné  trop  de  place 
»ux  traductions  de  la  Bible  et  à  la  théologie  chrétienne ,  aax 
dépens  des  textes  d'histoire  et  des  biographies.  Les  notes  ex- 
plicatives ,  multipliées  à  Texccs ,  ne  laissent  presque  aucune 
(lifRculté  sans  la  résoudre,  et  diminuent  par  là  Tinitiative  da 
Jectcur  et  les  services  du  lexique.  Enfin ,  mais  ceci  est  une 
observation  de  pure  forme,  ce  Icxiqac  lui-même,  dans  le 
louable  dessein  de  ne  pas  augmenter  le  volume ,  est  imprimé , 
sans  ménagement  pour  les  yeux,  en  caractères  d*ane  ténuité 
(;xtrêmc.  Mais  je  tiens  à  le  répéter,  malgré  ses  imperfections 
légères  et  inhérentes  au  plan  adopté ,  le  livre  noavdlément 
sorti  des  presses  de  Beyrouth  mérite  d*étre  recommandé 
hautement;  c'est  une  œuvre  sérieusement  élaborée,  riche 
en  fragtncnts  inédits  et  digne  de  figurer  dans  nos  écoles 
d'Europe  à  côté  des  ouvrages  didactiques  les  plus  estimés. 

Je  dois  ajouter,  en  terminant ,  que  ce  livre  a  aussi  son  uti- 
lité pour  Tctude  des  idiomes  vivants  :  plusieurs  chapitres  se 
terminent  par  des  morceaux  en  dialecte  d'Egypte  et  de  Syrie , 
et,  à  la  fin  des  extraits,  on  trouvera  un  certain  nombre  de 
pJanclies  pour  le  déchiffrement  des  écritures  cursives,  et 
jusqu'à  un  spécimen  d'arabe  coufique.  On  voit  tout  ce  que 
renienne  d'utile  et  de  nouveau  ce  volume  d'un  format  com- 
mode et  «léger  au  pourchas».  Une  fois  de  plus,  tous  not 
remerciements  au  Père  Cheikho  et  à  l'Université  cathdlique 
dont  il  est  un  des  plus  érudits  et  zélés  représentants» 


Le  gérant  : 
RuBENS   DuVAIm 


JOURNAL  ASIATIQUE 

NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 


DIALOGUE  ET  TEXTES 
EN  BERBÈRE  DE  DJERBA, 

TRANSCRITS  ET  TRADUITS 
PAR 

M.  A.  DE  C.  MOTYLINSKl, 

PROFESSEUR   DE  LA  CHAIRE  PUBLIQUE   D'ARABE 
ET    DIRECTEUR    DE    LA  MEDEBSA    DE  CONSTANTINE. 


Dans  la  première  partie  de  ses  savantes  Notes  de 
lexicographe  berbère,  M.  René  Basset  a  donné  une 
étude  sommaire  sur  le  berbère  parlé  à  Djerba,  et 
un  vocabulaire  du  dialecte  de  cette  île.  (Paris,  Im- 
primerie nationale /m-8%  i88i.) 

En  1 885 ,  j'ai  publié  dans  le  Bulletin  de  correspon- 
dance africaine  (fasc.  v-vi),  une  Chanson  berbère  de 
Djerba,  texte  dun  style  un  peu  spécial  et  ne  ren- 
fermant qu'un  nombre  restreint  de  mots  et  de  formes 
grammaticales.  Dans  son  Loqmân  berbère,  M.  René 
Basset  a  également  publié  quatre  fables  en  dialecte 
de  Djerba. 

Les  trois  textes  en  berbère  de  Djerba  dont  je 

X.  26 


i«Taiur.*ii:  ctTiosALK. 


378  NOVëMBRË-DëGëM&RK  1897. 

donne  la  transcription ,  l'explication  et  la  traduction , 
ont  été  recueillis,  pendant  mon  séjour  au  Mzab, 
avec  mon  ami  Brahim  ben  Sliman  Ghemmakhi. 

Les  deux  premiers  ne  sont  pas  des  traductions  : 
ils  ont  été  rédigés  en  berbère  par  Brahim  qui ,  aidé 
de  quelques  conseils,  a  su  donner  à  Tun  deux  la 
forme  du  dialogue,  moins  façonnée  et  plus  vivante 
que  celle  du  récit. 

On  reconnaîtra  facilement  dans  le  troisième  texte 
une  imitation  d'un  conte  bien  connu,  dans  lequel 
Djoh'a  est  remplacé  par  un  certain  lah'ined  ou  Sli- 
man n  Imiladen ,  personnage  de  Djerba,  célèbre  par 
sa  naïveté. 

N'ayant  pas  les  éléments  suffisants  pom*  donner 
sur  le  dialecte  encore  peu  connu  de  Djerba  un 
aperçu  grammaticad  assez  complet,  je  me  suis  borné 
à  faire  suivre  les  textes  de  quelques  notes  som- 
maires. 

Ces  documents  pourront,  je  pense,  fournir  quel- 
ques données  nouvelles  à  ceux  qu'intéresse  1  étude 
de  la  langue  berbère,  qui  occupe  un  domaine  si 
étendu  dans  nos  possessions  africaines. 

La  méthode  de  transcription  adoptée  est  celle  du 
général  Harioteau. 

Le  z  et  le  V  emphatiques  sont  représentés  par  les 
signes  z  et  v\ 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  OJERBA.  379 


I 

DIALOGUE  ENTRE  UN  ÉTRANGER 
ET  UN  INSULAIRE  DE  DJERBA. 

% 
f 

L'Etranger.  Seq  nian    ta  nelh'bameth^,  chekkin*? 

D'où    celui  de  cpartier,     toi  ? 

L'Insulaire.  Netch,       elKoumeth  iou^       d Addjim. 

Moi ,     le  quartier  de  moi  c'est  Addjim. 

E.  Matta  Uouz'ra^  daçehih'^    g  çlh'onmeth  ennoaen? 
Quoi     est  vu     de  beau  dans  le  quartier  de  vous? 

1.  Ncchchin,    oua^  r'eimer"'  rir  trahit  eg- 

Nous     ne  pas  chez  nous  si  ce  n'est  du  poisson  beau- 

geth.  Char  a  idhen,  oua  r'ernekh  ch^. 
coup.  Chose  autre  ne  pas  chez  nous. 

E.  Izir\  kennim      tellim        af  idis         n  Uel  ? 
Donc ,    vous    vous  êtes  sur  le  côté  de  la  mer  ? 

I.    Amiouh,       Nechchin,  netedder* 

Comme  cela.        Nous        nous    vivons    habituellement 

rir         siis.        Midden  etiner      elkoull  atet't'fen    trahit, 
si  ce  n'est  d'elle.  Les  gens  de  nous    tous   chassent  le  poisson 


L'Etranger.  De  quel  quartier  êtes- vous  ? 

L'Insulaire.  Moi ,  je  suis  du  quartier  d'Addjim. 

E.  Que  voit-on  de  beau  dans  votre  quartier  ? 

I.  Nous  n'avons  que  du  poisson  en  quantité,  mais  nous 
n'avons  pas  autre  chose. 

E.  Vous  êtes  donc  au  bord  de  la  mer  ? 

I.  En  effet.  IVous  ne  vivons  que  par  elle.  Tous  nos  gens 

a6. 


380  NOVËMBRE-DEGEMBRE.  1897. 

ouasi        inehher^^      ik*erbachen      d'ouasi      imeddi^^  tileli 
celui  qui  jette  au  fond  des  paniers  et  celui  qui    tend     le  fil 

d'ouasi      itet*t'of    si  iraddjcn^*. 
et  celui  qui  attrape  par  des  filets. 

E.  Matta  teteggem  s  irabit  ouh  ?  tet- 

Quoi    vous    faites   habituel  avec   ce   poisson  ?  vous 

tetteni  th    ner     tezenzim  th  ? 
mangez  lui  ou  vous  vendez  lui  ? 

I.    Chara  nouggai  al  essouk*      amek'k'ar. 

Une  chose  nous  transportons  vers  le  marché  grand , 

chara  noaggai  al  elh'areth  *',  chara 

une  chose  nous  transportons  au  quartier  juif,  une  chose 

netaret  id  ^^  al  A  A  AlemmaL 

nous  apportons  habituellement  elle  vers  les  Ath  Alemmai. 

Ë.      Oua  rerouen        chaîna  idhen     manis  adderem  "  ? 
Ne  pas  chez  vous  une  chose  autre.  d*oii  vous  vives  ? 

I.  R'erner      midden    imek*k*aren  ikhoaadjain^*   didehav' 
Chez  nous  des  gens     grands  riches     possess^irs 

ntezemmoarin  et-tarlioain^^  et-tekirza     nimenâi        et-teni- 
d'oliviers      et  palmiers  et  culture  des  grains  et  des  ien- 


prennent  le  poisson,  les  uns  en  jetant  des  paniers,  d'autres 
en  tendant  la  ligne ,  d'autres  les  prennent  avec  des  filets. 

E.  Que  faites-vous  de  ce  poisson  P  Le  mangez-vous  ou  le 
vendez-vous  ? 

I.  Nous  en  transportons  une  partie  au  grand  marche,  et 
une  partie  au  quartier  juif;  le  reste  nous  Tapportons  chez 
es  Ath  Alemmai. 

E.  N'avez-vous  pas  d'autre  moyen  d'existence  P 

I.  11  y  a  chez  nous  des  gens  notables  et  riches  qui  pos- 
sèdent des  oliviers  et  des  palmiers,  et  se  livrent  à  la  cahtire 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.     381 

fin.   ladhidhnin   didehav       n  teh'ouna^^    i  iemoaraouin  zen- 
tilles.   D'autres  possesseurs  de  boutiques       aux  pays        ils 

zan  ellefeth^^  et-tebet*t'aniin^°       d' ckara  idhen, 

vendent  les  habillements  et  les  couvertures  et  chose  autre. 

Ouilin   ious  ed  al  tamourtliis ,  iz'ot't*  ner   idhenni  itarliouin 
Celui  qui  vient  au  pays  de  lui,  tisse       ou  tire    aux  palmiers 

et'-l*amzin  ner  itemiel  i  teniot*chin     et-tezourin, 
et  à  l'orge  ou  laboure  aux  figuiers  et  aux  vignes. 

E.  Aman  ennouen    dmatta?    Ettit'aoain*^  ner  d  anouiin? 
L'eau  de  vous  c'est  quoi  ?  Des  sources    ou  des  puits  ? 

I.    Oaa  r'ernekh  ch      aman  ecjgouren        aj     oudem 

Ne  pas  chez  nous  des  eaux  elles  marchent  sur  la  surface 

n  temoarth,         Tissi         nner     seg     lessoaar,         Nek*- 
de  la  terre.  La  boisson  de  nous  de  les  citernes.  Nous  creu- 

k'az  **  in  ettefesk*iin  **  tcharan 

sons  habituellement  à  des  galeries  couvertes  elles  remplissent 

inouh  soaaman  nouanzer*^,        TeraK- 

celles-ci  (les  citernes)     d'eau      de  pluie.    Vont  habituelle- 

aneth      tisednan        et-temchkanin*^        et-tarneth  id     siisneth 
ment  les  femmes  et  les  petites  filles  elles  apportent  d'elles 


des  grains  et  des  lentilles.  D'autres  ont  des  boutiques  dans 
divers  pays,  et  vendent  des  vêtements,  des  couvertures  et 
autres  objets.  Ceux  qui  restent  dans  leur  pays  tissent  ou 
tirent  de  l'eau  pour  leurs  palmiers  et  leur  orge ,  ou  labourent 
les  champs  de  figuiers  et  les  vignes. 

E.  Quelles  eaux  avez-vous  ?  Sont-ce  des  sources  ou  des 
puits? 

I.  Nous  n'avons  pas  d'eaux  courantes  à  ia  •  surface  du  soi. 
Nous  tirons  notre  boisson  de  citemes.Nous  creusons  des  gale- 
ries couvertes  qui  remplissent  les  citernes  d'eau  de  pluie. 
Les  femmes  et  les  petites  filles  vont  la  chercher  dans  des 


382  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

gelâbarath*^      eddjedoaa,     marer       aman         ntiina*^ 
dans  les  craches  et  les  pots,  parce  que  les  eaux  des  puits  de 

îiner  ou  ah*lin  *^,  am  aman  n  ilel.       Aman 

nous  ne  pas  sont  bonnes ,  comme  les  eaux  de  la  mer.  Les  eaux 

n  tiina  tesessin  ten  r'ir  tarla 

des  puits  boivent  elles  habituellement  si  ce  n*est  le  pidmier 

d'imendi. 
et  les  céréales. 

£.  Keroaen  cha        midden  eggeth  g eUtoumeth 

Chez  vous  chose  de  gens  beaucoup  dans  le  quartier  de 

ennouen  ? 
vous? 

l,  R'erner       eggeth,     it'er        nelh'oumath       nDjerba. 
Chez  nous  beaucoup ,  plus  que  les  cpartiers  de  Djerba. 

Nechchin,     midden  enner*       a^  ijjmi        ouh'ades       g  otan- 
Nous,     les  gens  de  nous  chaque  un  unité  de  hn  dans  le 

ezdaris^^,  ou  nelli  g  oam^an  ijjen, 

jardin  de  lui,  ne  pas  nous  sommes  dans  endroit  unique, 

am  temdinin,  Bav        n  oamezdar,     elh'oach  is  ** 

comme  les  villes.  Le  possesseur   de  jardin,  la  maison  de  kd 

g  oaammas  is ,   netla         d'ilerman  is  d'ifoanasen  is  '^. 

au  milieu  de  lui ,  lui  et  les  chameaux  de  lui  et  les  bœufs  de  hd. 


cruches  et  des  pots.  Car  Teau  de  nos  puits  est  mauraiie 
comme  l'eau  de  la  mer.  Cette  eau  ne  sert  qu'à  abreuver  les 
palmiers  et  les  céréales. 

E.  Avez-vous  de  nombreux  habitants  dans  votre  quartier  ? 

I.  Nous  en  avons  beaucoup ,  plus  que  les  autres  quardert 
de  Djerba.  Chez  nous  chacun  est  à  part  dans  son  jardin  ;  nous 
ne  sommes  pas  réunis  en  un  seid  endroit  comme  dans  les 
villes.  Le  propriétaire  d'un  jardin  a  sa  maison  au  milieu;  il 
est  là  avec  ses  chameaux  et  ses  bœufs.  Nous  mettons  au  miUea 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.    383 

Netegg  it't'an       ammas    noamezdar 

Nous  faisons  habituellement  des  chiens  au  milieu  du  jardin 

ou  taddjin  **  oui  illan       aiadef^^ 

ne  pas  ils   laissent  habituellement  celui  étant  il  entrera 

diis  rir  hav'is.  Tisednan       tek*or- 

dans  lui  si  ce  n'est  le  maître  de  lui.  Les  femmes  cardent 

chelneth,  telemneth,  teggeneth 

habituellement ,  filent  habituellem\  elles  font  habituellement 

tiourdiin;     nechchin         nouggai^^  nezenza       ges- 

des  pelotes;    nous     nous  transportons  nous  vendons  au 

souk' ,  nesar'  ilisan  **. 

marche ,  nous  achetons  des  toisons. 

E.     Tarliouin  ennouen       assougassou  âhaneth^* 

Les  palmiers  de  vous  cette  année  ont  été  abondants 

ner      d  cferrou  ? 
ou  bien  c'est  peu  ? 

I.    Tez'red'        al  ousili^''  eggeth;  nelhthath 

Vous  voyez  à  la  poussée   beaucoup;  elle  (le   palmier) 

tezelz^^  tiriouin;  mag        dik'imen  diis       al- 

a  secoué  les  petites  dattes;  ce  qui  là  étant  resté  dans  lui  jus- 


du  jardin  des  chiens  qui  ne  laissent  entrer  personne  que  le 
propriétaire.  Les  femmes  cardent ,  fdent  et  font  des  pelotes 
que  nous  emportons  pour  vendre  au  marché  et  acheter  des 
toisons. 

Ë.  Vos  palmiers  ont-ils  donné  beaucoup  cette  année,  ou 
peu? 

I.  Vous  voyez  que  la  poussée  a  été  abondante  ;  mais  les 
palmiers  ont  laissé  tomber  les  jeunes  dattes.  Ce  qui  restait, 


384  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

didhab^^  iouet     fellas     anzer,         ioudha^^ 

qu*à  ce  qu'il  mûrisse  a  frappé  sur  lui  la  pluie,  il  est  tombé 

d  elmakhmakh  *\ 
dans  la  fermentation. 

E.   Tiini^*  enuoaen     dmatta?   NethÛiath  taçehihet     am 
La  datte  de  vous  c'est  quoi  P     Elle         bonne  comme 

tiini     nEldjerid     ner      mamme/^  temmoadt^*} 
la  datte  du  Djerid  ou  bien  comment    elle  est  ? 

I.  Anémier:      nechchin,       tiini  nner\  dellemsi 

Je  vous  dirai  :     nous     la  datte  de  nous  c'est  le  lemsi 

et-tâkiout,       R'erner     siisnetli    eggeth;       rerner        ma- 
et  la  tâk-iout.  Chez  nous  d'elles  beaucoup;  cliez  nous  le  ma- 

tat'ma      et-tenafzaonii         et-tarart      aferrou.    Eddegletk^^, 
tat'ma  et  la  tenafzaouit  et  la  tar'art  un  peu.    La  deg^, 

ani  neththath,         ou  llich. 
comme  elle ,  ne  pas  il  est  chose. 

E.   Taçebih'et  i  tiini  ennouen  dmatta? 

La  bonne,  parmi  les  dattes  de  vous  c'est  quoi  ? 

I.  Ellemsi,         marer         itouatcha^*  tiriouin 

Le  lemsi,  parce  que    il   se  mange  en  petites  dattes 


avant  d'arriver  a  maturité ,  a  été  touché  par  la  pluie  et  s^est 
gâté  par  la  fermentation. 

E.  Quelles  sont  vos  dattes  ?  Sont-elles  bonnes  comme  celles 
du  Djerid,  ou  quelle  est  leur  qualité  ? 

I.  Je  vais  vous  dire  :  Nos  dattes  sont  le  lemsi,  la  tâk*iout; 
nous  avons  de  ces  espèces  en  abondance.  Nous  avons  aussi  le 
mat'atma ,  la  tenafezaouit  et  la  tar'art ,  mais  en  petite  quantité. 
Il  n'y  a  pas  de  dattes  comme  la  degla. 

E.  Quelle  est  la  meilleure  de  vos  dattes  ? 

[.  C'est  le  lemsi,  parce  qu'on  mange  ses  jeunes  dattes 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.     385 

tioarar'in;    ternid'  izoaggaren  is  am  tamemi 

jaunes  ;  tu  ajoutes  les  dattes  fraîches  de  lui  comme  le  miel 

d*  elâlik*is^^,  almi      ik'k'oar^  netta   daçehihnmag 

et  le  régime  de  lui ,  lorsque  il  est  sec ,   lui    le  bon  de  ce 

ellan. 
qu'étant. 

E.   Toaouid'id"       azemmour        r'eroaen     eggeth.       Te- 
Tu  as  dit  à  moi  l'espèce  olivier  chez  vous  beaucoup.  Vous 

teggem  siis       oud'i  ? 

faites  habituellement  d'elle  de  l'huile  ? 

I.  Netteg  siis  oud'i  eggeth        ét- 

ions faisons  habituellement  avec  elle  de  l'huile  beaucoup  et 

tjitourt  nesetchai  th  *®  ai  ilerman 

le  résidu  (  des  olives  )  nous  faisons  manger  lui  aux  chameaux 

ed'ounierdjin^*  ennarelt^^      itemourth,  idoageP^ 

et  la  lie  (de  l'huile)  nous  versons  elle   à  terre,  elle  devient 

tajenjourt. 
fuinier. 

E.  Ezzouail      eggeth       ellan  rerouen  ? 
Les  bestiaux  beaucoup  sont  chez  vous  ? 


encore  jaunes  ;  de  plus ,  ses  dattes  fraîches  sont  comme  du 
miel,  et  son  régime,  quand  il  est  sec,  est  tout  ce  qu'il  y  a  de 
meilleur. 

E.  Vous  m'avez  dit  que  vous  aviez  beaucoup  d'oliviers. 
Faites-vous  de  l'huile  avec  leurs  fruits  ? 

I.  Nous  en  faisons  de  l'huile  en  quantité;  nous  faisons 
manger  le  résidu  des  olives  aux  chameaux;  quant  à  la  lie  de 
l'huile ,  nous  la  versons  à  terre  où  elle  se  transforme  en  fu- 
mier. 

E.  Avez-vous  beaucoup  de  bétail  ? 


380  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

I.  Remer         irial         eâ*  elbral         neggour      fettasen 
Chez  nous  des  ânes  et  des  mulets  nous  allons  sur  eux 

al  essouk*  d' elk'areth         ed'  elmers,       nesaouadh 

vers  le  marché  et  le  quartier  juif  et  le  port,  nous  faisons  ar* 

asen  elfelah'et  enner\  tifelfelt  cT  oaafçol  " 

river  à  eux  la  cidture  de  nous,  des  piments  et  des  oignons 

d^imofchan     et-tezourin  d^elbifer*^  t  mag  ellan 

et  des  figues  et  des  raisins  et  des  figues-fleur  et  ce  qui  étant 

nezenza  diisen,       Erni       ndhenni  i^  elbral 

nous  vendons  dans  eux.  Ajoute  nous  tirons  par  les  mulets 

d'ifoanasen       ed'ilerman       aman  seg  oaanoaim    .  Mse- 
et  les  bœufs  et  les  chameaux  les  eaux   des  puits  nous  {jûsons 

soua  siisen      imendi.  Tesestoan  id  <j^oaH£'^, 

boire  avec  elles  le  grain.  Vous  interrogez  moi  sur  les  brebis, 

oua  r'ernekh  ch,  Aisoum  enner  ite- 

ne  pas  chez  nous  chose.  La  viande  de  nous  vient  habituelle- 

sed      stehaialt^^,  ettaouintid  ibiaten**^ 

ment  du  pays  arabe ,  apportent  habituellement  elle  les  Arabes , 

tili       d'izmer     d'ouberkous  et-terat'       d'irid^         mar'er 
brebis  et  agneau  et  mouton  et  chèvre  et  agneau  parce  que 


I.  Nous  avons  des  ânes,  des  midets  sur  lesquels  nous  aUons 
au  marché  et  au  quartier  juif;  nous  y  transportons  les  pro« 
duits  de  notre  culture  :  piments,  oignons,  figues  sèches, 
raisins ,  figues  fraîches  et  tout  ce  qu*il  y  a ,  pour  le  vendre 
en  ces  endroits.  De  plus,  avec  les  midets,  les  bceufs  et  les 
chameaux,  nous  tirons  Teau  des  puits  pour  en  arroser  les 
céréales.  Si  vous  m*interrogez  au  sujet  des  brebis,  nous  n*en 
avons  pas.  Notre  viande  vient  du  pays  arabe;  les  Arabes 
l'apportent  sous  forme  de  brebis,  d'agneau,  de  mouton^ 
de  chèvre  et  de  chevreau,  car  nous  n*avons  pas  d*endroit  où 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.    387 

nechchin     oaa  vernehh  ch    mani  efrejdneth      oalU,         a;^ 
nous     ne  pas  chez   nous   où     paissent  les  brebis  chaque 

amezdar       elh'ouch  is  gouammas  is,       tamoarth  enner' 

jardin  la  maison  de  lui  au  milieu  de  lui ,  la  terre  de  nous 

tezzou         sonzemmour  et-tarla,  oui 

est  plantée  de  Tespèce  olivier  et  de  Tespèce  palmier,  ne  pas 

diis  ch     elkhela, 
dans  elle  le  vide. 

E.  Egg     fella     elmeroaeth^^ ^         se^n  id  amezdar 

Fais  sur  moi  le  service,    montre   à  moi  un  jardin 

seg  imezdaren        aisP^  daçehih*,  azrer  mag  diis 

d'entre  les  jardins  il  sera    beau ,   je  verrai  ce  que  dans  lui 

d' mammex^  temmoud'im     diis. 
et  comment   vous  êtes  dans  lui. 

I.   Touroa,  chekkin ,  d  arnaou  iou ;  as  ed ,     ay^esadfev^* 

Maintenant     toi        ami  de  moi;  viens  toi  je  ferai  entrer 

• 

amezdar'iou,       az'red*         mag  diis  stit'aouine^; 

le  jardin  de  moi ,  tu  verras  ce  que  dans  lui  avec  les  yeux  de  toi  ; 

in  tedholhed'  ai  (tfed', 

ce  que  tu  demandes  lui  tu  trouveras. 


les  brebis  puissent  paître.  Chaque  jardin  a  sa  maison  au  mi- 
lieu ;  notre  terre  est  plantée  d*oliviers  et  de  palmiers ,  et  ne 
contient  pas  de  terrains  vagues. 

E.  Faites-moi  un  plaisir;  montrez-moi  un  de  vos  beaux 
jardins,  afin  que  je  voie  ce  qui  s*y  trouve  et  comment  vous 
y  êtes. 

I.  Vous  êtes  maintenant  mon  ami  :  venez,  je  vous  ferai 
entrer  dans  mon  jardin  ;  vous  verrez  de  vos  yeux  ce  qu'il  en 
est ,  et  vous  trouverez  ce  que  vous  demandez. 


388  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

E.  Ihi,  chekkin     dargaz     daçehih.  Eiiour**    ezzathioa. 
Bien,     toi     un  homme    bon.      Marche  devant  moi, 

netch  eUir       deffer  e^, 
moi  je  suis  derrière  toi. 

\.  Nella  niouodh;  ebbed,         amirer*^ 

Nous    sommes  nous  arrivons;  arrête    toi,    j ouvrirai 

imi  anadef.  K'a  mirer  ^^.      Adef  eizath  ioa, 

J  a  porte  nous  entrerons.  Voici  j'ai  ouvert.  Entre  devant  moi, 

anadil  sii  imi  al  d  moaodR 

nous  commencerons  de  la  porte  jusqu'à  ce  que  nous  arrivions 

anoii  nerr  ed  al  elKouch;  anas  ed 

au    puits   nous   reviendrons  vers   la    maison;    noms    irons 

s  eldjiht  ouh  d  azelmat'. 
de  ce  côté  le  gauche. 

E.    Anémier,  aiarnaou;    eddj  ied       ak'imer'       aferroa 
A  toi  je  dirai,  ô  ami;    laisse  moi  je  m'assieds  on  peu 

addoug  temofchin  ouh ,  diis  netli   edhdholl    eggeth ,     tamoarth 
sous     ces   figuiers ,  sous  eux  l'ombre  beaucoup,  la  terre 

en  sneth  tesemodh,  ekkeser*  addoag  en  sneth         eMia  on. 
d'elle  est  froide,  j'ôterai       sous  eux       la  fatigiie  de  moi. 


Ë.  C'est  parfait,  vous  êtes  un  brave  homme.  Marches  de- 
vant moi ,  je  vous  suis. 

I.  Nous  voici  arrivés;  arrêtez-vous,  je  vais  ouvrir  la  porte 
pour  que  nous  entrions.  C'est  fait,  j'ai  ouvert.  Entrez  devant 
moi  ;  nous  commencerons  à  partir  de  la  porte  jusqu*à  ce  que 
nous  arrivions  au  puits ,  ensuite  nous  reviendrons  à  la  mai- 
son; allons  de  ce  côté ,  à  gauche. 

E.  Un  mot ,  mon  ami  ;  laissez-moi  m'asseoir  un  peu  sons 
ces  figuiers  qui  donnent  beaucoup  d'ombre  et  sous  lesquds 
la  terre  est  fraîche.  Ma  fatigue  se  dissipera  sons  ces  aiinte. 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.  389 

I.  Egg  mammex^  tekhsed';  amezdar         d  amezdar  ey^. 
Fais    comme  lu  veux  ;  le  jardin  c'est  le  jardin  de  loi. 

K*iem     dah        toaroa,  netch     arah'a^^      al  elKoacli 

Reste      ici      maintenant,      moi       j'irai      à     la     maison, 

adarer     aferrou  oaaman      n  essour     sk'âan^^,   asoaed*. 
j'apporterai  un  peu    d'eau    delà  citerne  fraîche,  tu  boiras. 

(Seg  d  ioara      aman,  isoaa,    iououa  ias.) 

(Lorsque  il  a  apporté  l'eau,  il  boit,  il  dit  à  lui.) 

Amune/^  ou  ten  ez*rir  g  ijj  ououmxjun 

Les  eaux  de  toi  ne  pas  elles  j'ai  vu  dans  un  seul  endroit 

am  niihenin,       Tourou ,  ertàh'er*,        Tatchioat  oah    elU 

comme  elles.  Maintenant,  je  suis  reposé.  Cette  négresse  que 

z'iir  diis  r'ar  ex  amechkan    g  ouarill  is      tezoïizoun 

je  vois  dans  elle  chez  elle  un  petit  dans  bras  d'elle  elle  berce 

diis,      enney^  ner'aha? 
dans  lui  de  toi  ou  non  P 

I.    Teddin    ennou,    ouddin      dmemmi. 
Celle-ci  de  moi ,  celui-ci  est  mon  fils. 

E.    Ma  s  tetini^^         i  oumechkan? 

Quoi  à  lui  elle  chante    au  petit  ? 


I.  Faites  comme  il  vous  plaira;  le  jardin  est  à  vous.  Res- 
tez ici  maintenant,  pendant  que  j'irai  à  la  maison  vous  cher- 
cher un  peu  d'eau  fraîche  de  la  citerne ,  pour  que  vous  bu- 
viez. 

(L'homme  ayant  apporté  l'eau,  l'étranger  boit  et  dit  :) 
Je  n'ai  jamais  vu  nulle  part  d'eau  comme  celle-ci.  Je  suis 
maintenant  reposé.  Cette  négresse  que  je   vois  ayant  dans 
ses  bras  un  enfant  qu'elle  berce ,  est-elle  à  vous  ou  non  ? 

L  La  négresse  est  à  moi  et  l'enfant  est  mon  fils. 

E.  Que  chanle-t-elle  à  Tenfant? 


390  NOVEMBRË-DEGEMBRE   1807. 

I.       Teml  as  : 
Elle  dit  à  lui  : 

aidder  memmi,     aimrer, 
vivra  mon  fils ,  il  grandira, 

aiarah*  al  ouidder, 
il  ira  au  rivage , 

adiar         siis        izmer. 
il  apportera  de  lui  un  agneau. 

E,  Aioah    darmzdar  c)(^       zrikht;        ekkerêr   adaiXkK 
Ceci   le  jardin  et  toi  j*ai  vu  lui  je  me  lève  j*inii 

al  rerner.  A  brid'iou  d  azirar        eg  iêdh 

vers  chez  vous.  Le  chemin  de   moi  est  long  dans  la  nuit 

ioased.Chekkin,  matta  nedder,  a^errm*' 

arrive.      Toi    ce    que    nous    vivrons,    à    toi    je  rendrai 

elkefa^^, 
la  récompense  de  toi. 

J.  Oarouh!    adafed*     elkheir    d'ouarrezg. 
Va  !     tu  trouveras  le  bien  et  la  fortune. 


1.  Elle  lui  dit: 

Mon  fils  vivra  et  grandira , 

11  ira  au  rivage , 

Et  en  rapportera  un  agneau. 

Ë.  J  ai  bien  vu  votre  jardin.  Je  vais  me  lever  pour  m*en 
aller  chez  moi.  Ma  route  est  longue  et  la  nuit  arrive.  Tant 
que  nous  vivrons  je  resterai  votre  obligé. 

I.  Allez.  Puissîez-vous  trouver  le  bien  et  la  fortune  I 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.     391 


NOTES  DU  DIALOGUE. 

^  Elh'onmeth ,  arabe  SUy^ . 

^  Les  pronoms  personnels  sont  :  netch  «  moi  » ,  chekkin  •  toi  » 
(masc),  chemmin  «toi»  (fém.);  netta  «lui»,  neththath  «elle»,  nech- 
nin  «  nous  » ,  kenniin  «  vous  »  (  masc.  ) ,  chemniitin  «  vous  »  (fém.  ) , 
nithnin  «eux»,  nithenthin  «elles». 

^  Elh'oumeth  iou.  Les  pronoms  suffixes  du  nom  sont  :  iou  «de 
moi  »  c;^  «  de  toi  »  (  masc.  ) ,  im*  de  toi  »  (  fém.  ) ,  is  «  de  lui ,  d'elle  », 
enner  «  de  nous  » ,  ennouen  «  de  vous  »  (  masc.  ) ,  enij^metk  «  de  vous  » 
(  fém.  ) ,  ensen  «  d'eux  » ,  ensneth  «  d'elles  ». 

*  Touz'ra,  forme  passive  du  primitif  «'^r  «voir». 

*  Açebih' ,  arabe  ^^. 

®  La  négation  s'exprime  par  oua. ,  ,ch,  ou. ,  .ch,  oui. . . ,  ow\„, 
ouar, .  .  . 

^  Gomme  dans  les  autres  dialectes,  l'idée  de  possession  s'ex- 
prime généralement  par  la  particule  r'er  «  chez  » ,  suivi  des  pronoms 
afïixes  :  reri  «  chez  moi ,  j'ai  » ,  r'ere^  «  tu  as  »  (  masc.  ) ,  r'ercm  «  tu 
as»  (fém.),  rares  «il  ou  elle  a»,  r'erner  «nous  avons»,  r'eronen 
«vous  avez»  (masc),  rer^meth  «vous  avez»  (fém.),  r'ersen  «ils 
ont  » ,  rersneth  «  elles  ont  ». 

'  Le  r  formatif  de  la  i"  personne  du  pluriel  se  change  en  kh 
devant  ch,  Gette  particularité  phonétique  se  produit  également 
après  le  r  de  la  i"  personne  du  singulier  dans  les  verbes,  lors- 
qu'il est  suivi  du  pronom  complément  :  zrikht  pour  trir't, 

*  Tedder,  forme  d'habitude  de  la  racine  edder,  commune  à  tous 
les  dialectes.  La  forme  d'habitude  s'exprime  dans  le  dialecte  de 
Djerba  :  i"  en  préfixant  t;  a*  en  préfixant  at:  3°  en  préfixant  ett; 
4*  en  intercalant  a  avant  la  dernière  radicale  :  emel;  emal;  5*  en  re- 
doublant la  radicale  qui  précède  la  dernière  ou  la  dernière  radicale  : 
emmel ,  t'err  «  voir  »  ;  6°  en  combinant  ces  deux  dernières  formes  : 
emmal;  7**  en  ajoutant  la  désinence  ai  :  oaggai,  setchai. 

'°  Inebber,  racine  arabe  *-J  «  fouiller,  chercher  au  fond  »• 

"  Imeddi,  racine  arabe  %x*  • 

^^  On  retrouve  ce  vocable  dans  le  dialecte  des  Nefousa  sous  la 
forme  plus  dure  ireggen.  Peu -être  de  la  racine  arabe  ^. . 

^^  Cette  forme  d'habitude  du  verbe  etch*  «  manger  »  se  retrouve 
dans  plusieurs  dialectes. 


392  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

^*  Tar',  forme  d'habitude  de  ar',  aoriste  ionra,  •  prendre,  em- 
porter ».  On  trouve  également  la  forme  ettar', 

^^  Adderem.  La  lettre  formative  t  de  la  a*  personne  disparait  au 
futur  :  a-sou-er  «je  boirai  »  ;  a-sou-ed  «  tu  boiras  »;  cd-sou  «  il  boira  »  ; 
at-son  «  elle  boira  »  ;  an-son  «  nous  boirons  »  ;  a-son^em  c  vous  boirez  » 
a-soue-meth  «vous  boirez»  (fém.);  a-sou-en  lils  boiront»;  a-son-eneth 
«  elles  boiront  ». 

^'^  C'est  le  pluriel  berberisé  du  mot  ^)>â«. 

^'  Et-tarliouin  pour  d!tarliouin,  Et-tekii'za  pour  éttekirza. 

^^  Teh'ouna,  pluriel  à  forme  berbère  du  mot  arabe  o^jl^.. 

^^  Peut  être  de  la  racine  arabe  Jj  • 

^'^  Tabet*t'ant,  pluriel  tibet't'aniin ,  arabe  i^lLkj. 

^^  Ettit'aouin  pour  d  tit'aouin. 

**  Ek'k*az ,  forme  intensive  de  er'z ,  pour  erraz, 

^  Ettefesk'iin,  arabe  S^L^ti, 

*^  Le  mot  anzer  existe  égsdement  dans  le  dialecte  des  Nefousa. 

^  Tameckkant  plur.  temeckkanin  signifie  •  petite»  et  par  ex- 
tension «petite  fille». 

^^  Elâbarath  eddjedona.  Ces  noms  d'ustensiles  sont  empruntés  à 
l'arabe  vulgaire. 

^  Tanout,  plur.  tima^  diminutif  de  anou. 

^  Ah'lin,  emprunté  à  la  racine  arabe  ^Va^.  létre  doux». 

^*  Amezdar'  de  ezder  «demeurer»  a  le  sens  général  d'chtbita- 
tion».  À  Djerba  il  signifie  «jardin  habité». 

^  Elh'ouch,  arabe  J^y^  «maison  entourée  de  clôtures ,  maison 
de  campagne». 

*^  Alr'em,  plur.  i/erWn;  afournu,  plur.  ifonnasen, 

^^  Taddj ,  forme  dhabitude  de  eddj  «  laisser  ». 

^  Adef  a  entrer  »  ;  atef  chez  les  Nefousa. 

^   Taourdii,  plur.  tiourdiin, 

^  Ilis,  plur.  Uisan. 

^  Mot  emprunté  à  la  racine  arabe  ^^^  «  remplir  ». 

^^  Ousili  y  peut-être  de  la  racine  ali  «  monter  »  ou  encore  da  mot 
arabe  Juo! . 

^  Zelzy  en  arabe  JJk  «secouer». 
^'^  Idhab  dhaby  arabe  v^* 
*'  Oudha,  arabe  Us»j. 

*^  Le  verbe  gLss  a,  dans  Tarabe  vulgaire  du  magfareb,  le  sens  de 
«manger  goulûment».  Le  mot  tnakhmakk  du  texte  psjnut  plntôt 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.    393 

provenir  de  la  racine  arabe  ^«â*  ,  avec  le  sens  de  «  mêler,  brouiller, 
gâter  ». 

^  Tiini,  singulier  employé  comme  collectif. 

^  Emmoad*  «  se  comporter,  être  » ,  comme  en  tamach'ek*  0  ^ 
amous. 

^^  Tout  le  monde  connaît  la  datte  fameuse ,  deglet  nour,  que  les 
Arabes  du  sud  appellent  «  la  datte  des  sultans  », 

*^  Touatch,  forme  passive  de  etch  «manger». 

*•  Elalik'  de  l'arabe  y^Jlc  «accrocher».  C'est  le  régime  coupé  que 
l'on  suspend  pour  le  faire  sécher. 

*'  Oaoua,  iououa  «dire  ».  On  emploie  aussi  emel. 

**  Setchai,  forme  factitive  et  d'habitude  de  etch, 

*'  Amerdjin ,  c'est  le  liquide  noirâtre  qui  reste  au  fond  de  la  cuve 
quand  on  presse  les  olives. 

^^  Ënnar'el  pour  nenar'el,  de  nar'el  «  verser  ». 

*^  Dou^eZ  pour  dououel,  arabe  JJ.3. 

^*  Tifelfelt  d'ouafçol,  arabe  JUUi  et  Juoj. 

^  Elbit'er,  probablement  du  mot  arabe ^«>L^  «qui  se  hâte,  hâ" 
tif». 

^*  Oulli  est  un  collectif. 

^   Tbaialu  D'après  Brahim  Chemmakhi ,  ce  mot  viendrait  de  JljI 
«chameaux»,  et  signifierait  «terre  abondante  en  chameaux». 

^^  Ibiaten  «  les  gens  de  la  tente  » ,  arabe  u»w^ . 

"  De  la  racine  arabe  |^,  avec  le  sens  de  «tirer  proût». 

**  Aisi  est  le  futur  de  isi  qui  exprime  Tidée  d'existence  à  l'im- 
parfait; nisi  correspond  à  l'arabe  [j^. 

*•  Sadef,  forme  factitive  de  adef  «entrer». 

*°  Eiiour,  aoriste,  iggour  «marcher». 

®^  Mir  paraît  être  la  forme  passive  du  primitif  ar^  iouron  «  ouvrir  » , 
que  l'on  trouve  dans  le  dialecte  des  Nefousa. 

"^  La  particule  k'a  exprime  le  passée  indique  que  l'action  a  été 
faite,  comme  0s3  en  arabe. 

^  La  lettre  formative  r'  de  la  première  personne  est  supprimée 
en  raison  du  h'  de  la  dernière  syllabe.  AraJia  pour  arah'cu'*, 

^  De  l'arabe  ^La  «  être  g^acé  •. 

^  Tini,  semble  être  une  forme  fréquentative  de  in  «dire». 


X.  27 

laiRIHMII    ■HTIVIlil.l. 


394  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   IS07. 

II 

LA  SCIENCE  DUAH'MED  OU  SLIMANN   IMILADEN. 

Isi  ijjen  oaargaz,  ammalen  as  Iak'med 

Était  un  homme,  ils  disent  habituellement  à  lui  lah'med 

ou  Sliman  n  Imiladen        i  Djirba         g  Addjim 

fds     de    Sliman    des     Miloud    à   Djerba    dans    Addjim 

seg  elh'oumeth     n  Sifaoa.       Kares  aithmas^  ed' 

du  quartier     de   Sifaou.  Chez  lui  les  frères  de  lui  et 

ied'  âmm  is  diisen  tnammoa 

les     fils     de      Tonde     de     lui     dans     eux     celui     qui 

iiedJen*,  diisen     mammou 

faisait  habituellement  Tappel  à  la  prière  «  dans  eux  celui  qui 

iâzcm^       ed'  middm  seg  Ramdhan  al  Ramdhan 

lisait     et    les     gens     du     Ramadhan     au     Ramadhan 

ettetten  amessi  et-lesekkirt^ 

mangeaient  habituellement  le  souper  et  le  repas  du  lever 

g  eldjamâ  n  Ath  Limes;  an  iefasia^ 

à       la       mosquée       des       Ath        Limes;       à        TAid 

rerresen  izmaren,  dzoanan 

ils  égorgeaient  habituellement  des  agneaux ,  ib  partageaient 


il  y  avait  à  Djerba  un  homme  appelé  lah'med  ou  Sliman 
n  Imiladen,  habitant  Sifaou,  un  des  quartiers  d*Add|iin.  11 
avait  des  frères  et  des  cousins  dont  les  ims  étaient  moued- 
dens  et  les  autres  récitaient  (le  Koran).  D*un  ramadhan  à 
Tautre ,  les  gens  mangeaient  à  la  mosquée  des  Ath  Limes  le 
souper  et  le  repas  de  laurore.  A  TAïd,  on  égorgeait  des 
agneaux  dont  on  partageait  la  viande  entre  ceux  qui  lisaient. 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBÈRE  DE  DJERBA.     395 

aisoum  af        oui  iâzmen,  Argaz  ouh         lah'med 

la     viande     sur     ceux     lisant.      Cet     homme     lahmed 

itrima^  addoug  iaddjis, 

il      reste      habituellement      sous      la      mère      de      lui 

g  elh'ouch  ensen  Utett 

dans       la      maison      deux      il     mange     habituellement 

si  iaddjis,  neththath    tamettouth    ettaousert, 

de      la      mère     de      lui,      elle     une     femme    vieille, 

netta  ou  issin  iouâzam.       Tenchek'         fell  as 

lui    ne    pas    il    sait    la    lecture.  Se    fâcha    contre    lui 

iaddjis^  ass  seg  ououssan,  tonoua  ias  : 

la  mère  de  lui ,  un  jour  d'entre  les  jours  Elle  dit  à  lui   : 

V  A  lah'med,      amemmi,  aithmax^  d*  ie^ 

«  0    lah'med  ô    mon    fils ,    les    frères    de   toi   et  les    fils 

âmm  e^^  teraKan  al  eldjamâ 

de    ronde    de    toi    vont    habituellement   à  la   mosquée 

n  Ath  Limes  âzemen,  tezallan, 

des    Ath    Limes    ils    lisent,    ils    prient    habituellement, 

ettetten  ay^  iedh  amessi 

ils     mangent    habituellement     chaque     nuit     le     souper 

et-tesekkirt  ;  chekkin,  tek'imed'      addoug  iou 

et     le     repas     de     l'aurore;     toi,     tu     restes     sous    moi 


Notre  homme  lah'med  restait  à  la  charge  de  sa  mère  dans 
la  maison  de  la  famille  et  était  nourri  par  elle.  C'était  une 
vieille  femme  et  lui  ne  savait  pas  lire. 

Un  cei'tain  jom\  sa  mère  se  fâcha  contre  lui  et  lui  dit  : 
«  lah'med ,  mon  fils ,  tes  frères  et  tes  cousins  vont  toujours  à 
la  mosquée  des  Ath  Limes  lire  et  prier  ;  ils  mangent  chaque 
nuit  le  souper  et  le  repas  du  lever.  Quant  à  toi,  tu  restes 

27. 


396  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

tetekked"'  erriheth      ouourdaniou.       Ouroah', 

tu  sens  habituellement  Todeur  des  vents  de  moi.      Va, 

sedder^  iman  i;^  mani     toufid^       tameddoart.  » 

fais  vivre  la  personne  de  toi  où  tu  trouves  la  subsistance.  » 

Ikker  g  iedh       iarah'    al  eldjamâ,      ik'im       deffer 

11  se  leva  dans  la  nuit  il  alla  à  la  mosquée ,  il  s^assit  derrière 

midden  al  imal  :  «  Tououa  id  :     Oarouh  ' 

les   gens   jusqu*à  ce  qu*il  dit  :  «  £31e  a  dit  à  moi  :     Va 

al  eldjamâ ,  atched*  hazin  *  ^oud'L  » 

à  la  mosquée ,  tu   mangeras  de  la  bouillie  et  de  Thuile.  » 

Imal       irenni    g  eddoni  ^^  ioali    am        oui  illan    iàzemen. 
Il  récite  «il  répète  dans  ce  bruit  comme  ceux  étant    lisant. 

Asen  as  d        midden,  sellen  mag         imnudi 

Vinrent  à  lui  les  gens,  ils  écoutèrent  ce  que  il  récitait, 

(ifent  immal^^  taitfoutt  is 

ils      trouvèrent      lui      il      récite       Thistoire      de       lui 

al  dheçen.  Si  in  al  ioarou,  alem 

jusqu'à  ce    qu'ils  rient.    De   là  jusqu'à    présent,  lorsque 

az'ren  ijjen  ou  issin  •  chant 

ils      voient       un       ne       pas      il       sait       une       chose 


avec  moi  à  sentir  Todeur  de  mes  vents.  Va ,  cherche  ta  vie 
où  tu  la  trouveras.  » 

11  se  leva  dans  la  nuit  et  alla  à  la  mosquée.  11  s'assit  der- 
rière les  gens  et  se  mit  à  dire  à  plusieurs  reprisés  t  «  Elle  m*a 
dit  :  Va  à  la  mosquée,  tu  mangeras  de  la  bôuiliie  et  dé 
l'huile.  »  11  continuait  à  répéter  ces  mots  faisant  comme  cenl 
qui  récitaient  les  prières.  Les  gens  vinrent  à  lui  et  ayant 
écouté  ce  qu'il  disait,  ils  trouvèrent  qu'il  répétait  ton  his- 
toire et  se  mirent  à  rire. 

Depuis  lors  jusqu'à  présent,  lorsque  Ton  roit  qadqa'tm 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.     3«7 

al  iterra  "  iman  is  issen, 

jusqu'à     ce     qu'il    rende     la    personne     de    lui    il    sait, 

emnialeii  midden  :  «  Ououh      am      lah'med 

disent    habituellement  les  gens  :  «  Celui-ci  comme  lah  med 

ou,  Sliman  n  Imiladen  ^^,  » 
ou  Sliman  u  Imiladen.  » 


qui  ne  sait  rien  et  qui  fait  le  savant ,  on  dit  :  «  Celui-ci  est 
comme  lah'med  ou  Sliman  n  Imiladen.  » 


NOTES  DU  TEXTE   IL 

*  Oaaona,  piur.  aitAma  «frère». 

^  Tedden,  forme  d'habitude  de  edden,  arabe  {jS\. 
^  Âzem,  racine  arabe  ^yt. 

*  Tesekkirt,  nom  d'action  de  la  forme  factitive  sekker  •  faire 
lever  » ,  primitif  ekker  c  se  lever  ». 

*  Tefaska,  plur.  tifaskionin  iféte»,  et  en  particulier  tTaîd 
El  Kebir  et  l'aïd  Eç-Çr'ir.  11  s'agit  ici  de  la  fête  de  la  rupture  du 
jeûne. 

^  Trima,  forme  d'hahitude  de  kHm  •  rester»,  arabe  pU. 
^  Tekk,  forme  d'habitude  de  ekk  «  sentir». 

*  Sedder,  forme  factitive  de  edder  t vivre». 
'  Bazin,  c'est  ïâçida  des  Arabes. 

^®  C'est  le  mot  arabe  (^^ù  «  bruit  du  vent ,  bourdonnement  » ,  qui 
est  employé  avec  le  sens  de  «parole,  mot. . .  ». 

^'  Primitif  cwieZ,  formes  d'habitude  emal  et  emmal, 

"  Terra,  forme  d'habitude  de  err. 

^^  Imiladen  est  le  pluriel  de  Miloud.  Il  signifie  là  «  de  la  famille 
des  Miioud»;on  dirait  en  zouaoua  :  À  h' med  ou  Sliman  n  Aith  Mi- 
loud, 


308  NOVEMBRE.DÉCEMBRE  1807. 


III 

CE  QUE  DEVIENNENT  LES  VIEILLES  LUNES. 

Ijj  ouoaass,    IaKmed       ou,  Sliman        n  Imiladan     iggour 
Un    jour,     Iah*med     ou    Sliman     des     Miloud    allait 

douhrid',  ioufa  anilti  isefre^  oaîli; 

par  le  chemin ,  il  trouva  un  berger  il  fait  paître  les  brebis  ; 

iz'ra    rares      taouarO  ououri  afoa/eroum*  is, 

il  vit  chez  lui  une  outre  de  lait  aigre  sur  le  dos  de  lui, 

icheffed  rares,      loaoua  ias       anilti  :     «  Chek d irou' 

il  s*approcha  vers  lui.    Dit  à  lui  le   berger  ;  «  Toi  savant 

ner'  aha  ?  »  lououa  ias    :  «  A  /  »    mar'er  ilta         iffoa^, 

ou  non?»Il  dit  à  lui  :«  Oui  ?»  parce  que  il  était  il  a  soif, 

ikhs      aisou  ari  louoaa  ias  anilli  :      «  Tourou, 

il  veut  il  boira  du  lait  aigre.  Dit  a  lui  le  berger:  «  Ifaintenant, 

aix,  sestener  af  touihlait^.    Kan      terrid'         foUa, 

toi  j'interrogerai  sur  une   parole.  Si  tu  réponds   sur  moi, 

ax^oucher  izmer;     kan  ou  terrid^  foU^** 

à  toi  je  donnerai  un  agneau;  si  ne  pas  tu  réponds  sur  moi , 


Un  jour,  lah  med  ou  Sliman  n  Imiladen  snlYait  le  chemin, 
quand  il  rencontra  un  berger  qui  faisait  paître  des  binebis. 
Voyant  qu'il  avait  une  outre  de  lait  aigre  sur  ses  épaides, 
il  s'approcha  de  lui.  «  Es-tu  t'deb  ou  non  ?»  lui  dit  le  bei^ger. 
11  répondit  «  oui  »  parce  qu*il  avait  soif  et  voulait  boire  du  lait. 
«  Eh  bien  !  lui  dit  le  berger,  je  vais  t'interroger  sur  une  ques- 
tion. Si  tu  me  réponds,  je  te  donnerai  un  agneau;  si  ta  ne 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.    399 

ay^enrer       s  terot't'a^  iouh       am  inouh^^         tezerreâ!^ 
toi  je  tuerai   avec  ce  bâton  comme  ceux-ci  tu  vois  bien 

diisen         emmoun      ia*.  » 
dans  eux  ils  sont  morts  déjà.  » 

lououa  ias  lah'med:  «  Eml  id^° ,       ai^^  eiTer,  »       loua  ias  : 
Dit  à  lui  Iah*med  :  «  Dis  à  moi  ^  à  toi  je  rendrai.  »  Il  dit  à  lui  : 

0  Eml  id       iioar,        iedh     amezoaar,  iteffered 

M  Dis  à  moi  la  lune ,  la  nuit  première ,  sort  habituellement 

am  azzaou  al  irenni^^ 

comme  un  cheveu  jusqu*à  ce  qu*elle  augmente  habituellement 

a;^  iedh  al  d  imr'er  am  tassirt 

chaque  nuit  jusqu'à  ce  qu*elle  grandisse  comme  une  meule 

tamek'Wart  al  itemez'iin^* 

grande      jusqu'à        ce       qu'elle        devienne        petite 

al  d  iouodh  am  mammey^  isi,         irouel 

jusqu'à  ce  qu'elle  arrive  comme  comment  elle  était ,  elle  fuit 

fellaner,  oal  tnez'ar  al  dias  ijjen 

sur  nous ,  ne  pas  elle  nous  voyons  jusqu'à  ce  que  vienne  une 

idhen.  Mani  itérait  iioar  ouh  amezouar?  » 

autre.    Où  va  habituellement  cette  lune  ancienne  ?  » 


me  réponds  pas ,  je  te  tuerai  avec  ce  bâton  comme  ces  gens 
que  tu  vois  et  qui  sont  déjà  morts.  » 

«  Paiie-moi,  répliqua  lah'med,  je  te  répondrai.  »  Le  berger 
lui  dit  :  «Dis-moi  comment  il  se  fait  que  la  lune,  la  pre- 
mière nuit,  apparaît  comme  un  cheveu,  puis  augmente 
chaque  nuit  jusqu'à  devenir  grande  comme  une  grosse  meule 
de  moulin ,  puis  diminue  et  après  être  redevenue  telle  qu'elle 
était,  s'enfuit  loin  de  nous,  si  bien  que  nous  ne  la  voyons 
plus  jusqu'à  ce  qu  il  en  vienne  une  autre.  Où  va  cette  an- 
cienne lune  P  » 


400  NOVEMBRE-DÉGEMBRE   1897. 

Seg  isla  touroa  eddoais^ 

Lorsque   il    entendit    maintenant    les   paroles   de    lui, 

iououa  ias  IaKmed  :   «  A  ouar     iamesnioat  ^',        oa  tessineét 
dit  à  lui  lah'med  :  O  ne  pas  de  connaissance ,  ne  pas  tu  sais 

ettediin  siis  aferrou      aferroa 

ils    pilent    habituellement    avec     elle    un    peu    un    peu 

al  teggen  siis  ithran,  » 

jusqu^à  ce  qu*ils  fassent  habituellement  avec  elle  des  étoiles.  » 

Iououa  ias      anilti  :         «  Eddoui       d  ououh  !  »       loach  tu 
Dil  à  lui  le  berger  :   «  La  parole  est  celle-là  »  H  donna  lui 

mag    iououa,        iznier  d'ouari. 

ce  que  il  a  dit,  un  agneau  et  du  lait  aigre. 


Lorsque  lah'med  «ntendit  les  paroles  du  berger,  il  lui 
dit  :  «  O  ignorant ,  tu  ne  sais  donc  pas  qu*on  la  pile  en  pe- 
tits morceaux  pour  en  faire  des.  étoiles?  —  Bien  parlé  1» 
répliqua  le  berger,  et  il  lui  donna  ce  qu*il  avait  promis:  un 
agneau  et  du  lait  aigre. 


NOTES  DU  TEXTE  IIL 

*  Taouart,  piur.  tioxiarin  «petite  outre  pour  le  lait».  C'est  le 
iib^>ji.a  des  Arabes. 

'  Ay^eroum,  Dans  le  dialecte  des  Nefousa,  oiàkrhn, 
^  Irou,  plur.  irouan.  TaJeh  «écrivain».  Ce  mot  semble  venir 
de  la  racine  ari  c  écrira  ».  On  le  retrouve  dans  les  dialectes  des  Béni 
Mzab  et  des  Nefousa.  Au  Mzab,  les  t'olha  sont  dassés  en  trois  caté- 
gories :  les  ironan  «clercs  écrivains»;  les  imsorda,  plurid  de  am- 
sired  «  laveurs  de  morts  »  ;  les  iâzzahen  «  reclus  ». 

*  Le  mot  touthlait  «  parole  » ,  parait  être  le  nom  d'action  d*une 
forme  d'habitude  dérivée  du  thème  oul,  qui  a  doimé  amud  «pa- 
role», siouel  «appeler». 

'  Comme  dans  les  autres  dialectes,  on  emploie  les  afBies  à  la 


DIALOGUE  ET  TEXTES  EN  BERBERE  DE  DJERBA.  401 

suite  de  certaines  particules  :  fell  a  «  sur  moi  » ,  feîl  a^  «  sur  toi  » 
[msisc] y  fell  am  «sur  toi»  (fém.),  fell  as  «sur  lui,  sur  elle», /ci/ 
aner'  «sur  nous ï»^  fell  aouen  «sur  vous»  (masc),  fell  a^meth  «sur 
vous»  (fém.),  fell  asen  «sur  eux»,  fell  asneth  «sur  elles». 

®  Le  mot  terot't'a,  malgré  son  allure  berbère,  n'est,  je  crois, 

qu'une  corruption  du  mot  arabe  ii&yè  «  maillet«  ,  racine  ^^  «  briser, 
meurtrir  ». 

^  Les  pronoms  démonstratifs  de  cette  forme  sont  : 

Ouanouh  «celui-ci»,  tanouh  «celle-ci»,  inouh  «ceux-ci»,  tinonk 
«  celles-ci  ». 

On  emploie  également  : 

Ouddin  (masc.  sing.),  teddin  (fém.  oniddin  et  indin  (masc.  pL), 
sing.),  tiddin  (fém.  pi.). 

*  Z'è/T,  forme  intensive  de  la  racine  z'er  «  voir».  Gomme  en  arabe 
vulgaire,  ce  verbe  s'emploie  avec  un  complément  direct  ou  avec  la 
particule  dii  «dans». 

*  la,  G'est  l'équivalent  du  mot  Jol^  employé  avec  le  même  sens 
dans  l'arabe  vulgaire  du  Maghreb. 

^®  Eml  a  également,  comme  dans  d'autres  dialectes,  le  sens  plus 
particulier  de  «  indiquer  ». 

"  Renni,  forma  d'habitude  de  erni  «ajouter». 

"  Teniez  Ht  forme  d'habitude  de  mez'ii  «être  petit».  L'adjectif 
amezian  ou  amezzan  des  autres  dialectes  devient  à  Djerba  et  au 
Dj.  Nefousa,  amechhan,  en  passant  de  la  forme  mez'ii  à  la  forme 
MeCHeKqui  a  dû  être  Me CHe G  ^ Me Ze G  =  Mez'ii.  Cf., dans  \e 
dialecte  des  Zenaga,  maizzoug  «être  petit». 

'*  Tamesniout  «  science,  savoir»,  de  la  racine  sen  ou  essen. 


402  NOVEMBRB.DÉCEMBRE  1807. 

DE  L'ACCENT  EN  ARABE', 

PAU 

M.   MAYËR  LAMBERT. 


De  Sacy,  dans  sa  Grammaire,  p.  86,  donne  les 
règles  suivantes  pour  Taocentuation  de  Tarabe  : 

i"  On  ne  doit  jamais  placer  Tacceat  sur  la  der- 
nière syllabe  ; 

2**  On  doit  toujours  élever  la  voix  sur  la  pénul- 
tième syllabe  quand  cette  syllabe  est  longue,  soit 
parce  quelle  renferme  une  des  lettres  I,  ^  et  ^, 
faisant  fonction  de  lettres  de  prolongation,  soit 
parce  qu'elle  renferme  une  syllabe  artificielle ,  c'est- 
à-dire  deux  consonnes  séparées  par  une  voydle, 

comme  sont  les  s^abes  du  mot  JuJut; 

S""  Hors  ces  cas-là,  Taccent  est  toujours  sur  Tante- 
pénultième  syllabe. 

Gaspari  [Arabische  Grammatik,  5*  édition,  p.  a  i- 
22)  donne  des  règles  un  peu  différentes  que  nous 
résumons  ainsi  : 

i""  Les  mots  polysyllabiques  nont  pas  Tapcent 
sur  la  dernière  syllabe ,  mais  les  dissyllabes  dont  la 

^  Ce  travail  a  été  lu  en  partie  au  Congrès  des  OrieatdUites  de 

1897. 


DE  L'ACCENT  EN   ARABE.  403 

première  syllabe  est  un  préfixe  gardent  laccent  sur 

la  dernière  (sauf  exception),  par  exemple  iJo 

2**  Les  polysyllabes  dont  favant  -  dernière  est 
longue  par  nature  ou  par  position  ont  faccent  sur 
la  pénultième  ; 

3°  Les  motspolysyllabiques dont  lavant-dernière 
syllabe  est  brève ,  ont  faccent  sur  fantépénultième , 

ex.  :  UUxi,  si  celle-ci  est  brève,  et  que  la  troisième 
avant -dernière  soit  longue,  celle-ci  aura  l'accent, 

ex.  :  iUiliti;  sî  celle-ci  est  brève  et  que  la  quatrième 

avant-dernière  soit   longue,    celle-ci  aura   le  ton» 

ex.  :  L^joIm^. 

Sans  insister  sur  les  divergences  entre  de  Sacy  et 
Caspari,  on  peut  se  demander  sur  quelle  autorité 
reposent  les  règles  qu'ils  donnent.  Cette  autorité 
n'est  pas,  comme  on  pourrait  le  croire,  les  grammai- 
riens arabes,  car  ceux-ci  se  taisent  absolument  sur 
la  question  de  laccent,  tout  comme  s'il  n'y  avait  pas 
d'accent  en  arabe.  En  fait,  toutes  les  règles  d'accen- 
tuation que  nous  trouvons  dans  les  grammaires  eu- 
ropéennes remontent  directement  ou  indirectement 
à  la  grammaire  d'Erpenius,  deuxième  édition  de 
1628,  p.  18,  où  nous  lisons  ce  qui  suit  : 

Accentus  hic  nuila  est  nota  :  sed  quae  dictionis  syllaba 
attoUenda  sit  facile  cognoscitur.  Nam  dissyllaba  attoilunt  pen- 

ultimam,  ut  o4?  beiton,  y^^  6ns nr.  Polys^aba  antepenul- 
timam  ut  ttaJCt  mektehon,  y^aJ^  jansnro,  Nisi  pçnultima  pro- 
ducatur  per  c^^t  quiescens,  tune  enim  ea  accentum  habet, 
ut  »^1  ïlahon,  5>i^  gafouron,  <o^J  rahimon. 


404  NOVEMBRE. DÉCEMBRE  1897. 

Les  grammairiens  européens  antérieurs  à  Erpe- 
nius  ne  disent  rien  sur  Taccent.  Ni  Pedro  de  Âlcala 
(vers  1620),  ni  Postei  (i538),  ni  Christnaann 
(1582),  ni  Erpenius  lui-même ,  dans  la  première  édi- 
tion de  1 6 1  3 ,  ni  Marteiotto  (  1 6  2  o  )  ne  s^occupent  de 
la  question  du  ton.  Toutefois  Kirsten  (1608-1610), 
dans  le  premier  livre  de  sa  grammaire  (p.  100),  qui 
parut  avant  la  première  édition  d'Erpenius,  contient 
les  lignes  suivantes  : 

Plerumque  in  Yerborum  tertia  persona  accento^  in  syllaba 
média  ponitur,  ut  Jji3 ,  nisi  adsit  aliqua  ex  literis  )^  Med- 
detun,  ociosa,  vel  aliph  breviatum,  tune  enim. accentua  erit 
in  syllaba  praecedente,  quod  si  fuerit  Gizmu[n]  et  litera 
ociosa ,  in  eadem  dictione ,  tune  multo  magb  illa  erit  ociosa. 

La  première  règle  donnée  par  Kirsten  est  très  re- 
marquable. Kirsten  admet,  avec  raison  selon  nous, 

que  dans  Juu  l'accent  est  sur  la  deuxième  syllabe. 
Ce  qa'û  dit  ensuite  est  beaucoup  moins  clair.  Je 
suppose  qu'il  veut  dire  que  si  la  deuxième  avant- 
dernière  syllabe  est  longue  par  nature  ou  par  posi- 
tion, cest  elle  qui  a  le  ton.  Quoi  qu'il  en  soit, 
Kirsten  est  le  premier  grammairien ,  à  ma  connais- 
sance ,  qui  ait  écrit  quelque  chose  sur  Taccent  arabe. 
Erpenius,  en  tout  cas,  na  pas  suivi  Kirsten.  Sa 
source  est  certainement  la  grammaire  .des  Maro- 
nites ,  qui  parut  à  Paris  en  1616,  donc  entre  les 
deux  éditions  de  la  grammaire  d'Erpenius.  Voici  ce 
que  les  Maronites  Gab.  Sionita  et  Joannes  Horonita 
disent  (p.  ^2)  de  Taccent  en  arabe  : 


DE  L'ACCENT  EN  ARABE.  405 

Notandum  tenendumque  est .  .  .  nullum  esse  apud  Arabes 
in  ultima  syllaba  accentum.  Secundo  syllabam  penuitimam 
esse  semper  producendam  si  adsit  in  ipsa  una  ex  literis  in- 

firrnis  «531  quiescens quiète  duplici  :  ljL|c'  ^-^'Ul  [sic)  ^>^  . . . 
Tertio  penuitimam  semper  esse  corripiendam,  cum  nulla  inter- 

venit  litera  infirma  dupliciter  quiescens  :  ^i^^  Ulacl  LxJj . .  . 
Quarto ,  haec  eadem  ratio  brevitatis  atque  longitudinis  obser- 
vanda  est  etiam  diligenter  in  vocibus  dissyllabis  ad  plures 
ambiguitates  evitandas.  Nam  prima  syllaba  erit  producenda, 
si  adsit  litera  infirma  quiescens  quiète  duplici  ;  sin  minus , 
erit  corripienda ,  ut  mox  dictum  est.  Exempli  gratia  ^  . . . 
^U .  .  .  Quincto ,  quia  débet  apud  Arabes  observari  numerus 
syllabarum  non  solum  in  penultima,  sed  etiam  in  antepe- 
nultima  et  aliis  praecedentibus ,  propterea  adverte  omnem 
syllabam,  in  qua  est  una  ex  literis  infirmis  quiescens  quiète 
duplici  (excepta  syllaba  ultima,  in  qua  nullus  est  accentus, 

ut  diximus)  protrahendam e^se  ;  ^>I3U  "j^^-Uî .  Sexto,  semper 
est  pronunciandus  accentus  acutus  in  syllaba  antepenultima 

quando  penultima  brevis  est.  Verbi  gratia  ^^^| .  .  .  quod 
idem  fit  apud  Latinos ,  ut  in  procidit  et  similibus.  Septîmo , 
omnis  vocalis,  postquam  sequitur  litera  quiescens  quiète 
simplici  (ullima  excepta)  proferenda  est  cum  accentu  acuto , 

ut  osa^j^S^J . 


Comme  on  voit,  les  Maronites  confondent  Tac- 
cent  des  syllabes  avec  laccent  du  mot.  Ils  admet- 
tent que  toutes  les  syllabes  longues  sont  accentuées 
et  que  les  syllabes  longues  par  position  ont  un  accent 
aigu.  La  dernière  syllabe  seule  n  est  jamais  accen- 
tuée. De  plus,  quand  Tavant- dernière  syllabe  est 
brève,  lantépénultième  a  un  accent  aigu.  Erpenius 
semble  avoir  adopté  les  trois  premières  règles  des 
Maronites  et  avoir  laissé  le  reste  de  côté.  Chez  lui  il 


406  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

n'est  pas  question   daccentuer  la  troisième  avant- 
dernière  syllabe. 

Les  grammairiens  postérieurs  ont  re{m>duit  les 
règles  d'Erpenius  en  y  faisant  parfois  des  modifica- 
tions. Wriemoet  (i  ySS)  dans  son  Arabismas,  (p.  8)» 
ajoute  la  singulière  règle  que  lorsque  deux  mots  sont 
joints  par  lelif  wesla  le  dernier  seul  a  le  ton.  Hirt^ 
(i  770)  répète  cette  règle,  qui  fait  penser  à  la  règle 
du  trait  d'union  [nuiqqéf)  en  hébreu.  Kallius^  (1 760) 
ajoute  à  la  dernière  règle  d'Erpenius  que  la  pénul- 
tième a  également  le  ton  lorsqu'elle  est  terminée  par 
ledjezm  ou  le  teschdid.  Michaelis^  (^7^^)  rapporte 
une  assertion  du  professeur  Nordberg,  qui  avait 
appris  à  Constantinople  l'arabe  auprès  d'un  natif  de 
la  Mecque ,  et  d'après  qui  la  dernière  syllabe ,  lors- 
qu'elle est  longue  par  nature,  a  le  ton,  ex.  :  katald, 

katalatày  katalnd.  Dans  certaiins  mots  comme  lyh-k 
il  lui  semblait  entendre  deux  fois  le  ton.  Cette  as< 
sertion  va  absolument  à  l'encontre  des  règles  des 
Maronites. 

Tout  cela  nous  prouve  que  les  Arabes  modernes 
n'ont  pas  la  notion  du  ton  véritable,  quand  ils  réci- 
tent de  l'arabe  classique,  et  qu'Us  se  contentent  d'ac- 
centuer les  syllabes  longues  par  nature  ou  par  posi- 
tion. Nous-même,  en  nous  faisant  lire  du  Coi*an 
par  un  musulman,  n'avons  pu  remarquer  un  accent 

^  Institutiones  arabicœ  linguœ,  p.  42* 
*  Fundtmienta  linguœ  arabicœ,  p  .5. 
^  Arabische  Grammatik,  a*  édition,  p.  75. 


DE  L'ACCENT  EN  ARABE.  407 

des  mots.  De  temps  en  temps  on  appuie  sur  une 
syllabe,  généralement  lavant-dernière. 

A  défaut  de  renseignements  sur  larabe  classique, 
on  est  obligé  de  se  rabattre  sur  Tarabe  vulgaire. 
Mais,  outre  qu*il  est  risqué  de  juger  de  la  langue 
classique  d après  les  dialectes  vulgaires,  larabe  ne 
se  prononce  pas  avec  le  même  accent  dans  tous  les 
pays  musulmans.  On  s'en  convaincra  en  comparant 
les  règles  de  Tarabe  égyptien  données  parM.  Vollers 
[Lehrbuch  der  aegypto-arabischen  Umgangssprache , 
1 890,  p.  1  o- 1  3  )  avec  celles  de  M.  Mouliéras  [Manuel 
algérien,  p.  iSg)  pour  l'algérien.  Voici  comment, 
d'après  M.  Vollers,  on  accentue  en  Egypte  : 

1°  Si  la  dernière  syllabe  est  longue  (c'est-à-dire 
qu'elle  a  une  voyelle  longue  suivie  de  deux  con- 
sonnes) ,  elle  a  le  ton  ; 

2°  Si  l'avant -dernière  syllabe  est  demi-longue 
(c'est-à-dire  qu'elle  a  une  voyelle  longue  suivie  d'une 
seule  consonne),  elle  a  le  ton.  Elle  l'a  également  si 
elle  est  brève  et  que  l'antépénultième  ne  soit  pas 
brève  ; 

3°  Si  la  pénultième  et  l'antépénultième  sont 
brèves,  c'est  l'antépénultième  qui  a  le  tonK 

^  On  pourrait  s'étonner  que  l'antépénultième  ait  plutôt  le  ton 
quand  elle  est  brève  que  lorsqu'elle  est  longue.  La  chose  s'explique 
cependant.  Quand  l'antépénultième  et  l'avant-dernière  sont  toutes 
les  deux  brèves,  la  voyeile  de  l'avant-dernière  est,  en  réalité, 
étouffée  entre  celles  de  l'antépénultième  et  de  la  dernière  syllabe  et 
Ion  prononce  dàrabû.  Au  contraire,  si  l'antépénultième  a  une 
voyeïle  longue  ou  est  fermée,  on  est  obligé  de  prononcer  nette- 
ment la  Yoydle  qui  se  trouve  entre  cette  syllabe  et  la  dernière, 
autrement  il  y  aurait  une  voyelle  longue  suivie  de  deux  consonnes 


408  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

Spitta  [Grammatik  des  arabischen  Vulgàrdialektes , 
Leipzig,  1 880)  a  donné  les  mêmes  règles ,  sauf  qu*ii 
les  a  formulées  en  d  autres  termes. 

Lane  avait  déjà  exposé  (Z.  D.  M.  G. ,  FV,  p.  1 83- 
186)  laccenluation  égyptienne.  Au  premier  abord, 
il  semble  donner  des  règles  différant  beaucoup  de 
celles  qui  se  trouvent  dans  les  grammaires  de  Spitta 
et  de  VoUers.  En  réalité,  toute  la  différence  provient 
de  ce  que  Lane  admet  plusieurs  tons  pour  un  même 
mot.  Toute  syllabe  longue  ou  fermée  a  chez  lui  un 
ton.  Ainsi  darabû  a  un  ton  sur  dà  et  un  autre  sur 
bâ.  De  plus,  Lane  à  eu  le  tort,  comme  Spitta 
la  remarqué ,  d'appliquer  laccentuation  de  Tarabc 
\iilgaire  aux  mots .  transcrits  d  après  Tarabe  clas- 
sique. En  somme,  les  règles  de  Lane  ne  contre- 
disent pas  celles  de  Spitta  et  VoUers;  cependant  on 
doit  noter  que  là  où  ces  derniers  grammairiens  ne 
percevaient  quune  seule  élévation  de  la  voix»  Lane 
en  entendait  plusieurs. 

Voyons  maintenant  les  règles  de  laccent  dans 
larabe  algérien  : 

i**  On  doit  prolonger  le  son  de  toute  syllabe 
simple  suivie  d  une  lettre  de  prolongation ,  ex.  :  JflU 
qâtel,  J^fil  Les  lettres  de  prolongation  n  allongent 
pas  le  son  quand  elles  appartiennent  à  la  dernière 

syllabe,  ex.  :  Loi  doânyâ,  jU^  Idtàbî; 

ou  une  voydle  brève  suivie  de  trois  consonnes  ;  on  ne  peut  ptf  pn^ 
noncer  mdghrbi.  Il  faut  donc  donner  une  certaine  forée  à  ia  pén- 
ultième; c'est  pourquoi  on  prononce  maghràby. 


0 


DE  L'\CCENT  EN  ARABE.  409 

2°  La  syliable  simple  non  suivie  d'une  lettre  de 

prolongation  est  toujours  brève  j*#ji/<?r(w,  jh  qëtèl; 

y  Dans  les  mots  contenant  deux  syllabes  com- 
posées, laccent  frappera  sur  la  première  syllabe  : 

Lf^ôl  édhrëb,  ^  bâller; 

li°  Dans  les  mots  contenant  trois  syllabes  com- 
posées ,  Taccent  doit  se  faire  sentir  sur  la  deuxième 

syllabe  MsisJ!L\  estàhjidh,  etc.  ; 

5**  La  syllabe  simple  (?)  suivie  d'une  lettre  de  pro- 
longation recevra  Taccent  de  préférence  aux  syllabes 
composées ,  ex.  :  ^Joy^  dhërbàn ,  etc.  ; 

6**  Si  la  première  et  la  seconde  syllabe,  d  un  mot 
sont  toutes  deux  sui\âes  d'une  lettre  de  prolongation , 
lapreriiière  syllabe  est  accentuée,  ex.  :  \yila  qàlou. 

M 

Sans  vouloir  examiner  en  détail  les  règles  ci- 
dessus  énoncées,  nous  voyons  que  dans  Talgérien 
on  accentue  une  syllabe  longue  de  préférence  à  une 
brève.  Là  où  il  y  a  égalité  entre  deux  syllaibes ,  c'est 
la  première  qu'on  accentue.  Dans  le  dialecte  égyp- 
tien la  tendance  à  mettre  le  ton  au  commencement 
du  mot  est  encore  plus  marquée  qu'en  algérien. 
Là  où  l'Algérien  prononce  kteb ,  l'Egyptien  dit  kâtab. 
Il  ne  semble  pas  douteux  que,  si  les  voyelles  se  sont 
mieux  conservées  en  Egypte ,  le  ton ,  par  contre ,  s'y 
éloigne  davantage  de  la  prononciation  classique.  On 
comprendrait  difficilement  que  kàtab  soit  devenu 
kteb;  au  contraire  katàb  a  pu  devenir  aisément  kàtab. 
Ce  recul  de  l'accent  se  voit  même  en  français  :  les 

X.  28 


410  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

grammairiens  disent  bien  que  les  mots  à  terminai- 
son masculine  ont  laccent  sur  la  dernière  syllabe. 
Au  point  de  vue  étymologique,  cest  très  exact;  mais 
en  fait,  dans  la  plus  grande  partie  de  la  France, 
raccent  a  une  tendance  à  se  porter  vers  le  commen- 
cement du  mot.  On  prononce  «  maison  *  plutôt  que 
«  maison  ». 

Nous  devons  faire  aussi  remarquer  que  larabe 
algérien  ne  parait  pas  connaître  Taocentsur  Tante- 
pénultième. 

De  tout  ce  qui  précède  il  ressort  que  Tarabe  vul- 
gaire ne  semble  pas  posséder  d'accent  tçl  qu*il  existe 

■ 

par  exemple  dans  les  langues  germaniques  ou  même 
en  hébreu,  car  Taccent  dépend  uniquiement,  en 
arabe  vulgaire ,  des  syllabes.  D*autre  part ,  nous  avons 
consulté  des  Algériens  et  des  Syriens,  dont  Tarabe 
était  la  langue  maternelle,  sur  l-importance  de  lac- 
cent. Tous  étaient  d  accord  qu'on  ne  fait  guère  atten-' 
tion  au  ton  des  mots.  Aussi,  croyons-nous,  en  dépit 
des  grammairiens,  qu'un  Arabe  ooinprendbra'  tooi 
aussi  bien  si  Ton  prononce  eihréb  que  si  Ton  dit 
édhreb.  Il  ne  verra  pas  grande  différence  entré  imis- 
teqbel  ou  mostéqbel  ou  mostetibéL  U  fiiut  seulement 
avoir  soin  de  distinguer  les  voydles  brèves  des 
voyelles  longues.  En  Egypte  seulement,  i accent  pa- 
rait être  observé  plus  soigneusement.  C'est  aussi  on 
des  pays  où  les  voyelles  brèves  ont  été  en  grande 
partie  maintenues. 

En  tout  cas,  l'arabe  vulgaire  ne  peat  servir  à  jus^ 
tifier  les  règles  de  l'accent  en  arabe  classique  que 


DE  L ACCENT  EN  ARABi:.  Ali 

nous  trouvons  dans  les  grammaires  arabes  rédigées 
par  les  Occidentaux.  Nous  sommes  donc  obligés  ou 
bien  de  ray;er  complètement  de  la  grammaire  arab^ 
la  question  du  ton,  ou  bien  de  nous  en  référer  A 
Tanalogie'  des  autres  langues  sémitiques. 

Dans  son  remarquable  travail,  sur  laccent  en 
éthiopien^,  M.  Trumpp  a  montré  que  le  ton,  d^uis 
cette  langue,  était  toujours  sur  lavant-dernière  ou 
la  dernière  syllabe,  et  jamais  sur  l'antépénultiènia, 
comme  on  Tavait  crii  auparavant.  L*hébreu  et 
Téthiopien .  étant  d'accord  quant  aux  lois  générales 
de  Faceexit^:  nous  pouvons  légitim^sment  admettre 
quen  arabe,  ^t  qu on  a  prononcé  distinctement  les 
voyelles  brèves,  le  ton  était  sur  lavant -dernière  ou 
la  dernière  syllabe.  Déjà  M.  Koch^  ^  émis  lopinion 
que,  k  Torigine,  l'arabe  n'avait  pas  l'accent  sur  l'an- 
tépénultième. M.  Nôldeke*  est  du  même  avis.  On 
peut  donc  soutenir  que  tant  que  Tarabe  a  maiiitenu 
sa  prononciation  classique  l'accent  n'a  jamais  dé- 
passé l'avant'dernière  syllabe. 

L'analogie  de  l'hébreu  peut  servir  à  préciser  da- 
vantage la  position  de  l'accent  en  arabe.  En  hébreu , 
avant  la  chute  des  voyelles  brèves ,  tout  mot  accom- 
pagné d'un  suffixe  avait  le  ton  sur  la  pénultième  ^. 
Il  est  probable  qu'il  en  était  de  même  en  arabe.  On 


1  Z,  A  jJf.  G,,  XXVIII,  p.  5i5  et  suiv. 

*  Der  semitische  Infinitif,  p.  38.  ;^ 
»  Z.  D,M.G.,  t.  XXIX,  p.  235. 

*  Voir  Revue  des  Etudes  juives ,  t.  XX',  p.  73  et^suiv.;  cf.   Prae- 
torius,  Z.  A.  TV,,  i8S3,  p.  211  et4uiy;r  »  ". 

28. 


412  NOYEMBRË-DECËMBRE   1807. 

accentuait  donc  qatàla,  qatàlat ,  qatàlta,  qatàUiy 
qaiàlta ,  qatàlâ ,  qatàlna ,  qatàltûm[ûj,  qàtaltànna, 
qatàlnâ.  De  même  à  Timparfait  ycuftàlu,  etc.,  taqta' 
Jina,  ycuftuluna,  etc.  Dans  les  noms  avec  8u£fixes  on 
mettait  laccent  de  la  même  façon  :  7niilikiy[a) ,  nuLU- 
kdka ,  etc.  L'accçnt  se  place  ainsi  de  la  façon  la  plus 
simple  et  il  ne  peut  y  avoir  de  doute  que  pour  quel- 
ques cas  spéciaux  :  le  conditionnel  yaqtal  avait  sans 
doute  le  ton  sur  la  dernière  syllabe.  Dans  les  mots 
avec  nimation  Taccent  était-il  sur  lavant-dernière  ou 
la  dernière?  La  seconde  supposition  nous  parait 
devoir  être  adoptée.  En  efiFet ,  on  sait  que  1^  de  la 
nunation  est  pour  un  ancien  m,  abrégé  de  la  parti-. 
cule  ma  «  quoi  ».  Donc  radjalun  est  pour  màjalama^ 
et  suivant  la  règle  énoncée  ci-dessus  c  est  la  syllabe 
la  qui  était  accentuée.  Le  ton  a  dû  rester  sur  la  sylr 
labe  lun  après  que  la  de  ma  a  disparu  et  que  Tm  8*est 
changé  en  n.  Ce  raisonnement  est  confirmé  par  les 
faits  suivants  :  félif,  qui  marque  la  nunation  à  Tac- 
cusatif,  nest  pas  un  signe  conventionné;  il  doit  in- 
diquer qu'à  im  certain  moment  lanciènne  termi- 
naison an  se  prononçait  d  chez  le  vulgaire  ^  Cette 
transformation  de  an  en  â  n  était  guère  possible 
que  si  an  était  accentué.  En  arabe  algérien  la  syllabe 
an  accentuée  et  allongée  s  est  conservée  dans  iaymân 

(Bfb)  «  toujours  ».  Enfm,  en  hébreu,  les  mots  avec 

mimation  tels  que  op/^,  D|n,  Dfcnç  etc.,  ont  l'ac- 
cent sur  la  dernière  syllabe  et  ont  allongé  par  suite 

^  Voir  Journal  asiatique,  IX*  série  ,  t.  5,  p.  3 3 4. 


DE  L'ACCENT  EN  ARABE.  413 

la  voyelle  de  la  désinence.  On  peut  en  conclure  que 
la  désinence  avec  nunation  avait  aussi  le  ton  en 
arabe. 

Dans    les  dissyllabes  formés  de  deux  particules 

comme  lil,  tli,  le  ton  était  sur  la  première  syllabe, 
car  u  s'est  abrégé  en  ^b,  et  Ul  en  11. 

Si  les  règles  que  nous  avons  supposées  pour  le 
ton  en  arabe  sont  exactes,  Tarabe  est  d accord  avec 
les  autres  langues  sémitiques.  Il  est  naturel  que  dans 
la  période  d'affaiblissement  des  voyelles,  les  divers 
dialectes  aient  modifié  chacxm  à  sa  façon  laccent 
des  mots;  mais  les  divergences  secondaires  ne  doi- 
vent pas  faire  méconnaître  Tidentité  originelle  des  lois 
de  1  accent  dans  des  langues  appartenant  à  la  même 
famille. 


414  NOVEMBREDÉCEMBBE  1807. 


TRANSCRIPTION 

DE  MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  BÉBREU, 

AUX  PREMIERS  SIECLES  DE  i.HC., 

PAR 

M.  M.  SCHWAB. 


I 

Par  leur»  migrations  forcées,  les  Hébreux 4Kint  de- 
venus polyglottes.  Ce  caractère,  propre  à  la  branche 
la  plus  nomade  des  Sémites,  est  bien  dessiné  dans 
la  légende  suivante  [Sifré,  sect.  Berakha,  $  343)  : 
«  Lorsque  la  Providence  se  révéla  aux  Israélites  en 
leur  donnant  la  Torah,  elle  ne  la  promulgua  pas  en 
une  seule  langue,  mais  en  quatre  langues,  ainsi  que 
cela  résulte  aliégoriquement  de  ces  mots  du  Deuté- 
ronome  (XXXIII,  2):  L'Étemel  est  vena  da  Sinai, 
c'est-à-dire  en  langue  hébraïque;  de  Séir,  ou,  en 
langue  romaine  (grecque  et  latine);  du  mont  Paran, 
en  arabe;  par  myriades  saintes,  en  araméen.  » 

Quelle  que  soit  la  date  de  ce  texte,  il  est  curieux. 
Il  constate,  en  une  image  pittoresque,  les  relations 
entre  des  langues  de  souches  différentes,  entre  les 
Ariens  et  les  Sémites.  Beaucoup  de  mots  étrangers  à 
rhébreu  et  au  chaldéen ,  se  sont  conservés  dans  les 


MOTS  GRECS  ET  LA-TINS  EN  HÉBREU.  415 

livres  rabbiniqueiS^  sous  une  forme  qui  s'éloigne  un 
peu! de  l'original,  tout  en  gardant  leur  caractère  es- 
sentiel quant  au  fond,  offrant  l'indice  dune  prove- 
nance indo-européenne.  Soit  dans  l'antiquité  classique 
poiir  le  grec  et  le  latin,  soit -au*  moyen  âge  tant 
pour  les  langues  romanes  que  pour  les  langues  ger- 
maniques et  slaves,  soit  même  dans  les  temps  mo- 
dernes et  jusqii^à  nosjôurs,  le  Juif  s'est  assimilé  plus 
ou  moins  la  langue  du  pays  où  il  a  vécu;  car,  par 
elle,  il  se  tenait  en  relation  avec  ses  concitoyens  et 
compatriotes.  Pour  y  arriver  aisément,  reconnais- 
sons-le, il  s^est  longtemps  servi  des  caractères-  q^i 
lui  étaient  le  plus  familiers ,' tantôt  carrés,  tantôt 
cursifs,  comme  nous  l'avons  exposé  ailleurs  K 

Or  le  Talmud  contient  un  grand  nombre  de  mots 
étrangeï's,  qui  ont  dû  subir  certaines  altérartions 
pour  pénétrer  dans  la  langue  des  Juifs,  puis  recevoir 
la  forme  et  la  couleur  sémitiques.  Dans  la  plupart 
des  familles  juives,  la  connaissance  de  la  langue 
grecque  faisait  partie  de  la  bonne  éducation  v  et 
c'était  un  ornement  pour  les  jeunes  fdles  de  parier 
le  grec  ^,  quoique  le  parti  des  fanatiques  de  la  Judée 
désapprouvât  cette  culture  des  sciences  profanes ,  par 
crainte  de  voir  s'amoitidrii*  le  sentiment  du  ^  patrio- 
tisme^.  Cette  langue  était  appréciée  â  sa  valeur, 

^  Journal  asiati(fue,  1894,  t.  Il,  n**  6;  nov.-^léc,  p;'5<r-4-568; 
Mélanges  Havet  (1896),  p.  3 17-3 2 4.  " 

2  Talmud  jér.,  P^a,  I,  1,  f.  12  ";  Schabbat ,  WrU  f.  vNXVI, 
f.  i55.  Cf.  Jos.  Simon,  L'éducation  et  rinstruction\  etc.,  p.' 55 -59. 

^  Renan,  Vie  de  Jésus ^  p.  32.  Voir  aussi  Bâcher,  Agada  der 
Tanaitén,  t.  II,  p.  32  4*  ' 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  417 

jfiÏÏa,  I,  8),  «entre  les  rouleaux 'de  la  Loi  et  les  sec- 
tions bibliques  inscrites  dans  les  Tefilin  ou  dans  les 
'Mezoazot,  il  y  a  cette  différence  que  les  rouleaux  de 
•ia  Loi .  peuvent  être  transcrits  en  n'importe  quelle 
langue,  tandis  que  les  Tefilin  et  les  Mezoazot  dewont 
être  exclusivement  écrits  en  caractères  carrés.  »  R.  Si- 
mon b.  Gamaliel  dit  :  «  Pour  la  Loi,  la  seule  langue 
étrangère  permise  est  le  grec  »..  Pourquoi  ce  sage  le 
permet-il?  C  est  que,  selon  la  tradition  rabbinique, 
Bar-Kappara  interprète  le  verset  de  la  Genèse  (ix, 
27)5  Dieu  étendra  les  possessions  de  Jafeth,  et  celui- 
ci  demeurera  dans  les  tentes  de  Sem  » ,  en  ce  sens  : 
Les  paroles  de  Sem  devront  pouvoir  être  dites  dans 
les  diverses  langues  de  Jafeth;  voilà  pourquoi  il  a 
été  permis  d'écrire  la  Loi  dans  la  langue  grecque. 

Toutefois ,  on  notera  avec  surprise  la  différence 
d'instruction  entre  des  docteurs  dont  les  paroles 
sont  rapportées  dans  les  mêmes  textes  rabbiniques  : 
tandis  qu'un  talniudiste  avoue  ignorer  le  sens  d'un 
mot  (pD'»nK'»^=^lafef£a)^  un  autre  talmudiste  con- 
seille de  recom*ir  au  système  de  numération  des 
Grecs  pour  reconstituer  et  en  quelque  sorte  deviner 
un  nombre  effacé  sur  im  contrat^.  Une  autre  fois, 
pour  désigner  la  figure  géométrique  de  deux  lignes 
perpendiculaires ,  le  Talmud  dit  qu'elle  est  en  forme 
deF^,   et  un  R.  Ismael  dit*  que  des  armoires  au 

'  Jer.  Baba  bathra,  IX,  8. 

»  /fcii..  VII.3. 

=»  Jer.  Pea,  VI.  4. 

*  Miflchna,  Sckekalim,  III,  2. 


/4l8  FfOVfiMBRE-DÉGEMBRfi  1807. 

Temple  étaient  marquées  non  en  hébreu,  mais  en 
grec  :  A,  B,  r. 

Combien  est  curieuse  lexplication du  mot ILinhrar 
Sonia  «  Cappadoce  »,  donnée  par  les  rabbins  :  selon 
le  Talmud  B.  [Berakhoth;  f.  56*),  icp  (la  première 
moitié  de  ce  mot)  signifie  «  poutre  »,  et  KpT=^^wf, 
1  o  ;  tandis  que,  selon  le  Midrascli  [Ëkha  rabba,  s.  v. 
••rai),  KDD  (écrit  avec  d)  signifie  bien  iO,  et  iripn«= 
Soxoi  c  poutres  ».  Il  est  à  peine  nécessaire  d'ajouter 
qu  au  moyen  âge  les  confiisions  sont  nombreuses. 

Pourtant,  dès  lors,  les  glossateurs  opèrent  avec 
plus  ou  moins  de  méthode.  Sans  remonter  jusqu^au 
'Arach  de  Nathan,  au  xi*  siècle,  ni  même  à  ses  suc- 
cesseurs ,  on  sait  combien  le  présent  sîède  a  été  fé-* 
cond  en  lexicographies  de  ce  genre,  sur  lesquelles  il 
est  inutile  de  revenir  ^ 

Sous  quelle  forme  les  mots  latins  et  grecs  patôaient- 
ils  en  hébreu  ou  en  araméen?  Ne  subissaient-ils 
aucune  altération  dans  cette  inig^^on,  et  ces  alté- 
rations, s*ily  en  a  eu,  n obéissaient-eile^. pàf  à  oer- 
taineâ  lois,  ou  tout  au  moins  lie  peuvent-elles  être 
classées  dune  manière  méthodique?  C'eut  ce  que 
nous  allons  rechercher  dans  les  pages  qu'on  va  lire, 
nous  référant  aux  susdits  lexiques  pour  les  dtations. 
—  Et ,  d  abord ,  comment  sont  transcrites  en  hébreu 
ou  en  araméen  les  lettres  grecques? 

Le  Tainiud  lui-même  parle  de  l'alphabet  grec, 
j''n'»3D^N,  et  il  cite  des  lettres  isolées,  soit  pour  re- 

'  Elles  sont  mentionncc.s  à  Tari,  précité  du  Jounud  aâmiiqme. 
Nous  ne  prétendons  p.is  rectifier  leurs  conjectures  parfois  kâMrdées. 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  419 

présenter  des  figures  (cr/y|xa**=  oïDao,  savoir  le  demi- 
cercle  C),  ou  des  signes  (Bfl'rA=^KtDi3,  Tûff/jùta  =  D3 , 
Si==y3),  soit  pour  former  un  nombre  ou  exprimer 
une  idée:  Zijfra  =  Kûn ,  HTa  =  KW"»X,  Kûfn-Tra^MDD. 
Or,  il  est  à  peine  nécessaire  de  le  rappeler,  les 
lexiques  donnent  bien,  pour  origine  des  lettres 
grecques,  les  racines  hébraïques  ou  phéniciennes. 

Sans  considérer  à  part  chaque  lettre  de  1  alphabet , 
lorsque  l'équivalence  est  manifeste,  il  suffira  de  no- 
ter les   écarts.    Ainsi,  a  =  parfois   ^x  :  dTrô^oLŒis  = 

d"»did'»k;  ou  n  t  ddrfp);  =«=  nwn  ;  ou  i  :  xdXafio^^D'irfnp  ; 

ou  même  '»'»  :  (TxAXa=>^^^0-  —  jS^^ii  :  i6p<5^«=DimK; 
ou  ••'•  :  ôUêripa.  «=^  ]"»'T»'»^1K.  —  y  ««  D  :  yapitxfxrj  =  i^DT'îS  ; 
ou  p:  aùytf=i^^Ym^  —  ^  =«  T  :  jU(rfya^if  :*«  KP30.  — 
6  =*=  "»n  ;  iPPeûU  *-  yrn  ;  ime  fois  v  :  ivotkiÀàt  ^  ]Dpiy .  — *- 

Ç  **«  X  :  ^(pi^St  -=*  ••nKDS.  —  V**^  rr»  :  'Gfiv  -=^  n^fix; 

ou  m*'  :  îiôt(5bx»/***n^''3in*  —  ^:t=n  ou  ©r—  i>««^i  : 
àOavcurlcK.  ==  K^^D^NriK.  *—  ;i  =*=  3  î  Katàppebcniç  «•*= 
K"»'»îDnw;K  (pL).  —  |=DD:  luXa^^n'jDOK,  OU  3  seulî 
3i/u|*^  K3:iK  V    OU    t:    x>/pt/|=«n'^D;   Otï  3î  9^pa^^ 

tOlKt);   ou  0  :  dpd^'^  D'^'^n.  —  6  =^  v  :   b^yàpOP  «** 

ini3DpK;  ou  r  :  rô|<5t»f^***^tt")'»opw;  ôù;">i  \  &6^oê-^ 

i-ïôtj^.  .^  e^^i  î  iSaXA<(rf*<5^=«:KmV3;  ou  t  :  à(/lpoké' 
yoi^^ïà\imrK.  —  U=-  i  :  é-ri(Tavp6$-=-  p30t3;  ou  r  : 

a  :  d(iftxoiv(a  =  Ma-iaDH.  —  à)  =  f<  :  ^èépfitrU  =^  î^K^tt. 

On  peut  se  passer  de  signaler  par  dés  exemples 
les  mutations  .prévenant  d*Une  même  famille  de 
lettres  <  où  produites  par  euphonie. 

Quant  au  digamma  éôliqué,  ou  la  lettre  wàa,  F^ 


420  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1807. 

dont  Jacob  Lévy  et  après  lui  Julius  Fûrst  ont  cru 
retrouver  la  présence  dans  des  mots  tels  que  ppiD, 
pour  SipdyiSva  =  FaLpéx^^oL ,  ou  l^ianon = bpOoyaivtop, 
où.  le  3  serait  un  F  prosthétique,  cette  observation 
pèche  par  la  base,  au  moins  par  suite  de  ia  date, 
puisque  lusage  de  cette  lettre  a  disparu  du  grec  dès 
Tépoque  d* Alexandre  le  Grand ,  par  conséquent  bien 
avant  Imtroduction  de  cette  langue  en  Palestine, 
comme  nous  le  fait  observer  M.  Théodore  Reinach. 

Voyelles,  —  Les  voyelles  en  général  sont  fort  mal- 
traitées, et  ce  n  est  pas  étonnant  puisqu'il  s'agit  de 
leur  transmission  dans  une  langue  d'un  génie  tout  à 
fait  différent,  surtout  si  Ion  songe  que  dans  une 
même  langue  ces  migrations  sont  capricieuses.  Voici 
ce  que  déjà  le  Talmud  de  Jérusalem  dit  à  ce  sujet 
[Berakhoth,  ii,  f.  li*):  «  Les  habitants  de  Khaïfa  ne 
peuvent  pas  officier,  car  ils  énoncent  le  n  comme  le 
n ,  et  le  y  comme  N  ». 

A  côté  de  ce  passage  se  place  cette  phrase  de  la 
Mischna  [Eduyoth ,  i ,  3 )  :  «  on  est  tenu  d'emjdoyer  la 
manière  de  parier  du  maître».  Ainsi,  Hillel  disait 
]>n ,  tel  que  ce  mot  se  trouve  dans  la  Bible,  parce  que 
ses  maîtres  Schemaya  et  Abtalion  s'étaient  exprimés 
par  ce  terme,  bien  que  les  rabbins  eussent  pris  l'ha- 
bitude d*énoncer  cette  mesure  par  les  mots  rh  a"'*. 
(  1  2  log=i  Hin).  Maïmonide,  dans  son  commentaire 
à  ce  sujet,  précise  mieux  et  dit  :  3on  père  savait  par 
tradition  que  Hillel  disait  \^H  au  lieu  de  pn,.pour. 
avoir  entendu  énoncer  ainsi  ce  mot  par  ses  midtres, 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  421 

qxii ,  nés  païens  et  devenus  plus  tard  prosélytes ,  ne 
savaient  pas  prononcer  le  n  ^. 

Le  plus  souvent ,  les  voyelles  sont  éliminées  dans 
la  transcription  ;  mais  il  arrive  presque  autant  qu'elles 
sont  figurées,  et  même  on  remarque,  quoique  assez 
rarement ,  des  cas  où  il  y  a  profusion  de  mater  lec- 
lionis.  C'est  ce  qxii  a  lieu  pour  le  mot  [lapyapU  = 
maxTiD.  Pour  les  diphtongues,  Torthographe  variait. 
Pour  un  grand  nombre  d'entre  elles,  il  y  aurait 
tant  de  réserves  à  faire  qu'il  serait  oiseux  d'en 
dresser  le  tableau  détaillé. 

Esprits.  —  L'esprit  doux  (*),  en  général,  n'est  pas 
exprimé;  cependant  il  figure  maintes  fois,  et  de  di- 
verses façons.  Ainsi,  il  est  transcrit  n  :  iipvyyos  = 
Wi:nn,  ou  bien  ix  :  Jvef  =  p'iN;  ou  bien  in  :  6vo§== 
DJin;  ou  bien  \t  :  héïvos=^'>^^'*n.  Parfois  même  il 
est=n:  àX(p6s='2bn.  Une  fois  enfin  cet  esprit  ==D: 

L'esprit  rude  (*),  tantôt  est  omis  :  éXXfivi(7li[v]  = 

pnD''jVN,  tantôt  est  exprimé:  âX|Exetîa)  =  |^D^^nD;  tantôt 

il  est  exprimé  par  n  :  fltXijùto^^mD^n.  Une  fois,  il  est 

déplacé,   dans  aXaj  =  SnN,   et  une  fois  =  D  :  éXfiitf- 

.ôioi;  =  p"»OjO'jD.  Cet  esprit,  qui  a  toujours  sa  place 

*  Cf.  un  passage  de  Schabbath ,  f .  77*,  qui  doute  s'il  faut  éciâre 
]^i''K*)3  ouj^J^yi;,  avec  N  ou  V,  ainsi  qu'un  Midra:sch  (fVàyikra 
rabba ,  S  19,  f.  162")  qui  note  la  gravité  de  la  confusion  possible 
entre  le  1  et  le  T  des  mots  IflN  et  IflK  dans  les  versets  de 
l'Eiode,  xxxlv,  4»  et  du  Deutéronome,  y,  4. 


M2  NOV£MBRE*D£CEIfBRE  1807. 

sur  le  second  de  deux  p  successifs,  est  représenté  en 
ce  cas  par  n  :  xakh(i^ti=^nibp;  en  tête  il  est  figuré 

par  11  ou  n  :  (W/tivof  =-DmnK,  DU"»aK;  ou  par  n  :  po- 

Enfin  il  arrive  parfois  que  fesprit  doux  a  pris, 
dans  le  radical  grec,  la  place  dun  esprit  rode,  jus- 
tifié par  son  étymologie  sémitique;  ainsi  dans  i(ijû> 
jEAoycsDOn,  la  première  lettre  répond  à  une  lettre 
gutturale,  n ,  et  devrait  porter  un  resprit  rude  (^)« 

Accents,  —  L'influence  de  faccentuation  n  est  pas 
certaine,  ni  toujours  visible  dans  les  transcriptions; 
pourtant  elle  se  manifeste  parfois.  Ainsi,  sur  la 
(inale  ce,  laccent  est  deveni]^  l'équivalent  de  jt  : Toê- 
SaOd^^ï ancien  nom  biblique  jins^a;  tantôt  il  est  ex- 
primé réciproquement  par  nv  i'â^p^-ain'^nn;  taùtât 
â{  =  ^:  éXdrfi  :»  Kt9^^M,  tandis  que  sur  lïmtide:i'0Q 
trouve  une  fois  laccent  rendu  par  9  i  d^T^  ^*  fPÙ9 , 
si  Ton  veut  bien  accorder  une  place  à  cette  équîvar 
lence  hypothétique. 

En  général,  nous  faut^il  observer,  l'accent  a 
pour  effet  de  maintenir  la  voyelle  qui  en  «st  pourvue , 
quelquefois  même  de  la  renforcer  ou  de  ro)>sèiireir, 
tandis  que  la  voyelle  qui  la  suit  devieâtfâiaiiuiBj^nt 
atone.  On  le  verra  par  des  exemples,  bien  qqie;-pour 
être  strictement  scientifique,  il  conviendrait  d'op- 
poser de  nombreuses  exx^eptions  à  cette  règle;  il 
faudrait  distinguer  des  mots  dyssyllabigues ,  qui  d*or- 
dinaii^c  échappent  à  cette  loi«  la  voyelle  finale  0e 
maintenant  malgré  la  présence  de  racoent.mr'là 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  423 

pénultienne.  11  faudrait  aussi  tenir  compte  de  cette 
particularité  que  les  diphtongues  ou  groupes  de 
voyelles  finales  sont:  traitées  comme,  n  en  formant 
qu'une. 

Ainsi  laccent  &e  manifeste  pour  /=='»m  dôavacria 
=  n'»''DJnî<  *  L  accent  sur  6  est  rendu  soit  par  Kl ,  soit 
par  n  dan^  un  même  mot  :  iX(5);==Kl^K  et  m^K,  Oo 
pourrait  sans  doute  trouver  autant  d*équivalences 
pour  les  voyeUes  secondaires,  e  et  w;  (ït/véSp^ov^^ 
]mnjD,  iîJfit^p  =  ")1TN .  Enfin  on  peut  constater  que 
le  substantif  iSot/X??'' =  "h^:l  diSere  du  verbe  ^ovkri 
(pour  jSouXe*  =  ]^")n),  par  la  variante  dans  la  tran- 
scription comme  il  y  en  a  une  dans  f accent.  Mais 
tirer  une  règle  de  ce  fait  assez  rare  serait  imprudent. 

On  peut  en  dire  autant  de  Tassonnance.  Par  elle 
il  arrive  que  la  prononciation  des  voyelles  (et,  par 
suite;  la  transcription)  se  modifie.  Ainsi ifXfti;  est 
prononcé  )}'X|:jtw=''DV'»n;  le  mot  Wpofi'T);^  est  pro- 
noncé comme  s'il  y  avait>co(îpixvWv^==  OXûiVTip,  Pour 
une  cause  semblable,  Tune  des  deu3t  mêmes  con- 
sonnes dans  un  seul  mot,  ou  Tune  des  deux  syllabes 
pareilles,  sera  élidée  :  i°  iieuchpoTtoç ^=  KDDniDD; 
2°a:/T0TeX>/j  — D''^îO''K.  G  est  ainsi,  observent  H.  Weil 
et  Benlœw\  quen  latin  la  voyelle  radicale  est  mo- 
difiée dans  les  mots  composés  avec  des  prépositions 
et  des  préfixes. 

C'est  qtie  la  prononciation  vulgaire,  soit  pour 
cause  d'euphonie  ,iàoit  par  suite  de  la  rapidité  d'énon- 

^  i Théorie  âèl^accchiuàtionlatine,.}^,  .12%.  >. 


424  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1807. 

ciation,  élide  et  déplace  des  voyelles.  Toutes  ces 
modifications,  que  la  langue  vulgaire  a  faites 
d'abord  spontanément ,  Tout  emporté  finalemeiit  sur 
le  langage  classique.  Par  conséquent,  ces  change- 
ments, qui  au  premier  abord  pourraient  paraître 
capricieux ,  ont  pour  cause  les  divers  c  modes  de 
diction»,  savoir  :  laphérèse,  l'apocope,  la  méta- 
thèse,  la  prosthèse,  Tépenthèse,  laparagoge  el  Téli- 
sion ,  dont  nous  allons  donner  Ténumération. 


II 

Au  commencement  des  mots  Vaphérèse  a  lieu,  soit 
de  la  première  lettre,  soit  de  la  première  syUabe. 
Voici  quelques  cas  : 

Aphérèse  de  la  leltre  x  ;  xctrcCku^tç  «•  t^SoK  ou 
rbûy  (2*  forme,  douteuse). 

Aphérèse  de  la  lettre  X  ;  XeSnTciptov*=^y^tù^12^. 

—  de  la  lettre  «r  ;  «rlio'ofrfi^'^iD^D. 

—  de  la  syllabe  ai  :  A/yv7r7iw=n^îDD'»3. 

—  de  la  syllabe  aX  :  aX|ùti;p/f  =•  O^niD . 

—  de  la  syllabe  av  :  dtv^poXf;4//a  ==  K'^blOl'^Tn . 

—  d e  la  syllabe  dpxi  :  àpyt&lpdtiryù$  =»  Diana^BDK . 

—  de  la  syUabe  Si  :  Sn^Xcû|JLa^àlplov^^\>11ù1D^ht. 

—  de  la  syllabe  Çi  ;  Ki^dviov  =  ]^in . 

—  de  la  syllabe  Xv  :  xuvfl&ôpwTro^  =  KDnwp,pour 

XvxavOpcon^a.  (Gomp.  la  même  remarque 

^    Comp.  Jac.  Lcvy,  Ntuhebr.  H^ôrlerbnck,  t.  II,  p.  4o6a  :  «fifi» 
est  pour  XelSiù,  et  iySri  pour  Xiyios; 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HEBREU.  425 

par  M.  Rubens  Duval ,  Journal  asiatique  de 
1892,  t.  I,  janv. ,  p.  iSy.) 
Aphérèse  de  la  syllabe  ov  :  ovptjv6v  =  ]}n'i. 

Apocope,  ou  retranchement  à  la  fin  du  mot,  soit 
de  la  voyelle  ou  de  la  désinence,  a,  e,  Sy  ns,  i$,  os^ 
soit  de  la  dernière  consonne  ou  de  la  dernière  syl- 
labe. La  question  des  désinences  sera  traitée  à  part, 
plus  loin.  Des  apocopes  fréquentes  de  syllabes  peu- 
vent être  considérées  comme  survenant. par  la  même 
cause. 

La  métathèse  se  produit  de  diverses  façons,  autre- 
ment dit,  les  voyelles  et  les  consonnes  se  déplacent 
facilement.  De  là  des  renversements  ou  transposi- 
tions infinies,  trop  nombreuses  pour  être  énumérées. 

Prosthèse^  ou  addition  dune  lettre  à  la  tête  d'un 
mot.  —  La  prosthèse  d  un  K  ou  d  un  "»K  est  presque 
constante  devant  les  mots  commençant  par  tr  suivi 
d'une  autre  consonne.  On  trouve,  en  outre,  un  ^e 
devant  dWtres  mots,  par  ex.  :  jSo^o-aaov  =  pDDlDK ; 
ou  bien  in  :  \f/cifle  =  J^DSIK;  ou  bien  ^K  :  (xripia  = 
Q'»")'iD"»K.  La  voyelle  prosthétique  n  ,  ajoutée  au  sin- 
gulier, ne  reparaît  pas  toujours  au  pluriel  :  Sé^pi$  = 
xmK,  pluriel  |''DTTn.  Il  y  a  aussi  prosthèse  du  '»  : 
xdpLi^os  ==  ]'^12p'> .  En  tête  du  mot  eUcSp,  on  trouve 
ajouté  un  1  =  KipVT.  La  première  syllabe,  selon 
M.  D.  Kaufmann  ^  est  peut-être  une  extension  du 

^  Bevne  des  Etudes  juives,  i.  \IV,  p.  46,  note. 

\.  29 

ltll«!«ia:K    MtXU  lill 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  427 

Parfois ,  à  la  suite  de  la  prosthèse  d'un  D  don- 
nant, pour  ainsi  dire,  une  forme  safel,  la  première 
lettre  radicale  tombe  si  elle  est  gutturale.  Ainsi  il  se 
peut  que  le  mot  piD  «prince»  dérive  de  p3iK  = 
(xpxojv  ;  cf.  mJlpD ,  tiré  de  yàvSpoi.  La  prosthèse  d  une 
sifflante  se  retrouve  aussi,  comme  on  sait,  dans  les 
langues  classiques,  par  ex.  :  £Xs  =  sal;  ihtos^^salcus; 
de  plus,  fxdfyyaSos  devient  <T(iapaySos;  (/léyca  =« 
teçjOy  etc.  ^ 

Epenthèse,  ou  insertion  de  lettres  au  milieu  dun 
mot;  d\m  i  :  xhvTvptov^=]'>l^y2bp;  dun  1  :  àyopa- 
vofxos  =  jlt:T)3X;  dun  1  :  Sek^iKtl  =  -«pDlb"!;  dun  T: 
Xa^iç  =  ^ivb  ou  ^l^lh  ;  d'un  tD  :  yXaiixivov  =  Jl J"'îOp^:  ; 
d'un  "»:  aA/xevey=)"'D''^nD;d'un  0  :xoXk(iptov  =  l'>^bo^O', 
d'un  b  :  KakXaïvos  =  J^^N^p  ;  d'un  D  :  Kkivtriptov  = 
îniû^D^p  (cra7r(pe/pii;0ï;  =  p:n'»DDDrou  îlin^^DiD  est  tiré 
de  n^DD  «  saphir  »,  comme  à  l'inverse  dans  lafinas 
-ol'^os ,  de  "l'^D^  «  flambeau  »,  on  a  ajouté  un  /tx);  dun 
:  :  ^7rAoyo5=D'l3'lb''D:K;  d'unD  :  ^7ri|ueX);T)/? =01000^0  ; 
d'un  y  :  avp7ts=^'^'^:û:fbv  (outre  la  mutation  de  p  en 
^);  d'un  D:  xaxonatSevToi  =  ^lOD^DIpp;  d'un  p  :  x>/- 
ptvat  (plur.)  =  m:pn")p;  d'un  1  ;  ^7ri^/Ç<05=D''DD"nDN. 

ParagogCf  ou  allongement  à  la  fin  d'un  mot.  — 
La  plus  fréquente  paragoge  est  l'addition  de  l'em- 
phatique chaldéen  N  :  ipavov  =  HlM^i<,  ou  d'un  n: 
a0ap>7^nn»n.  Celle  d'uni:  ^XX)ji;i(r7/=  j''nD''i^N, 
et  dans  les  exemples  de  l'aoriste  à  la  3®  personne  : 

'  Jac.  Levy,  Neuh,  TV,,  t.  lïl,  p.  46 1  a. 

29. 


428  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

jddVw;  dun  p  :  «raTAXioi;=p"»^'»»D  (toutefois  ce  p  est 
peut-être  là  pour  p,  par  corruption).  Puis  vient 
i'épenthèse  de  la  syllabe  finale  m  :  icrj(dpiOv  = 
mJipD'»K;  celle  de  ]a  syllabe  m  :  (TaXû6«û>v=nnapte; 
de  la  syllabe  HD  :  (x6\oç'=  nDTlfe;  de  la  syllabe  ^i  : 
(/](£kayyLOL  =  "»J''D^t!;;   enfin   de    '♦p['»:]  :    ptakalx*^  '^ 

'»P'»jdSd. 

On  ne  peut  pas  considérer  comme  une  paragoge 
faddition  finale  dun  ")  (r)  :  c'est  findice  servant  à 
désigner  l'individu  qui  met  un  état  en  acte.  Ce  signe 
de  la  profession  est  un  fait  linguistique,  commun  à 
un  grand  nombre  de  langues  :  èviokeiç  de  ivTokil= 
")blDiN,  ou  aravSaXdpiov,  de  a-dvSaXov,  devient  iSliD. 
11  en  est  de  même  de  Taddition  d  une  syllabe  tor  au 
mot  B-SpiraO,  d'origine  punique  (?),  =  linaiin  ^, 
comme  à  la  suite  du  mot  xei^aXix^f  =  iiiD*7p^Dp,  an 
retrouve  la  même  addition  niB . 

Élisions  f  ou  absorption  de  lettres;  cdle  des 
voyelles  donne  des  exemples  trop  fréquents  pour 
être  cités  ici.  Voici  pour  les  consonnes  : 

Klision  du  y  :  dyyoOrfxv  ou  éyyoOffxti  (?)  =»  ^D^WK. 

—  du  ^  :  Ix'^*'*  =  Ki'»Dn . 

—  du  &  :  Baiôo-ûfr^itr^a  (bien  entendu,  ce  der- 

nier mot ,  araméen ,  est  lui-même  contracté 
de  riiébreu  ]HV  n^a). 

^  C'est  une  hypothèse  émise  par  Jost ,  dans  sa  traduction  de  11 
Mischna  avec  commentaire. 


MOTS  GRECS  KT  LATINS  EN  HÉBREU.  429 

Elision  du  x  :  ya(xix6s  =  plur.  nVDDia ,  outre  le  x 
élidé  devant  ^  •  ^cUxoLpis  =  KnD3 . 

—  du  X  :  ^pàiroXis  =  ND1D1D . 

—  du  fx  :  èfiSoXv  =  ià^2i< . 

-7-   du  i;  :  â€darxavTa  =  KûponN . 

—  du  «r  :  SidfietTTlov  =  ptDDXn  . 

—  du  p  :  ap;^/aTpo5  =  D'lîOK''3")K. 

—  du  (7  :  i^'SvcTfÂa  =  HD'^nn . 

—  du  T  :  kvtiTKnpU  =  D*)D"»03K . 

—  du  X  •  <T(ui)(aptx6v  =  pp'^'^p^D , 

et  de  maintes  diphtongues. 

—  de  la  syllabe  Sa  :  (5o&^ût(pj;)7=>3DTin. 

—  de  la  syllabe  Sv^  :  x/6^iyXo^==nDn"»p. 

—  de  la  syllabe  vO  :  XuirtiOeis  =  ^''DD'lbN . 

—  de  la  syllabe  fxa  :  <jvyL&x{ia  =  îOilD . 

—  de  la  syllabe  yLrjx  :  é€So(ÂifKOv7a  =  j"»oanDK . 

—  de  la  syllabe  tar*  :  iJ^p&wix^r  =  jpmn . 

—  de  la  syllabe  pt  :  yspopiTixôp  =  ^pm3 . 

—  de  la  syllabe  pov  ;  ëfi^povpos  ==  K1D"»3 . 

—  de  la  syllabe  Te  :  dxpa7é<Tlepov==  jn^oonK. 

—  de  la  syllabe  t<  :  SlÇL6e^lxàs=D^0'>^^'^'^l . 

—  de  la  syllabe  to  :  /a'7oxepa/a  =  KnpD^K. 

—  de  la  syllabe  ^co  :  a1po^<ii(Juna  =  n^'*Vini^H. 

La  plus  forte  élision,  ou  plutôt  contraction,  se 
trouve  dans  la  transformation  du  verbe  iyvvfit ,  pro- 
noncé vidgairement  dfy<i;  =  j^aK,  de  même  que  l'ab- 
sorption de  l'adverbe  eiOéojs  a  donné  om .  De  même 
encore ,  une  double  syllabe  initiale  est  contractée  : 


430  NOVEMBRE-DECEMBRE  1807. 

Une  autre  sorle  de  contraction  consiste  en  ce  que 
des  lettres  doubles  du  terme  grec  sont  exprimées 
par  une  seule  lettre  (redoublée,  il  est  vrai)  dans  la 
transcription  hébraïque,  sauf  une  exception  :  Botao-a 
=  c?C?3 .  Ainsi  :  €6=3:  xpa^chiov  «»■  i^o^anp  ;  60  = 
n  :  Biôô);pa  = -)n'»3  ;  xjc==p  :  A(yfl6MM0i»"=*'»pD^n;  AX  = 
h  :  acrtXXa  =  ifhDH;  |UjUi=tD  :  y ûff*f£a  «=- KD3  ;  w=»  :  : 
yevvaios  =  D'»:a  ;  tttt  =  D  :  lintiarpot  *=»  Ono^^DK  ;  pp — 1  : 
Kara^paKTvs  =  lllOpIlSp  ;  o-cr  =  0  :  Opiatra  =  KftntD  ;  tt 

=  o  ou  n  :  à7ioKor1tL€ii$iv  ==*  ]'»r»i©p'»DK  ;  igitltUtov  = 
Npn''D .  —  Le  mot  «pocméwfiMt  a  été  transcrit  en 
deux  mots  araméens  :  pD:iK  pifi ,  cotnme  s  il  existait 
un  «  chapitre  de  ceux  qui  sont  contraints  »  I 

Parfois ,  l'inverse  se  présente ,  et  la  lettre  grecque 
simple  est  figurée  dans  la  transcription  par  deux 
lettres  hébraïques.  Ainsi  ^  =  dd  :  ndp^oç  =  ^Lip  ;  ou 
bien  la  désinence,  soit  ts,  soit  os,  est  exprimée  par 
un  redoublement:  cïcji^  =  nrDDi^;  Te?xûî=D'»DpO,  ou 
la  syllabe  est  redoublée  :  (Tép^oi=  n^amî. 

Mots  composés.  —  Ils  constituent  trois  catégories. 
La  première,  qxii  forme  la  majorité  de  ces  mots, 
comprend  les  composés  de  deux  mots  grecs;  la  se- 
conde catégorie  comprend  ceux  qui  sont  composés 
dun  mot  chaldéen  et  dun  mot  grec;  enfin  la  troi- 
sième catégorie  comprend  ceux  qui  sont  composés 
d un  mot  grec  et  dun  mot  latin. 

Première  catégorie  :  dyopaSaf((Âà^'^u^m^2n,  dtyfh- 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  431 

3nta  =  "«DniK ,  àvSpoXotfiia  =  «'•OlD^'niK  ^  yaX^  Képi 
==  ]'IJ"»DpK^3 ,  yapia-fJLaTa^  nPDTna ,  Slyovov  =  pim  ♦ 
SiTsXrj  cj7oûf=pBD'I^Dri,  <îi7rXo7roTj/piOJ/==pTB1DlSDn, 
^i^epv)/=}mD'n,  i>ai6yapov  =  jnriK ,  xal  ^trû^io'e[y] 
=  pe?'''?''Dp  s  '^tiyos  SU  =  Diait ,  xaicrapos  KOtroi»  == 
pwpnD^p,  xax^  tirpacrif  =*  ponaiaKp ,  xaxowai^et;Tor= 
"'»D''nO'ipp,  xàkjj  vvfi<pn  =^  MD'>2^bp ,  xoatroTp^iloi  =- 
prDiWD'ip ,  jùiaxpà  Aa^p(î^  =»  onD^npD  ♦  fJiearôc/lvXov 
^N^iûDlDD,  jùti;X<5|ùteX<  =  n^'»D"i^'»D,  |ii?X<wre7rûw»«]1DD^D, 
/t/OfOToX|:x>7p^s  =  pDniDJD,  Çeuowrfpox^^^^*'^  ^WOSK» 
Ô;XaX(5>7==j'iK'iVK^'»DpK,  o/i^os  |5«î|3(i<vof  =»p:-)D31«,  ôXo- 
fiafyyapkvs  =  pO-^^^nDI^IK  ,  bXoatipixd  =  KpnClVlK  , 
Ôy05  xûtT*  ûJjùtOr  =  pDWpJIK ,  tffevTOXOxrftf  «=  nppB:D, 
tsr£i;Ta(7;^it'(xToi  ==  ^w>doW3D,    ittpo&litou  xaitraplov  =« 

p^Dipûons,  vSpSfxn'^ov  =  pb'»Dmt(,  x^'P^^*^*®*'  =* 
n^DDnD ,  xp^^^^^py^P^^  ="  K")^a-ïK  ions . 

Deuxième  catégorie,  ou  composés  semi-grecs  et 
semi-araméens  :  i<Dnolypiov,  ^ucwTiDy,  2ti6vos,  Tpbp, 
/x/Xi^'»'»  '^,  Tpap^ul^D.  Troisième  catégorie ,  gréco-latine  : 
âX>/ôûi;vera ,  6X(5vera,  -orapûÉfunda ,  uroTi/piadupla ,  Wt- 
Tape^muli,  6'^porosatum. 

Fieischer  dit  du  reste  [Nachtrage  zum  Neahebn 
W.y  t.  IV,  p.  479  Et)  :  «Les  Juifs  orientaux  n'ont 
pas  formé  eux-mêmes  ou  essayé  de  former  de  nou* 
veaux  mots  composés  grecs;  ils  se  sont  seulement 
approprié  ceux  qui  se  trouvaient  être  d  usage  général, 

^  C'est  peut-être  ia  transcription  de  àvèpohi^ia^  comme  il  est  'lit 
ci-dessus  à  propos  des  aphérèses. 

'  *  A  vrai  dire ,  c'est  plutôt  Téquivalent  de  bM^th. 


432  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

pour  les  faire  passer  dans  la  langue  courante.  »  Une 
telle  affirmation  nous  parait  exagérée,  en  présence 
non  seulement  du  grand  nombre  de  mots  composés, 
mais  de  leur  mode  de  composition  grecque,  tantôt 
aussi  semi-latins ,  tantôt  même  semi-hébreux. 

En  somme,  toutes  modifications  des  acceptions 
classic[ues,  des  tournures  tenues  pour  correctes  au 
point  de  vue  grammatical,  ne  doivent  pas  être  le  ré- 
sultat unique  d  une  n^ligence  de  langue  :  elles  ont 
pu  être  provoquées,  c*est-à-dire  avoir  eu  lieu  de  plein 
gré,  par  ce  besoin  d'sdiitération  qui  a  fÎBdt  naître  jus- 
qu*à  des  jeux  de  mots  ou  des  t  à  peu  près  ■  égale- 
ment semi-hébreux  et  semi-grecs,  ce  qu aujourd'hui 
on  nommerait  des  concetti.  La  conclusion  essentielle 
à  tirer  de  là ,  c est  qae  lauditçire  devait  comprendre 
les  jeux  de  mots  faits  devant  lui ,  teb  que  les  suivants  : 
/3/a=î<''3,  n'»'»3,  par  allusion  à  ^3  (Genèse,  xliv,  i8). 
j8/o^  =  K^3,  n'3,  jeu  de  mots  entre  le  terme  grec  et 
rhomonyme  hébreu,  signifiant  «par  Dieu».  jSXu- 
Çûi  =  D^3  ;  jeu  de  mots  entre  le  terme  grec  et  lliébreu 
^13D ,  de  la  racine  ^3 ,  «  excéder  ».  slptfpii  =»  ^inn  ;  jeu 
de  mots  entre  le  terme  grec  et  le  mot  biblique  mn , 
à  peu  près  du  même  sens.  Iv  =  {n,  allusion  au  finsd 
de  lexpression biblique  |nnKi  (Lévitique,  xx,  i &) ,  en 
ce  sens  spécial  que,  msdgré  la  forme  du  pluriel  en 
hébreu,  il  s'agit  là  dune  seule  femme,  â^ponrcia-* 
iT'Dnn,  terme  comparé  à  l'hébreu  nonn,  à  la  fois 
homonyme  et  synonyme.  ;tXe>(^^pa=mTO  »|bn.  Le 
hasard  de  la  décomposition  de  ce  mot,  ainsi  tran- 
scrit, lui  donne  un  double  sens,  noté  par  Jos.  Peries 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  433 

et  d  autres  :  «  Si  la  clepsydre  est  écoulée ,  rallocution 
est  terminée.  »  (Le  ^  est  coupé  en  deux);  ovyxioL^= 
^pi^N,  terme  à  la  fois  d'origine  latine  [ancia),et  de 
l'hébreu  «  non  innocent  »  ;  liScûp  =  ")n'»n ,  jeu  de  mots 
avec  la  racine  hébraïque  homonyme  «orner»,  afin 
de  trouver  une  corrélation  entre  l'idée  d'ornement 
religieux  et  le  voisinage  de  l'eau. 

C'est  évidemment  une  réminiscence  de  cette  na- 
ture qui  a  guidé  certains  grammairiens  juifs  du 
moyen  âge  dans  leur  procédé  peu  philologique  pour 
expliquer  les  termes  étrangers.  Ibn-Koreisch  admet 
aussi  des  éléments  de  langues  indo-germaniques  dans 
le  cercle  de  ses  comparaisons,  comme  après  lui 
Saadia  ^  compare  l'expression  biblique  cir  '•NaS 
(Ps.  cxxni,  4)  au  mot  legiones;  il  est  singidier  qu'au 
lieu  d'attribuer  ce  dernier  mot  au  latin  ou  au  grec , 
il  lui  donne  pour  souche  la  langue  de  la  Mischna  ^. 


III 

On  a  vu  plus  haut  que  les  lettres  grecques  sont 
toutes  exprimées  de  diverses  façons,  et  ce  n'est  pas 
étonnant,  puisque  déjà  en  hébreu  les  lettres  d'une 
même  famille  linguistique  permutent  souvent  entre 
elles;  plus  tard,  les  talmudistes,  témoins  des  confu- 
sions fâcheuses  qui  peuvent  résulter  de  ces  permuta- 
tions, se  contentent  de  les  déplorer,  sans  offrir  de 

^  Selon  la  critique  de  Saadia  par  Dunasch.  V.  Ëwaid ,  Bdiràge ,  I , 
p.  69;  II,  p.  32  2. 

'  Ign.  Golziher,  Studien  ûber  Tanchnm,  p.  18. 


/i34  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

remède  à  cette  situation,  comme  il  a  été  rapporté 
ci-dessus  (p.  4a  i  ).  On  peut  les  diviser  ainsi  : 

Labiales  :  /3  permute  avec  7r  =  D  :  ^£k<TayLOv  = 
pCDlDN.  D  autre  part  w  se  change  en  j8  :  Ar7flc  = 
N^3K.  —  Liquides  :  X  permute  avec  p  =  n  :  y^cChifa- 
|ua=XDlDiD;  par  contre,  p  devient  X  =  b  :  Kdpra- 
Xoj=iûDip.  X  se  change  en  i;  =  :  :  xij!iâiX/(x=»KU1D^p. 
fjL  devient  i  :  dalvvôfÀOs  (peut-être  à  cause  du  premier 
i;)  devient  D^iinDW.  v devient X=  b  :  iSéPivos  ==hÇi^V3K. 
V  devient  fz  =  D  :  Fepfjtav/a  =  n^DDia.  H  y  a  même  un 
exemple  où  p  devient  tantôt  h ,  tantôt  : ,  pour  le  même 
mot  :  ;^apaxT>/p  =  |mtDp^D  ou  jnTiS^D.  —  Dentales  : 
S  devient  p  =  i  :  o-^e^/a=miDN  (peut-être  par  con- 
fusion graphique  avec  l).  S  devient  souvent  t  =  »  : 
^a7Ses  =  nwVB^.  Par  contre  fl  et  t  se  changent  aussi 
en  ^=  T  :  àvr^  âhra  =  '»DniN.  —  Sifflantes  :  o* permute 
avec  Z  '  xvpva'a'Cû  =  ]')2,  De  même,  à  l'inverse,  Ç per- 
mute avec  a  =  D  :  Çiêui/);  =  paiD.  —  En  fait  de  gut- 
turales, 7  (3)  pernmte  avec  x  =  D  :  ^payéXXioP  = 
b'»DiD  [c(,  Jlagellum) ,  comme  les  lettres  D  et  p  changent 
réciproquement  de  valeur  entre  elles. 

Après  ces  diverses  mutations  cia8sifiée3,  qui  se 
retrouvent  en  général  dans  la  plupart  des  langues, 
arrivent  les  changements  qui  proviennent  soit  du 
fait  de  leuphonie,  soit  dune  cause  plus  bamde,  de 
Terreur  des  copistes,  en  raison  de  la  ressemblance 
graphique  des  caractères.  Pour  cause  de  prononcia- 
tion, lorsque  deux  7  se  suivent,  le  premier  y  équi- 
vaut à  un  r  =  :  :  dyyapBia,  ainsi  c[ue  dans  les  mots 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  435 

avec  yx  :  ivdyxrj  =«  "«p::» ,  ou  bien  avec  y;^  :  Xeiy;^!?  ** 
N3:"i^,  ou  encore  devant  un  ê  :  d-flfXwiyS=  Daa^C^D. 

Dans  àyopav6(jLOit  ^  en  raison  de  ia  rencontre  de  1 
et  : ,  i;  devient  parfois  T  ou  ID  =  pD"Ti3X  ou  poODK. 
Pour  ia  même  cause,  cr7  est  devenu  (p  dans  iypa(poSy 
de  mênie  que  Ton  constate  une  éiision  du  tar  et  une 
mutation  du  \(/  en  "«rtp^itD,  dans  kd^a  devenu 
KilûDp.  De  même  aussi  tBr^  =  DD,  aâLit^$ipivov  *^ 
p:n''DDD  ou  p:'»l''DaD,  et,  par  voisinage,  un  X  (b)  est 
devenue  :  ^iXoXoycyv^^pi^^D. 

La  plus  singulière  mutation  par  euphonie  s'est 
produite  dans  la  transcription  du  mot  âpSpoXti^iâL  **= 
«'»DlD'i'?m:fc<,  où  \f/  est  figuré  par  d,  après  fépenthèse 
de  cette  dernière  lettre  au  lieu  d  un  d. 

Ensuite  viennent  les  confusions  de  lettres  par 
erreur  des  copistes.  Les  plus  fréquentes  sont  celles 
des  voyelles  i  (o)  et  "^  (tfoxit):  Ayopavéfioig^^ 010^:113», 
et  même  '»  pour  w  :  ^(jlôs  «»  DlD^a ,  ou  i  pour  T  : 
9ofo-|uata  =  NiûDlD>t»  Le  groupe  ^K  (=<)  est  employé 
pour  Kt=i  :  Avakoyètoy^^  ]^2bl^t<.  En  outre,  il  y  a  des 
confusions  par  analogie;  }  pour  i  :  xfltTATratj&dtJi^cy «=* 
laKnDûp ,  ou  :  pour  3  :  v6iûtpyo$  ==  n'^^ms  ;  ou  i  pour 
1  :  (TX«A'dt  =  i<^'^3DK ;  ou  n  pour:  :  oi3piyv(îi^«pmi1; 
ou  C  pour  ;  :  bOôvtov  =«=  n'»û'»t3:K  ;  ou  tt  pour  D  i  cnîcr- 
o')7|ùta=*î<lOD'»D;ouiDpourD  :  ô/i;oô^Xf/vioi^=n''r^DttrK; 
ou  D  pour  D  :  Ti{x>t  =  '•^''0  ;  ou  □  final  pour  D  :  xp6- 
xos  =  n^DiD;  OU  n  pour  û  :  bSovjùmf  =  ]'*\û"Mli^  \  ou  y 
pour  p  :  xa'tdXvo'is  ^  vhiûy  ^  ou  t^  pour  n  :  TojUwûf- 

^  Ceci  soit  dit,  sans  préjudice  de  l'observation  émise  plus  haut, 
en  tête  des  aphérèses. 


436  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

Çûw=  pnDDitt;;  OU  n  pour  :  :  ô0(5viv);  =  n^n^aniK  ;  ou 

^^  pour  D  :  (lavTrjXa,  (ÂavSffXlov  =  ]^h^^^D;  ou  D  pour 
D  :   ^avri(pôpos  =  ^Dj^,  et  1  pour  D  :  (^uXioamipeç -= 

Désinences.  —  Par  leur  terminologie,  les  mots 
d'emprunt  affectent  le  plus  souvent  le  mode  de  for- 
mation des  termes  indigènes.  Pour  la  dernière  lettre 
radicale  des  mots,  les  Grecs  avaient  déjà  corrompu 
la  forme  du  nominatif,  et  ils  déclinaient  le  mot  selon 
la  forme  de  1  accusatif.  Par  exemple  :  au  lieu  de 
dvSpioLSy  ils  disaient  àvipidvra,  ou  plus  erroné- 
ment  ây^piû&roj  =  DllD^Km^N.  Pourtant,  ni  dans 
jùtoi;^aV, -a'^o j  =  ^nD,  ni  dans  tsrXûfvw j, -jfjo^  =  D^3^D ,  le 
transcripteur  n'a  tenu  compte  de  la  dernière  lettre 
radicale,  S  ou  t.  C'est  qu'en  général  les  désinences 
sont  exprimées  soit  par  le  final  chaldéen  K  :  atXoi^^  = 
N^ip ,  soit  par  le  n  emphaticpie  :  yovpvoL  =  n^ma ,  soit 
(même  au  singulier)  par  p  :  Tpûf7r«^a  =  pî^Dno. 

Cependant,  la  forme  grecque  se  terminant  en  a 
est  transcrite ,  soit  '»'»  :  axCKka  =  ^^S^D ,  soit  01  :  cr/y- 
fjta  =  DIDao ,  soit  C  :  jxa/et;|ùta=D^D^'»D,  soit  K^  :  âba- 
(popcÉ=KmD:K,  soit  rr»  :  yLeXh(ûiia=r\^VAth^\  soit  n*»"»  : 
9ai;epû^=n'»n:'iD,  soit  >  :  ;tapûf=n^D,  soit  n  :  mp<- 
^opd=  n")D")D,  soit  I  :  S6&i  =  ]L2l,  sans  compter  une 
transcription  d'un  mot  singulier  à  la  forme  du  pluriel  : 
ôupa  =  pDnn. 

Il  arrive  aussi  qu'au  singulier,  à  la  désinence 
grecque  os ,  le  transcripteur  joint  la  finsde  chaldéenne 
N  :  y^pt;^  =  î<D'T»a,  et  même  p  (au  singulier)  :..Tpiî 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  437 

^0^=  pDpntD,  comme  après  la  désinence  ts  H  ajoute 
un  n  emphatique  :  etfeX7ri^  =  nD'»Dl'7"iX,  et  après  la 
finale  x6v  (ip),  la  désinence  chaldéenne  n^  :  hlpi- 
x(}r  =  n'»:pnnDî<,  ou  encore,  après  la  finale  ri,  la  dé- 
sinence chaldaïque  Nn  :  crcCkitt)  =  xn'»D^D .  Toutefois 
on  trouve  de  nombreux  cas  isolés  où  la  finale  a  été 
reproduite  intacte.  Tels  sont  pour  le  singulier,  au 
nominatif,  des  mots  à  désinence  en  suj,  en  os,  en 
a,  en  )7,  en  )7?,  en  la,  et  en  is,  La  fidélité  scrupuleuse 
avec  laquelle  le  transcripteur  a  fait  figurer  en  chal- 
déen  ces  terminaisons  grecques  dispense  de  repro- 
duire ici  les  équivalents  en  caractères  hébreux. 

Il  en  est  de  même  dans  d'autres  cas  de  la  décli- 
naison des  noms.  Au  vocatif  :  xupie  =  mp.  Au  génitif: 
xe(pàktSGs  =  DT'^NDp'.  A  laccusatif  :  NsottoX^v^ ]'»VlD^3. 
L'on  peut  ajouter  à  cette  catégorie  les  deux  adverbes 
evOécûs  =  DlNTinx ,  et  x(xX6Js^=  Dl'JNp.  On  trouve  encore 
la  désinence  de  l'accusatif  ov  dans  des  mots  comme 
iptalov,  rj'fjLspov,  etc. ,  peut-être  aussi  la  désinence  tiv 
dans  d7ret\rjv  =-  ^^^dx  et  avOévTrjv  =  p^^miN.  On  trouve 
peut-être  même  un  accusatif  irrégulier  :  A/a  =  ikn 
(?  accusatif  de  Zevs), 

La  transcription  au  pluriel  donne  le  plus  souvent 
pour  désinence  la  forme  chaldéenne  pure  p  :  à\6€v- 
pa  =  |n'»'»VlX,  ou  bien  m  :  i57rsuôt;i;a=nr:ilDDK,  ou  les 
formes  emphatiques  n*»  et  X'»'»,  ou  les  deux  formes 
pour  le  même  mot  :  xdmriXos=^  N'»'»V'»Dp  et  nii<^'»Dp.  — 
On  trouve  aussi  la  désinence  ai,  quoiqu'il  s'agisse 
d'un  mot  masculin ,  exprimée  par  le  pluriel  féminin 
enaraméen,  m  :  TsrpawvXai  =  nr^^D^û^lD.  Une  autre 


438  NOVEMBRE-DKCEMBRE  1807. 

fois ,  il  est  tenu  compte  du  genre  féminin  d'un  mot 
grec,  malgré  sa  désinence  d'apparence  masculine  : 
/3(yXoi  =  ni^n»  et  parfois  il  est  dérogé  à  ce  genre,  en 
raison  de  ce  que  le  singulier  exprimé  par  le  chaldéen 
a  donné  lieu  à  un  pluriel  terminé  en  ni  ;  âma'œupés^^ 
K")3D'»n,  plur.  nin3D'»n.  Enfin  il  arrive  qu'un  même 
mot  est  mis  au  pluriel  de  trois  façons  différentes  ; 
apXeîov=»D^''DnK,  mKDiK,  niKDnsT,  de  même  que  la 
finale  chaldaïque  io  est  suivie  du  pluriel  m  :  X^dpa^- 
axotf=K''3")D,  plur.  nWD'JD. 

D'autres  fois ,  le  pluriel  chaldéen  est  joint  à  la  dé- 
sinence grecque ,  telle  que  le  nominatif  singidier  la 
comporte,  sans  que  celle-ci  soit  modifiée,  mais  avec 
addition  de  la  fmale  ni ,  ou  D\  ou  |\  dans  les  mots 

fiolartS ,  lioXëéf ,  Hpdkos  =  D'»D'»lD-)p ,  ^D^Vd  ,  nVD^Oa ,  etc. , 

OU  même  p  joint  à  l'accusatif  ov  :  'mvpyov^^\>^2iy29 
comme  à  la  désinence  ii'  (p)  du  singulier  on  joint  les 
mêmes  lettres  (ou  syllabe  redoublée)  pour  former  le 
pluriel  de  ^«X^/v  =  p^B*?!  ;  de  même  aleyav&s.'ép^m 

Dans  d'autres  cas ,  la  désinence  grecque  a  résisté 
à  une  équivalence ,  aussi  bien  au  pluriel  comme  on 
l'a  vu  pour  le  singulier,  et  elle  a  été  transcrite  fidMe- 
ment.  Ainsi,  au  nominatif  pluriel,  ÂAo^vpMui «-« 
xpn^Di^l»;  au  génitif,  /SowXwtûw  ««  pîDllVia,  ftwpM^ 
^aw  =  |nKnD,  outre  l'adjectif  «rapTûîv=*pe3D;  à  l'ac- 
cusatif'Atfn'va^  ==  D3'»nN  ;  ^v/ùto<7/ots=«nK^Dio^i.  U  y  a 
aussi  une  désinence  d'accusatif  qui  a  le  sens  du  no- 
minatif :  xaxa^opflf  =  D^Dop. 

En  dehors  des  substantifs,  qui  forcément  occupent 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HEBREU.  439 

la  plus  grande  place  dans  les  observations  précé- 
dentes, on  trouve  la  trace  des  diverses  parties  du 
discours. 

Articles.  —  ô  =  1K.  L'article  féminin  i}  se  trouve 
dans  le  radical  de  )7VlOx,o^==P^V^i^. 

Un  grand  nombre  d'adjectifs  sont  pris  substanti- 
vement, tels  sont  :  'ASpla$,(biOifXfirOVy  âkrjOcoëiipa,  iv- 
Oivd,  l3dp€apo$,  S-ïjptoKtf,  Icrlpixévy  xrfpivaty  xovS^roVy 
KvxXds,  fÀapyapiTïjs ,  fxdpfÂapoSy  vdpStvov,  imyaivvl^  tffep- 

Kpnn,  n'^apnnDK,  nupnp,  p»n:ip,  n^33,  n^^ano, 
NiDiD,  jun^i:,  "«iDiD,  ppDns5i<.  —  Au  superlatif,  on  a 
evyevéalaTOs  et  fxéytalos,  plur.  [léyt&loi.  Du  compa- 
ratif tsrpeÎTepo^ ,  les  rabbins  ont  tiré  le  superlatif  tirp^- 
Tajos ,  au  lieu  du  terme  habituel  tsrpûros,  qui  en  dérive 
par  abréviation.  Cependant  on  trouve  aussi  cette 
dernière  forme,  écrite  DiûnDN,  ayant  par  extension 
un  sens  spécial  :  proprement  «  le  premier,  le  plus 
important  »,  par  suite  aussi  «  l'ange  en  chef  »^. 

Beaucoup  de  nombres  sont  figurés  dans  les  livres 
rabbiniques  :  iv,  $vù),  rp/a,  Téjlaptf,  énld,  èxTûJ,  iv- 
veds,  Séxa,  Tpidxovra,  é€SofJLy(KOvroL ,  bySotfxovra,  X'^^*» 
on  trouve  les  fractions  HyntrM,  jphov,  Téraprovj  et  il 
y  a  des  mots  composés  avec  les  nombres  i,  a,  3, 
4,5. 

En  fait  de  pronoms ,  nous  n'avons  trouvé  que  ce- 
lui de  la  seconde  personne  :  o-u=»'»tî;. 

^  Voir  Vocabulawe  de  Vangélologie ,  etc.,  s.  v. 


440  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  J897. 

Les  verbes  sont  représentés  sous  divers  modes  et 
temps.  —  De  certains  substantifs  on  a  fait  des  verbes 
dénominatifs  :  les  mots  tsrapdcTrifÂOS,  rpvràlvii,  irifXo^fÂa^ 
rd^tSy  rrjyavi%ûj,  (^OxoSy  ont  donné  ;  DDIB,  pono, 
KOl^"»© ,  DDID ,  piD ,  DpD ,  comme  arepi^pélov  vient  de 
'aept(popéù) ,  ou  rprirés  de  rtrpàlù^. 

Ni  les  adverbes ,  ni  les  prépositions ,  ne  font  défaut. 
On  a  même  un  souvenir  de  la  préposition  torp^,  ré- 
vélé par  le  t  intercalé  dans  nntnD ,  de  fgpiOvpov» 

En  fait  de  conjonction,  on  trouve  ef  w^riD^K,  en 
un  mot,  et  cl)s=vH-  La  conjonction  xa/est  en  tête  du 
mot  composé  xa\  ^ûftaio-e[v]  =  pc^^^Dp.  Voici  enfin 
les  interjections  :  af,  al,  i,  ela,  eha^  6(/ltf,  otJâf=^K, 
Ml,  iiDDKn,  Kû^N,  m. 

En  raison  des  causes  multiples  et  variées  qui  ont 
influé  sur  la  manière  de  transcrire  en  chaldéen  les 
mots  étrangers,  il  ne  faut  pas  s'étonner  que  la  cor- 
ruption des  mots  soit  peu  rare  et  rende  souvent  les 
étymologies  méconnaissables.  On  trouve  aussi  des 
termes  populaires  qui  ont  échappé  aux  rédacteurs 
des  dictionnaires  grecs  usuels ,  et  se  voient  à  peine 
sur  des  inscriptions  non  classic[ues ,  sans  compter  des 
termes  en  néo-grec. 

L'origine  de  certaines  racines  grecques,  inconnue 
avant  les  résultats  de  la  grammaire  comparée,  est 
désormais  fixée  par  la  provenance  orientale.  Tels 
sont  dfxûjfxov,  B-6p7ra6,  x6vSu,  (Â^niray  ftoiyjak,  pAaj^ùs^ 

iffolXXa^,  ^apdSetcros^'^xxo,  HDD ,  n:i3 ,  iirann ,  oon, 
D"îiD,  oa^c,  yD^^. 

Les  dérivations  de  sens,  ou  extensions  et  déve- 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HEBREU.  441 

loppements ,  sont  trop  fréquentes  pour  qu'il  y  ait  lieu 
de  citer  des  exemples.  Mais  on  peut  tirer  de  là  des 
conclusions  pour  Thistoire  de  la  langue  grecque. 
Voici  un  cas  entre  autres  ;  le  sens  primitif  du  mot 
bvv^iorlrfp  est  «  fissure  du  sabot  des  animaux  à  pied 
fourchu».  De  là  dérive  bvvyjLalilpiov  «instrumrnt 
pour  couper  les  ongles  » ,  qui  est  transcrit  en  langage 
talmudique  par  le  mot  ( transposé) miDD^aaK,  plur. 
niDDl^a;  on  le  trouve  au  Talmudavec  le  sens  généra- 
lisé de  «  couteau  » ,  donné  par  extension. 

De  même,  le  sens  est  parfois  détourné,  appliqué 
par  euphémisme  à  une  idée  sous  entendue;  ainsi  « 
Q-àpv^os  =  DDmn  «  tumulte  »  est  mis  pour  «  temple 
d'idole  ».  Parfois  il  est  appliqué  au  contenant  pour 
le  contenu  t  Kr)p6s=^my^  «cire»  et,  par  extension, 
«  ruche  »  ;  \oitds  ==  «D"»©^  «  poêle  » ,  dans  le  sens  de 
«  mets  cuit  »,  «légume».  r  , 

11  arrive  également  de  rencontrer  un  terme  dé- 
signant une  personne  au  lieu  de  l'objet  dont  elle  est 
chargée.  C'est  sans  doute  le  cas  pour  le  mol  oi^ap 
pour  Hvèepvrfrtjf  «  percepteur  »  (au  lieu  d'«  impôt»), 
comme  on  dirait  préfet  pour  préfecture,  ministre 
pour  ministère  ^ 

Enfin ,  pour  les  noms  propres ,  il  faut  tenir  compte 
des  provenances»  Certains  noms  sont  d'origine  sémi- 
tique :  alors ,  le  grec  n'est  qu'une  transcription ,  re 
prise  à  son  tour  par  les  rabbins  ;  d'autres  noms  sont 
de  source  grecque  ou  latine.  A  ce  propos,  voici  un 

^   V.  Fleischer,  Nachiràge  zwn  FKôrterbnch  4e  Jac.  Lévy,  t.  TV, 
p.  48oa. 

X.  3o 


■■I 


44i  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

singulier  exemple  d^homoByinie,  où  la  confusion  est 
possible  :  au  sujet  du  noih  Hippoi,  dans  la  province 
d*Hippène,  on  a  confondu  le  terme  grec  tmos 
«cheval»,  avec  le  mot  de  langue  sémitique  ipn 
«  port  »,  etc.  ^. 

IV 

La  plupart  des  observations  précédentes  sont  ap- 
plicables aux  mots  d'emprunt  tirés  du  latin ,  qui ,  du 
reste,  entrent  à  peine  pour  un  cinquième  dans  ie  to- 
tal des  mots  de  source  étrangère.  Toutefois  ils  ofiGrent 
quelques  remarques  spéciales  de  morphologie,  à 
résumer  ainsi  : 

L'A,  soumis  aux  mêmes  règles  que  ¥d  grec,  dis- 
parait le  plus  souvent  dans  la  tranÂsription  ;  d'autres 
fois,  il  est  figuré  par  k,  ou  par  ik,  ou  par  i,  oii  par 
1^,  ou  par  n  fmal,  une  fois  par  n  :  AUca^ H^hrij  ou 
par  ^*t  :  decamani^=  u^^Dipn ,  ou  même  par  y  :  -avlas^* 

Le  G = tantôt  k  sifflante  d  ,  tantôt  la  guttnraie  p , 
et  même  ;  :  ca5ifra =inD^;;  ou  encore— s  :  eibaria^ 
iTny»,  et  même=«D  (par  dérivation  de  z):  UeU 
nins  =  DU'»'»iD'ib.  —  Le  D  est  une  fois  converti  en  G— 
;  :  bandilla  =  jva^^a.  — ;  La  lettre  L  permute  avec 
la  liquide  R  dans  la  transcription  dé  claretmi^ 
pton*ip ,  et  avec  N  dans  laconica =Kp^jpu.  — ^  Le  Q-»  p 
est  aussi=3:  ^^a^5ter  =  |mD3^aDK-  —  Les  lettres  se 
{=sk)  sont  disjointes  dans  la  lecture:  damascena^^ 

^  V.  Ignaz  Goldziher,  der  Mytkot  bei  den  Hêhrâmn,  p.  396. 


MOTS  GRECS  ET  LATINS  EN  HÉBREU.  443 

N:^pDD"n;  /a5cia^=K''p'»DD.  —  La  lettre  X  =  Dp  : 
eœercitas  =  piD'»p")Dp ,  ou  les  mêmes  lettres  renversées  : 
excepter  =-ntDD'«pD.  N.  B.  dans  dux,  on  na  transcrit 
que  le  radical  dac=yi ,  comme  dans  ilia5tw;='»D'»0DD. 
L'Y  n'est  pas  exprimé  dans  Lyhisca. 

Dans  les  voyelles  composées  et  diphtongues,  le 
désordre  est  grand.  En  voici  le  tableau  méthodique  : 
ép='»  :  Anûcœsar  =  ^TQ>^^^^^ ,  ou  bîem  :  qaœ$tor=^ 
lûDlp;  ou  bien  ''"i  :  ca7icfeifip='»i^n:p;  ou  >^  :  vée  =  '»'»t. 

—  i4a=x,  ou  1,  ou  n.  —  £a  =  '»'»,  ou  r.  —  Eo, 
comme  ea=^,  —  7a  =  '»•»,  ou  {<•»•»,  ou  v,  ou  même  i. 

—  7o=i\  —  Les  six  modes  de  diction,  savoir: 
laphérèse,  lapocope,  la  métathèse,  la  prosthèse, 
Tépenthèse  et  la  paragoge,  présentent  les  mêmes 
caractères  que  pour  la  transcription  du  grec;  il  en 
est  de  même  des  élisions,  ainsi  que  des  mutations 
entre  les  lettres  d'une  même  famille. 

Les  corruptions  de  mots  transcrits,  parles  raisons 
susdites ,  sont  presque  inévitables  :  i<Dnp^m^K  pour 
apothecarias ,  etc.  Il  en  est  de  même  du  mot  composé 
Palati  7iotonï(?)==}niDaD^D;  Cajus  Caligida  est  con- 
tracté en  D3!?3Dp ,  tandis  que  semicerica  est  bien  rendu 
pp''")DD''D.  Faut-il  rappeler  (avec  Fûrst,  5.  v.)  Tétymo- 
logie  rabbinique  du  nom  de  Carthage?  Selon  ces 
«sages»,  N:''3nnp  viendrait  de  i<nnp  (ville)  et  yvvvl 

Sans  nous  arrêter  aux  modifications  de  désinences, 
pourquoi  biiccina  =  D"i:'»p'i3  a-t-il  D^  à  la  fin?  C'est 
aussi  peu  logique  que  le  pluriel  en  Dl  de  castren- 
.«*am  =  D"i:mûDlp. 

On  voit  des  traces  de  la  déclinaison  latine.  Vocatif: 

3o. 


444  NOVEMBRE-DECEMBRE  1807. 

domine  =  >:^Dn  ;  génitif:  locamtenentis  =  Dloa^i^Olp^  ; 
accusatif  :  campant  =  psDp ,  gradam  =  oma.  H  y  a 
sans  doute  trace  de  i  accusatif  pluriel  as  dans  Calent 
da5=Di:^p  et  dans  5ofeée=D^'»^1D.  —  Maintes  fois, 
à  la  suite  du  nominatif  singulier,  vient  le  pluriel 
hébreu  ou  chaldéen  ;  d"»,  p.  Le  neutre  a=nv  :  ccw- 
tra  =  H^^D}y  plur.  nniDDJ.  —  La  désinence  mu*» 
n^"»  :  ajfnma5  =  n>^3aK.  Une  fois,  us  redoublé  est  aug- 
menté de  n"»  pour  former  un  nom  concret  :  de  gib- 
6tt5  =  N33a  vient  n>c;ic;33  (gibbosité).  —  Les  parties 
du  discours  autres  que  le  nom  et  ladjectif  figurent 
à  peine.  On  a  le  verbe  marmwro  et  les  formes  yô^^aiis» 
fossata;  puis  les  interjections  i4ve=^3,  vae=^^M; 

i;ii;^  =  «»3>3. 

Donc,  sur  une  échelle  restreinte;  les  mots  de 
source  latine  offrent  le  même  intérêt  philologique 
que  ceux  d'étymologie  grecque,  et  Ton  voit,  en 
somme ,  combien  lassemblage  et  la  juxtaposition  de 
ces  séries  de  notes  grammaticales ,  classées  par  caté- 
gories, font  naître  d*observations  d'intérêt  varié. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  445 


MUSULMANS 

ET  MANICHÉENS  CHINOIS, 

PAR 

M.  G.  DEVÉRIA. 


LES  MUSULMANS. 

En  lySy,  la  aa®  année  du  règne  de  Tempereur 
K'ien-long,  après  la  pacification  de  Tlli,  de  nouvelles 
difficultés  s'élevèrent  dans  le  Turkestan  chinois. 
Bourhân-uddin  et  Rhodjo-Djân,  tous  deux  fils  de 
Mohammed,  chef  des  musulmans  de  Kachgar  et  de 
Yarkend,  se  révoltèrent  ouvertement  contre  la 
Chine  ;  une  première  bataille  eut  lieu  à  Khorkos  au 
printemps  de  1768,  dans  laquelle  Khodjo-Djân  fut 
vaincu;  deux  mois  plus  tard,  poursuivant  leurs-  suc- 
cès, les  troupes  impériales  étaient  rentrées  en  pos- 
session des  villes  de  R'ou-tche,  Chayar  et  Sairim; 
Khotan  fut  repris  dans  le  huitième  mois  ainsi  que 
Aksou  et  Ouché. 

Chassés  ainsi  de  place  en  place,  Khodjo-Djân  et 
Bourhân-uddin,  avec  huit  mille  fantassins  et  sept 
mille  cavaliers,  se  défendirent  en  1  769  dans  la  ville 
fortifiée  de  Yarkend;  après  deux  batailles  livrées 
près  de   Toungkouslouk  et  à  Khoiu*man,   lannéç 


440  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

chinoise  dut  battre  en  retraite  sur  Âksou,  mais  ce- 
pendant Yarkend  tomba  entre  les  mains  des  Impé- 
riaux en  juillet  de  la  même  année,  et  Kachgar  leur 
ouvrit  ses  portes. 

Les  deux  chefs  rebelles,  Bourhân-uddin  et  Kho- 
djo-Djàn,  à  la  tête  des  dix  mille  hommes  qui  leur 
restaient,  s'étaient  retranchés  sur  les  collines  à  l'ouest 
du  lac  Yechil-Koul;  délogés  de  cette  position,  les 
deux  chefs  de  la  révolte  s'enfuirent  au  Badakchan 
dont  le  khan ,  Sultan  Chah ,  déférant  aux  injonctions 
de  l'état -major  chinois,  les  fit  arrêter  et  mettre  à 
mort.  Le  corps  de  Bourhân-uddin  disparut,  on  ne 
sait  comment ,  et  ne  fut  retrouvé  qu'après  trois  ans  ; 
la  tête  de  Khodjo-Djân  fut  portée  à  Péking  et  pré- 
sentée à  l'empereur  ^ 

Deux  Turks  musulmans  jouèrent  dans  cette 
guerre  un  rôle  particulièrement  actif  en  faveur  de  la 
cour  de  Chine;  ils  s'appelaient  Aschek  et  Khodjis; 
le  premier  était  originaire  de  Khotan  et  le  second 
dé  Ouché;  ils  avaient  séparé  leur  cause  de  celle  des 
révoltés;  tous  deux,  en  récompense  de  leur  fidélité 
et  de  leurs  services  fiirent  anoblis  par  la  cour  de 
Chine.  Aschek  fut  fait  duc,  et  Khodjis  prince;  ils 
durent  venir  s  établir  à  Péking  où  il  leur  fiit  donné 
des  palais. 

C'est  le  maréchal  cliinois  Tchao-Hoei  qui  avait 
mené  cette  campagne  de  trois  ans  dans  le  Tiirkes- 

^  Cf.  C.  Imbault  Huart,  Récit  officiel  de  la  conquête  du  Turkeg- 
tan  par  les  Chinois ,  1758-1760  ,  dans  le  Bulletin  de  géographie  hù- 
toriqne  et  descriptive  de  l'Instruction  pubiitpM,  .1895. 


MUSULMAiNS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  447 

tan  :  il  rentra  triomphalement  dans  la  capitale;  l'em- 
pereur alla  le  recevoir  à  dix  lieues  de  la  ville,  Tchao- 
Hoei  amenait  avec  lui  des  prisonniers  et  aussi, 
paraît-il,  des  prisonnières ,  parmi  celles-ci  ime  jeune 
Kachgarienne  qui  entra  dans  le  sérail  du  Fils  du 
Ciel.  Ce  serait,  dit  la  légende,  par  amour  pour  cette 
concubine  que  T  empereur,  après  avoir  d'abord  fait 
construire  un  casernement  de  1^7  chambres  pour 
les  Turks  soumis,  y  fit  élever  une  mosquée  en  face 
de  laquelle,  de  l'autre  côté  de  la  rue,  est  un  pavil- 
lon faisant  partie  de  la  résidence  impériale ,  et  du- 
quel la  favorite  pouvait  assister  à  certaines  prières 
et  voir  circuler  ses  compatriotes.  Ce  pavillon  est 
encore  appelé  «le pavillon  d'où  l'on  voit  sa  patrie^  ». 
L'empereur  K'ien-long  fit  en  outre  venir  du  Tur- 

^  Dansic  tome  Y  de  ia  China  Review,  sous  te  titre  de  The  captive 
maiden,  M.  G.-C.  Steut  donne  ia  traduction  (?)  de  quatre  strophes  de 
vers  chinois  (?)  attribuées  à  ia  jeune  prisonnière;  il  ne  npus  dit  mal- 
heureusement pas  quel  est  l'ouvrage  qui  lui  en  a  fourni  le  texte  ori- 
ginal. 

En  voici  les  première  et  dernière  strophe  : 

«Ceci  ressembie  beaucoup  à  ma  patrie;  oui,  je  vois  devant  moi,  1^ 
semblant  autant  que  i*art  peut  faire,  ies  balustrades,  le  portail,  le  mur 
massif  et  ia  tour  qui  domine  ie  tout.  Je  puis,  de  temps  à  autre ,  surprendre 
dans  ia  cour  que  j^aperçoîs ,  les  signes  de  quelques  figures  familières  ;  les 
femmes  et  ies  filies  de  ces  bommes  de  Kachgar  portant  ies  costumes  de 
ma  patrie  I 

Ceci  ressemble  l)eancoup  à  ma  patrie ,  mais  pourtant  ces  murailles  me 
rappellent  trop  et  trop  souvent  mon  autre  demeiire.  Remplissant  raon 
cœur  de  vaios  regrets  et  de  souvenirs,  je  préférerais  oublier.  Cette  mos- 
quée fut  construite  par  bonté  pour  moi ,  et  ne  me  parait  pourtant  qu'une 
moquerie.  Cela  me  fait  soupirer  quand  II  me  voudrait  gaie.  Pourquoi 
est-ce  que  je  regarde?  Obi  faut-il  que  ma  patrie  soit  à  la  fois  si  près  et  si 
loin  ! 


448  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1897. 

kestan  des  artisans,  des  danseurs  et  des  musiciens 
turks^  pour  les  divertissements  de  la  cour.  C  est  en 
lyôA  que  se  termina  la  construction  de  cette  mos- 
quée située  dans  la  rue  Tchang-ngan  qui  longe  à 
l'ouest  le  mur  du  palais  impérial  ;  dans  la  cour  inté- 
rieure deux  stèles  de  marbre  rappellent  la  consécra- 
tion du  monument  :  Tune  porte  une  inscription  chi- 
noise traduite  en  mandchou,  l'autre  une  inscription 
en  turk  oriental  traduite  en  mongol. 

Voici  la  traduction  de  l'inscription  chinoise  qu'a 
tracée  de  sa  main  l'empereur  K'ien-long  et  qu'il  a 
recouverte  de  ses  cachets  : 

(  l'aligne  :)  Stèh  commémorative  de  la  mosquée  de$ 
Twrks  construite  par  ordre  de  l'empereur. 

(a'  ligne.)  Maître. suzerain  de  rUnivers,ie8  contrées  dW 
cès  difficile  et  lointaines  s'en  remettent  toutes  à  Nos  com^ 
mandements,  et  ceux  qui  se  trouvent  dans  les  limites  de 
Notre  domination  n*oseront  plus,  comme  dans  le  passé ,  pré- 
tendre à  leur  indépendance  I  C'est  le  principal. 

Dans  Tantiquité  il  était  du  devoir  des  administrateurs  des 
affaires  extérieures  de  tenir  compte  des  goûts  des  étrangers, 
de  prévenir  leurs  désirs  et ,  pour  ce  qui  est  de  leurs  pratiques 
religieuses,  de  ne  pas  modifier  leurs  coutumes. 

Peut-on  ne  pas  approuver  une  telle  ligne  de  conduite 


^  La  musique  des  pays  musulmans  accompagnait  des  danses; 
elle  comprenait  :  un  tambour  de  basque,  un  tambourin,  un  violon, 
un  psaltérion  à  18  cordes,  une  guitare  à  9  cordes,  une  mandoline, 
un  'bautbois,  un  autre  bautbois.  C'est  le  Houéi-tze-ing  qui,  sous 
le  contrôle  de  la  suritttendaiice  Nei-won-fon,  devait  préparer  cette 
musique.  —  Cf.  Ta-tùng-hoei-tien,  k.  xxxiii,  p.  19  et  xxxiv,  p.  31. 


450  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

croire  (jue  c'est  parce  qu'ils  nous  auraient  donné  de  leurs 
territoires  et  auraient  été  Nos  sujets  et  Nos  serviteurs. 

Grâce  aux  g^randes  faveurs  que  Nous  avons  respectueuse- 
ment reçues  du  Ciel ,  (  5"  ligne  )  de  la  Terre ,  de  Nos  Aïeux 
(6*  ligne)  et  de  Nos  Dieux- tutélaires,  nous  avons  pu  pacifier 
la  Dzoungarie  et  nous  assurer  ensuite  de  toutes  les  villes  du 
Turkestan  :  leurs  begs,  Khodjis,  Aschek^  et  autres,  ont  reçu 
de  Nous  l'investiture  princière  et  ducale  ;  Nous  leur  avons  ac- 
cordé des  palais  ;  le  reste  de  ceux  auxquels  il  n'a  pas  été  per- 
mis de  rentrer  dans  leur  patrie,  demeure  à  Touest  de  la 
porte  Tchang-ngan;  les  uns  sont  fonctionnaires,  les  autres 
serviteurs;  le  quartier  où  il  leur  est  accordé  de  demeurer, 
est  désigné  par  les  habitants  de  la  capitale  sous  le  nom  de 
Houei-tze  (7'  ligne)  fng  (campement  des  Musulmans)*. 

Là  ils  se  midtiplient  de  jour  en  jour.  Des  distinctions  de 
race  ne  pourraient  se  faire  qu'au  détriment  de  l'amitië 
mutuelle  :  aussi  désirons-nous  que ,  pour  harmoniser  les  dif- 
férences qu'il  y  a  entre  les  uns  et  les  autres ,  on  se  traite 
avec  égards  et  qu'on  s'abstienne  d'étonnements  déplacés. 
Tout  d'abord  il  y  a  d'autanl  moins  à  les  froisser  à  prc^pos  de 
leur  religion  que ,  les  quatre  Ouirates  de  la  Dzoungarie  ayant 
été  annexés  à  l'empire ,  la  pagode  de  Kouldja  et  le  temple 

^  Nous  avons  parié  de  ces  deux  personnages^  dans  notre  intro- 
duction. Khodjis  fut  appelé  à  quitter  Oaché  pour  demeurer  à  Pé- 
king  en  1766  et  y  mourut  en  1781.  C'est  en  1760  que  Aidb^ 
vint  s'établir  dans  la  capitale  chinoise  où  il  resta  plusieurs  années; 
il  obtint  ensuite  de  l'empereur  l'autorisation  d*àUer  gérer  les  terres 
dont  il  était  propriétaire  à  Khotan ,  Kara-kach ,  Yarkend  et  Cha* 
koutseii;  il  mourut  lai  aussi  en  1781.  — 'Cf.  Hauêi-Kumif  t'ong- 
tçhi,  k.  VI,  manuscrit  sans  pagination. 

*  Q  Honeî,  terme  qui  désigne  les  musulmans  ;  j*ai  expliqué  ce 
nom  dans  mon  mémoire  sur  V Origine  de  V Islamisme  en  Chine,  dans 
le  Centenaire  de  l'Ecole  des  langues  orientales,  p.  3 10. 

En  1760  un  certain  Pai-Khodja  fat  nommé  capitaine,  chargé  de 
l'administration  des  Turks  soumis  demeurant  à  Péktnjç.  Ils  rde- 
vaient  de  la  surintendance  da  pidais  (Nei-won-fou),  Ct,  Teken-yvem" 
tehi'lio. 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  451 

de  Pou-ning\  successivement  bâtis  par  Nous,  sont  là  pour 
attester  que  la  sollicitude  est  Notre  moyen  de  pacification  ;  les 
Houei-tze  (Turks)  (8"  ligne)  sont  de  nos  sujets  et,  puisqu'il 
en  est  ainsi ,  pourquoi  seraient-ils  moins  favorisés  ? 

Nous  avons  donc  ordonné  à  la  Direction  des  Travaux  du 
Palais  de  construire  au  centre  du  terrain  qu'ils  occupent ,  et 
aux  frais  de  Notre  cassette  particulière ,  ce  temple-ci  ;  son  por- 
tail spacieux  (comme  la  voûte  du  Ciel),  sa  grande  nef  haute 
et  lumineuse ,  les  bâtiments  latéraux ,  tout  enfin  est  conçu 
selon  les  règles;  sa  construction*  commencée  dans  la  4'  lune 
heureuse  (Tsing-ho)  de  Tannée  Koei-Wei,  (28'  année)  de 
K'ien-long  (1763)  a  été  terminée  au  bout  dun  an. 

La  foule  des  Houei-tze  s*y  assemble  périodiquement  :  les 
(9*  ligne)  begs  et  autres  qui  viennent  annuellement  à  la 
Cour,  aiment  tous  sans  exception  faire  leurs  dévotions  dans 
cet  édifice  qu'ils  admirent  car  ils  n'ont  pas  vu  le  pareil  en 
Occident. 

Nous  leur  avons  demandé  :  «  Aviez-vous  jamais  eu  l'hon- 
neur tel  que  celui-ci  de  pouvoir,  en  vous  approchant  aussi 
près  du  Soleil  (moi),  jouir  en  même  temps  de  l'agrément 
des  choses  de  votre  pays  ?  » 

Se  prosternant  humblement  en  battant  des  mains  avec 

• 

^  La  pagode  de  Kouldja  était  située  au  nord  de  la  rivière  Di. 
Ce  temple  bouddhiste  fut  brûlé  lors  de  la  révolte  d'Amour  Sana. 
En  1765,  l'empereur  K'ien-long  fit  rebâtir  à  Je-ho-1 ,  an  nord-est 
de  la  montagne  et  sur  le  modèle  de  celui  de  Koulcya,  un  monas- 
tère appelé  Ngan-iuan  miao  •  monastère  de  la  pacification  des  pays 
lointains  »  ;  il  était  desservi  par  des  lamas  de  la  secte  jaune.  Quant 
au  premier  temple  de  Kouldja,  ii  ne  fut  pas  reconstruit.  — 
Cf.  Kin-ting  si-yu  t'on-tchi,  k.  xxxxvn,  p.  24. 

Pour  ce  qui  est  du  temple  appelé  P'ou-ning  ou  de  P'ou-ning,  je 
n'ai  rien  pu  trouver  qui  puisse  nous  renseigner  sur  son  origine  et 
son  emplacement.  Un  district  de  ce  nom  existe  dans  la  préfecture 
de  Tch'ao-tcheou  de  la  province  de  Canton;  un  autre  P'ou-ning 
existait  là  où  est  aujourd'hui  le  district  de  Jen-cheou  de  la  pro- 
vince de  Sse-tchouen. 


452  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

enthousiasme,  ils  ont  unanimement  répondu:  «(Non)  en 
effet  I». 

Nous  avons  ajouté  : 

Vos  coutumes  à  vous,  Turks,  ne  vous  avaient  appris  qae 
Texistence  du  Rouz  Nameh\  (lo'  iigne)  tandis  qu'aujour- 
d'hui vous  recevez  le  calendrier  de  la  Cour;  Vous  ne  con- 
naissiez jusqu'à  ce  jour  que  l'existence  des  Tengas*,  tandis 
qu'aujourd'hui  on  fond  des  monnaies  pour  votre  usage. 

Bien  plus,  les  institutions  qui  vous  régissent,  le  prélève- 
ment contrôlé  des  taxes,  l'admission  à  la  Cour,  les  ban- 
quets ,  etc. ,  sont  autant  de  grandes  innovations  grâce  aux- 
quelles 'û  n'y  a  plus  rien  chez  vous  qui  ne  soit  en  harmonie 
avec  Notre  verbe  et  Nos  enseignements  ;  Notre  gouvernement 
met  ainsi  en  évidence  la  manière  dont  il  convient  que  des 
hommes  dirigent  des  hommes,  et  surtout  comment  il  faut 
s'y  prendre  pour  traiter  tout  le  monde  selon  la  religion  de 
chacun. 

«  Vous  remarquerez  que  parmi  Nos  divertissements  choré- 
graphiques Nous  avons  réservé  une  place  au  talent  de  vos 
danseurs  de  corde ^,  (  1 1' ligne)  car  ceux  qui  portent  le  tur- 

*  Le  livre  des  jours ,  journal. 

*  Monnaie  turke;  5o  pouiç  font  un  tenga.  Le  poul  est  une 
monnaie  de  cuivre  assez  épaisse  non  percée  de  trou.  En  1769,  le 
général  Tchao-Hoei  demanda  à  l'emperear  qu*il  fût  établi  à  Yar- 
kend  une  fonderie  de  monnaie  pouvant  fournir  jusqu'à  cent  mille 
tengas.  Sur  l'avers  était  écrit  en  chinois  K'ien-long  t'ong  pao  et  sur 
le  revers  le  nom  en  mandchou  et  en  persan  de  Yarkend.  Ces  pièces 
étaient  rondes ,  percées  d'un  trou  carré  comme  les  monnaies  chi- 
noises. Dans  la  suite  on  demanda  à  l'empereur  que  les  pièces  à 
Tusage  d'Aksou,  Ouché,  K'outche,  Kharachar,  Sairim  et  Bai  soieiit 
fondues  à  Aksou;  la  fonderie  fut  transportée  de  là  à  Ouché  en  1766 
et  revint  à  Aksou  en  1798.  —  Cf.  Houei-kiang  t'ong-teki,  L  Tli  et 
Kin  ting  Houei-Kiang  tchi  lio,  k.  m,  p.  54;  Si-ya  Choei  tao  .ki, 
k.  n,  p.  4;  San  tckeou  ki  /io^  k.  vn,  p.  94;  deMeyendorff,  Voyage 
d*Orenhowrg  à  Boukkara,  p.  212,  2,1 4* 

^  Le  Tcki-i  sin-pien,  ^  ^  ^  |g ,  k.  i,  p.  3o,  nous  esplique 
que  certaines  femmes  de  Yarkend  dansent  sur.  une  corde  de  ciiiyre 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  453 

ban  ont  leur  rang  marqué  parmi  les  dijfférents  hôtes  (que 
daigne  entretenir  la  Cour).  Toutes  ces  choses  témoignent 
de  Nos  bonnes  intentions.  Qui  dira  que  non?  C'est  pour- 
quoi Nous  avons  rédigé  cette  inscription  commémorative  à 
laquelle  nous  ajoutons  cet  éloge  : 

(12"  ligne  :)  Qu'est-ce  que  la  Ka'abahP  Qu'est-ce  que  le 
Beit-Oullah?  C'est  le  temple  mystérieux  de  la  secte  des 
Khoua  qui  s'appuie  contre  Notre  palais.  Cette  ville  c'est 
Mekkah.  Votre  ancêtre  est  le  Païghember  *  de  la  Mecque; 
il  a  prêché  les  livres  sacrés  de  l'Ekilieh'  ^  ^  ^  ^^  1®^ 
akhoun'  qui  en  conservent  les  trente  sommes,  qu'ils  se 
tournent  vers  l'occident  ou  vers  le  septentrion  *,  ont  pour  eux 
un  même  respect. 

Ces  marches  de  marbre ,  ces  madriers  de  bois  précieux , 
ce  sont  les  ouvriers  de  l'Etat  qui  les  ont  façonnés ,  afin  qu'en 
voyant  cette  parfaite  magnificence  dix  mille  nations  y 
viennent  à  leur  gré.  » 

(i3"  ligne  :)  Rédigé  et  écrit  pai*  l'empereur,  dans  le  bon- 
heur du  2"  mois  de  l'été  de  l'année  Kia-chen,  29*  de  K'ien- 
long(i764). 

Cette  inscription  chinoise,  comme  nous  lavons 
dit,  est  traduite  en  mandchou,-  turk  et  mongol;  le 
texte  chinois  en  est  l'original  écrit  de  la  main  de  l'em- 

cl'une  dizaine  de  pieds,  tendue  à  8  ou  9  pieds  de  hauteur.  — 
Cf.  Timkowski ,  Voyage  à  Pékin ,  t.  I ,  p;  4o6  et  suiv.  ;  d'Herbelot , 
Bibl.  orient,  s.  v.  Kenchen. 

^  Le  prophète. 

^  De  la  justice,  des  justes. 

^  Après  le  Cheik-ul-Islam ,  le  second  emploi  est  celui  d'Alain , 
le  troisième  celui  de  mufti  ;  viennent  ensuite  les  moUa  ou  prêtres 
savants  ,  enfin  les  akhoun  ou  simples  prêtres.  Le  titre  de  molla  ou 
de  membre  du  clergé  se  donne  à  quiconque  sait  lire.  —  Cf.  Meyen- 
dorflf.  Voyage  d'Orenbourg  à  Boukhara,  p.  263. 

^  Le  Nord  est  la  qiblé  de  l'empereur  de  la  Chine. 


454  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

pereur  K'ien-long;  il  porte  deux  sceaux;  sur  le  pre- 
mier se  lit  la  légende  So  pao  wei  hien  SF  !lf  Ift  K  » 
c  est-à-dire  :  «  N'estimez  que  les  sages  »  ;  c'est  le 
fragment  d'un  passage  du  Chou-king  (part.  IV,  chap.  v, 
$  8)  ainsi  conçu  :  a  N'estimez  pas  les  choses  des 
pays  lointains ,  alors  les  habitants  des  pays  lointains 
viendront  à  vous.  N'estimez  que  les  sages,  alors  la 
paix  régnera  auprès  de  vous.  » 

Le  second  sceau  a  comme  légende  K'ien-long  ya 
P^  %  lil  lâl  ^  >  c'est-à-dire  «  du  pinceau  impérial  de 
K'ien-long  »  (écrit  de  sa  main). 

LES  MANICHÉENS  ^ 

Que  l'on  me  permette  maintenant  quelques  obser- 
vations à  propos  du  passage  suivant  qui ,  dans  l'in- 
scription que  nous  venons  de  traduire,  viserait  Kn- 
troduction  de  l'islamisme  en  Chine  : 

'  Dans  la  notice  que  je  donne  ici  sur  les  Mo-ni,  j'ai  eu  princi- 
palement recours  aux  documents  chinois  déjà  publiés  par  BL  Cha- 
vannes  dans  le  Jovurnal  asiatique  de  janv.  et  févr.  1897;  c'est  à 
M.  Ghavannes  seul  que  revient  le  mérite  de  les  avoir  déooavarts 
dans  le  Tripitaka,  Timmense  encyclopédie  bouddhique  de  Bonya 
Namjio. 

M.  Ghavannes  avait  été  frappé  de  lassertion  de  Tempereiir  K'ieoh 
long,  selon  laquelle  les  Mo-ni  auraient  introduit  Usiamisme  en 
Chine  au  ix'  siècle ,  assertion  qui  se  trouve  reprodoite  sur  une  st^ 
musulmane-chinoise  postérieure  à  i836,  qui  se  trouvait  à  Canton* 

En  recherchant ,  pour  nous  les  présenter,  les  textes  qui  étaient  de 
nature  à  éclairer  cette  question,  M.  Ghavannes  a  voulu,  dit-ii, 
mettre  chacun  de  nous  à  même  de  se  former  une  opinion  person- 
nelle. Nous  len  remercions. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CEilNOlS.  455 

Dans  les  premières  années  Yuan-ho  de  la.  dynastie 
T'ang  (806-820),  dit  K'ien-long,  les  Ouïgoars  Houei-he 
vinrent  avec  des  Mo -ni  apporter  tribut;  ils  sollicitèrent  la 
construction  d*un  lieu  d'assemblée  à  T^aï-yuan. . .  etc. 

Le  fait,  sinon  la  citation,  est  exact;  cest  en  807, 
lors  de  l'arrivée  de  cette  mission  ouïgoure,  que  la 
cour  de  Chine  reçut  délie  la  demande  d'établir  à 
Ho-nan  fou  et  à  T'ai-yuan  fou  un  lieu  d'assemblée 
qualifié  de  Mo-ni  sse,  ou  temple  de  Mo-ni. 

Comment  l'empereur  K'ien-long  a-t-il  vu  des  mu- 
sulmans dans  les  Mo-ni'^  La  chose  est  plus  simple 
qu'on  ne  peut  l'imaginer  :  en  examinant  les  textes 
mandchou ,  turk  et  mongol  de  la  même  inscription , 
on  constate  que ,  se  basant  sur  une  très  lointaine  ana- 
logie phonétique,  l'empereur  chinois  a  considéré  le 
mot  Mo-ni  comme  une  transcription  du  mot  MoUa  ^ 
et  voilà  comme  du  même  coup  les  Ouïgours  Houei- 
he,  venus  en  807  avec  des  Mo-ni ,  sont  devenus  des 
Houei-Hoaei  musulmans  venus  avec  des  Mollas. 

Le  procédé  impérial  est  aussi  expéditif  que  peu 
scientifique,  et  donne  à  l'histoire  une  des  plus  fortes 
entorses  qu'elle  ait  jamais  subies. 

I 

Le  premier  passage  du  Fo-tsou-fong-ki,  qui  nous 
parie  des  Mo-ni  ^  nous  dit  ; 

^  M.  Chavannes,  lorsqu'il  cita  Topinion  de  l'empereur  K'ien- 
long,  ignorait  cette  particularité  qui  l'eût  fait  hésiter  d'avantage  à 
nous  présenter  les  Mo-ni  comme  pouvant  être  des  musulmans. 


456  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

Pour  ce  qui  est  de  la  religion  de  Mo-ni  de  l'Esprit  céleste 
du  feu  (  ^  (5c )'  ^^*refois  en  Perse,  il  y  eut  Zoroastre  qui 
mit  en  vigueur  la  religion  de  VEsprit  céleste  du  feu  ;  ses  dis- 
ciples vinrent  faire  des  conversions  en  Chine  ;  en  63 1  un  de 
ses  disciples ,  le  mage  Ha-lou  vint  apporter  au  palais  la  reli- 
gion du  Ciel  Esprit  ;  un  décret  impérial  ordonna  d'étaUir  à 
la  capitale  un  temple  de  Ta-ts'in  ^  ^  '  < 

Le  mot  Ta-t'sin  désigne  ici  la  Chaldée  comme 
dans  i*inscription  syro-nestorienne  de  Si-ngan  fou. 
C'est  donc  de  là  que  serait  venu  un  prêtre  Mo-ni 
en  63 1  ;  or,  Mahomet  étant  mort  en  632 ,  cette  date 
de  63 1  ne  convient  pas  à  la  venue  des  musidmans 
en  Chine;  donc  les  Mo-ni  ne  pouvaient  être  des 
Moiias. 

II 

Le  Fo-isou-t'ong-kV^  dit  encore  : 

Le  Persan  Fou-to-yen  '  présenta  les  livres  sacrés  des  Deux 
Principes;  après  cela  en  766-779,  on  construisit  des  temples 
de  Mo-ni  à  Ping,  à  Yang,  à  Hong  et  a  Yue. 

L  auteur  chinois  n  établit-il  pas  ici  une  corrélation 
entre  cette  présentation  des  Uvres  des  Deux  Prin- 
cipes et  la  construction  des  temples  de  Mo-ni  ?  «  C'est 

^  D  après  le  Fo-tjoii-t'on^Ai  '^  jj^  ^  |Ë*(<^^Ap*  ^^*  P*  i^^)« 
à  la  leltre  ^  (35)  du  Tripitaka  de  Bimyu  Namjio  cité  par  M.  Cha- 
vannes  (Journ.  asiat.,  janv.-févr.  1897,  p.  61).  A  la  même  page  on 
autre  texte  dit  que  c'est  Zoroastre  qui  institua  la  rdigion  de  rEsprit- 
Célestc  du  feu  de  Mo-ni, 

*  Chap.  Liv,  p.  i5i,  cité  par  M.  Chavannes ,  Jonrn. osîot. >  janv.- 
févr.  1897,  p.  63. 

^  $1  ^  m  Bou-do-icu  =  Bûdh  Ââin  ? 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  457 

en  694,  dit-il  ailleurs^,  que  le  Persan  Fou-to-ien 
(qui était  du  royaume  de  Ta-ts 'in  de  la  mer  de louest), 
apportant  les  livres  sacrés  des  Deux  Principes  ^,  vint 
à  la  cour.  » 

Or  quelles  sont,  au  vu'  siècle,  les  religions  ayant 
pu  importer  de  Perse  ou  de  Chaldée  en  Chine  de 
tels  livres  ? 

Je  n*en  vois  que  deux  : 

1°  Le  culte  de  Zoroastre,  c/est-à-dire  le  Mazdé- 
isme, la  religion  persane  d'Ahura  Mazda; 

2"*  Le  Manichéisme  dont  le  Chaldéen  Mânî  ou 
Manès,  mort  vers  27^  de  notre  ère,  est  le  fonda- 
teur, et  dont  le  système  religieux  a,  comme  source 
principale,  la  religion  des  Perses^.  Les  Manichéens, 

*  Chap.  XXXIX,  p.  75»  cité  par  M.  Chavannes,  Jonrn.  osiat.  >  janv.- 
févr.  1897,  p.  63. 

*  Ces  livres ,  apportés  par  Fou-to-ien ,  sont  désignés  par  les  mots 
eurl  tsong  king  ^  ^  l|E  î  j^  traduis  tsong  ^  par  «  Principe  jMPÎ- 
mordial,  facteur  ou  Etre  primitif»,  parce  que,  d*après  le  grah^ 
dictionnaire  P'ei-wen-yun-fou,  Yang-tsong  ^  ^,  signifie  ie  prin- 
cipe actif,  et  In-tsong  |^  ^  «  le  principe  passif  (la  lumière  et  les 

ténèbres) î  exemples  :  i«  B  J5  IH  ^ o  MMfSk^^^  «o^l 
est  principe  actif,  la  lune  est  principe  passif;  2**  On  appelle  Je  ^ 
principes  célestes,  le  soleil,  la  lune  et  les  étoiles;  et  ^  ^ ,  prin- 
cipes terrestres ,  les  fleuves ,  les  mers  et  les  montagnes.  L'expression 
des  Deax  Tsong  exprime  donc  le  dualisme, 

^  Le  système  religieux  de  M âni  a  comme  sources  principales  :  la 
rdigion  chaldéenne,  celle  des  Perses  et  celle  des  Mandéens;  .l*in- 
fluence  du  christianisme  est  à  peu  près  nulle.  —  (Essai  snr  Mànt 
et  sa  doctrine ,  par  £.  Rochât.  )  —  Les  textes  chinois  font  au  con- 
traire sortir  le  Manichéisme  exclusivement  du  Mazdéisme,  et 
donnent  en  cela  raison  à  M.  J.  Darmesteter  :  «les  vieilles  et  libres 
croyances  encore  mal  endiguées  par  ime  orthodoxie  unitaire,  conti- 

X.  3i 


imilItlrBII    IATIOBAI.B. 


458  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

dit  Aboul-Farage,  avaient  sept  livres  dont  sLx  en 
syriaque  et  un  en  persan  ^. 

Ce  sont  les  prescriptions  contenues  dans  ces  Livres 
des  Deux  Principes  qui,  seules,  peuvent  décidejr  de 
cette  question  de  savoir  à  laquelle  de  ces  deux  reli- 
gions appartenait  le  Persan  Fou-to-yen  ;  ces  prescrip- 
tions ,  les  considérations  de  Leang-tchou  g  j|f  in- 
sérées dans  le  Fo-tsou-fong-ki  nous  les  fait  connaître  ; 
en  voici  le  texte  et  la  traduction  : 

nuaient  à  se  ramifier  en  hérésies  indépendantes;  une  d*entre  eliet, 
la  plus  puissante  qui  soit  sortie  du  Zoroastrisme,  cdile  de  Manès, 
s*empara  même  de  l'esprit  du  roi  Shâhpûhri.  —  (J.  DaroMt- 
teter,  Zendavesta,  t.  III,  p.  xxxiv.) 

Mâni  était  un  maître  consommé  dans  l'industrie  de  dessinateur; 
il  se  produisit  sous  le  règne  de  Châpour  |ben  Ardechir,  du  miliMi 
des  Mages.  —  Cf.  Kitaè  bélan  il  édiân,  dans  ià  Chrestomatkù  pênmnê 
de  M.  Ch.  Schefer. 

^  D  après  le  Ketab  alfihritt  d'Aboul  Farage,  cité  par  Reinand  dans 
sa  Géographie  ^Àhonl  Féda,  p.  cgclxt. 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  458 

f*  ;P  #  «fe  ^o  i  ië  ;t  4o  iD  Jlfc  Jl  fCo  JS  ^ -t 

^  f^  ^  ^  m^mo  K  m  »mo  \ii  M '^  a  z- 

Leang-tchou  ^  dit  :  Selon  les  ordres  de  la  Cour,  ceux  qui 
se  servent  des  Livres  des  Deux  Principes  et  d'écrits  qui, 
s'écartant  de  (nos)  textes  sacrés,  ne  font  pas  partie  du  Pitaka, 
se  livrent  à  une  propagande  trompant  le  peuple,  sont  con- 
sidérés comme  hérétiques  et  punissables  comme  tels. 

Pour  ce  qui  est  des  Deux  Principes  :  il  est  dit  que  les  hommes 
et  les  femmes  ne  doivent  pas  se  marier;  qu'ils  ne  doivent  pas 
converser  ensemble  ;  que ,  quand  on  est  malade ,  on  ne  doit 
pas  prendre  de  remèdes  * ,  que ,  quand  on  est  mort ,  on  doit 
être  enterré  nu  *,  etc. 

Les  (écrits)  qui  s'écartent  de  nos  textes  sacrés  sont  : 

i"  Le  guide  des  passions  rejetées  par  les  Bouddhas; 

2°  Les  discours  d.e  Foh  sur  les  larmes; 

3°  Le  livre  sacré  de  la  venue  au  monde  du  Roi  de  la  grande 
et  de  la  petite  Lumière; 

4"  Dissertations  sur  le  commencement  du  Ciel  et  de  la 
Terre  ; 

5"  Les  considérations  sur  le  Ciel  régulateur  ; 

^  Fo-tsoU't'ong-ki,  chap.  xxxix,  p.  76  du  9*  cahier  de  la  lettre  ^ 
da  Tripitaka, 

^  Le  bouddhiste  Leang-tchou  vivait  sous  la  dynastie  des  Song; 
on  trouve  de  lui,  dans  le  Fo-tsou-t'ong-ki,  des  observations  sur  des 
faits  ayant  eu  lieu  entre  les  années  ii3i-ii63. 

^  Ceci  indiquerait  qu'il  faut  considérer  à  la  fois  au  sens  propre 
et  figuré  la  phrase  :  «Mâni  est  le  souverain  remède».  —  Cf.  £.  Ro- 
chat,  Essai  sur  Mâni  et  sa  doctrine,  p.  182. 

^  On  revêtait  le  mort  du  Rastâ  dans  lequel  il  était  enseveli  ;  mais 
il  devait  sans  doute  en  être  dépouillé  lors  de  la  mise  en  terre,  tout 
comme  les  Mazdéens  étaient  dépouillés  du  Kosti  et  de  leurs  vête- 
ments rituels ,  avant  d'être  livrés  aux  oiseaux  de  proie. 

3i. 


460  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

6"  Les  chants  des  Cinq  Laei  tze  (Wou  laei  tze^). 

Leur  règle  est  de  ne  pas  manger  de  chair  *  et  de  ne  pas  boire 
de  vin; 

Ils  donnent  le  jour  et  se  lèvent  la  nuit. 

Ils  s*adonnent  aux  parfums  '. 

Ils  appellent  bons  coreligionnaires  ceux  avec  lesquels  ils 
nouent  des  relations  secrètes,  et  un  beau  matin,  si  la  ville 
en  fournit  la  moindre  occasion,  violant  alors  les  droits  et 
(devenus]  agressifs*,  ils  commettent  des  troubles  comme 
Fang-la ,  Lu-Ngang  *  et  consorts. 

^  On  pourrait  peut-être  également  traduire  :  «  Cinq  espèces  en- 
viron de  fausseté  philosophique  » ,  en  récapitulant  les  cinq  ouvrages 
qui  viennent  d'être  énoncés. 

*  Je  traduis  ici  Jou-houn  ^  ^  par  «  manger  de  la  chair  ».  En 

effet  y  on  appelle  Houn  ts'ai  ^  ||^  «  les  plats  de  chair  » ,  par  oppo* 
sition  à  Sou  ts'ai  ^  ||^  désignant  «  les  plats  de  l^[umes  ».  Les  hors- 
d'œuvre  froids  composés  de  poulet ,  mouton ,  œufs  et  poisson  que 
Ton  sert  au  commencement  des  repas  chinois  sont  appelés  leng  houn 
i^  ^  ou  houn  froids;  i"  exemple  :  on  lit  dans  le  P^e-lwen-yun- 

fou.  k. XII.  p.io5,Amz,K^^vijt:^1S:f6'^M^ 

^  j^  ^  ^  ;  cette  phrase  tirée  de  Tchoang-tie  a  été  fort  bien 
traduite  par  M.  H.  Giles  :  la  famille  Hoei  est  pauvre  et,  pendant 
plusieurs  mois,  n'a  pas  bu  de  vin  ni  mangé  de  chair,  a*  exemple  :  jf^ 

t^îffiffi$#H+^^i|lf##  ">"  abstinenc,  de 
boire  du  vin  et  de  manger  de  la  chair  dura  trente  ans,  pour  obtenir  du 
ciel  la  longévité  de  sa  mère.  Que  Ton  remplace  le  mot  cAoir  par  ail 
et  oignon,  et  l'on  aura  quelque  chose  de  tout  à  fait  inadmissiUe. 
W.  Williams  traduit  correctement  ^  ^  par  eat  méat.  —  Cf.  aussi 
Boucher,  Boussole  du  langage  mandarin ,  part,  ir,  p.  42  et  3o4. 

'  Manès  ne  permettait  aux  Parfaits  et,  en  particulier,  auxEcdé- 
siastiqnes  que  les  plaisirs  les  plus  spiritualisés ,  tds  que  sont  par 
exemple  ceux  de  la  musique  et  des  parfums.  (Beausobre,  Histoire 
critique  de  Manichee,  p.  xxxi.) 

*  Fang-ia,  natif  de  Tsing-ki  dans  le  Tchi-kiang,  se  prétendait  ma- 
gicien. En  1130,  il  se  mit  à  la  tête  d'une  émeute  avec  le  titre  de 
Cheng-kong  ^  ^  ;  Yong-lo  ^  ^  devint  le  nom  de  ses  années 
de  règne  :  après  avoir  commis  maintes  atrocités ,  il  devint  si  formi-* 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  461 

A  leur  dire,  les  Douze  Ecoles  des  gens  du  Dliyana  de 
l'Ejnpire ,  qui  se  bornent  à  répandre  un  culte  extérieur  \  sont 
dans  le  faux ,  tandis  que  leurs  adeptes,  à  eux ,  sont  vraiment 
orthodoxes. 

Il  y  en  a  qui  disent  que  le  Dharma  (loi) ,  né  de  la  Bodhi 
(intelligence),  plantant  sa  semence  sur  le  terrain  du  cœur, 
pénètre  le  cœur  *. 

dable  que  l'empereur  Wei-tsong  dul  envoyer  contre  lui  des  forces 
considérables  qui  s'emparèrent  de  sa  personne.  —  Communication 
de  M.  H.  Giles,  professeur  à  Cambridge,  d'après  la  biographie  de 
T'ong-koan  -^  ^  dans  le  Song-che. 

^  A  V^^^  iS  fr  ^^^  pratiques  de  hrûle-patfnm,  vase  où  lés 
fidèles  vont  piquer  des  bâtonnets  d*encens. 

*  Les  presbytres  manichéens  étaient  fils  de  l'Intelligence.  L'Intel- 
ligence était  un  des  cinq  membres  de  Dieu,  Roi  du  Paradis  de  Lu- 
mière. 

Ou  bien  le  bouddhiste  Leang-tchou  traduit  dans  ia  terminologie 
bouddhique  ce  que  lui  dit  son  interiocuteur  manichéen,  ou  bien 
cdui-ci  et  ses  coreligionnaires  avaient-ils  trouvé  avantageux  d'adopter 
ia  terminologie  bouddhique;  ce  qui  rend  vraisemblable  cette  der- 
nière hypothèse,  c'est  que  par  deux  fois, à  la  date  de  733  et  posté- 
rieurement à  l'année  11 63,  le  Fo-tson-t'ong-ki  nous  dit  que  les 
Manichéens  se  prétendaient  bouddhistes  : 

f^mmo^m^Bo^l^m^^o  {Fo.Uou-t'ong.ki. 
chap.  Liv,  p.  i5i). 

«Décret  :  Le  Manichéisme  est  une  croyance  hérétique,  il  s'inti- 
tule indûment  Bouddhisme.  Du  moment  qu'il  est  une  doctrine  des 
maîtres  étrangers  d'Occident,  ses  adeptes  agissent  librement;  il  n'est 
pas  nécessaire  de  leur  infliger  de  punition  (pour  ce  fait).  1 

Vong-ki,  chap.  liv,  p.  i5i). 

«Pour  ce  qui  est  du  Manichéisme  (delà  secte  du  Nuage  Blanc 
et  de  celle  du  Nénuphar  blanc) ,  Leang-tchou,  dit  que  ces  trois  sectes 
se  qualifient  faussement  de  Bouddhisme  pour  tromper  le  vulgaire 
stupide.  » 

C'est  ainsi  que  nous  voyons  l'Esprit  céleste  ^  jp||i  chez  les  Maz- 


462  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

Si  on  leur  demande  :  «  Finalement  que  deviendrez-vous  ?  » 
Alors  ils  répondent  :  «  Nous  ne  vivrons  pas  dans  le  céleste , 
et  nous  n'entrerons  pas  dans  le  terrestre;  n'implorant  pas 
Bouddha,  nous  n'effectuons  pas  le  reste  du  chemin;  nous 
allons  directement  au  delà  ^  ». 

déens ,  et  probablement  aussi  chez  les  Manichéens ,  désigné  sons  le 
nom  bouddhique  dcMahesvara  signifiant  «le Grand  et  Indépendant t 
ou  le  «Roi  du  ciel,  des  dcvas». 

«L'Esprit  céleste  des  étrangers  est  ce  que  les  livres  sacrés  ap- 
pellent Mahosvara  ». 

(Leang-king-sin-ki,  cité  par  le  pcre  Havrel,  La  stèle  chrétienne 
de  Si-ngan-fou ,  part.  II,  p.  260.) 


«Yao-Koan  des  Song  dit  :  les  caractères  jll(  |^  désigneot 
l'Esprit  étranger  du  ciel;  |^  se  prononce  hien;  son  coite  est  cdiai 
que  les  livres  sacrés  bouddhiques  appellent  le  culte  de  Mahesvara  ; 
c'est  dans  la  grande  Perse  qu'il  prit  naissance;  on  Vy  nomme  (cidte 
de)  Zoroastre;  celui-ci  eut  un  disciple  appelé  Hiuan-tchen  (Céleste 
vérité  ou  Véridique  céleste),  qui  étudia  la  religion  du  miâtre; 
il  descendait  de  Jou-bouo-chan  (Joukhshan  ou  Soukhshan  oa 
Djoukhshan  ?) .  grand  gouverneur  général  de  la  Perse;  sa  propagande 
s'exerça  en  Chine. 

(Si-ki-tsong-ju  de  Yao-Koan,  k.  J^  »  ^<^1«  2*  à  a3,  cité  par  le 
Père  Havret,  dans  La  stèle  chrétienne  de  Si-ngan-fou,  t  II,  p.  38t.) 

Certains  textes  modernes  portent  luan-tchen  yQ  ^  au  lieu  de 
Hiuan-tctien  ^  [  ,  avec  le  sens  de  vérité  première;  cela  refaite 
simplement  de  ce  que  le  caractère  j^  est  taboue  depuis  ]e  règne 
de  K'ang-hi,  et  remplacé  par  yQ\  c'est  donc  ^  hiaan  •  céleste  • 
qu'il  faut  lire. 

*  Cette  phrase  me  semble  devoir  signifier  :  •  Après  la  mert,  nous 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  463 

Des  gens  stupides  se  font  volontiers  les  adeptes  d  une  re- 
ligion démoniaque  connne  celle-ci;  ils  ne  tuent  pas  j  [ne  boivent] 
pas  de  vin ,  ne  mangent  ni  chair  ni  végétaux  à  odeur  forte  \  c'est 
on  ne  peut  plus  sévère. 

Les  S'ramanas  pratiquent  le  respect  de  Bouddha;  ils  sont 
cependant  en  butte  à  la  raillerie  de  ces  gens  (qui)  n'ont  pas 
à  exercer  de  contrainte  sur  eux-mêmes  en  quittant  leur  famille 
pour  observer  la  loi  de  Bouddha. 

Les  défenses  formulées  dans  ce  texte  ne  sont  cer- 
tainement pa$  celles  du  Mazdéisme:  Zoroastre,  en 
effet,  permettait  le  mariage;  û  s'ensuit  que  les  livres 
des  Deux  Principes  apportés  par  Fou-to-yen  en  69 4, 
n'appartenant  pas  au  Mazdéisme,  sont  ceux  du  Ma- 
nichéisme. 

Un  autre  texte  tiré  du  Tang-choa^  et  attribuable 
à  l'année  807  ajoute:  -■ 

Entre  les  années  806  et  8ao,  les  Ouïgours  rendirent  hom- 
mage à  la  Cour  et  présentèrent  un  tribut;  pour  la  première 
fois  ils  employèrent  des  Moni  pour  cette  venue  (mission);  la 
règle  de  ces  gens  est ,  pour  ce  qui  concerne  le  manger  et  le 
boire  aux  repas  quotidiens ,  de  ne  pas  manger  de  chair,  et  de 
proscrire  le  kit  fermenté  (le  vin). 

Ces  deux  textes  nous  fournissent  donc  les  princi- 
pales caractéristiques  de  la  religion  de  Mâni  : 

ne  parcourons  pas  le  cercle  des  transmigrations  célestes  ou  ter- 
restres. N'implorant  pas  Bouddha,  nous  ne  suivons  pas  le  cours  de 
ces  transmigrations ,  nous  allons  tout  droit  au  delà. 

^  -^,  des  plantes  telles  que  ToignoA,  l'ail,  le  poireau,^  mou- 
tarde. 

^  Chap.  ccxvii,  i'*  partie,  p.  7,  cité  par  M.  Chavannes  dans 
le  Journ.  asiat.  de  janv.-févr.  1897,  p.  68. 


464  NOVEMBRE-DECEMBRE  1807. 

1  °  L'interdiction  du  mariage  qui  sépare  nettement 
le  Manichéisme  du  Mazdéisme; 

2**  La  défense  de  boire  du  vin  ; 

3**  La  prohibition  de  manger  de  la  chair. 

Les  Mo-ni  sont  donc  des  Manichéens  ou  disciples 
de  Mâni  ;  c  est  ainsi  que  nous  les  désignerons  doré- 
navant. 

IV 

Un  des  textes  que  nous  avons  déjà  cités  ^  nous  dit 
que  les  Mânî  professent  le  culte  du  T'ien,  |5Ç ,  terme 
que  nous  avons  traduit  jusqu'ici ,  faute  de  mieux,  par 
Esprit  Céleste,  Divinité  Céleste,  ou  Ciel-Esprit;  or 
un  passage  du  Tch'ang-ngan  tcki  «  Description  de  ia 
ville  de  Tch'ang-ngan  »  dit  ceci  : 

C*est  en  621  que  le  temple  étranger  du  Tien  |^  (at 
établi  à  Tangle  sud-ouest  de  la  Trésorerie ,  c*est  la  divinitë 
étrangère  du  Tien  des  contrées  occidentales.  Dans  ce  temple 
il  y  a  le  fonctionnaire  du  bureau  des  Sa-pao  qui  préside  an 
culte  de  TEsprit  Tien  '  ;  ce  sont  aussi  des  prieurs  étrangers 
qui  remplissent  ces  fonctions  (de  Sa-pao). 

*  Vid.  sup,,  p.  456. 

*  Tch'ang-ngan'tcki  ^  ^  ^  clc  Song  Min-kleoa ,  k.  X,  f*  1, 
cité  dans  Havret,  La  stèle  chrétienne  de  Si-nganfou,  L  II,  p,  s 59* 

'  Ces  fonctionnaires  portaient  peut-être  aussi  le  titre  de  7*Keii 
tcheng  ou  directeurs  du  Tien  ^  ^  ^  W  13?  JE- 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  465 

Pour  l'histoire  de  la  divinité  étrangère  par  Yuan-ngan(?) , 
voir  le  Livre  des  Wei  septentrionaux;  c'est  du  temps  de 
l'impératrice  Ling-tai-heou  que  ce  temple  aurait  été  érigé 
(en  5oo-5i6)  \ 

Puisque  nous  savons  maintenant  que  les  Mo-ni 
qui  pratiquent  le  culte  de  Tien  |3Ç ,  sont  des  Ma- 
nichéens dont  la  langue  syro-chaldaïque  devait  être 
la  langue  liturgique  ^,  il  devient  dès  lors  facile  d'iden- 
tifier ce  titre  de  Sa-pao,  dans  lequel  nous  voyons  la 
transcription  du  mot  syriaque  Sâbâ,  qui  signifie 
vieillard ,  ancien ,  et  répond  au  grec  tirpscTëvTepos  d'où 
presbytre,  prêtre.  Ainsi  quen  témoigne  la  pierre 
nestorienne  de  Si-ngan-fou,  les  chrétiens  chaldéens- 
syriens  désignaient  leurs  prêtres  par  le  mot  syriaque 
Kasis  qui,  quoique  de  forme  différente,  avait  ce 
même  sens  de  ^peaSvrepos,  Il  allait  de  soi  que  les 
ministres  des  deux  sectes  adversaires  ne  fussent  pas 

^  Dans  le  Wei-chou,  k.  xiii,  fol.  12,  il  est  dit  que  la  princesse 
Ling  t'ai-heou,  épouse  de  Hiuan-Wou-ti  (5oo-5i6),  protégea  le 
culte  rendu  par  les  Occidentaux  à  l'Esprit  céleste  étranger  ]^  J^ 
jpÉ.  Cf.  Havret,  La  stèle  chrétienne  de  Si-ngan^ou,  t,  II,  p.  259. 

*  Âboul  Farage  dit  dans  le  Ketab  al  Fihrist  que  les  caractères 
dont  se  servit  Manès  pour  la  transcription  de  ses  livres  étaient 
empruntés  au  syriaque  et  au  persan.  «Manès,  dit-il,  est  l'auteur 
de  sept  traités  religieux,  dont  l'un  est  en  persan,  et  les  six  autres 
en  syriaque;  il  appela  à  sa  religion  les  Indiens,  les  Chinois  et  les 
habitants  du  Khorassan,  et  il  établit  dans  chacun  de  ces  pays  un 
homme  qui  exerçait  l'autorité  en  son  nom ...  Le  chef  de  la  secte 
résidait  à  Babylone,  mais  deux  partis  se  formèrent,  et  l'un  des 
deux  s'étahlit  au  nord  de  l'Oxus. . .  Ce  ^t,  ajoute-t-il,  après  la 
mort  de  Manès,  que  persécutés  par  le  roi  de  Perse,  les  Mani- 
chéens s'enfuirent  au  delà  de  l'Oxus  où  ils  furent  accueillis  par  le 
roi  des  Turcks  qui  porte  le  titre  de  khan.   Néanmoins  qudques- 


466  NOVEMBaE-DÉCEMBRK  1807. 

désignés  de  la  même  manière  ^  Ches  les  Manichéens 
tes  presbytres  (en  persan  TcuTmda)  occupaient  le 
troisième  des  cinq  degrés  de  la  hiérarchie  ecclésias- 
tique •^. 

Quant  au  mot  Hien  ou  Tien  %Ji ,  nous  le  trou- 
vons employé  au  moins  dès  le  premier  siècle  de 
notre  ère  :  en  effet,  le  dictionnaire  Chouâ-^noen  ^  ^ , 
qui  date  de  iO!2  de  J.-G.,  le  mentionne  : 

Dans  le  Koan-tchong  (la  province  de  Chen-û,  Ran-sou)« 
on  désigne  le  ciel  ^  par  le  mot  j^  *. 

Nous  inclinons  à  penser  qu'il  faut  voir  dans  ce 
signe  Tien  |3^,  un  symbole  du  dualisme  adopté 
d'abord  par  les  Mazdéens  et  ensuite  par  les  Mani- 
chéens qui  le  leur  auraient  emprunté,  tm  effet,  Tien 
3^ ,  signifie  à  lui  seul  en  chinois  :  Ciel^fimuunent  ou 
Ciel-Esprit  [%  J/lf  esprit  céleste)  selon  les  contextes; 
quant  à  Chi  jjf  qui  lui  est  adjoint,  il  ne  serait  pas 
là  pour  spiritualiser  le  ciel  qui  n  en  a  pas  besoin , 
mais  pour  le  duaUser;  il  garderait  sa  signification  de 

uns  revinrent  en  Perse  à  l'époque  des  trooMes  qui  amenèrent  la 
chute  des  rois  sassanides  et  lors  de  rinvasûm  arabe.»  (Bcinand, 
Géographie  dAbonl-Féda,  p.  cgclx.) 
^  Lettre  de  M.  Rubens  Duvd. 
*  E.  Rochat,  Essai  sur  Mâni  et  sa  doctrine,  p..  178^ 
'  Mf^MXMïXo'  La  préMmee  du  mot  13^  dans  le 
Chouô'wen  détruit  Tassertion  du  Tch'ang'ngan-teki  de  SongHiB- 
k'ieou,  suivant  laqudle,  d  après  le  fVei-^u,  ce  caradèfe  a'annit 
pas  existé  sous  les  Wei  s^tentrionaox  (386-535).  j{|[  ^  f^  J^ 
%^  Mo  'Ù  M  Î3Ç  ^ î  ^®  *«**®  scmUe  devoir  ioqilîqDlBr  qne 
15^  se  prononçait  comme  ^l^   t*ien,   —  Cf.  Havret,  Im  itèUdiFé- 
tienne  de  Si-ngan  fou ,  t.  II,  p.  a 60.) 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CfflNOIS.  467 

Esprit  terrestre  f^  îf/jf,  qui  lui  est  essentiellement 
propre  ^  ;  nous  avons  donc  ainsi ,  dans  fien  J^  et  chi 
jjf ,  un  équivalent  de  Yang  p^  et  de  /n  f^ ,  qui  sont 
les  deux  termes  du  dualisme  chinois,  mais  je  pro- 
noncerai fien  (et  non  pas  Ai^n)  le  caractère  |^ , 
diaprés  le  nom  du  principe  actif  t'ien  ^ ,  que  seul 
adoraient  les  Mazdéens  et  les  Manichéens  à  l'exclu- 
sion du  principe  adverse.  Cette  prononciation  est  du 
reste  autorisée  par  le  dictionnaire  Tsiyun  H  ]|| ,  pu- 
blié sous  les  Song'^. 

Ou  bien  encore  les  Mazdéens  et  les  Manichéens 
ont-ils  jugé  prudent  d'altérer  par  ladj onction  de 
chi  jïf  le  caractère  Tien  5Ç  «  Ciel  » ,  objet  de  leur  ado- 
ration, afin  de  ne  pas  contrevenir  aux  lois  chinoises 
qui  réservent  exclusivement  à  l'empereur  le  culte  du 
Ciel  (  Tien  5c  ) ,  et  défendent  à  tout  autre  qu'à  lui 
d'en  pratiquer  ou  d'en  faire  pratiquer  le  ministère. 

Dans  certains  textes  où  se  trouve  le  caractère 
Tien  j^,  on  le  fait  parfois  précéder  du  mot^a 
[Houô  (f^)\  \\  me  paraît  tout  à  fait  impossible  que 
le  Manichéisme,  s'étant  inspiré  du  Mazdéisme,  ait 
totalement  négligé  le  culte  du  feu  au  moins  comme 
Lumière ,  image  de  la  divinité  et  de  sa  force.  Mânî 

/  ;^  ^  fé  ^  5C  It  A  A  tt  Tir  JS^  H.  Le  grand  supé- 
rieur  des  cérémonies  sacrées  s'occupait  des  rites  attribués  aux  es- 
prits ou  intelligences  (des  trois  ordres)  céleste,  humain  et  terrestre. 
—  Chi  J^  y  le  troisième  ordre,  comprend  les  esprits  qui  président 
aux  montagnes,  aux  rivières,  aux  lacs,  et  en  générid  aux  localités 
terrestres.  (Biot,  Tcheou-li,  vol.  I,  p.  419.)  —  Cf.  aussi  Kang-hi 
Tze-t'ien  aux  mots  ^  et  Jff . 


408  NOVËMBREDEGKMBRK   1807. 

commandait  la  foi  en  Dieu,  paradis  de  Lumière; 
en  sa  Lumière  qui  est  le  Soleil  et  la  Lune  ;  en  sa  force 
qui  est  le  souffle  léger,  le  vent,  la  lumière,  Teau  et 
le  fea^. 

D'autre  part,  il  faut  le  remarquer,  les  altérations 
que  le  Manichéisme  devait  subir  dans  un  sens  chré- 
tien en  s  avançant  vers  l'occident  de  son  berceau, 
devaient  sur  place  se  produire  dans  un  sens  mazdéen, 
vX  puis  dans  un  sens  bouddhiste  en  se  propageant  à 
rOrient.  Vers  Tan  5oo  de  J.-C.,  pendant  ia  dixième 
année  du  règne  de  Qobad,  Mazdek,  le  Manichéen, 
comme  le  qualifie  Maçoudi^,  révolutionna  la  Perse 
en  y  faisant  adopter  des  doctrines  communistes  qu'il 
dégagea  de  la  religion  de  Mâni.  Mazdek  d'Estakhar^ 
(Persépolis),  fds  de  Bamdad,  avait  pris  ie  titre  de 
Mobed  des  Mobed  *. 

Il  permettait  indiQ'éremment  toute  union  libre 
entre  les  deux  sexes  et  à  tous  degrés  de  parenté^;  il 

^  E.  Rochat,  Essai  sur  Mâni  et  sa  doctrine ,  p.  i^o. 

*  Maçoudi,  Les  prairies  <Jtor,  t  II,  p.  195-196,  trad.  de  Barbier 
de  Meynard. 

^  Le  Kitab  béïân  il-édiân  fait  de  Mazdek  ao  homme  de  Néia  (Kbo- 
rassan).  Cf.  —  Ch.  Srliefer,  Ckrestomatie  penane,  1. 1,  1897. 

*  Hirbed  désigne  un  prêtre  du  culte  du  feu.  Sdon  les  anteora 
orientaux  un  prêtre  des  anciens  Persans  était  en  génénd  appdé  au- 
trefois magh  ou  mogh,  ce  qui  est  excellent,  de  là  magUM  ou  mage; 
une  classe  de  prêtres  supérieure  à  celle-ci  était  les  wiùgk  M  ou  mo- 
bed, un  préfet  ou  juge  des  mages,  des  prêtres  iiutraitt  oa  dei  adora- 
teurs  du  soleil,  dans  un  sens  générd,  un  honune  sage.  Une  troisième 
classe  de  prêtres  persans  était  appelée  dastar  on  tunatenduU,  — 
Cf.  David  Sliea  et  Anthony  Troyer,  Le  Dahistan,  t.  I,  p«  17. 

^  On  lit  une  tradition  concernant  Torigine  de  Tinoeste  dans  le 
Mazd<^isme.  «Les  Persans,  est-il  dit,  attribaent  aux  fifanichéens 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  469 

défendait  de  tuer  les  animaux  et  d'en  manger  la  chair 
et  la  graisse;  il  disait  que  les  hommes  devaient  se 
contenter  pour  leur  nourriture  de  végétaux,  d  œufs, 
de  lait,  de  fromage  et  autres  choses  semblables. 
Mazdek  prétendait  rajeunir  ainsi  la  religion  de  Zo- 
roastre  dont  les  livres,  selon  lui,  auraient  été  mal 
interprétés;  il  devait  donc  prescrire  Tadoration  du 
feu  afin  d'attirer  les  Mazdéens  dans  son  partie  Le 
roi  Qobad  fut  un  des  premiers  convertis  vers  Tan 
5oo.  Quant  à  la  population,  elle  adopta  le  Mani- 
chéisme mazdékite,  soit  pour  donner  libre  cours  à 
ses  appétits  et  à  ses  passions ,  soit  pour  être  d  accord 
avec  le  roi.  Mazdek  réussit  si  bien  dans  son  entre- 
treprise,  que,  admis  à  trôner  à  côté  du  roi,  il  put 
dépouiller  la  plupart  des  grands,  et  se  voir  bientôt  à 
la  tête  d'une  grande  populace  à  laquelle  il  faisait 
part  de  son  butin.  Cet  état  de  chose  dura  à  peu  près 
trente  ans,  jusqu'au  jour  où  Kesra,  fils  et  successeur 
de  Qobad,  fit  massacrer  Mazdek,  le  Manichéen,  et 
80,000  de  ses  disciples  en  533.  Il  est  très  possible 
qu'après  cet  acte  de  vigueur,  de  nombreux  sectateurs 
de  cette  hérésie  manichéenne  soient  sortis  de  Perse 
pour  se  répandre  dans  le  Turkestan,  dans  l'Oui- 
gourie,  jusqu'en  Chine^.    Cette   migration   dut  se 

rinceste  avec  la  mère,  et  n'admettent  pas  qu'il  leur  soit  antérieur  i. 
—  Cf.  Baron  Carra  de  Vaux ,  Note  sur  un  ouvrage  attribué  à  Ma- 
çoudi  (Journ,  osiat., janv.-févr.  1896]. 

*  Mazdek  prescrivait  d'adorer  le  feu.  —  Cf.  Ch.  Schefer ,  le  Siasiet 
Nanieh  ou  Traité  du  Gouvernement,  par  le  vizir  Nizam  oul-Moulk 
abou  Aly  Hassan,  1063-1092,  p.  253. 

*  Sur  Mazdek,  cf.  Maçoudi,  Les  prairies  d'or,  t.  II,  p.]^i 95-196, 


470  NOVEMBRE-DECEMBRE  18Q7. 

produire  surtout  en  ySS -809,  lors  des  persécutions 
des  khalifes  Mahdi  et  Hadi. 
Dans  la  phrase  : 

Parmi  les  divers  étrangers  qui  sont  venus  de  Chine ,  il  y  a 
les  sectateurs  de  Mânî,  ceux  de  Ta-t'sin  (la  Chaldée)  et  ceux 
du  (culte)  Tien  J5Ç». 

Cette  dernière  expression  désigne  évidemment  ici 
le  Mazdéisme  puisque  le  Manichéisme  est  désigné 
sous  le  nom  de  son  fondateur.  C'est  pour  la  même 
raison  que  l'expression  de  «  Ta-ts  in  •  ou  de  la  Chal- 
dée qui  s'applique  au  Manichéisme  et  au  Nestoria- 
nisme ,  indique  ici  cette  dernière  religion. 


Nous  avons  donc  vu  les  temples  de  Mâni  désignés 
sous  le  nom  :  1°  de  Tien  tse  %%  |^  en  62 1  d après 
l'objet  de  leur  culte  qui  est  le  dualisme;  a°  de  7a- 
ts'in  sse  ^  |^  -^  ou  temple  de  la  Chaldée  en  63i 
d'après  l'origine  de  leur  croyance  et  de  leur  langue 
liturgique;  3"  de  Mâni  sse  f^  f&  ^  ou  temple  de 
Mânî  en  7 68  d'après  le  nom  du  premier  chef  spiri- 

traduction  de  Barbier  de  Meynard.  —  Mirkhond,  Hittoin  en 
Samanides,  trad.  de  S.  de  Sacy,  p.  353-355;  Darmesteter,  Zend 
avesta,  t.  II,  p.  62.  —  David  Shea  et  Anthony  Troyer,  Le  Dth- 
bistan,  t.  I",  p.  372 ,  375,  377.  —  Le  Siasset  Ncanek,  du  viiir  Ni- 
zam  oul-Moulk  Aly  Hassan,  trad.  de  Ch.  Schef(^,  p.  345*985. 

^  Ed.  Chavannes,  Le  Nestoriamsme ,  dans  le  Journal  luiatkfUê  ée 
janvier-février  1897,  p.  72. 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  471 

tuel  de  ia  secte  ;  on  désigne  cependant  sous  un  qua- 
trième nom  ces  temples  deMânî  en  768  et  771  : 

Un  décret,  dit  le  Fo-tsoa-t'ongki^ ,  ordonna  à  ceux  des 
Ouïgours  (Hoei-he)  qui  pratiquaient  le  culte  de  Mânî  qu*ils 
élevassent  des  temples  de  la  Lumière  Resplendissante  dans  les 
Grands  Nuages (-^  S  %  W  ^  Ta-ja/i  koang-ming  sse). 

Autre  texte  du  même  auteur ^  : 

Les  Ouïgours  demandèrent  à  établir  dans  les  arrondisse- 
ments de  King  ^  ,  Yang  & ,  Hong  fit ,  et  Yue  j^ ,  des 

temples  de  la  Lumière  Resplendissante  dans  les  Grands 
Nuages  ;  les  adeptes  de  cette  religion  portent  des  vêtements 
blancs  et  des  coifFures  blanches^. 

Le  cuite  manichéen  est  surtout  consacré  au  Dieu 
de  Lumière ,  au  Père  de  la  Lumière ,  au  Paradis  de 
Lumière;  or,  dans  un  pays  comme  la  Chine,  qui  ne 
croit  pas  à  l'immortalité  de  Tâme ,  q[uelle  expression 
meilleure  que  la  Lumière  Resplendissante  dans  les 
Grands  Nuages  les  Manichéens  pouvaient-ils  employer 

^  Ubi  sup.,  p.  67. 

*  Vhi  sup.,  p.  67. 

^  Le  blanc  était  la  couleur  adoptée  par  les  prêtres  mazdéens  et 
mandéens;  peut-être  est-ce  à  eux  que  les  Manichéens  en  avaient 
emprunté  l'usage;  peut-être  aussi  faut-il  rappder  quen  Taimée 
760-751  les  habitants  de  la  Mésopotamie  avaient  pris  le  blanc  et 
déclaré  la  déchéance  d'Aboul-Abbas  Saifah;  le  blanc  était  un  in- 
signe de  deuil  et  en  même  temps  une  manifestation  contre  le  noir, 
couleur  officielle  des  Abbassides.  Prendre  le  blanc  était  se  déclarer 
en  révolte  ouverte  et  se  préparer  à  lutter  jusqu'à  la  mort.  —  Cf.  Ru- 
bens  Du  val,  Histoire  d'Edesse,  dans  le  Jovwnal  asiatique  de  janvier- 
février  1892 ,  p.  81. 


472  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897.v 

pour  exprimer  en  chinois  leur  Paradis  de  Lumière, 
le  temple  du  Paradis  de  Lumière? 

Les  caractères  Ta  yun  koang  ming  55^  :^  H  ^  W 
"^  figurent  dans  Finscription  de  Temperenr  K'ien- 
long;  ses  traductions  turkes,  mongoles  et  mand- 
choues les  considèrent  comme  ne  formant  quun 
seul  nom  dun  même  temple;  on  ne  peut  donc  le 
couper  en  deux  pour  en  faire  les  temples  nommés 
Ta-yun  et  Koang-ming. 

VI 

Les  villes  dont  il  est  question  dans  la  citation 
précédente,  sont  : 

1°  La  préfecture  de  King-tcheou  sur  le  Yang- 
tze  Kiang  dans  la  province  du  Hou-pe; 

2°  La  préfecture  de  Yang-tcheou  sur  le  Yang-tee 
Kiang  dans  la  province  du  Kiang-sou; 

3°  La  préfecture  de  Nan-tchang  sur  un  affluent 
du  Yang-tze  kiang  dans  la  province  du  Kiang  si; 

4**  La  préfecture  de  Chao-hing  (avec  Nîng-po) 
sur  le  bord  de  la  mer  dans  la  province  du  Tchi- 
kiang. 

C'est  là,  dit  le  Fo-isou-t'ong-ki^,  que  des  Ouï- 
gours  construisirent  en  768  des  temples  du  Paradis 
de  Lumière,  c'est  là,  dit  le  même  ouvrage^,  qaen 
771  ils  demandèrent  à  en  construire. 

^  Éd.  Cbavannes,  Le  Nestorianisme ,  dans  le  Journal  asiatitfue  de 
janvier-février  1897,  p.  67. 
*  Ubi  sup,,  p.  67. 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  473 

11  y  a  là  une  contradiction  flagrante,  et  je  préfé- 
rerais sur  ce  point  m'en  rapporter  au  texte  historique 
chinois  qui  a  permis  à  Gaubil  de  dire  : 

Le  prince  Houei-he  (Ouïgour)  avait  demandé  à  l'empereur 
de  laisser  à  la  Chine  les  Moni;,  ils  habitaient  plusieurs  pro- 
vinces et  à  la  Cour.  L'empereur  lui  répondit  qu'il  ne  voulait 
pas  pour  le  moment  que  dans  les  provinces  il  y  eût  des  reli- 
gieux étrangers,  mais  qu'il  en  laisserait  quelques-uns  à  Lo- 
y ang  (  au  Ho-nan  ) ,  à  T'ai-yuan  fou  (  au  Chan-si  ) ,  à  Si-ngan 
fou  (au  Chen-si)\ 

On  trouve  en  effet  dans  le  Tang-choa  la  mention 
de  cette  autorisation  de  construire  des  temples  de 
Mânî  à  Ho-nan  fou  et  à  T'ai-yuan  fou^. 

Au  surplus ,  qu*y  aurait-il  d'étonnant  à  ce  que  Jes 
Ouïgours  aient  établi  ou  fait  établir  des  temples  de 
Mâni  dans  les  localités  maritimes  précitées  :  les 
meilleures  relations  n  existaient-elles  pas  alors  entre 
leur  khakan  et  la  cour  de  Chine?  Leur  puissance 
n'était-elle  pas  à  son  apogée?  En  ySy  le  fils  du 
khakan  ouïgour  n'avait-il  pas  amené  à  l'empereur 
de  la  Chine  un  corps  d'armée  considérable  pour 
combattre  victorieusement  la  révolte  de  Ngan-Lou- 
chan?  En  788,  le  khakan  des  Ouïgours  n'épousait-il 
pas  une  princesse  impériale  chinoise?  En  762,  le 
khakan  des  Ouïgours  ne  venait-il  pas  en  personne 

^  Gauhil,  Histoire  des  Tang ,  Mémoires  sur  les  Chinois,  t.  XVI, 
p.  228. 

*  Lbi  snp.,  p.  71.  —  En  799,  dans  le  4*  mois,  après  une  longue 
sécheresse  les  Maîtres  Mâni  ^  J^  ^  furent  invités  à  prier  pour 
avoir  de  la  pluie.  —  Cf.  Havret,  La  Pierre  chrétienne  de  Singanfou, 
t.  II,  p.  269. 

X.  32 

IMmilIliBIK   BATtOIALS. 


474  NOVEMBRE-DEGËMBRE   1897. 

en  Chine  à  la  tête  de  1 00,000  de  ses  gens  pour  ai- 
der 1  empereur  à  reprendre  ses  deux  capitales  tom- 
bées entre  les  mains  des  rebelles?  Dans  de  tdles 
conditions  politiques  qu  y  aurait-il  d'impossible  à  ce 
que  le  khakan  ouïgour,  ce  voisin  puissant  sur  l'as- 
sistance duquel  il  était  bon  de  pouvoir  encore  comp- 
ter, ait  pu  obtenir  pour  ses  M âni  ou  pour  d'autres 
de  Bassorah  ou  de  Siraf  venus  du  golfe  Persîque  par 
mer,  l'établissement  d'vm  lieu  d'assemblée  sur  trois 
marchés  des  bords  du  Yang-tze  et  d  un  quatrième 
sur  la  côte?  A  qui  mieux  quau  khakan  desOuïgours 
les  Manichéens  qui  se  trouvaient  près  de  lui,  et  parmi 
lesquels  devaient  figurer  des  Ghaldéens  et  des  Per- 
sans, pouvaient-ils  s  adresser  pour  obtenirde  tels  avan- 
tages dont  jouissaient  déjà  les  moines  bouddhistes? 
Nous  dirons,  enfin,  que  les  Ouïgours,  Tartares, 
Arabes,  Persans  et  gens  du  Khorassan  au  service  du 
Céleste  Empire  dans  les  circonstances  que  nous  ve- 
nons de  relater,  ne  devaient  pas  retourner  chez  eux 
sans  laisser  en  Chine  quelques-uns  des  leurs;  c'est 
ainsi  quen  78/^  on  comptait  encore  i5o,ooo  de  oes 
étrangers  dans  les  armées  de  lempire,  et  à  Si*ngtn 
fou  seulement  il  y  ayait  A, 000  Êimilles  étrangères 
qui  devaient  évidemment  se  livrer  au  commerce  et 
tendre  à  s  établir  dans  les  provinces  du  littc^rai  qui 
produisent  le  thé  et  la  soie. 


MUSULMANS  ET  MANICHEENS  CHINOIS.  4^5 


VII 


Le  texte  qui  nous  parle,  en  806 ,  de  la  venue  des 
Manichéens  avec  une  ambassade  des  Ou'igours  cpp^ 
tient  la  phi^ase  suivante  ^  : 

Le  kkakan  ordinairement  avec  (eux)  a  en  commun  le  gou- 
vernement "q'fF^H^Hif.ifc'- 

C'est-à-dire  : 

Le  khakcm  (des  Ouïgowf)  associe  d'm^  rïwnière  constat^ 
[les  Manichéens)  au  gouvernement  [de  ses  Etats) ^ 

C'est  cette  phrase  tirée  du  T'ang-ehon,  qui  a 
permis  au  père  Gaubii  de  nous  dire  : 

Les  Ouîgours  avaient  des  religieux  appelés  Moni  qui  avaient 
beaucoup  de  crédit  sur  eux  et  étaient  fort  consultés  par  le  Kha- 
kan  dans  les  affaires  de  la  nation*. 

Somme  toute,  aucun  texte  chinois  ne  nous  dit 
que ,  d  une  manière  générale ,  les  Ouîgours  fussent 
manichéens;  les  auteurs  chinois  nous  rapportent 
simplement  qu'il  y  avait  des  Ouîgours  manichéens, 
que    des  Mânî  (qui   étaient  sans  doute   d'origine 

*  Kieon  Tang-choa,  chap.  xiv,  p.  7,  cité  par  M.  Chavannes, 
Journal  asiatique  de  janvier-février  1897,  p.  71. 

^  D'après  le  texte  de  l'édition  ja(x>naise  di|  Tting-ahou  qui  m'es 
obligeamment  communiqué  par  Mf  Courant,   ^   eft  ufi  yerbe 

comme  dans  la    phrase  Hft^^îl^^^A^E  f^^  PIM^ 
M.  Couvreur. 

^  Gaubii,  Histoire  dss  Tang,  Mémoiireji  sur  les  Ç^bi^oi^,  t.  ^VI, 
p.  100. 

33. 


4*76  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

chaldéenne  ou  persane)  avaient  faciiement  accès 
auprès  de  ieur  khakan ,  et  qu  ils  avaient  la  confiance 
de  celui-ci  au  point  de  lui  servir  habituellement  de 
conseillers.  Ce  n'est  sans  doute  pas  assez  pour  confir- 
mer d  une  manière  absolue  et  dans  leur  ensemble 
les  dires  de  Maçoudi  et  d'Aboul  Farage  quand  ils 
écrivaient  au  x''  siècle  que  le  khakan  des  Togouz 
Ogouz'et  son  peuple  étaient  manichéens,  mais  cela 
suffit  à  nous  faire  voir  les  Manichéens  occuper  tout 
au  commencement  du  ix*  siècle,  depuis  quelque 
temps  déjà,  auprès  des  Khakans  ouïgours,  une  situa- 
tion privilégiée  et  prépondérante  dont  il  n  a  jamais 
été  question  pour  les  Chrétiens  nestoriens,  situa- 
tion qui  a  pu  mettre  les  Manichéens  à  même  de 
communiquer  les  premiers  aux  Ouïgours  lusage  de 
J'alphabet  syro-chaldéen  d'où  dérive  leur  écriture  ^ 
Nous  n'avons  aucune  preuve  indiscutable  que,  au 
IX*  siècle,  le  Nestorianisme  ait  déjà  pénétré  chez  les 
Ouïgours^. 

VIII 

Les  Manichéens  étaient  désignés  en  syriaque  et 
en  arabe  comme  Jils  de  Mânî;  en  Chine  leur  appella- 
tion fut  peut-être  la  même;  ils  se  seraient  donc  appelés 
Mo-ni  tze  JIji  ^  "^  «  fils  de  Mânî  »,  mais  les  écrivains 

'  Reinaud,  dans  sa  Géographie  dAhonl  Féda,  p.  cccLxy,  tire 
les  mêmes  conclusions  d'un  passage  du  Kitab  Alfihrist  d'Abool  Fa- 
rage. 

^  Les  cimetières  de  Pishpek  et  de  Tokmak  ne  comptent  aacune 
stèle  funéraire  nestoricnne  antérieure  au  xiii*  siècle. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  477 

chinois,  ne  considérant  sans  doute  le  mot  tze  ^  fils 
que  comme  une  désinence  substantive  de  la  langue 
orale,  l'auront  supprimé  dans  la  langue  écrite  de 
leurs  textes. 

Toujours  est-il  que  les  deux  caractères  chinois 
dont  est  formé  le  nom  de  Mo-ni,  doivent  être  pro- 
noncés Mâni;  nous  en  avons  un  exemple  frappant 
dans  la  phrase  suivante  où  Ton  voit  les  deux  carac- 
tères Mo  JS^  et  ni  ^  employés  pour  rendre  les  deux 
syllabes  mânî  dans  la  transcription  du  nom  arabe 
Samâni  : 

Les  (Arabes)  Tazi  envoyèrent  Balkin  Samâni  et  autres 
offrir  en  tribut  (à  la  cour  de  Chine)  des  produits  de  leur 
sor. 

^  Oa  mieux  Balkin-es-Samâni  avec  la  même  transcription  chi- 
noise. Balkin  est  le  nom  d*une  tribu  arabe. 

Si  San-mO'jii  _^  &  J^  devait  signifier  •  trois  Mânî  t  il  faudrait 
entre  Po-lo-k*in  ^  jj||  |^  et  San-mo-ni  ^  J^  ^  une  copola- 
Uve  telle  que  ^  ,  ^  ou  ^  signifiant  «en  compagnie  de,  avec,  et» 
comme  dans  la  phrase  chinoise  citée  au  commencement  de  la  page  53 
du  même  artide  de  M.  Chavannes  ;  pour  que  Po-lo-Kin  soit  un 
Mânî ,  il  faudrait  déplacer  le  mot  ^  et  écrire  |^  j|||  |^  ^  ^ 
m  /g  ou  biea  ^  H  i>:  ^  JH  ;B  H  ;5 .  Le  San-mo-ni  de  la 

phrase  originale  n'a  donc  qu'une  valeur  purement  transcriptive 
pour  rendre  le  mot  Samâni.  Le  caractère  Mo  J^  dans  les  tran- 
scriptions de  l'époque  s'employait  pour  Ma  comme  dans  Samâpatti 
^  jS^  §k.  |£  et  dans  Samâdhi  ^  |^  ^ . 

La  citation  chinoise  précédente  se  continue  ainsi  : 


478  NOVEMBRE-DÉCEMBRE   1897. 


IX 


En  8/io,  les  Qirgliiz  détruisaient  la  puissance 
des  Ouïgours  septentrionaux  et  se  substituaient  à 
eux  dans  le  khanat  de  TOrkhon.  Un  grand  nombre 
de  Ouïgours,  ainsi  chassés  vers  le  sud,  se  rabat- 
tirent sur  la  frontière  du  Chan-si  à  1  est  du  fleuve 
Jaune,  et  demandèrent  à  y  vivre  sujets  de  Fempire 
du  Milieu;  en  8/i  i  le  souverain  chinois  jugea  pru- 
dent de  leur  accorder  des  secours  en  grains  qu*ils 
réclamaient,  el  une  partie  de  ces  Ouïgours  fut  in- 
corporée dans  Tarmée  chinoise;  les  autres  ayant  de- 
mandé à  la  cour  la  permission  de  demeurer  à  Kouei- 
hoa-tch  eng  et  se  Tétant  vu  refuser,  se  révoltèrent, 
ravagèrent  le  Chan-si  et  le  Tchi-li.  Dans  le  Chan^si 
ils  furent  défaits  le  1 3  février  842  ;  dix  mille  furent 
tués,  vingt  mille  se  rendirent,  et  une  grande  partie 
des  Ouïgours  dispersés  se  soumirent  aux  comman- 
dants chinois  du  Tchi-li. 

mm  B  mm  i^mmm^mit^^tè  m  Mo 

«Mânî  et  autres  furent  introduits  dans  la  salle  Tch*ong-tcfaeQg- 
tien  ;  il  offî-it  des  perles  ânes  et  dit  que ,  depuis  le  jour  de  leur  dé- 
part ;  il  avait  le  réel  désir  de  contempler  la  face  auguste  de  Tempe- 
reur,  et  qu*en  offrant  ces  perles ,  il  désirait  qu'il  ne  lui  soit  rien 
donné  en  retour;  Tempereur  Tchen-tsong  n'y  consentit  pts  et*  i^ 
lant  à  rencontre  du  désir  de  Tenvoyé ,  il  attendit  son  départ  pour 
le  combler  doublement  de  présents.  » 

Ici  Mâni  est  l'abréviation  à  la  chinoise  du  nom  propre  SamAni, 
nom  du  lieu  d'origine  de  Bslkin  i  Balkin  de  Samân. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  479 

Quel  contrecoup  ces  événements  eurent-ils  en 
Chine?  Les  auteurs  chinois  vont  nous  ie  dire^  : 

En  843  un  décret  ordonna  que  tous  les  temples  de  Mâni 
fussent  supprimés  ;  à  la  capitale ,  soixante-dix  femmes  mânf 
furent  tuées  ;  ceux  des  Màni  qui  se  trouvaient  parmi  les  Ouï- 
gours  furent  exilés  dans  divers  districts;  il  en  mourut  (ou  il 
en  fut  tué)  plus  de  la  moitié. 

Ainsi  voit-on  les  Mâni  qu'avaient  jusqu'alors  pro- 
tégés les  Ouïgours,  subir  les  conséquences  de  la 
ruine  de  leurs  protecteurs.  Si  ce  n est  là  quune 
simple  coïncidence  elle  est  d  autant  plus  digne  de 
remarque  que  la  mesure  qui  atteignait  les  Mânî  en 
8/i3  avait  un  caractère  tout  spécial,  car  ce  nest  que 
deux  ans  plus  tard,  en  8^5 ,  que  parut  le  décret  qui 
frappait  indistinctement  toutes  les  religions  étran- 
gères en  Chine,  el  faisait  rentrer  dans  la  vie  laïque 
260,500  religieux  ^et  religieuses  bouddhistes, 
2,000  religieux  (seng)  de  Ta-tsin  (nestoriens), 
mages  (mazdéens)  et  Tien  J3c  (manichéens)* 

Malgré  cette  persécution  les  Manichéens  ne  dis- 
paraissent pas  du  territoire  de  lempire;  un  texte 
chinois  nous  dit  en  effet  quen  920,  la  6*  année 
Tcheng-ming  de  lempereur  Mo-ti  des  Leang  posté- 
rieurs, les  Mânî  de  la  sous-préfecture  de  Tcheng- 
tcheou^  (dans  la  province  deHo-nan)se  révoltèrent 
et  déclarèrent  Fils  du  Ciel  xm  certain  Mou-i  ;  on  en- 
voya des  troupes  qui  le  décapitèrent^. 

^  Journal  asiati<^ue,  janvier-février  1897,  p.  72, 

'  "tf  Z*  Hàî-Kouo-t'on-tchi,  k.  xxvi,  f  ig«  Le  tejite  ajoute  : 


480  NOVEMBREDÉCEMBRE   1897. 

Enfin  Léang-tchou  qui  vivait  sous  la  dynastie  des 
Song  et  dont  nous  avons  traduit  quelques  observa- 
tions tirées  du  Fo-tsou-t'ong-ki  nous  a  parlé  des  Ma- 
nichéens de  son  temps  ^. 

X 

CONCLUSIONS. 

1°  Le  caractère  Tien  j^  est  le  symbole  du  Ciel 
daalisé ,  celui  du  Ciel  et  de  la  Terre,  représentant 
les  Deux  Tsong  ^,  ou  Principes  primordiaux  Yang, 
1^  et  /n  1^ ,  la  Lumière  et  les  Ténèbres  ou  bien  il 
ne  résulte  que  dune  défiguration  graphique  néces- 
saire du  mot  Tien  3Ç  signifiant  le  Ciel  sfiritael  dont 
le  culte  est  réservé  à  Tempereur  seul.  Ce  symbole, 
d'abord  adopté  par  les  Mazdéens ,  laurait  été  ensuite 
par  les  Manichéens  ^. 

2°  Le  culte  mazdéen  existait  au  premier  siècle  de 
notre  ère  sur  le  territoire  formant  aujourdliui  les 
provinces  de  Chen-si*  Kan-sou  ^.  Le  célèbre  voyageur 
Hiuen-tchoang  nous  montre  le  Mazdéisme  florissant 
chez  les  Turks  Tou-kiou ,  dans  les  parages  du  lac 
Issikoul  et  de  Taras  entre  les  années  629  et  6^5.  A 
cette  époque  les  Ouïgours  faisaient  partie  de  la  con- 

f  Leurs  disciples  ne  mangent  pas  de  chair  et  ne  boivent  pas  de  vin; 
la  nuit  ils  se  réunissent  pour  se  livrer  à  la  débauche;  ils  rqnré- 
sentent  le  roi  des  démons  accroupi ,  Bouddha  lui  lavant  les  pieds  ». 

*  Vid,  sup.,  p,  458. 

*  Vid,  sup.,  p.  466. 

*  Vid,  sup,,  p.  466. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  481 

fédération  des  Turks  ^  Avec  le  Mazdéisme  avait  dû 
s'introduire  l'écriture  dont  il  pouvait  être  le  véhicule. 
En  677,  le  roi  de  Perse  fugitif,  Pirouz  III,  obtint 
la  construction  à  Tchang-ngan  (Si-ngan  fou)  d'un 
temple  mazdéen  appelé  Temple  de  la  Perse  ^,  d'après 
l'origine  du  culte  ou  de  ceux  qm  le  pratiquaient. 

3"  En  62 1 ,  se  trouve  une  première  mention  d'un 
temple  manichéen  à  Tchang-ngan  (Si-ngan  fou), 
temple  qui  pouvait  avoir  été  là  depuis  les  années 
5 00-5 1 6  ;  ses  desservants  portaient  le  titre  syriaque 
de  Sâbâ  qui  signifie  ^psd&jrepos,  prêtre*;  on  les  dé- 
signe également  sous  le  nom  de  Maîtres  (fiH)^;  ce 
temple  s'appelait  Ta-tsin  sse,  temple  de  la  Chaldée 
d'après  l'origine  du  culte;  on  y  adorait  le  Ciel  daaUsé 
Tien  jfj^  ^  ;  il  y  eut  quatre  sanctuaires  de  Tien  |5Ç  î|| 
dans  la  ville  de  Tch'ang-ngan  (Si-ngan  fou)^.  En 
694,  un  Persan  ou  plutôt  un  Chaldéen  nonuné 
Fou-to-ien  apporta  les  livres  sacrés  des  Deux  Priîi- 
cipes;  les  défenses  qu'ils  formulaient  sont  bien  celles 
du  Manichéisme  :  interdiction  du  mariage,  de maQger 
de  la  chair  et  de  boire  du  vin  ''.  Les  localités  où  fiit 


^  St.  Julien,  Hûtoire  de  la  vie  de  Hiouen-^uang ,  p.  XLVn  et  56. 
'  Tch'cuig^an  tchi,  K.  x,  fôL  4*  cité  dans  Havret,  La  stHe  chré- 
tienne de  Si-ngan JovL,  t.  II,  p.  38 1. 
'  Vid.  sup»,ip,  456,  464. 
^  Vid.  sup,,  p.  473,  note  2. 

*  Vid,  sup.,  p.  464,  465. 

*  Tchang-ngan  tchi,  k.ix,  fol.  3,  et.k.  x,  fol.  1,  4.  5,. cité  par 
le  P.  Havret,  La  stèle  chrétienne  de  Si-ngan  faa,  p,  359,  360. 

^  Fi(2.  sap.^  p.  456,  45g,  46o,  463,  464.  i 


482  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

autorisée  la  construction  des  temples  manichéens 
sont  :  Tch'ang-ngan  (Si-ngan  fou),  Ho-nan  fou  et  Taï* 
yuan  fou  ;  peut-être ,  à  la  fin  du  vin*  siècle ,  cette 
permission  s'était-elle  aussi  étendue  au  midi  de  la 
Chine  dans  des  localités  accessibles  à  la  navigation, 
pour  des  Manichéens  ou  fils  de  Mâni  venus  de  chez 
les  Ouïgours  ou,  bien  plutôt,  du  golfe  Persique  par 
mer^  Les  prêtres  manichéens  de  la  Chine  tendaient 
à  se  faire  passer  comme  prédicateurs  bouddhistes  ^; 
ils  avaient  cependant  <lans  le  Céleste  Empire  une 
existence  officielle  et  indépendante;  cest  ainsi  que 
nous  les  voyons  invités  par  le  gouvernement  à  prier 
pour  la  pluie  en  temps  de  sécheresse*. 

4**  Le  Manichéisme,  avec  récriture  dont  il  peut 
être  le  véhicule,  c est-à-dire Técriture syriaque,  avait 
pénétré  chez  les  Ouïgours  de  TOrkhon  à  une  époque 
qne  nous  ignorons,  antérieure  à  l'année  768;  à  cette 
date,  le  gouvernement  chinois  les  autorise  à  oon«- 
struire  en  Chine  des  temples  manichéens  du  Paradis 
de  Limiière*.  Parmi  les  Manichéens  qui  venaient  de 
chez  les  Ouïgours ,  il  y  avait  des  prêtres  et  des  mar- 
chands; plusieurs  d'entre  eux  vinrent  en  806  à 
Tch'ang-ngan  avec  une  ambassade  des  Ouïgours  ^; 
à  cette  époque,  le  khakan  consultait  ces  Manichéens 


^  Vid,  sup,,  p.  471  à  473. 

*  Vid,  snp.,  p.  461,  n.  2. 

*  Vid,  tup,,  p.  473,  II.  a. 

*  Vid.  snp,,  p.  471. 

*  Vid,  snp,,  p.  463. 


MUSULMANS  ET  MANICHÉENS  CHINOIS.  483 

dans  les  affaires  de  son  gouvernement^  et  semble  s'être 
fait  le  protecteur  de  leur  religion  en  Chine;  c'est  sur  sa 
demande  quen  807  des  temples  deMâni  avaient  été 
établis  à  Tai-yuan  fou  et  Ho-nan  fou  ^  ;  cet  état  de 
choses  dura  jusquen  843,  date  à  laquelle  la  puis- 
sance des  Ouïgours  était  anéantie  et  remplacée  par 
celle  des  Qirghiz  ;  le  gouvernement  chinois  fit  alors 
procéder  à  un  inventaire  de  tous  les  biens  que  possé- 
daient les  temples  de  Mânî  dans  l'empire  ^,  et  fit  dis- 
perser violemment  leurs  fidèles  *. 

5^  En  920  nous  assistons  à  une  tentative  de  ré- 
volte d'un  groupe,  sans  doute  considérable,  de  Ma- 
nichéens dans  la  province  de  Ho-nan®;  les  annales 
mentionnent  sous  la  dynastie  des  Song,  en  961, 
l'arrivée  par  Rhotan  d'un  Maître  Mânî  qui  offrit  à 
la  Cour  de  Chine  deux  vases  de  verre  et  une  pièce 
de  soie  des  pays  étrangers  ^.  Nous  retrouvons  en 
981-984  dans  le  Kao-tch'ang  (près  de  Tourfan) 
un  temple  de  Mânî  desservi  par  des  rehgieux  per- 
sans; à  cette  époque  le  khakan  des  Ouïgours  de 
Kao-tchang  s'appelait  Arslan  [lion,  en  turk);  «le 
bouddhisme  florissait  cependant  dans  ses  Etats  qui 
s'étendaient   depuis  la   frontière  de   Chine  jusqu'à 

^    Vid,  sup.,  475. 

*  Vid.  sup.,  455,  473. 

^  Tang-hoei-yao ,  vol.  XLIX,  fol.  11,  cité  dans  Havret,  La  stèle 
chrétienne  de  Si-nganfon,  p.  259,  n.  3. 

*  Vid,  sup,,  p.  479. 
Vid.  snp.,  p.  479. 
Song-che,  k.  490,  f°  4. 


5 
0 


484  NOVEMBREDÉCEMBRE    1897. 

Khotan  ^  Enfin  le  bouddhiste  Leang-tchbu  qui  vivait 
sous  cette  même  dynastie  des  Song,  nous  parie 
encore  des  Manichéens  de  la  Chine,  postérieurenient 
aux  années  i  i3i-i  i63  ^. 

'  St.  Julien,  Les  Ouîgours,  Jown,  asiat,  de  janvier  1847»  p*  56, 
60. 

'  Vid.  sup,,  p.  459. 


Bibliographie  :  de  Beausobrc ,  Histoire  critique  de  Manichée 
et  du  Manichéisme ,  Amsterdam,  lySA.  —  Baur,  Dai  Mani- 
chàische  Religionssystem,  Tubingen,  i83i.  —  G.  Flûgel» 
Mani,  seine  Lehre  und  seine  Schriften,  Leipzig,  186 a.  — 
Kessler,  Forschungen  àher  die  Manicliàische  Beligion^  Berlin, 
1889.  —  E.  Rochat,  Essai  sur  Mâni  et  sa  doctrine,  Genève, 
1897. 


UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE  X  AVIGNON.     485 

UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE 

À  AVIGNON, 

PAB 

M.  MAYER  LAMBERT. 


I 

En  faisant  exécuter  des  travaux  de  terrassement 
dans  le  quartier  Champfleury,  près  de  la  gare  des 
marchandises,  M.  Henri  Meunier,  propriétaire  à  Avi- 
gnon, a  trouvé  un  petit  bloc  de  marbre  noir,  qui 
était  enfoui  à  3  m.  5o  au-dessous  du  niveau  du  sol. 
Ce  marbre,  qui  mesure  exactement  o  m.  i4  de 
haut  sur  o  m.  1 6  de  large,  porte  une  inscription  phé- 
nicienne. Par  Tintermédiaire  obligeant  de  M.  Bauer, 
rabbin  d'Avignon,  qui  m'a  communiqué  les  détails 
qu'on  vient  de  lire,  j'ai  reçu  une  photographie  du 
monument,  que  M.  Meunier  m'a  autorisé  à  faire 
connaître. 

L'inscription  se  compose  de  quatre  lignes,  dont 
les  trois  premières  ont  2  5  à  27  lettres ,  et  la  qua- 
trième 20.  La  deuxième  moitié  de  la  première  ligne 
a  souffert,  et  quelques  lettres  de  la  troisième  sont 
aussi  un  peu  effacées.  Le  reste  se  lit  très  facilement. 

Les  caractères  ressemblent  beaucoup  à  ceux  qui 


486  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  (807. 

sont  employés  dans  les  inscriptions  de  Carthage  et 
de  Marseille.  L'alef  présente  cette  particularité  que 
le  trait  oblique  supérieiu*  se  termine  par  un  crochet 
qui  rejoint  le  trait  oblique  inférieur.  Le  jambage 
vertical  ne  traverse  pas  les  traits  obliques.  Il  ny  a 
pas  de  séparation  marquée  entre  les  mots. 

Nous  donnons  le  texte  de  Imscription,  d'abord 
en  fac-similé,  daprè$  la  photographie,  puis  tran- 
scrit en  Cfiractères  hébreux  carrés,  comme  nous 
avons  pu  le  déchiffrer.  Nous  surmontons  d'un  point 
les  lettres  douteuses. 

p  mp^nny  p  t3*?>c  ùpd  «anb» 

Nous  proposons  la  traduction  suivante  : 

1 .  Tombeau  de  Zaybaqat,  prêtresse  delà  maltresM  de. . . 
Elle  est  ia  fille  de 

2.  Abdesckmoun ,  fils  de  Baaiyatan,  fiUd*Abd^8chiiiani, 
lemme  de 


UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE  A  AVIGNON.      487 

3.  Baalbanno,  érecteur  (1^)  d(9  dieux,  fils  de  Abdmelqiirt, 
fds  de 

4.  Himilcat,  fils  d'Abdeschmoun.  Ne  pa^  ouvrir  (ce  tom- 
beau ). 

Nous  nous  contenterons  de  quelques,  remarques 
sur  les  mots  obscurs  du  tej^te;  les  lettres  ripa"»?  ne 
peuvent  être  autre  chose  que  le  nom  de  la  personnie 
enterrée,  et  qui  est  une  femme,  comme  on  le  vpit 
par  la  suite  de  Tinscription.  On  pourrait  croire,  au 
premier  gJ)ord,  que  î  est  le  prpnom  démoqstratif, 
mais  la  construction  de  la  phrase  s  y  oppose. 

Dans  n;non,  le  d  et  surtout  len  ne  sont  pas  sûrs, 
mais  on  ne  peut  guère  supposer  ui^  autre  mot. 

On  aperçoit  ensuite  im  reste  du  trait  supérieur 
dun  ^,  qui  commence,  selon  nous,  le  mot  ni^^b.  Le 
-)  est  à  peu  près  certain.  Du  3  on  distingue  le  jain- 
bage  inférieur.  Le  n  n  est  pas  tout  à  fait  net. 

Le  mot  suivant  est  presque  illisible.  On  voit  le 
trait  inférieur  d'une  lettre  qui  peut  être  3 ,  ç ,  j ,  d  ,  Qtc. 
Puis  on  croit  voir  le  haut  dun  V  A  la  rigueur,  il 
pourrait  y  avoir  deux  lettres  avant  le  .  Puis  on  aper- 
çoit un  jambage  qui  peut  provenir  dun  N,  d'un  n, 
dun  p  ou  dun  i. 

Le  trait  oblique  qu'on  aperçoit  ensuite  nous 
semble  appartenir  à  un  n ,  qui ,  avpc  ïalef  très  net  qui 
le  suit,  donne  le  pronom  personnel  xn . 

Les  caractères  qui  terminent  la  ligne  sont  peu 
distincts ,  mais  ils  représentent  certainemeut  Je  paot 
ns;  les  traces  de  lettres  s'accordent,  d'ailleurs,  avec 
cette  supposition . 


488  NOVEMBRE-DÉGEMBRE  1807. 

La  seconde  ligne  donne  la  généalogie  de  Zaybaqat. 
Elle  porte  clairement:  Âbdeschmoun,  fils  de  Baal- 
yatan ,  fils  d' Abdeschmoun ,  et  finit  par  le  mot  nc^K 
«  femme  ». 

La  troisième  ligne  débute  par  Baalhanno,  le  nom 
du  mari.  La  même  malchance  que  nous  avons  déjà 
eue  à  la  première  ligne  a  fait  que  les  mots  importants 
qui  indiquaient  les  fonctions  du  mari  de  la  prétresse 
sont  difficiles  à  lire.  Il  doit  y  avoir  là  six  lettres  dont 
la  quatrième  et  la  cinquième  paraissent  être  ^k.  La 
première  pourrait  être  un  D  ou  d  ,  la  deuxième  un 
p  ou  un  1,  la  troisième  un  D,  un  d,  ou  un  s.  Nous 
proposons  obn  DpD,  qui  élève  les  dieux,  ce  qui  pour- 
rait désigner  un  fabricant  dldoles. 

La  généalogie  de  Baalhanno  ne  présente  aucune 
difficulté.  Les  deux  époux  ont  pour  bisaïeul  Abd- 
eschmoun qui  pourrait  être  leur  ancêtre  commun. 

Dans  les  derniers  mots  nt\ïh  baK,  le  t  seul  n'est 
pas  net.  biH  est  sans  doute  la  n^ation  écrite  d'ordi- 
naire ^3>N,  et  nriD^  est  Tinfinitif  du  verbe  nnD. 
Cette  formule  rappelle  les  objurgations  d'Elschmoun- 
azar. 

L'inscription  d'Avignon  est  intéressante  au  point 
de  vue  historique  :  à  l'endroit  où  ^e  a  été  décou- 
verte, se  trouvait  autrefois,  conmie  me  l'apprend 
M.  Bauer,  un  cimetière,  et  M.  Bauer  pense  que  le 
plus  ancien  cimetière  juif  de  la  ville  se  trouvait  à 
cette  place.  On  doit  donc  croire  que  le  terrain  où 
a  été  trouvé  le  monument  servait  depuis  fort  long- 
temps de  cliamp  de  repos.  La  prêtresse  phéniciemie 


UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE  À  AVIGNON.      489 

fut  1res  vraisemblablement  enterrée  au  lieu  où  Ton 
a  découvert  le  marbre  qui  a  conservé  son  souvenir. 
Les  Phéniciens  étaient-ils  établis  à  Avignon,  et  au- 
raient-ils élevé  un  temple  dont  Zaybaqat  fut  prê- 
tresse? ou  bien  Zaybaqat  serait-elle  morte  au  cours 
d'un  voyage  entrepris  par  les  Phéniciens  sur  le 
Rhône?  Nous  laissons  à  de  plus  compétents  le  soin  de 
résoudre  ce  problème.  Dans  tous  les  cas,  c  est  la  pre- 
mière fois,  à  notre  connaissance,  qu'on  trouve  un 
monument  phénicien  à  une  aussi  grande  distance  de 
la  Méditerranée. 


II 

NOTE   SUR  LE  MÊME   SUJET, 

PAR 

M.  PHILIPPE  BERGER, 

MEMBRE  DE  L*nfSTITUT. 

r 

L'inscription  si  heureusement  déchifiFrée  par 
M.  Mayer  Lambert  n  est  pas  la  première  inscription 
phénicienne  qu  on  ait  trouvée  en  France.  Nous  possé- 
dions déjà  le  grand  tarif  des  Sacrifices  de  Marseille 
[Corp,  inscr,  Sem.  f  i^"  partie,  t.  I,  n""  i  65);  m^is  la 
pierre  de  Marseille  est  identique  à  celle  de  Tunis,  et, 
comme  Tinscription  avait  été  trouvée  au  bord  de  la 
mer,  de  fort  bons  esprits  avaient  pu  se  demander  si 
elle  n  aurait  pas  été  apportée  comme  lest  de  Carthage. 

X.  33 


490  NOVEMBRE-DEGËMBRË  1607. 

Pour  une  raison  analogue,  la  provenance  du  vase  Al- 
bertas(C. /.5. ,  impartie,  t.  I,  p.  217)  était  encore 
plus  contestable  :  les  vases  se  transportent  trop  aisé- 
ment d  un  lieu  h  un  autre. 

Il  y  a  quelques  années  enfin,  on  avait  trouvé  à 
Avignon  même  un  ex-voto  dédié  à  Tanit,  encadré 
dans  le  mur  d  une  maison  de  la  rue  de  la  Masse  ;  mais 
Ernest  Renan,  avec  sa  grande  sagacité,  avait  sup- 
posé, non  sans  raison,  que  c'était  un  ex-voto  de  Car- 
tilage qui  était. venu  échouer  à  Avignon;  et  son 
hypothèse  semblait  confirmée  par  le  fait  que  la  mai- 
son où  il  était  encastré  avait  été  occupée  par  un 
officier  supérieur  qui  avait  pu  faire  campagne  en 
Afrique.  En  effet,  nous  l'avons  retrouvé  parmi  les 
inscriptions  découvertes  à  Carthage  par  M.  de  Sainte- 
Marie,  de  1875  à  1876.  On  peut  voir  son  histoire 
au  Corpus  y  t.  I,  n**  261 . 

L'inscription  découverte  par  M.  Meunier  se  pré- 
sente dans  des  conditions  assez  différentes.  L'examen 
paléographique  ne  peut  laisser  aucun  doute  sur  son 
authenticité.  Les  caractères  sont  très  fins  et  très 
élancés,  tracés  avec  une  grande  sûreté  de  main,  et 
ils  présentent  les  traits  distinctifs  de  l'écriture  pu- 
nique, telle  que  nous  la  trouvons  employée  dans 
le  bassin  occidental  de  la  Méditerranée,  à  Gauios, 
en  Sicile  et  en  Sardaigne,  comme  à  Carthage. 

D'antre  part,  les  circonstances  dans  lesquelles 
elle  a  été  découverte  ne  permettent  guère  de  sup- 
poser qu'elle  ait  été  apportée  récemment  à  Avignon. 
Elle  était,  en  effet,  à  ce  qu'on  nous  dit,  enfouie  ù 


UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE  X  AVIGNON.      4Q1 

3  m.  5o  sous  le  sol,  et  les  lettres  portaient  encore, 
d'après  M.  Perdrizet  qui  Ta  vue  dès  le  lendemain  de 
la  découverte ,  des  traces  de  plâtre  qui  tendraient  à 
prouver  qu  elle  n*a  pas  été  trouvée  à  sa  place  primi- 
tive et  qu  elle  avait  été  réemployée.  Elle  a  donc  dû  sé- 
journer probablement  un  temps  assez  long  à  Avignon. 

Reste  à  savoir  si  elle  n'y  aurait  pas  été  apportée 
plus  ou  moins  anciennement  par  quelque  accident, 
ou  si  cest  bien  Tépitaphe  dune  prêtresse  phéni- 
cienne morte  à  Avignon ,  et  si  nous  avons  là  réelle- 
ment une  inscription  phénicienne  de  Gaule.  Il  faut 
attendre.  Quand  lenquête  scientifique  à  laquelle  on 
se  livre  à  ce  sujet  sera  terminée,  peut-être  serons- 
nous  à  même  de  résoudre  ce  problème.  11  faudra 
aussi  reprendre,  à  Taide  de  Texcellent  estampage  que 
M.  Homolle  a  offert  au  nom  de  M.  Perdrizet  à  l'Aca- 
démie, et  qui  vaut  presque  l'original,  l'étude  des 
parties  mutilées  de  l'inscription. 

Pour  le  moment,  nous  devons  nous  borner  à 
joindre  quelques  notes  au  commentaire  si  judicieux 
dont  M.  Mayer  Lambert  a  accompagné  sa  traduc- 
tion. 

Ligne  1,  Cette  ligne,  qui  est  la  plus  importante 
est  aussi],  par  malheur,  la  plus  mutilée.  —  Le  nom 
propre  npnn  que  M.  Mayer  Lambert  transcrit  Zay- 
baqat  se  trouve  déjà  comme  nom  d'homme  sur  le 
lion  du  Serapeum  de  Memphis  (C.  /.  S,,  n^gy), 
La  comparaison  des  formes  parallèles  pnn  (C.  /.  S., 
n°   569),    Npnn    (n**   981),    Dpn'»!  (n~    182,   a5i, 

33. 


492  NOVEMBRE-DÉCKMBRE  1897. 

A  2  3 ,  etc.  )  pix)uve  que  le  taa ,  de  même  que  le  ment  et 
{'aleff  n  est  qu  une  désinence  et  que  la  racine  est  py^t. 
Peut-être  est-ce  un  nom  étranger. 

M.  Mayer  Lambert  restitue  la  première  partie  du 
titre  de  Zaybaqat  de  la  façon  suivante  :  [^n-]inDn 
nnn  «  la  prêtresse  de  la  Grande  Dame  » ,  etc.  ;  on  aime- 
rait riiieux  nanDH  seul,  ou  naib  nans  s'ans-  Tarticle; 
mjais'^la  lecture  s'impose.  Pour  cet  emploi  du  lamed^ 
comparer  mn*»^  oanD,  I  Samuel,  i,  3.  Comparer 
aussi  le  titre  mnt:;^  nanD  «  prêtresse  dAstarté  » ,  porté 
par  la  mère  dEsmounazar  (C.  /.  S.,  3^).  Le  nom:  de 
la  déesse  est  en  grande  partie  détruit.  Il  semble 
pourtant  que  Toriginal  donnerait  plus  que  la  photo- 
graphie. —  La  ligne  se  termine  par  le  mot  nn  pré- 
cédé de  deux  lettres,  que  M.  Mayer  Lambert  lit  : 
H[n]  «  qui  est  la  fille  de  ».  J'inclinerais  plutôt  à.  les 
lire  H[i\  et  à  y  voir  la  fin  du  nom  divin..  En  général , 
sur  les  inscriptions  phéniciennes ,  le  mot  na  suit 
directement  le  nom. propre  ou  les  titres  qui  raccom- 
pagnent. 

Ligne  3.  Après  le  nom  du  mari  de  Zaybaqat, 
M.  Mayer  Lambert  a  lu  très  heureusement  le  titre 
assez  obscur  de  D.^N  DpD,  qui  n'est  plus  guère  visible, 
et  qui  se  retrouve  à  deux  reprises  dans  lé  Corpus 
{n°*  260  et  261).  11  est  à  noter  que  Tune  des  deux 
inscriptions  où  ce  titre  paraît  est  précisément  cdie 
qui  a  été  trouvée  à  Avignon  dans  la  rue  de  la.  Masse  ; 
mais  il  ne  faut  tirer  aucune  conclusion  de. cette  ren- 
contre purement  fortuite. 


UNE  INSCRIPTION  PHÉNICIENNE  À  AVIGNON.      493 

La  quatrième  et  dernière  ligne  se  termine  par  le 
groupe  nriD^  Vnx.  La  coupure  est  imposée  par  Tin-^ 
scription  ^  qui  présente  entre  les  deux  lamed  un  in- 
tervalle sensible.  On  pourrait  être  tenté  de  rappro^ 
cher  le  premier  mot  de  la  formule  ^an  qui  termine 
les  inscriptions  funéraires  de  Palmyre;  mais  alorà 
on  ne  sait  plus  que  faire  de  nriD*?.  Je  crois  que 
M.  Mayer  Lambert  à  eu  raison  d  y  voir  une  forme 
parallèle  des  négations  ^n  {CL  S.,  n°  3/1.  3,  et 
n°  i65,  1.  i5)  et  Vn'^N  (n°  i65,  1.  i8),  et  qu il  faut 
traduire  «  Ne  pas  ouvrir  » ,  ou  encore  plutôt  *  A  ne 
pas  ouvrir».  Cette  formule  rappelle  dans  sa  conci- 
sion, ainsi  que  le  dit  fort  bien  M.  Mayer  Lambert, 
les  imprécations  portées  sur  les  inscriptions  d'Es- 
mounazar  et  de  Tabnit  contre  ceux  qui  violeraient 
leur  sépulture. 

Il  est  difficile  de  se  prononcer  avec  précision  sur 
la  date  de  Tinscription.  Les  caractères  sont  ceux 
que  nous  sommes  habitués  à  rencontrer  sur  les 
monuments  du  if  et  du  wf  siècle  avant  Tère  chré- 
tienne. L'écriture  ne  porte  encore  aucune  des  traces 
d'altération  propres  au  néo-punique,  h'alef  est  très 
élancé  et  la  tête  de  la  lettre  partage  la  hampe  en  deux 
parties.  Le  tau  est  surmonté  d  une  aigrette  comme 
à  Carthage. 

De  toute  façon,  cette  inscription  est  intéressante 
par  son  contenu,  comme  par  le  lieu  oii  elle  a  été 
trouvée;  elle  le  serait  encore  plus,  s  il  était  dé- 
montré quune  prêtresse  attachée  à  un  temple  phé- 
nicien est  morte  à  Avignon  et  a  pu  y  faire  graver 


404  NOVEMBRE-DËGEMBRE  1897. 

sur  sa  tombe  une  inscription  phénicienne,  soit  que 
ia  déesse  mentionnée  sur  Tinscription  ait  eu  son 
sanctuaire  à  Avignon ,  soit  que  Zaybaqat  ait  été  prê- 
tresse dun  temple  de  Marseille  ou  même  de  Car* 
thage.  Peut-être  le  nom  de  la  déesse,  quand  on  le 
lira ,  foumira-t-il  quelques  lumières  sur  ce  point.  En 
tous  cas ,  la  présence  de  Phéniciens  à  Avignon  ren- 
drait plus  probable  Thypothèse  d  après  laquelle  le  ta- 
rif des  Sacrifices  serait  bien  de  Marseille  elle  temple 
de  Baal  Çafôn  qui  y  est  mentionné  aurait  été  élevé 
sur  remplacement  même  de  la  cathédrale  actuelle. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  '495 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SÉANCE  DU  12  NOVEMBRE  1897. 

La  séance  est  ouverte  à  4  heures  et  demie.  ' 

Présents  :  MM.  Barbier  de  Meynard ,  président  ;  Maspero, 
vice-président. 

MM.  Hondas,  Clêrmont-Ganneau ,  Le  P.  Boyer,  Duval 
Chabot ,  Perruchon ,  V.  Henri ,  Halévy ,  Feer,  Devéria ,  M.  Cou- 
rant, Cabaton,  Pelliot,  Boehl,  Dumont,  Finot,  M.  Schwab, 
Oppert ,  l'abbé  Nau ,  Foucher,  Ferté ,  Aymonier,  Cf,  Beaure- 
gard,  membres,  et  Drouin,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  de  mai  est  lu ,  sa  rédaction 
est  adoptée. 

Sont  reçus  membres  de  la  Société  ; 

MM.  le  marquis  del  Valle  de  Tojo,  chevalier  de  Malte, 
demeurant  à  Nice,  avenue  Désambrois,  n*  2,  prt- 
senté  par  MM.  E.  Leroux  et  Drouin. 
le  D' Bushell  (Stephen-Wootton),  médecin  de  la 
légation  britannique  en  Chine ,  demeurant  à  Nor- 
wood.  Central  Hill  (Angleterre),  présenté  par 
MM.  Chavannes  et  G.  Devéria. 

Le  Conseil  autorise  l'échange  du  Journal  asiatique  avec  les 
Analecta  BoUandiana^  recueil  rédigé  par  les  BoUandiistes 
membres  de  la  Société  de  Jésus.  En  échange  des  quinze  jpre- 
miers  volumes  des  Analecta  et  de  ceux  qui  suivront,  la  So» 
ciété  asiatique  remettra  les  volumes  du  Journal  è' partir  du 
i"  janvier  i883.  Les  fascicules  des  deux  recueils  sénront  res- 
pectivement envoyés  à  l'avenir,  lors  de  leur  publicationf. 


4d6  NOVEMBRE-DECEMBRf.  1897. 

Le  Secrétaire  présente  à  la  Société,  au  nom  du  pandit 
Râii  Kumar  Dâs  qui  habite  Ailampur,  un  spécimen  de  récri- 
ture lepcha  ou  rong  contenant  en  manuscrit  et  en  typogra- 
phie une  adaptation  de  la  parabole  de  Tenfanl  prodigue  en 
langue  lepcha.  M.  L.  Feer  est  chargé  par  M.  le  Président 
de  prendre  connaissance  de  ces  notes  et  de  faire  un  rapporti 
s'il  y  a  lieu ,  à  la  prochaine  séance. 

M.  Maurice  Gourant  annonce  à  la  Société  que  M.  Inouvc 
qui  était  délégué  du  Gouvernement  japonais  au  Congrès 
des  orientalistes  vient  de  publier  en  français  et  en  allemand 
le  texte  d'une  lecture  qu'il  a  faite  à  la  section  de  TExtréme- 
Orient  du  Congrès,  sur  l'histoire  et  la  philosophie  confu- 
cianiste  japonaise.  M.  Courant  exprimejle  désir  que  l'au^ur, 
qui  est  professeur  à  l'Université  de  Tokyo,  puisse  développer 
dans  un  ouvrage  plus  étendu  les  faits  intéressants  dont  il 
n'a  doniié  qu'un  court  aperçu  dans  sa  communication  au 
Congrès. 

Sont  également  offerts  à  la  Société  : 

Par  M.  Moyse  Schwab ,  avec  éloge ,  au  nom  de  M.  René 
Philipon ,  la  traduction  française  faite ,  sur  l'hébreu ,  du  Com- 
rnenUtire  de  Rabbi  Issakhar  Baer  sur  le  Cantique  des  Canti- 
qiies  ; 

Par  M.  Olivier  Beauregard,  une  pièce  de  vers  composée 
par  lui  à  l'occasion  du  dernier  Congrès  des  orientalistes; 

Par  M.  le  Président ,  au  nom  de  M.  Fr.  Hirth ,  une  bro- 
chure intitulée  Ueber  aie  einheimischcn  Qucllen  zur  Creschickte 
der  chinesischen  Maîei-ei,  dont  plusieurs  exemplaires  ont' été 
distribués  par  M.  Hirth  lui-même  à  divers  membres  du  Con- 
grès. 

Le  Secrétaire  présente  au  nom  de  M.  Gustave  Boiiion- 
nade,  ancien  professeur  à  l'École  de  droit  de  Tokyo,  les 
années  189a  à  1896  de  la  Bevae  française  da  Japon,  Des 
remerciements  sont  adressés  par  la  Société  aux  donateurs 

M.  ClermontGanneau  communique  à  la  Société  une  in- 
scription phénicienne  gravée. sur  une  tablette  de- marbre 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       497 

trouvée  récemment  à  Tyr.  Cette  inscription,  qui  n*est  qu'un 
fragment ,  est  ainsi  conçue  : 

que  M.  Glermont-Ganneau ,  en  laissant  de  côté  les  deux  pre- 
mières lettres  qui  appartiennent  peut-être  a  un  mot  précé- 
dent^ propose  de  lire  «  Abdibaal  chef  des  Cent»  ç'est-à-dirç 
«  chef  du  Conseil  des  Cent  »  ce  qui  laisserait  supposer  qu*il  y 
a  eu  à  Tyr,  m^me  sous  la  domination  séleucide  et  ptolé- 
maïque,  un  sénat  de  cent  membres,  analogue  au  Conseil 
des  Cent  de  Carthage. 

M,  J.  Hsdéyy  présente  ensuite  une  série  d'observations 
sur  les  points  suivants  ;  i  **  les  nom^  donnés  chez  les  anciens 
Sémites  aux  armes  et  aux  chars  de  guerre;  2*  un  passage 
de  Job  sur  Texistence  humaine  ;  3"*  sur  le  peuple  appelé  Ma- 
tieni  ou  Mantieni  chez  les  auteurs  grecs,  et  que  M.  Hsdévy  croit 
être  les  Manda  du  Zagros;  4"  3ur  les  villes  a  voisinant  Sir- 
pourla  pu  Lagash  de  la  Bab^onie  du  Sud  ;  5*  enfin  sur 
quelques  passages  de  V Ecclésiastique  mal  compris  par  le  tra- 
ducteur grec. 

M.  Oppert  fait  quelques  remarques  au  sujet  de  ces  diverses 
communications. 

M.  Tabbé  J.-B.  Chabot  communique  une  notice  sur  Técri- 
vain  syriaque  Jean  Bar-Kaldoun  et  sur  Touvrage  de  cet  au- 
teur mentionné  dans  le  catalogue  de  'Ebedjesus  de  Nisibe 
sous  le  titre  de  l«irfa»ad}  1»^ .  C'est  la  biographie  d^un  moine 
nommé  Joseph  Bousnaya,  qui  vivait  au  xi*  siècle  de  notre  ère 
dont  Bar-Kaldoun  fut  le  disciple,  ce  qui  permet  de  fixer 
l'époque  jusqu'à  présent  incertaine  à  laquelle  écrivait  cet 
auteur.  La  notice  de  M.  Chabot  sera  publiée  ultérieurement 
dans  le  Journal  asiatique. 

Il  est  procédé  ensuite  au  renouvellement  de  la  commis- 
sion de  rédaction  du  Journal  asiatique  pour  l'année  1 897- 1 898. 
Sont  nommés  meml^res  de  cette  commission  :  MM.  G.  De- 
véria-,  Duval ,  Maspero ,  Oppert  et  Senart. 
La  séance  est  levée  à  six  heures. 


498  NOVEMBRë-DëGEMBRË  1807. 

ANNEXE  AU  PROCES- VERBAL. 
(Séance  du  12  novembre.) 

1 

L  usage  de  donner  des  noms  à  certains  objets  inanimëa 
qui  ont  un  intérêt  particulier  pour  leurs  possesseurs,  est 
répandu  cbez  plusieurs  peuples  du  monde.  Parmi  les 
Sémites ,  cet  usage  a  été  constaté  très  firéqu^nment  ohes  les 
Sabéens  au  sujet  de  toute  espèce  de  constructions.  Les  Assy- 
riens assignaient  à  leurs  armes  de  guerre  des  noms  très  iponor 
peux  :  ainsi  le  char  de  Sennachérib  s  appelait  Sâkip  fini  m 
raggi  «  celui  qui  abat  les  bons  et  les  méchants  ».  Je  crms  que 
le  même  usage  a  aussi  existé  chez  les  Hébreux.  Dans  Isale , 
LX,  18,  il  est  dit  que  les  murs  de  la  Jérusalem  ftiture  por^ 
teront  le  nom  de  n^^t!f^  «  victoire  » ,  et  leurs  portes,  cdui  de 
n^HD  «gloire».  Plusieurs  expressions  obscures  reçoivent, 
grâce  à  ce  principe,  une  explication  satisfaisante.  Bln  voici 
quelques   exemples.    Jusqu*à    présent    on    traduisait  7313 

n2^^t!f'^  (Isaïe,  lix,  17)  par  les  mots  peu  clairs  «casque  de 
victoire  »  ;  désormais  il  faudra  les  remplacer  par  «  le  casque 
(nommé)  Victoire;  il  s  agit  du  casque   que    Yahvé  porte 

dans  la  bataille.  De  même ,  le  groupe ^^n1aÇ"lD 

Dâ^lC^^  (Habacuc,  m,  8)  ne  signifie  pas  «tes  chars  de  vic- 
toire», ce  qui  est  contraire  à  la  grammaire,  mais  :  ttes 
chars  (nommés)  Victoire.  »  Mais  le  cas  le  plus  remarqi|aUe 
se  fait  observer  au  sujet  du  verset  Habacuc,  m,  g,  qui  parie 
de  Tare  de  Yahwé,  et  est  ainsi  conçu  :  ^f)l(^j2  "ll^O  n'^']^ 
"IDK  DltSD  nl^Ul^.  Les  trois  derniers  mots  de  cette  phrase 
ont  présenté  des  difficultés  insurmontables  aux  Septante, 
et  les  exégètes  modernes  recourent  également  à  des  oonec- 
tions  qui  changent  entièrement  la  forme  du  texte  maMoré- 
tique.  En  vérité ,  les  mots  IVH  DltSÇ  nl2^)3tt^  constituent 
le  nom  de  Tare  qui  signifie  littéralement  :  «  Les  serments 
(=  alliances  ou  coalitions  conclues  sous  serments  mntada. 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  499 

cf.  Néhémie,  vi,  18)  des  tribus  (hostiles)  sont  une  parole 
(s^  un  vain  mot)  »;  c*est-à-dire  «  s'évanouissent  à  son  appari- 
tion ».  La  fin  du  verset  s  y  adapte  on  ne  peut  mieux  :  L'arc 
de  Yahwé,  à  peine  parait-il,  que  la  terre  solide  et  com- 
pacte (y*lK)»  se  désagrège  et  se  résout  encourants  d'eau 

(ypDn  nnna). 

II 

Dans  Job,  xiv,  i4,  les  commentateurs  modernes  ne 
savent  que  faire  de  la  phrase  interrogative  initiale  niD''  DK 
rr^n^n  ^33 ,  qui  interrompt  le  contexte  et  semble  être  détachée 
d'un  passage  à  teneur  identique  à  celle  de  ce  chapitre.  Je 
crois  que  ce  passage  n'est  autre  que  le  verset  28  qui  clôt  le 
chapitre  xiii,  où  Job  demande  à  Dieu  pourquoi  il  traite 
l'homme  en  ennemi ,  tout  en  sachant  qu'il  est  un  être  faible  et 
passager.  Ce  verset  commence  par  le  pronom  de  la  3*  personne 
pourvu  de  la  conjonction ,  K^DI ,  lequel  ne  se  rattache  pas  bien 
aux  pronoms  des  deux  versets  précédents  qui  sont  cens,  de  la 
1*^*  personne.  £u  y  ajoutant  la  phrase  interrogative  en  ques- 
tion, la  construction  devient  régulière,  et  le  sens  de  l'en- 
semble aussi  clair  que  possible  :  «  Si  l'homme  meurt ,  revi- 
vra-t-il  ?  Il  tombera  plutôt  en  décomposition  comme  une 
chose  pourrie ,  comme  un  vêtement  dévoré  par  la  teigne.  » 

III 

Sous  le  titre  de  :  Un  peuple  oublié,  M.  Théodore  Reinach  a 
consacré  une  intéressante  étude  au  peuple  nommé  par  les 
géographes  classiques  «  Matieni  »  ou  «  Mantieni  » ,  et  qui , 
même  à  l'époque  grecque,  formait  des  ilôts  particuliers  allant 
depuis  la  Susiane  jusqu'aux  bords  de  THalys  en  Asie  Mineure. 
M.  Reinach  s'est  demandé  s'il  ne  faut  pas  y  voir  les  Mittani 
des  inscriptions  égyptiennes  et  babyloniennes ,  mais  la  situa- 
tion du  Mittani,  limitée  au  haut  Euphrate,  n'y  convient 
guère.  Si  je  ne  me  trompe,  les  Mantieni  représentent  les 
débris  de  la  grande  nation  guerrière  appelée  par  les  Anyro- 


500  NOVEMBRE-DEGEMBRE  1807. 

Babyloniens  Umman  (sab)  Manda,  et  qui  a  joué  un  rôle  impor- 
tant dans  l'histoire  des  pays  du  Zagros.  La  Babylonie  a  été 
souvent  saccagée  par  des  bandes  de  Manda  descendus  de  la 
montagne;  Istuvegu  (=  Astyaga)  vaincu  par  Cyrus  est  appelé 
roi  des  Manda,  et  Assurahiddin  combattit  les  Manda  dans  le 
pays  de  Hubuska,  en  Arménie  septentrionsde.  Il  est  même 
permis  de  poser  la  question  de  savoir  si  Thébreu  "''ID  ne  dé- 
signait pas  primitivement  les  Manda  au  lieu  des  Mèdes, 
peuple  frère  des  Perses  que  les  Assyriens  eux-mêmes  n*ônt 
connu  que  relativement  très  tard. 


IV 

Parmi  les  textes  babyloniens  présentés  par  M.  TabbéScheil 
au  Congrès  de  Paris,  se  trouve  une  liste  géographique  des 
villes  oU  villages  a  voisinant  Sirpuiia ,  la  célèbre  ruiné  de  la 
Babylonie  du  sud ,  qui  a  livré  la  plus  grande  partie  dés  anti- 
quités découvertes  par  M.  de  Sarzec.  M.  ScheU  ayant  bien 
voulu  me  donner  la  copie  de  cette  hste ,  je  profite  de  Tocca- 
sion  pour  en  présenter  à  la  Société  un  échantillon  suflBsant , 
des  noms  dont  la  lecture  est  absolument  certaine  ;  j'y  ajou- 
terai les  transcriptions  sémitiques  : 

Mulum[ki)  =  J<7C  «plénitude,  multitude»  (h.  ^70 ) • 
Plkudanu(ki)  =  ppD  «dépôt»  (h.  }^1]?p). 
Bazum[ki)  =>^;  «accord,  agrément»  (h.  JIX*)). 
Parsum[ki)  =  D^D  «  partie  ». 

IstabaU[ki)  lO*  forme  de  la  racine  ^3K  =  (^^)  «*P" 
porter  ». 

An-zam  a^anî=  pnx.  .  .,  «le  dieu. . .  est  notre  frère». 
Ilalîya  =  "^^^N  «  grappes  »  (h.  mVViy). 
Yakadum[ki)  —  1^p^  «brasier,  foyer  ». 
Bana-pê(ki)  =  ''D"|!î  «  bon  ordre  ». 
La-hasira(ki)  =  1!2^D"7n  «annonce  pure». 

Cette  liste,  qui  date  du  règne  d'Hammarabi  (vers  ai5o 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  501 

avant  J.-C.) ,  prouve  d  une  manière  tangible  que  le  sud  de  la 
Babylonie  était  peuplé  par  des  Sémites  et  non  par  des 
Sumériens  allophyles  dont  on  ne-  trouve,  aucune  trace.  On 
sait  que  le  nom  de  la  capitale,  écrit  idéographiquement  5ir- 
puV'la,  se  lit  réellement  la-gas  «don  pur»,  ce  qui  complète 
le  sémitisme  de  toute  la  liste.  La  plupart  de  ces  noms  sont , 
du  reste,  affectés  de  mimation,  désinence  caractéristique 
des  noms  sémitiques  très  anciens. 


Au  cours  de  mes  études  sur  la  littérature  hébraïque,  j*ai 
souvent  contesté  la  date  tardive  que  les  critiques  modernes 
assignent  au  recueil  biblique.  M.  Cornill  ^  la  fixe  à.  Tan  aoo 
avant  notre  ère ,  dans  lequel  aurait  eu  lieu  la  composition  de 
l'Exclésiastique.  J'ai  prouvé ,  dans  la  Revue  sémitiqaej  que 
l'Ecclésiastique  remonte  à  290,  ce  qui  fait  également  remonter 
de  cent  ans  au  moins  la  compilation  du  recueil  biblique.  Ici 
je  m'occuperai  particulièrement  de  l'autre  affirmalion  du 
savant  précité ,  savoir  que  ledit  recueil  n'avait  pas  encore ,  à 
cette  époque,  une  autorité  canonique.  Car  autrement,  dit-il, 
Jésus  ben  Sira ,  tout  en  reconnaissant  qu'il  a  été  illuminé 
et  fécondé  par  la  Loi  de  Moïse ,  n'aurait  pas  pu  dire  :  «  Je 
verse  la  doctrine  comme  la  prophétie  (c&5  'apo^ï)re(av) ,  et 
je  la  laisse  aux  générations  futures»  (xxiv,  32).  A  celui  qui 
connaît  l'insouciance  avec  laquelle  la  traduction  grecque  a 
été  exécutée ,  l'idée  vient  aussitôt  que  les  mots  inadmissibles 
à)s  "apo^rjreiav  tirent  leur  origine  de  ce  que  le  traducteur  a 
faussement  lu  nK1D3D  «  comme  la  prophétie  »  le  mot  yiDDD 
«  comme  une  source  » ,  que  portait  Toriginal  hébreu.  Je  pas- 
serai rapidement  sur  son  second  argument  :  Ben-Sira,  qui 
proclame  avoir  tout  emprunté  aux  livres  saints ,  a  le  droit  de 
dire  que  ses  sentences  illuminent  celui  qui  agit  en  confor- 
mité avec  elles  (l,  39).  Le  troisième  argument  est  beaucoup 

'   Eiukitung  in  das  Allé   Testament,  3*  et  4*  éditions ,  p;  869. 


502  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

plus  curieux.  11  s  agit  du  verset  xlvii,  20  6,  où  Ben-Sira, 
s  adressant  à  Salomon,  dirait  comme  les  prophètes  :  Jtai 
xaxeviiyrfv  M  rff  àppotyivYf  (tov  «  et  je  fai  châtié  à  cause  de 
ta  folie.  »  Malheureusement  pour  cette  conclusion  hâtive ,  le 
texte  hébreu  récemment  retrouvé  porte  en  ce  lieu  nn^MI 
*]33t^D  b^  «et  des  gémissements  sur  ta  couchette»,  ce  qui 
cadre  parfaitement  avec  le  premier  hémistiche.  Dans  mon 
commentaire  sur  ce  verset,  je  me  suis  contenté  de  noter 
que  le  mot  grec  KOLTeviyyrjv  semble  dériver  de  nn^KI ,  malgré 
la  difiérence  du  sens;  je  pensais  alors  que  Htneviiyrjv  était 
une  faute  pour  xœveviiZiv.  Je  vois  maintenant  la  vraie  cause 
de  Terreur  :  le  traducteur  grec  a  lu  nnjiiCI  «  et  j'ai  répri- 
mandé», au  lieu  de  HD^Kl  «et  des  gémissements»;  de  iâ 
le  verbe  à  la  1"  personne  xaxeviyyrjv  «  et  j'ai  piqué,  châtié.  » 
Le  résidtat  de  ces  considérations  est  donc  l'opposé  de  celui 
auquel  le  savant  critique  s'était  arrêté.  Au  temps  de  l'Ecclé- 
siastique, c'est-à-dire  en  290  avant  l'ère  vtdgaire,  le  recueil 
biblique,  à  quelques  exceptions  près,  non  seulement  était 
clos,  mais  avait  déjà  revêtu  l'autorité  canonique  qu'il  a  con- 
servée jusqu'à  nos  jours. 

J.  Hal^. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 
(Séance  du  13  novembre  1897.) 

Par  rindia  Office  :  Epigraphia  Indica,  December,  yoL  Ili, 
part  m,  1897.  March  1896,  1897.  Calcutta,  grand  iii-4** 

—  Journal  of  the  Asiatic  Society  of  Bèngal,  vcd.  XLV, 
part  m,  1896;  vol.  XLVI,  part  i-ii,  n*  i.  Calcutta,  1897, 
in.8'. 

—  Proceedings,  January-April.  Calcutta,  1897,  in-8*. 

—  Annaal  Administration  Report  of  the  Forest  DepartmaU 
for  the  Madras  Presidency,  1897.  in-fol. 

—  Jadicial  and  administrative  Stalistics  for  Brilisk  InàuL, 
for  1895-1896.  Calcutta,  1897,  in-fol. 

—  Indian  Anliquary,  March-May-June.  Bombay,  in-4*- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  503 

Par  l*India  office  :  Bibliotheca  Indica.  New  séries  n***  886- 
89 (j.  Calcutta,  in-4*. 

—  Index,  voL  II,  fasc.  11.  Calcutta,  1896;  in-4*. 

—  Catalogue  oftheLibrary  the  India  Office,  vol.  11,  part  i. 
London,  1897;  in-8'. 

Par  le  Gouvernement  néerlandais  :  Plakaatsboek ,  5  de 
Deel  1808-1809.  Batavia,  1896;  in-8'. 

—  Notttlen,  XXXIV,  3-3.  Batavia,  1896;  in-8'. 

—  Tijdschrlft,  XXXIX,  4.  Batavia,  1896;  in-8*. 

—  W.  IVf  eyer  Ranneflt ,  Javansche  Raadsels  in  Poëzie ,  XLIX 
et  L,  3  Stuk  1896.  Batavia;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  Tinstruction  publique  au  Caire  : 
S.  Lane  Poole,  Calalogae  of  Arabie  coins  in  the  kkedivial  Li- 
brary,  in  Cairo,  1897;  in-8°. 

Par  le  Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  beaux- 
art»,  Mémoires  publiés  par  les  membres  de  la  mission  archéo- 
logique française  au  Caire,  t.  VI.  P.  Casanova,  Histoire  et 
description  de  la  citadelle  du  Caire,  2'  partie.  Paris,  1897; 
grand  in-4*. 

—  Tome  X ,  Rochemonteix ,  Le  temple  d^Edfoa ,  4*  fasc. , 
publié  par  E.  Chassinat.  Paris,  1897;  grand  in-4°. 

—  Publications  de  l'Ecole  des  langues  orientales  vivantes 
Ch.  Schefer,  Siasset-Nameh ,  supplément.  Paris,  1897;  in-8*. 

—  Bibliothèque  des  écoles  françaises  d'Athènes  et  de  Rome: 
Ë.  Ardaillon,  Les  mines  de  Laurion  dans  l'antiquité,  Paris, 
1897;  in-8*. 

—  L.  Pélissier,  Louis  XII  et  Ludovic  Sforza,i,  II,  2*  par- 
tie. Index  analytique.  Paris,  1897;  in-8'*. 

—  Annuaire  des  sociétés  savantes  littéraires  et  artistiques  de 
Paris,  1897;  în-8*. 

—  Journal  des  Savants,  juin-octobre  1897,  Paris;  in -4*. 

—  J.-L.  Dutreuil  de  Rhins,  Mission  scientifique  dans  la 
haute  Asie,  1890-1895,  impartie.  Paris,  in -4". 


J^04  NOVËMBRE-DëGEMBRE  1897. 

Par  le  Ministère  de  l'instruction  publique  et  des  beaux- 
avis  :  Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  Comptes  rem^ 
dus,  Paris,  1897;  in-8°. 

Par  la  Société  :  Société  de  géographie,  i"  et  2'  trime&tres 
1897;  in-8". 

—  Société  de  géographie.  Comptes  rendus,  n"  8-1 4.  Paris, 
1897;  in-8°. 

—  Atti  délia  Academia  dei  Lincei,  Aprile-Agosto,  Roma, 
1897;  in4". 

—  Rendiconti  délia  adunanza  del  5  Giagno,  1897*  Roma; 
in8^ 

—  Rendiconti,  séria  quinta,  vol.  VI,  fasc.  5  et  6,  Roma, 
1897;  in-8*. 

—  Mittheilungen in    Tokio,  Januar-JuU,   1897; 

in-4^ 

—  Transactions  ofthe  Asiatic  Society  of  Japon,  December, 
i896;in-8V 

—  Zeitschrifï  der  deutschen  morgenlàndischen  Gesellschafi, 
Leipzig,  1897;  in-8*. 

—  Revue  française  du  Japon,  année  1896,  janvier-mai 
l896;in-8^ 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  d'Alger,  3*  tri- 
mestre i897;in-8°. 

— •  Transactions  of  the  American  philological  Association, 
vol.  XXVII,  i897;in-8\ 

—  Journal  ofthe  American  Oriental  Society  xyiii***,  vol.  111, 
second  half.  Newhaven,  1897  ;  in-8**. 

—  Revue  des  études  juives ,  avril -juin,  juillet -septembre 
1897;  Paris,  in-8'. 

—  Bulletin  de  la  Société  de  géographie  d'Alger,  1897, 
a'  trimestre  ;  in-S". 

—  Bulletin  de  la  Société  des  études  indo-chino'ues  de  Saigon, 
à*  fasc,  1897;  in-8**. 

—  /oonia/afiati'^ue^  mai-juin  et  juillet -août  1897,  Paris; 
in-8'. 


NOUVELLES  ET  iMÉLANGES.  505 

Par  la  Société  :  Journal  oj  the  Boyal  Asiatic  Society,  July- 
October  1897;  in-S*. 

—  Société  de  propagande  chrétienne,  divers  ouvrages  en 
langues  orientales.  London  *  1 897  ;  in-8**. 

—  Annuaire  de  l'Ecole  des  Hautes  Etudes,  section  des 
sciences  historiques  et  philologiques,  Annuaire.  Paris,  1897  ; 
in-8". 

—  The  Hansei  Zaasshi,  vol.  Xil,  n*  9.  London,  1897; 
in-8'*. 

Par  les  éditeurs  :  Bévue  cntique,  n"  36-45.  Paris,  1897; 
in-8'. 

—  Bolletino,  n"  2 7 6- à 84.  Firenze,  1897;  in-8". 

—  The  Sanscrit  critical  Journal,  June-October.  Wpking, 
1897;  in-8°. 

' —  The  Geographical  Journal ,  June  -  October  -  November 
1897.  London;  in-8'. 

—  Die  Handschrijïen'  Verzeichnisse  der  kôniglichen  Bibiio- 
ihekzu  Berlin,  111.  A.  Dillmann. 

—  Ibid.  Verzeichniss  der  ahissinischen  Handschrifien,  JX. 
Vol.  Beriin,  1878;  grand  in-4*. 

—  Ibid.  //.  M.  Steinschneider,  Verzeichniss  der  hebrài- 
schen  Handschriften,  Berlin,  1878;  grand  in-4*. 

—  Ibid.  /.  W.  Studemund  und  L.  Kohn ,  Verzeichniss  der 
griechischen  Handschrijïen ,  1890  et  1897;  grand  in-4*. 

-:—  Ibid.  XXL  W.  Ahlwardt,  Verzeichniss  der  aràbischen 
Handschrifien, 

—  Le  Muséoa,  août  1897.  Louvain;  in-8''. 

—  Polyhihlion,  parties  techniques  et  littéraires,  juillet- 
octobre  1897;  in-8''. 

—  El-Bayân,  septembre-octobre  1897;  in-8". 

—  Oriental  Stadies.  Boston j  189^,  in-8". 

—  Le  Globe,  v*  série,  t.  VIII,  juin  et  juillet  4897.' 

■^—  The  American  Journal  of  philology,  April  and  July. 
Baltimore,  1897;  in-8". 

—  Bévue  africaine,^''  et  3*  trimestres  1897  A^gei*;  in-8". 

X.  3^ 


iii»»i«smis  lâiiwkâLs. 


506  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

Par  les  éditeurs  :  The  Jataka,  vol.  IIL  Cambridge»  1897  ; 
in-8*.  Traduction  Cowell. 

—  ilraraf,  juin-octobre.  Etchmiadân?  i897;îii-8*. 

—  Becueil  de  matériaux  concernant  le  Caacase,  t.  XXIV 
(en  russe).  Tiflis,  1897;  in-8'*. 

—  Revue  de  l'histoire  des  religions ,  marfr-juih  1897;  in-8'. 

Par  les  auteurs  :  Vincent  A.  Smith ,  The  remains  near  Cas- 
sia  in  the  Gorakhpur  District,  Alahabad ,  1 896  ;  in-fol. 

—  L.  M&eTianti,  Etude  sur  la  dialectologie  arménienne  (en 
russe),  1"  partie.  Moscou,  1897;  in-8'. 

—  Le  même,  Contributions  à  l'interprétation  des  inscrip- 
tions de  Van  (en  russe).  Moscou,  1896;  in-8''. 

-—  M.  Courant ,  Bibliographie  coréenne,  t,  III.  ParÎB  »  1 897  ; 
in-8^  • 

—  Drouin,  Sur  quelques  monuments  sassanHes  (extrait). 
Paris,  1897;  in-8'. 

—  Lefèvre  Pontalis,  Chansons  et  fêtes  du  Laos.  Paris, 
1897;  in-8'. 

—  Le  même,  L'invasion  thaïe  en  Indo-Chine  (extrait). 
Leide,  1897;  in-8*. 

—  Bloomûeld ,  Index  de  la  Religion  védique,  de  A.  Ber- 
gaigne.  Paris,  1897;  in-8'*. 

—  M.  Jastrow,  The  weak  and  geminate  verbs  in  hebrew, 
by  Abâ  Zakariyya  Yahyâ  Ibn  Dâud  of  Fez,  knovm  as  Hay* 
;^d^.  Leide,  1897;  in-8*. 

—  Eug.  Clavel,  L* union  islamique,  n*  1.  Le  Caire,  1897; 
in-8'. 

—  J.  Anderson ,  Catalogue  and  handbook  of  the  archmoUh 
gical  Collections  in  the  Indian  Muséum,  Part  11.  Calcutta, 
i883;in-8'. 

—  P.  Ëhrmann,  Sprichwôrter  und  bildliche  Ausdràcke  der 
japanischen  Spraehe,  Supplément.  Tokyo,  1897;  in-8*. 

—  Mohanuned  ben  Cheneb,  Notions  de  pédagogie  musul- 
mane, Alger,  1897;  in-8'*. 

—  M.  C.  Lagache,  L'alphabet  rationnel.  Paris,  1897  ;  in-S"*. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  507 

Par  les  anteon  :  V.  Chauvin,  Bibliographie  des  ouvrages 
arabes  oa  relatifs  aaa  Arabes.  Paris,  1897;  in-8%  a*  fascicule. 

—  P.  Regnaud,  Traité  de  Bharata  sar  le  théâtre,  préface 
et  introduction.  Lyon,  1897;  in-8*. 

—  H.-N.  Kiliaan,  Madœreesche  Spraakkunst,  I  Stnk.  Ba- 
tavia, 1897;  in-8'. 

—  Van  der  Tuuk ,  Kawi-balineesch-nederlandsch  Woarden» 
bœk,  De^I.  Batavia,  1897;  in-8^ 

—  Esteves  Pereira  et  L.  Goldschmid,  Vida  do  Abba  Da* 
aiel  de  Mosteire  de  Scete,  Lisboa ,  1.897  ;  in-8''. 

—  Mohammed  ben  Braham ,  Le  pluriel  brisé,  Paris ,  1 897  ; 
1n-8'. 

—  Darab  Dastur  Peshotan  Sanjana,  The  pahlavi  version 
oj  the  Avesta,  Vendidad.  Bombay,  1896;  in-8". 

—  Washington  Serrais,  L'arabe  moderne  étudié  dans  les 
journaux  et  les  pièces  officielles,  Beyrouth,  1897  ;  in-8*. 

—  Le  P.  Cheikho,  Kitâb  ' Ilm-nl-Adab  (Le  livre   de  la 
science  des  belles-lettres)',  I.  Beyrouth,  1897;  in-8". 

—  Le  même,  Chrestomathia  arabica,  vol.  II.  Beyrouth, 
1897;  in-8". 

—  F.  G.  Hilton  Price,  A  Catalogue  of  the  Egyptian  anti- 
quities,  London,  grand  in-4^. 

—  R.  Sewell,  Quelques  points  de  l'archéologie  de  VInde 
méridionale.  Paris,  1897;  in-8°. 

—  R.  N.   Cust,  Essai  sur  les  conceptions  religieuses  mo- 
dernes, Paris,  1897;  in-8''. 

—  Savas  Pacha ,  Le  droit  musulman  expliqué,  Paris ,  1 896  ; 
in-8°. 

—  A.  S.  Lewis  and  A.  D.  Gibson,  StudiaSinaitica,Al?s^- 
lestinian  Syriac  Lectionary.  London,  1897;  in-8'*. 

—  Max  van   Berchem,  Inscriptions  arabes  de  Syrie,  Le 
Caire,  1897;  in-^**. 

—  Le  même.  Les  châteaux  des  croisés  en  Syrie,  Paris, 
1897;  in-8^ 

—  Le  même ,  A  rabische  Inschrifïen  aus  Syrien,  1 897  ;  in-8*. 

—  Epigraphie  des  Assassins ,  1897;  in-8*. 

34. 


508  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

Par  les  auteurs  :  P.  Casanova,  Inventaire  sommaire  de  la  col- 
lection des  monnaies  musulmanes  de  S.  A,  la  princesse  Ismaêl, 
Paris,  1896;  in-8». 

—  Rev.  G.  H.  Gwilliam,  The  Peshitto  Gospels.  London, 
1897  ;m-8". 

—  Paid  d'Enjoy,  La  colonisation  de  la  Cochin-Chine.  Paris , 
1898;  m-8°. 

—  L*abbé  Raboisson,  Les  Maspeh,  étude  de  gépgraphie. 
Paris,  1897;  in-A". 

—  L.  Pélissier,  Louis  XII  et  Ludovic  iS/brz».  Paris,  1897; 
m-8°. 

— ,  Eug.  Clavel,  L'union  islamique,  n"  1.  Le  Caire,  1897 i* 
in.8». 

—  Sédir,  Les  incantations.  Paris,  1897;  in-8*. 

—  Clermont-Ganneau ,  Etudes  d'archéologie  orientale,  t.  IJ. 
Paris,  1897;  in-d**. 


SÉANCE  DU  10  DÉCEMBRE  1897. 

La  séance  est  ouverte  à  4  beures  i/a  sous  la  présidence 
de  M.  Maspero,  vice-président,  par  suite  de  Tabsence  de 
M.  Barbier  de  Meynard,  président. 

Etaient  présents  :  MM.  Senart,  Tabbé  Nau,  Tabbé  Cha- 
bot, M.  Courant,  Peliiot,  Thureau-Dangin ,  Halévy,  Perm- 
chon,  Blochet,  Ferté,  Grenard,  A.  Régnier,  Foucher, 
Meillet,  V.  Henry,  Finot,  Cabaton,  M.  Schwab,  membres, 
et  Drouin ,  secrétaire  adjoint. 

Le  procès-verbal  de  la  séance  de  novembre  est  la;  la  ré- 
daction est  adoptée. 

Le  Conseil  autorise  rechange  du  Journal  asialiqae,  à  par- 
tir du  1"  janvier  i883,  avec  l'université  W.  R.  Harper  à 
Chicago,  qui  publie  The  American  Journal  of  Sendtic  lan- 
guages  and  literatures  depuis  i883. 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  509 

Le  Conseil  autorise  également  rechange  du  Journal  asia- 
tique à  dater  du  i"  janvier  i883  contre  les  Mémoires  et 
Bulletins  que  publie  la  Société  de  linguistique  à  Paris  et 
dont  le  premier  volume  remonte  à  1 868. 

Sur  la  demande  et  les  observations  de  M.  Senart ,  la  So- 
ciété décide  d'allouer  une  sonmie  de  deux  cents  francs  à 
titre  de  subvention  à  M.  le  D'  Lucien  Scherman,  privât 
docent  à  luniversité  de  Munich,  éditeur  de  VOrientalisckfi 
Bibliographie,  recueil  scientihcpie  qui  a  un  caractère  interna- 
tional et  mérite  d'être  encouragé.  Cette  allocation  est  accor- 
dée à  titre  exceptionnel  et  par  pure  faveur.  Cependant  Ije 
secrétaire  demandera  en  échange,  si  c'est  possible,  l'envoi 
de  tout  ce  qui  a  paru  jusqu'à  ce  jour  de  ce  recueil  biblio- 
graphicpie. 

M.  le  Président  donne  lecture  d'une  lettre  du  Ministère 
de  l'instruction  publique,  en  date  du  6  décembre ,  annonçant 
que  le  Congrès  des  sociétés  savantes  sera  ouvert  à  la  Sor- 
bonne  le  12  avril  1898,  et  invitant  la  Société  asiatique  à 
prendre  part  aux  travaux  de  ce  Congrès;  et  de  deux  autres 
lettres  émanant  du  même  département,  avisant  la  Société 
de  l'ordonnancement  d'une  somme  de  mille  francs  à  titre  de 
subvention  ministérielle  pour  les  3*  et  4*  trimestres  1897. 

Le  Secrétaire  présente  à  la  Société  une  brochure  de 
M.  Salomon  Reinach  (tirage  à  part  du  Jahreshericht  àher  die 
Fortschritte  der  classischen  Alterthamswissenschaft  1897)  con- 
tenant en  français  une  notice  biographique  et  littéraire  sur 
la  vie  et  les  travaux  de  M.  James  Darmesteter,  notre  regretté 
confrère.  Des  remerciements  sont  adressés  à  M.  Salomon 
Reinach. 

M.  E.  W.  West ,  le  savant  éraniste  anglais ,  fait  hommage 
à  la  Société  i**  au  nom  du  parsi  Jijibhaï  Dinshahji  Petit ,  d'un 
ouvrage  intitulé  The  Zahdi  Javit  Shêda  Dâd  (la  loi  anti- 
démoniaque en  pehlvi  )  or  ihe  pahlavi  version  of  the  Avesta  by 
Darab  Dastur  Sanjana  de  Bombay,  contenant  le  texte  pehivi 
de  trois  fargards  du  Vendidâd ,  avec  une  introduction. 

2°  En  son  nom  personnel,  du  tome  V  des  Pehlvi-Tex ts 


510  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

traduits  par  lui  dans  la  collection  des  Saered  Books  oj  the 
East  (tome  XL VII,  Oxford).  La  Société  adresse  ses  remer- 
ciements aux  donateurs. 

M.  Tabbé  Nau  oITre  à  la  Société  un  exemplaire  de  la  thèse 
qu'il  vient  de  soutenir  devant  la  Faculté  des  sciences  de 
Paris  pour  le  grade  de  docteur  es  sciences  mathématiqiies. 
Le  sujet  traite  du  calcid  du  mouvement  des  ondes  liquides. 
M.  le  Président  fait  remarquer  à  cet  égard  qu*il  serait 
intéressant  d^étudier  les  noms  que  Ton  donne  dans  les 
langues  anciennes  aux  mouvements  et  aux  différents  états 
de  la  mer. 

M.  CamiUe  Jullian  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
Bordeaux  a  offert  à  la  Société  un  exemplaire  d^nne  lecture, 
qu'il  a  faite  devant  rAcadémie  de  Bordeaux,  intitulée  L'o- 
rientalisme  à  Bordeaux,  et  dans  laquelle ,  après  avoir  rapporté 
qu'il  y  a  eu  à  diverses  reprises  dans  cette  ville ,  depuis  Fran- 
çois I*"  en  i533  jusqu'en  i885,  des  chaires  d'hébreu,  d'arabe 
et  de  sanscrit ,  il  exprime  le  voeu  qu'il  soit  orée  une  ehaire 
de  langues  et  d'archéologie  orientales  à  Bordeaux. 

M.  le  Président  et  M.  Senart  font  diverses  remarques  à 
ce  sujet  ;  'ûs  sont  d'avis  d'appuyer  le  vœu  émis  par  M.  Jullian 
et  de  transmettre  ensuite  cette  proposition  à  l'Académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres  afin  d'avoir,  si  c'est  possible ,  sa 
haute  intervention  auprès  de  M.  le  Ministre  de  l'instruction 
publicpie. 

La  Société  consultée  a  émis  le  vceu  suivant  : 

«  Prenant  en  considération  les  conclusion»  du  mémoire  de 
M.  Jullian  auxquelles  elle  s'associe  pleinement,  la  Société 
est  d'avis  qu'il  y  a  lieu  de  s'adresser  aux  autorités  compé- 
tentes pour  comprendre  parmi  les  chaires  nouvelles  qui 
seront  créées  dans  les  diverses  universités  en  France»  un 
certain  nombre  de  chaires  de  philologie ,  d'histoire  et  d'ar * 
chéologie  orientales,  et  que  le  présent  vœu  soit  transmi*  à 
l'Académie  des  inscriptions  en  vue  d'obtenir  sa  haute  inter- 
vention auprès  du  Ministre.  » 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       511 

M.  le  Président  annonce  la  mort  de  deux  sinologues  dis- 
tingués ,  le  révérend  J.  Legge ,  le  savant  traducteur  des  Su- 
credBooks  of  China,  décédé  le  29  novembre  dernier  à  Oxford 
et  M.  Camille  Imbault-Huart ,  membre  de  notre  Société,, 
consid  de  France  à  Canton,  auteur  de  plusieurs  ouvrages 
sur  rhistoire ,  la  géographie  et  la  langue  de  la  Chine ,  décédé 
récenunent  à  Canton. 

M.  V.  Henry  fait  une  lecture  sur  le  mot  hrâdu  qui  se 
trouve  dans  TAtharva  Veda.  Ce  serait  lei«  dieu  du  jaune  »  et 
le  nom  du  génie  de  la  fièvre  ;  M.  Henry  pense  que  rori- 
gine  de  ce  mot  pourrait  être  le  sémitique  *harâdu  signifiant 
«  or  »  qui  a  donné  le  grec  )(jpv(TÔs  et  cpie  cet  emprunt  appar- 
tiendrait à  la  période  proéthnicpie  (voir  ci-après  Tannexe  au 
procès-verbal). 

M.  Halévy  fait  remarquer  que  si  ce  mot  est  sémitique  et  a 
le  sens  de  «  or  «  comme  le  pense  M.  Henry,  il  a  été  emprunté 
au  grec  x^pvaôs  qui  vient  lui-même  du  phénicien  yilfl  plu- 
tôt qu*il  ne  remonterait  à  une  époque  proéthnique. 

M.  Maurice  Courant  lit  ensuite  un  mémoire  sur  la  stèle 
chinoise  du  royaume  de  Ko-kou-rye ,  contenant  une  inscrip- 
tion de  Tannée  4i4.  de  J.-C.  Ce  travail  sera  iniprimé  dans  le 
Journal  asiatique. 

La  séance  est  levée  à  six  heures. 


ANNEXE  AU  PROCES-VERBAL. 
(Séance  du  10  décembre.) 

UN  MOT  SÉMITIQUE  DANS  LE  VEDA,  HRUdV. 

Le  mot  bizarre  et  inexpliqué  krida  ne  se  rencontre  que 
deux  fois  dans  toute  l'étendue  du  Véda  et  de  la  littérature 
sanscrite  ;  une  seule  fois  en  réalité ,  puisqu'il  figure  dans  un 
refrain  répété  sans  variante,  A,  V,,!^  26,  a  c  et  3  c ;  hrâ^r 
ndmâsl  «tu  t'appelles  Hrûdu  ».  Les  divers  manuscrits,  portent 


512  NOVEMBRE-DÉCEMBRE    1897. 

les  leçons  hrd'Jiir,  hâdur,  krddrur,  radar,  et  Sâyana  glose  par 
rûdhur  qu'il  interprète  rohakah.,  G*est  assez  pctUr  faire  Yoir 
que  les  Hindous  étaient,  en  face  de  ce  mot,  aussi  embar- 
rassés que  nous-mêmes ,  et  nous  y  faire  soupçonner  un  em- 
prunt étranger  dont  la  provenance  et  la  signification  pre- 
mière leur  avaient  à  jamais  échappé. 

Rien  dans  le  contexte  du  morceau  ne  semble  pouvoir  nous 
guider,  sauf  peut-être  Tinvocation  dont  cette  phrase  isolée 
s  accompagne  :  Karitasya  deva,  «ô  Dieu  du  jaune».  A  titre 
de  contrôle,  toutefois,  il  peut  paraître  utile  de  transcrire 
riiymne  tout  entier,  tel  que  la  traduction  en  est  établie  par 
les  plus  récents  travaux  \  C'est  une  conjuration  m^agique 
contre  la  redoutable  fièvre  maligne  désignée  sous  le  nom 
de  takmàn,  L'épithète  qu'on  lui  décerne  vise  une  particula- 
rité bien  connue  et  souvent  relevée  de  cette  .afiPection  et  des 
similaires  :  le  teint  jaune  et  bilieux  du  patient ,  qui  semble 
coloré  d'un  reflet  d'or  bruni  *. 

«  1.  Là  ou  Agni  pénétra  les  eaux  et  les  brûla,  oA  les 
[Dieux]  qui  maintiennent  l'ordre  [lui]  firent  hommage ,  là, 
dit-on ,  est  ton  origine  suprême .  Aie  pitié  de  nous  et  épargne- 
nous,  ô  Fièvre 1 

«  2.  Que  tu  sois  flamme  ou  que  tu  sois  chaleur,  ou  que  tu 
sois  née  des  copeaux  enflammés,  tu  t appelles  Hrû^u,  ô 
Dieu  du  jaune  I  Aie  pitié  de  nous ! 

«  3.  Que  tu  brûles  d'un  seul  coup  ou  à  petit  feu,  ou  que  tu 
sois  l'enfant  du  roi  Varuna,  tu  t  appelles  Hrûdu,  ô  Dieu  du 
jaune  !  Aie  pitié  de  nous ! 

«  4.  A  la  fièvre  froide,  au  délire  ardent,  à  la  fièvre  brû- 
lante, je  fais  hommage.  A  celle  qui  revient  le  lendemain,  & 
celle  qui  dure  deux  jours  de  suite ,  à  celle  qui  revient  le  troi- 
sième jour,  hommage!  » 


'  Bergaigne-Henry,  Man,  Véd. ,  p.  i36;  M.  Bloomneld,  llymm  ùj  ikt 
Athàrva-Veda ,  p.  3  et  a  70. 

'  Cf.  notamment  i4.  V.,   aa;  VI,  30,'3,  etc. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  513 

C'est  bien  du  verbiage ,  mais ,  sauf  quelques  points  de  dé- 
tail nég^geables  ici,  du  verbiage  intelligible,  au  moins  en 
mot  à  mot.  Seul  le  nom  propre  kràda ,  attribué  à  la  fièvre , 
ou  plus  exactement  au  dieu  ou  génie  de  la  fièvre ,  se  dérobe 
à  toute  interprétation.  Tout  au  plus  y  entrevoit-on  l'intention 
d'interpeller  ce  démon  par  un  nom  mystique,  ésotérique, 
inconnu  du  vulgaire ,  et  de  lui  faire  comprendre  par  là  qu'on 
le  tient,  qu'on  a  pénétré  sa  nature  intime.  Ici  comme  dans 
nombre  de  cas  le  sorcier  dit  à  la  puissance  surnaturelle  qu'il 
exorcise  :  «  Je  te  connais ,  je  sais  ton  vrai  nom ,  tu  t'appelles 
un  tel,  te  voilà  donc  démasqué,  tu  n'as  plus  qu'à  fuir  et  à 
laisser  cet  homme  en  paix.  »  Ainsi  procédaient  encore  les 
exorcistes  du  moyen  âge  ^ 

Mais  ce  nom  intime  en  lui-même ,  d'où  vient-il  et  que  si- 
gnifie t-il  ?  Nous  n'en  avons  qu'un  indice ,  le  rapport  qui  sans 
doute  doit  l'unir  au  vocatii  haritasya  deva  du  même  vers  : 
rapport  d'allitération ,  cela  se  présume  à  première  vue  et  ap- 
paraîtra ,  je  pense ,  tout  à  l'heure  avec  plus  d'évidence  ;  rap- 
.port  de  signification,  c'est  ce  qu'il  nous  appartient  de  recher- 
cher, mais  ce  qu'en  tout  cas  le  lexique  sanscrit  est  impuissant 
à  nous  révéler,  car  on  n'y  trouve  rien  qui  ressemble  de  près 
ou  de  loin  à  hridu, 

m 

Cherchons  ailleurs.  Précisément  les  langues  sémitiques 
nous  ofirent  un  trisyllabe  à  peu  près  identique  dans  l'assy- 
rien haraçu  et  l'hébreu  harûç,  dont  la  racine,  conservée 
aussi  dans  divers  emplois  en  arabe,  permet,  au  témoignage 
des  sémitisants  les  plus  autorisés  et  notamment  de  notre  con- 
frère M.  Halévy,  de  restituer  une  forme  ancestrale  *  harà^a  si- 
gnifiant «  or  ».  Tout  coïncide  dans  ces  deux  vocables ,  à  la 
seule  exception  de  la  voyelle  initiale ,  supprimée  en  sanscrit 
peut-être  pour  la  mesure  du  vers ,  à  tout  le  moins  susceptible 
d'être  aisément  suppléée  au  point  de  vue  phonétique  par  la 

'  C*est  pourquoi  il  y  a  lieu  de  repousser  a  priori  toute  traduction  maté- 
rielle et  banale  du  genre  de  «convulsion»,  etc.  (Weber,  Ludwig).  11  ne 
vaudrait  pas  la  peine  d'avoir  percé  à  jour  le  nânum  de  la  fièvre,  pour  n'y 
découvrir  que  ce  que  le  premier  venu  peut  y  voir. 


514  NOVEMBRË-DECEMBRE  1897. 

résonnance  de  IV  sanscrit  snbsëquent;  et  spécialement  ia 
concordance  de  l'aspiration  initiale  et  du  ^  mëdiid,  cérébral 
des  deux  parts,  doit,  ce  semble,  peser  dW  grand  poids 
en  faveur  de  Tidentification  que  je  propose. 

D'autre  part,  en  ce  qui  concerne  la  concordance  da  sens, 
on  conviendra  qu'il  semble  fort  naturel  de  qualifier  d*an 
nom  mystérieux  signifiant  «  or  »  un  être  surnaturel  qui  «  dore  » 
les  hommes  et  à  qui-  Ton  attribue  en  même  temps  le  titre 
honorifique  de  «  Dieu  du  jaune  ».  Tout  oda  s*enchaine  avec 
une  cohésion  quon  serait  tenté  même  de  juger  tn^  rigou- 
reuse pour  une  simple  formule  magique,  si  Ton  ne  savait 
que  Tesprit  humain  ne  tire  jamais  rien  de  son  propre  fonds 
et  que  ses  rêves  les  plus  extravagants  ne  sont  guère  que  les 
postulats  d*une  logique  poussée  à  outrance.  Celui-ci  peut  se 
formuler  en  syllogisme  :  «Lia  fièvre  est  jaune;  ^»  Tor  est 
jaune  ;  —  donc  la  fièvre  est  or.  » 

Accord  de  son ,  accord  de  sens  :  est-ce  asseï  pour  fixer 
une  certitude?  Évidemment  la  démonstration  serait  ]das 
complète,  s'il  était  possible  d'alléguer  que,  dans  cette  céré- 
monie comme  dans  mainte  autre ,  on  fit  intervenir  un  talis- 
man d'or  ou  contenant  des  parcelles  d'or.  Mab,  soit  que  Tor, 
en  effet ,  ne  figure  ici  qu'à  titre  de  similaire  divin  de  là  fièvre , 
soit  plutôt  encore  que  le  Sûtra  ait  oublié  mie  partie  des  pra- 
ticpies  homéopathiques  qui  accompagnaient  la  récitation  de 
ces  versets,  il  ne  nous  donne  que  celle  qui  concorda  avec 
les  paroles  de  la  première  stance  :  «  On  chauffe  une  hache, 
puis  on  la  plonge  dans  l'eau ,  et  l'on  verse  sur  le  mdade 
l'eau  attiédie  par  ce  contact  ^  •.  Ailleurs ,  et  au  sujet  de  la 
même  affection ,  il  est  bien  question  d'un  objet  en  métal  : 
«  On  fait  un  gruau  de  grain  rôti  qu'on  donne  à  prendre  au 
patient  ;  après  quoi  on  recueille  la  drèche  dans  un  vase  de 
cuivre ,  d'où  on  la  déverse ,  par-dessus  sa  tête ,  dans  un  feu 
provenu  d'un  incendie  de  forêt  *  ».  Mais  le  cuivre  n'est  pas 
de  l'or,  et  il  n'est  pas  même  probable  qu*il  ait  jamais  pu  être 

'  Kauçika-S.,  aG,  a 5,  et  Bloomficid ,  A,  V,,  p.  tyo. 
^  knuçika-S,,  39,  18-19,  et  Bloomfield,  X.  F.,  p.  443. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  51b 

envisagé  comme  le  substitut  économique  de  Tor,  puisque 
Tun  est  le  métal  rouge  et  Tautre  le  métal  jaune  par  excel- 
lence. Force  est  donc  de  s*en  tenir  à  la  double  concordance , 
4e  son  entre  sémitique  *harûdu  (d'où  l'emprunt  grecp^ptJaô^) 
et  sanscrit  hrûdu,  de  sens  entre  «or»  et  •  jaune».  Pour  ma 
part,  je  la  crois  amplement  suffisante.  On  en  jugera. 

A  ceux,  qui  connue  moi,  verraient  quelque  vraisemblance 
dans  ces  déductions,  il  n'échappera  point  que  la  présence 
d'un  mot  sémitique  dans  un  texte  sanscrit  ancien,  —  non 
pas,  remarquons-le ,  dans  un  texte  quelconque ,  ce  qui  ne  dé- 
noterait qu'un  emprunt  isolé ,  toujours  possible  et  sans  con- 
séquence, —  mais  dans  une  formule  magique,  d'un  carac- 
tère nécessairement  rituel  et  très  conservateur,  pourrait,  si 
peu  qu'on  la  pressât,  amener  à  des  conclusions  d'une  portée 
incalculable  : 

i""  Comme  ils  l'ont  sûrement  transmis  aux  Grecs,  les  Sé- 
mites auraient  transmis  aux  Aryas  de  l'Inde ,  non  pas ,  sans 
doute  le  nom  usuel  de  l'or,  ni  à  plus  forte  raison  la  connais-» 
sance  de  ce  métal ,  mais  tout  au  moins  le  nom  de  l'or  en 
tant  qu'incorporé  dans  une  phrase  toute  faite  et  destiné  à 
jouer  un  rôle  dans  une  cérémonie  propitiatoire  et  curative. 
On  ne  pourra  ici  s'empêcher  de  penser  à  l'alchimie ,  à  son 
or  potable ,  dont  les  vertus  de  panacée  universelle  remonte- 
raient ainsi  assez  loin ,  et  —  puisque  l'or  est  en  alchimie  le 
représentant  du  soleil  —  aux  fonctions  attribuées  de  toute 
antiqidté  également  au  soleil  guérisseur  d'hommes  «t  tueur 
de  monstres  \ 

2°  Comme  un  semblable  emprunt  en  rend  d'autres  piM)- 
bables,  on  se  trouverait  autorisé  à  présumer  qu'une  partie 
au  moins  du  rituel  des  Atbftrvavedins  procéderait  de  scnirce 
sémitique,  et  par  suite  une  comparaison  attentive  des  for* 
midaires  de  magie  assyriens,  voire  égyptiens,  avec  ceux  du 
Kauçika-Sntra  et  des  traités  hindous  postérieurs,  n'apparaî- 


'  Cf.  V.    Henry,  Vedica,  H,  p.  3-4  {Mém.  Soc,   ling.,   IX,  p.  2  33  et 
suiv.).  • 


516  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

trait  nullement  oiseuse  et  serait  de  nature  à  dénoncer  de 
nouveaux  et  sûrs  points  de  contact  entre  les  deux  races. 

3"  Et  toutefois,  ce  résidtat  ne  serait  pas  aussi  &voraUe 
qu'il  semblerait  au  premier  abord  à  la  thèse  de  ceux  qui 
contestent  Tantiquité  du  Vëda  ou  relèvent  les  emprunts  his- 
toriques de  rinde  aux  Sémites.  Car  la  forme  du  mot  hrûdu, 
on  Ta  vu ,  ne  nous  ramène  à  aucune  langue  sémitique  liisto- 
rique  et  déterminée,  mais  à  la  période  proethnique  où  tous 
les  Sémites  ne  formaient  encore  qu'un  seul  corps  de  peuple, 
ou  tout  au  moins  à  une  unité  ethnique  qui  conservait  dans 
toute  sa  pureté  le  phonétisme  protosémitique  :  ce  qui  ferait 
encore  remonter  à  une  antiquité  fort  respectable  et  même 
nébuleuse,  sinon  la  composition  du  Véda,  du  moins  le  fonds 
de  formules  où  puisèrent  plus  tard  les  compilateurs  des 
hymnes. 

Quoi  qu'on  doive  penser  de  ces  suggestions ,  pent-ètre  té- 
méraires, je  crois  avoir  justifié  pour  le  refrain  A,  K.  1 ,  35 ,  3 
et  3 ,  la  simple  traduction  qui  suit  : 

« Ton  vrai  nom  est  Or,  ô  Dieu  du  jaune  1  Aie  pitié 

de  nous ,  épargne-nous ,  ô  génie  de  la  fièvre  !  » 

V.  Hbnrt. 

OUVRAGES  OFFERTS  X  LA  SOCIETE. 

(Séance  du  lo  décembre  1897.) 

* 

Par  rindia  Office  :  Indian  Antiqaary,  July  1897.  Bombay; 
in-4*. 

Par  le  Ministère  de  l'instruction  publique,  Ec<de  française 
d* Athènes.  Bulletin  de  correspondance  helUniqae,  décembre 
1 896 ,  janvier-août  1897;  in-8*. 

Par  la  Société  :  Bibliothèque  Rosicarienne ,  1"  série,  n*  a; 
Rabbi  Isachar  Baer,  Commentaire  sur  le  Cantique  des  cantiqi 
Paris,  1897;  in-8". 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  517 

Par  la  Société  :  Journal  de  la  Société  /inno-ougrienne  XV 
Helsingissâ,  1897;  in-8". 

—  Atti  délia  reale  Accademia  dei  Lincei,  Ottobre  1897; 
in4'. 

—  The  Sacred  Books  of  ihe  East,  vol.  XL VII.  Oxford, 
i897;in-8\ 

—  Comptes  rendus  de  la  Société  de  géographie ,  juillet-oc- 
tobre 1897.  Paris;  in-8°. 

—  Zeitschrifi  der  deutschen  morgenlàndischen  Gesellschafï , 
III.  Leipzig,  1897;  in-8". 

—  Journal    asiatique,   septembre-octobre    1897.    Paris; 
in-8^ 

—  The  Geographical  Journal ,  December.  London ,  1897; 
in-8^ 

Par  les  éditeurs  :  El-Bayàn,  novembre  1897. 

—  Bolletino,  n"  286-286.  Firenze,  1897;  in-8". 

—  jReuaearc^eo/o^i^tte,  septembre-octobre  1897;  in-8°. 

—  Revue  critique^  n"  47-49.  Paris  1897;  in-S**. 

—  Le  Muséon,  novembre  1897.  Louvain;  in-8*. 

—  Alvorada,  n"*  10-12.  Porto,  1897;  in-4.*. 

—  Polyhihlion,  parties  technique  et  littéraire  1897.  Paris; 
in-8^ 

Par  les  auteurs  :  W.  Groff,  Notes  complémentaires  à  V étude 
sur  la  sorcellerie.  Le  Caire,  1897  ;  in-8°. 

—  Etude  archéologique  (fin).  Le  Caire,  1897;  in-8^ 

—  0.  Beauregard,  Congrès  international  des  Orientalistes, 
11*  session  à  Paris,  8-12  septembre  1897;  in-8°. 

—  A.  Roux ,  Recueil  de  morceaux  choisis  arabes,  Constan- 
tine,  1897;  in-8'*. 

—  G.  Devéria,  Inscriptions  chinoises  de  la  mission  Dutreuil 
de  Rhiiu,  Paris,  1897;  in-8°. 

—  R.  O.  Besthorn  et  J.-L.  Heiberg  Codex  Leidensis  Euclidis 
elementa,  partis  1"\  fasc.  2.  Haussiae,  1897;  in-8*. 


518  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

LA  STATUE  DU  DIEU  OBODAS,  ROI  DB  NABATBNB. 

Lettre  à  M.  Barbier  de  Meynard,  etc. 

Mon  cher  Maître  et  Confrère , 

Parmi  les  nouvelles  inscriptions  nabatéennes  publiées  par 
M.  de  Vogué,  dans  le  dernier  cahier  du  Journal  asiaUquê^^ 
que  je  reçois  à  Tinstant,  il  en  est  une  qui,  à  premitee  vue, 
me  paraît  présenter  un  intérêt  tout  à  fait  hors  ligne«  C^est  la 
première  de  celles  qu*a  copiées  M.  flhni  aux  environs  immé- 
diats de  Pétra  (n"  354  de  la  planche),  et  dont  notre  savant 
confrère  a  si  habilement  réussi  à  déchifiBrer  jdusieurs  paaiages 
malgré  Timperfection  de  la  copie. 

Je  lis  matériellement  à  peu  près  conune  lui  les  trois  pre- 
mières lignes ,  si  ce  n*est  que  je  suis  tenté  de  rétaUîr,  entre 
KD^X  et  (?)l2^n  "»:3,  les  mots  m:f  '•T,  dont  il  me  semble 
bien  reconnaître  les  traces  caractéristiques  dans  le  fec-similé  : 
«  Cette  statue -ci  est  celle  àé  Obodatallaha  (?)  .....  qa*ont 
faite  *  les  Benê  H ...  on ...  ». 

Mais  s*agit-il,  comme  le  suppose  notre  savant  confrère, 
d'une  dédicace  funéraire  ordinaire,  dune  statue  on  d'un 
buste ,  analogues  à  ceux  de  Palmyre  et  représentant  un  dé^ 
funt  quelconque,  qui  se  serait  appelé  Obodatallaha?  Je  ne  le 
crois  pa;»  pour  diverses  raisons  que  je  me  bornerai  à  indiquer 
très  succinctement  aujourd'hui ,  ayant  Tintention  d'y  revenir 
plus  en  détail,  vu  l'extrême  importance  de  la  question. 

n  faut  remarcpier,  en  effet ,  que  la  dédicace  est  faite  non 
pas  par  un  groupe  d'individualités  composé  des  descendants 
directs  du  prétendu  défunt ,  mais  par  un  groupe  agissant  en 
nom  collectif ,  par  le  clan  des  Benè  H ...  ou  (et  peal^tre 
d'autres  encore).  D'autre  part,  elle  est  faite  «pour  le  saint» 

^  Sept.-oct.  1897,  p.  199  etsaiv. 

*  Le  verbe  13^  «faire»  peut  s^employer  aussi  bien  que  Q^pn  €t  D^pM 
«ériger»,  pour  désigner  rérection  d'une  statue.  (Voir /fucripCioiu  de  /*«!- 
myre,  passim.) 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  519 

du  roi  Aretas  IV  Philopatris;  il  est  impossible,  je  pense, 
d'attribuer  un  autre  sens  à  l'expression  consacrée  ^'^Ti  7}f 
(littéralement  tpour  la  vie  de»  =  virép  (ranrjplaç^  et  non 
«  du  vivant  de  »)  ;  l'inscription  a  donc  toutes  les  allures  d'une 
dédicace  religieuse  et  non  celles  d'une  épitaphe.  £n  outre, 
l'espèce  d'excavation  taillée  dans  le  roc  où  elle  a  été  décou- 
verte ne  contient  pas  d'aménagements  funéraires ,  comme  le 
fait  remarquer  expressément  M.  Ëhni;  et  rien,  de  ce  cbef, 
ne  prouve  que  cette  salle  soit  un  sépidcre  plutôt  qu'un  sanc- 
tuaire ,  ou  une  sorte  de  chapelle ,  analogues  à  ceux  de  Me- 
dâïn  Sàleh  ;  le  remarquable  escalier  qui  y  conduit  est  plutôt 
en  faveur  de  cette  dernière  conclusion ,  les  tombeaux  naba- 
téens  ne  présentant  pas  généralement  ces  facilités  d'accès. 
Enfin ,  et  surtout ,  le  nom  d'homme  Obodatallaha  me  parait 
contraire  à  toutes  les  analogies  de  l'onomastique  nabatéenne , 
si  bien  connue  aujourd'hui  ;  la  forme ,  attendue  dans  ce  cas, 
serait  nécessairement  n^KiaV,  Ahdelah,  Abdallah,  (cf.  €S- 
àXXas)  ou  même  '•n^Knny,  Abdallahi. 

Je  propose  tout  simplement  de  décomposer  le  groupe  en 
îCn^K  may  et  de  traduire  littéralement  «  Obodat  le  dieu  »  \ 

Nous  savons  pertinenunent  que  Obodat  ne  saurait  être 
autre  chose  en  nabatéen  qu'un  simple  nom  d'homme.  Gom- 
ment se  fait-il ,  alors ,  que  le  personnage  qui  le  porte  soit 
qualifié  de  dieu?  Quel  est  donc  le  mystère  de  cette  surpre- 
nante apothéose  ?  Le  mystère  disparait  pour  peu  qu'on  veuille 
bien  reconnaître  dans  l'Obodas  ainsi  divinisé  un  des  rois  na- 
batéens  de  ce  nom,  vraisemblablement  Obodas  II,  étant 
donné  que  l'inscription  est  datée  du  régime  d' Aretas  IV,  son 
successeur. 

Ce  serait  la  confirmation  inespérée  et  décisive  d'une  con- 
jecture que  j'avais  émise  il  y  a  une  douzaine  d'années  *,  et 
qui  avait  été  accueillie,  du  reste,  avec  quelque  faveur,  par 

»  Cf.  Kn  7K  DU'^lin ,  Qeàs  kSpiavès  (l'empereur  Hadrien ), dans  les 
inscriptions  bilingues  de  Palmyre. 

*  Voir  mon  Recueil  d'archéologie  orientale,  vol.  I,  p.  Sg.  J*ai  en  plu- 
sieurs fois  roccasion  de  revenir  incidemment  ailleurs  sur  ce  sujet. 


520  NOVËMBRE.DÉGEMBRE  1897. 

de  sérieuses  autorités ,  telles  que  M.  Noeldeke  et  M.  de  Vogué 
lui-même,  mais  qui  n*ëtait,  somme  toute,  restée  jusquld 
qu*une  conjecture  :  a  savoir  que  les  rois  nabatéens,  sinon  de 
leur  vivant,  du  moins  après  leur  mort,  recevaient  les  hon- 
neurs d  We  apothéose  en  règle  et  étaient  traités  comme  de 
véritables  dieux ,  à  teUes  enseignes  que  leurs  propres  noms 
figuraient  comme  éléments  théophores  dans  la  composition 
de  ceux  portés  par  un  bon  nombre  de  leurs  sujets^.  C'est  le 
cas ,  ou  jamais ,  de  citer  à  nouveau  le  passage  dossique  d*Ou- 
ranios,  que  j'avais  justement  invoqué  à  Tappui  de  ma  thèse 
et  qui  reçoit  ici  une  application  singulièrement  topique  : 
ô€àhrfç  à^aatXeùg^  6v  d-eoirotovo'f.  S*ag^t-il  dans  ce  passage 
de  notre  même  roi  Obodas,  ou  d'un  de  ses  prédécesseurs 
homonymes  *  ?  La  réponse  '  demanderait  des  développements 
trop  longs  pour  les  limites  de  cette  lettre  fordément  très 
brève;  jy  reviendrai.  Je  me  bornerai  à  faire  remarquer, 
dès  aujourd'hui ,  que  la  dédicace  de  la  statue  du  roi  Rabel  I*", 
que  j*ai  publiée  récemment  et  qui  présente  avec  celle-ci 
de  scnsi])les  analogies  *,  ne  parle  pas  de  la  condition  divine 

'  C'est  même  cette  dernière  ptrticolantè,  jiuq«e-là  inexpliquée,  qui 
m'avait  amené  à  cette  induction ,  et  permis  de  fffédire  qa*à  oôté  des  noms  propres 
d'homme  Abdhantat,  Abdmalkou,  Ab(tobodat,  on  renocmtfendt  qodquc 
jour,  si  ma  théorie  était  juste,  le  nom *AbdnM,  prévinon  qui  t*ett,  en 
effet,  trouvée  vérifiée  par  une 'découverte  ultérieure  (cf.  C/.'5.«  Ara>^ 

*  Le  roi-dieu  Obodas ,  d'Ouranios ,  avait  été  ensevdi  dana  Tendimt  mémo 


(j(j^ptGv)  qui  portait  son  nom.  Cette  localité  d'Oboda est-die  îdentîqne arec 
la  vdle  du  même  nom ,  qui  était  située  à  une  distance  notaUe  de  Pétia;  on 
bien  faudrait-il  y  reconnaître  le  sanctuaire  m&nedn'foi-dîeaCUMidasfoà 
provient  rinscription  découverte  par  M.  Ehni? 

'  Elle  pourrait  —  j  ai  à  peine  besoin  de  le  faire  remarquer  <->  avoir  doa 
conséquences  importantes  pour  la  détenninatîim  de  Tépoque  ilaqodle  vivait 
Ouranios ,  au  cas  où  il  s'agirait  bien  d'Obodas  II ,  Tautenr  grec  i^tnt  Tair 
de  citer  lajïothéose  du  roi  de  ce  nom  comme  nù  fikit  récent  ffà  ravait 
particulièremcut  frappé,  peut-être  parce  qu'il  était  ju8qne4à  sans  |»éoédent 
dans  Thisloirc  nabatéenne. 

*  Mon  Recueil  d'archéoi  orient,  vol.  H,  p.  a  ai.  —  Cf.  la  reprodnctîon 
photol} pique  du  monument  que  j'ai  donnée  dans  mon  Alkmm  (fMlîfnttf # 
orientales,  pi.  XLV,  n"  i. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  521 

du  roi  défunt.  Faudrait-il  conclure  de  là  que  cette  habitude 
de  diviniser  le  roi  ne  s'est  introduite  chez  les  Nabatëens  qu'à 
partir  d'Aretas  III,  lequel,  comme  l'indique  son  surnom 
caractéristique  de  Philhellèhe ,  avait  un  goût  marqué  pour  les 
modes  helléniques ,  et  aurait  pu  emprunter  celle-là  aux 
usages  ptolémaïques  ou  séleucides?  Cette  question,  elle 
aussi ,  et  d'autres  encore  que  je  ne  saurais  traiter  au  pied 
levé,  devront  être  l'objet  d'un  sérieux  examen. 

VeuiUez  agréer,  mon  cher  maître  et  confrère ,  etc. 

Clgrmont-Ganneau. 
Paris,  4  décembre  1897.  • 


NOTICE 
SUR  LE  \r  CONGRES  DES  ORIENTALISTES. 

Le  XI*  Congrès  des  orientalistes^  a  été  tenu  à  Paris,  à 
l'épocpie  qui  avait  été  annoncée,  c'est-à-dire  du  5  au 
11  sepiemljre  1897.  Plus  de  800  membres  avaient  envoyé 
leur  souscription  des  différents  pays  d'Europe ,  d'Amérique , 
d*Afri(jue  et  d'Asie.  Sauf  de  rares  exceptions,  les  membres 
de  la  Société  asiatique  de  Paris  avaient  donné  leur  adliésion. 
Les  feuilles  de  présence  signées  par  les  membres  ont  con- 
staté la  présence  à  Paris  de  45o  personnes ,  parmi  lesquelles 
environ  80  dames.  Un  certain  nombre  avaient  négligé  de  se 
faire  inscrire,  dont  la  présence  a  également  été  constatée 
dans  les  séances  du  Congrès. 

*  Le  premier  Congrès  intemationel  des  orientalistes  a  été  fondé  à  Paris , 
en  1S73,  par  M.  Léon  de  Rosny,  professeur  à  TEcole  des  langues  orien- 
tales. Les  autres  sessions  ont  eu  lieu,  savoir  :  la  H'  à  Londres,  en  1876  «la 
IIP  à  Saint-Pétersbourg ,  eu  1876;  la IV'  à  Florence,  en  1878;  la  V  à  Ber- 
lin, en  1881  ;  la  VI' à  Leyde,  en  i884;laVIP  à  Vienne,  en  i8a6;laVIU' 
à  Stockolm,  en  1889;  la  IX'  à  Londres,  en  1891-1893;  la  X*  à  Genève, 
en  189^^. 

35 

IJirBllIKAili    •Atlx.-w.l.l.. 


522  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1807. 

Le  Congrès  a  été  ouvert  le  lundi  matin  5  septembre,  dans 
là  salle  des  fôtes  du  lycée  Louis-le-Grand,  par  M.  ie  Ministre 
de  rinstruction  publique,  assisté  de  M.  Schefer,  président 
du  Congrès,  de  M.  le  président  du  Conseil  municipal  de 
Paris  et  de  différentes  hautes  personnalités.  M.  Scbefer  a 
prononcé  le  discours  d'ouverture  et  a  remercié  les  savants, 
qui ,  de  toutes  les  parties  du  monde  se  sont  rendus  à  Tappel 
qui  leur  avait  été  adressé.  M.  le  Ministre,  le  président  dn 
Conseil  municipal,  ainsi  que  les  délégués  des  Gouvernements 
et  des  Sociétés  savantes  ont  successivement  prononcé  des 
paroles  de  bienvenue  et  de  remerciement. 

A  la  suite  de  cette  séance  plénière,  les  membres  se  sont 
rendus  dans  leurs  sections  respectives  pour  constituer  leurs 
bureaux  et  procéder  à  leurs  travaux.  Tous  les  présidents, 
vice -présidents  et  secrétaires  ont  été  choisis  parmi  les 
membres  étrangers ,  assistés  d'un  membre  finançais  ponr  faci- 
liter la  rédaction  des  procès  verbaux. 

Voici  la  liste  des  sections  : 

Section  I.  Langues  et  archéologie  des  pays  aryens  : 

Inde  :  président  :  Lord  Reay;  vice -présidents  *  MM.  les  profes- 
seurs G.  Bûhler,  R.  Pischd  et  Kern;  secrétaires  :  MBL  Formichi, 
Stickney,  Grossel. 

Iran  :  président  :  M.  le  professeur  Hûbschmann;  vice-présîdeQt  : 
M.  le  conseiller  Esoff;  secrétaires  :  MM.  Mseriantz  et  Meiilet. 

Linguistique:  président:  M.  A.  de  Gubematis;  vice-présidents: 
MM.  Krestchmer  et  Oulianoff;  secrétaires  :  MM.  Max  Niedermanii 

et  N.  Chilot. 

Section  IL  Langues  et  archéologie  de  rExtréme-Orients 

Chine  et  Japon  :  président  :  S.-E.  Tching-Tchang  :  vice-présidents  : 
MM.  Tomii,  Schlegd,  Doutas;  secrétaires:  BfM.  Hirth,  Poid- 
néîeff  et  Maurice  Courant. 

Indo-Chine,  Malaisie.:  président  :  M.  Kern;  vice-présideats  t 
MM.  H.  Browne,  délégué  de  la  Birmanie,  et  ie  professeur  Aodbraas 
SaintJohn;  secrétaire:  M.  Lemire. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  523 

Section  IIL  Langaes  et  archéologie  musulmanes  : 

Président  :  M.  de  Goeje;  vice-présidents  :  MM.  Karabaéek  et 
Radlo£F;  secrétaires  :  MM.  Van  Berchem  et  Gaudefroy-Demombynes. 

Section  IV.  Langues  et  archéologie  sémitiques  : 

Araméen,  hébreu,  éthiopien:  président:  M.  le  professeur  L  Guidi, 
vice-présidents  :  M.  Kautsch  et  Mgr  Lamy;  secrétaires:  MM.  W. 
Harper  et  J.-B.  Chabot. 

Assjriologie  :  président  î  M.  Tiele;  vice-présidents  :  MM.  Pinches, 
Honimel,  Haupt;  secrétaires  :  MM.  Meissner  et  le  F.  Scheil. 

Section  V.  Egypte  et  langues  africaines  : 

Président  :  M.  Ed.  Naville  ;  vice-présidents  :  MM.  Lieblein  et 
Erman  ;  secrétaires  :  MM.  F.  von  Bissing  et  E.  Chassinat. 

Section  VI.  Grèce-Orient. 

Président  :  M.  Bikélas;  vice-présidents  :  MM.  Krumbacher  et 
Stczygowski;  secrétaires:  MM.  F.  Cumont  et  Théodore Reinach. 

Section  VII.  Ethnographie  et  folk-lore: 

Président  :  M.  Vambéry  ;  vice-présidents  :  MM.  A.  de  Gubematis, 
RadloflF,  de  Claparède,  V.  Schmidt;  secrétaires  :  MM.  le  docteur 
Kunos  et  F.  Grenard. 

Les  séances  étaient  tenues  dans  différentes  salles  du  Col- 
lège de  France  et  de  la  nouvelle  Sorbonne.  De  nombreuses 
communications  ont  été  faites.  Une  bonne  partie  des  mé- 
moires sera  imprimée  dans  le  Recueil  des  actes  da  Congrès; 
les  procès-verbaux  des  séances  étaient  imprimés  tous  les 
soirs  et  des  exemplaires  étaient  distribués  dès  le  lendemain 
matin  entre  tous  les  membres.  Ils  figureront  égsdement  dans 
le  Recueil,  Les  sections  indienne,  égyptienne,  musidmane 
et  sémitique ,  les  plus  nombreuses ,  ont  fourni  la  majeure  par 
tie  des  travaux. 

Dans  une  séance  générale  tenue  le  jeudi  matin  7  septembre 
il  a  été  procédé  à  la  re vision  des  statuts  qui  doivent  régir 
les  futurs  Congrès  des  orientalistes.  Il  a  été  décidé  notam- 
ment :  1"  que  les  Congrès  se  tiendront  une  fois  tous  le»  trois 
ans,  mais,  que  par  exception  et  suivant  les  circonstances, 

35. 


524  NOVËMBRE-DËCËMBRE  1897. 

l'intervalle  entre  deux  Congrès  pourra  être  réduit  à  deux  ans 
ou  porlé  à  quatre;  2°  que,  dans  chaque  pays,  le  Comité  d'or- 
ganisation désignerait  la  langue  ou  les  langues  qui  seraient 
considérées  comme  officielles  et  employées  dans  les  procès- 
verbaux;  i*usage  des  autres  langues  sera  facultatif  sous  la 
responsabilité  du  président  de  chaque  secition;  3**  que  chaque 
Congrès  désignerait  en  séance  plénière  le  pays  ou  le  GoBr 
grès  suivant  devrait  se  tenir;  et  4**  qu'il  serait  créé  un  Co- 
mité organisateur  destiné  à  préparer  le  Congrès  suivant. 
Conformément  à  ces  statuts,  la  séance  du  samedi  11  sep 
tembre  a  décidé  que  le  prochain  Congrès  (le  douzième)  des 
orientalistes  se  tiendrait  en  Italie,  en  i8gg,  et  a  réservé  le 
choix  de  la  ville.  Le  comité  organisateur  français,  composé 
de  MM.  Schefer,  président;  Barbier  de  Meynard  et  Senart, 
vice-présidents;  Maspero  et  Cordier,  secrétaires;  Âymonier, 
Guimet,  Oppert,  Schlumberger  et  De  Vogué,  membres, 
conservera  ses  pouvoirs  jusqu'à  la  constitution  officielle  du 
comité  italien  chargé  de  préparer  le  Congi*ès  suivant. 

Plusieurs  vœux  ont  été  émis  par  diverses  sections,  et  ont 
été  adoptés  dans  la  séance  générale  de  clôture ,  qui  a  eu  lien 
le  10  septembre.  On  trouvera  imprimés  dans  les  comptes 
rendus  du  Congrès,  ces  différents  vœux,  ainsi  que  la  plupart 
des  discours  qui  ont  été  prononcés  par  le  président-  et  les 
délégués  des  Gouvernements  étrangers.  Parmi  les  décisions 
adoptées  par  le  Congrès ,  nous  mentionnerons  seulement  les 
suivantes  : 

Nomination  d  un  comité  composé  de  MM.  Barbier  de 
Meynard,  Brown,  Goldziher,  de  Gocje,  Guidi,-  Karabaidi, 
comte  de  Landsberg,  baron  Rosen,  Socin  et  Stoppelaar,.à 
l'effet  de  s'entendre  pour  la  rédaction  et  la  publication. d'uqe 
encyclopédie  musulmane  destinée  à  remplacer  l'ancienne 
Bibliothèque  orientale  de  D'Herbelot.  M.  Goldziher,  aulenr 
du  projet  est  nommé  directeur  ; 

Publication  d'un  dictionnaire  de  tous  les  mots  connus  de 
l'ancienne  langue  égyptienne  ; 
•  Une  série  de  remerciements  aux  divers  Gouvernements 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  525 

de  rinde ,  du  Népal ,  du  Bengale ,  de  Ceylan  et  de  Birmanie , 
pour  les  travaux ,  les  fouilles  archéologiques ,  les  encourage- 
ments et  les  publications  qu'ils  ont  respectivement  patronés 
et  subventionnés  concernant  l'histoire ,  Tépigraphie ,  la  lin- 
guistique de  rinde;  publication  dune  édition  critique  des 
textes  sacrés  des  Jaïnas ,  d'une  édition  critique  du  Talmud , 
des  cartes  géographiques  qui  ont  été  tracées  à  différentes 
époques  sur  l'Orient  et  l'Asie  ; 

Formation  d'une  association  internationale  pour  l'explo- 
ration archéologique  de  l'Inde;  motion  du  même  genre  en 
faveur  des  monuments  anciens  de  l'Indo-Chine. 

Enfin  d'autres  vœux  ont  été  émis  par  les  sections  de  la 
«  (  jrèce-Orient  »  et  de  l'«  Ethnographie  ». 

Lé  Congrès  a  été  terminé  par  un  banquet  à  l'Hôtel  Conti- 
nental ,  auquel  38o  personnes  ont  pris  part  et  au  cours  du- 
quel de  nombreuses  allocutions  ont  été  prononcées. 

On  voit  par  ce  rapide  aperçu  que  ces  réunions  scientifiques 
internationales  ont,  non  seulement  pour  but  de  rapprocher 
dans  une  communauté  de  sentiment  et  de  bonne  confrater- 
nité des  savants  qui  cultivent  les  mêmes  études,  mais  aussi 
et  surtout  de  stimuler  le  zèle  des  travailleurs  «  de  fournir  de 
nouveaux  matériaux ,  et  d'assm^er  la  conservation  des  monu- 
ments dans  l'intérêt  de  la  science. 

Ed,  Drouin. 


A26  NOVEMBRE. DECEMBRE   1897. 


BIBLIOGRAPHIE. 


NOTE  ADDITIONNELLE 
SUR  LES  INDO-SCYTHES, 


PAR 


M.  SYLVAIN  LÉVl. 


Les  observations  de  M.  Specht  à  propos  de  mes^iVbt«t  sur 
les  IndxhSoythes  paraissent  appeler  une  réplique*  Je  m*en 
abstiendrai  :  à  la  veille  de  partir  pour  un  long  voyage  «j^  n'ai 
pas  le  loisir  d*engager  une  controverse  ;  des  raisons  de  con- 
venance me  Imterdisent  également.  Je  n'oublie, pat  qae  je 
dois  à  M.  Specht  de  m'éti*e  initié  à  Tétude  de  la  langue  dû* 
noise ,  et  je  n*aimerais  pas  lui  avoir  demandé  des  armes  pour 
les  tourner  contre  lui.  Au  surplus ,  je  ne  me  sens  pas  le  goût 
de  ces  vaines  parades  qui  dégénèrent  presque  toujonrs  en 
attaques  personnelles.  M.  Specht  estime  que  j'ai  tort;  je  per- 
siste à  croire  que  j'ai  raison  :  il  est  à  craindre  que  nos  deux 
thèses  demeurent  irréductibles,  fin  fait ,  nous  ne  discutons  pas 
sur  le  même  teirain.  M.  Specht  me  reproche  d'être  en  dés- 
accord avec  «  la  plupart  des  auteurs  catholiques  »  et  de  fonder 
ma  chronologie  sur  les  Actes  de  saint  Thomas  «sans  avoir 
préalablement  examiné  la  valeur  historique  de  cet  ouvrage, 
qui  a  été  placé  par  le  Concile  de  Rome  de  49  d  parmi  les 
livres  apocryphes  ».  La  discussion  des  textes  chinois  s'inspire 
des  mêmes  principes.  Il  me  serait  facile  d  opposer  aux  con- 
damnations formelles  de  M.  Specht  les  approbations  que  j'ai 
reçues  de  sinologues  émincnts,  tant  français  qu'étrangers. 
Mais  des  noms  ne  sont  point  des  faits,  et  j'ai  la  présomption  de 
croire  qu'ici  les  faits  suffisent.  Je  prie  le  lecteur  impartial 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  527 

d*exaininer  avec  une  égale  attention  les  deux  articles,  et  de 
conclure.  L'intervention  de  M.  Specht  aura  véritablement 
rendu  service  à  nos  études,  si  elle  décide  un  des  sinologues 
qui  font  autorité  à  reprendre  le  débat  ;  il  a  précisé  les  points 
en  litige ,  j*attends  l'arbitre  avec  trancpiillité  ^. 

Je  profite  de  la  circonstance  pour  publier  un   nouveau 
conte  du  cycle  de  Kaniska  *.  Je  l'ai  recueilli  dans  le  Fa-iaen- 

*  Il  serait  injuste  de  ne  pas  reconnaître  que  les  recherches  de  M.  Specht 
ont  contribué  à  éclaircir  les  di£Scultés.  M.  Specht  a  eu  Tobligeance  de 
me  signâer  la  présence  de  Texpression  ts*an  k'eou  dans  le  Pei-wen<iiin-foa. 
La  citation  ne  laisse  pas  de  doute  sur  le  sens  :  U'un  k'eoa  signifie  «garder 
en  sa  bouche ,  conserver  ce  qui  a  été  communiqué  oralement».  L'interpréta 
tion  de  la  phrase  /  ts'un  k'eou  cheou ,  etc. . .  •  telle  que  je  la  propose  gagne 
ainsi  en  vraisemblance.  Encadré  par  deux  verbes  avec  lesquels  il  peut  se 
combiner  régulièrement,  le  mot  k'éùa  exerce  pour  ainsi  dire  une  double 

fonction;  il  modifie  ts*an  et  dieùu  :  servavit  ore;  ore  receptoa  libros u 

Les  deux  nouvelles  versions  de  Tépisode  que  j*ai  fait  connaître  suggèrent  une 
correction  fort  simple  et  naturelle  au  texte  du  Compendiam  des  We'u  Le  ca- 
ractère 3E  ^^"^3  qui  signifie  «roi» ,  y  tient  lieu  sans  doute,  comme  il  arrive 
fréquemment ,  de  lliomophone  ^^  wang,  qui  signiGe  cs^cn  aller»,  et  qui  pa- 
rait dans  la  phrase  du  Fa-iuen-tchou-lin  et  du  Ghe-kia-fang-tchi.  —  Enfin, 
je  dois  aux  sincdogues  un  avertissement.  M.  Specht,  qui  dénonce  aux  india- 
nistes mes  prétendues  «confusions»  de  caractères  chinois  me  dénonce  d  autre 
part  aux  sinologues  comme  un  révolutionnaire  de  Tindianisme.  J'ai  le  tort 
de  m^insurger  contre  Texplication  de  Tère  Çaka,  «qui  a  été  généralement 
adoptée  par  tous  les  indianistes  conmie  la  plus  probable» ,  et  de  passer  sons 
silence  «les  recherches  des  numismatistes  et  les  découvertes  des  aicl^logaefl». 
Par  une  coïncidence  piquante ,  dans  le  numéro  même  où  paraissent  les  ob- 
servations de  M.  Specht,  M.  Boyer  publie  un  essai  qui  tend  à  fixer Torigine 
de  fère  Çaka  au  sacre  d'un  roi  entièrement  étranger  à  la  famille  des  Kou- 
chans,  le  Ksatrapa  Nahap&na.  Si  le  témoignage  de  M.  Boyer  ne  suffit  pas, 
je  citerai  à  M.  Specht  l'opinion  d'une  autorité  considérée  comme  la  plus 
haute  dans  les  questions  d'ères  indiennes.  Après  un  examen  minutieux  des« 
données  qui  concernent  l'ère  Çaka,  M.  Kielhorn  conclut  la  série  de  ses  articles 
(Indian  Anli^uary,  vol.  XX.IV-KKVI)  en  déclarant  que  rien  ne  permet  d'éta-. 
blir^ia  moindre  relation  entre  le  sacre  de  Kaniska  et  l'origine  de  l'ère  Çaka , 
et,  comme  M.  Boyer,  il  en  rapporte  l'institution  aux  Ksatrapas  de  l'Ouest.  La 
même  opinion  était  soutenue,  dès  1888,  par  Bhagvânlâl  indraji  {Journal 
of  thc  Royal  Asiatic  Society,  1890,  p.  642).  Si  j'ai  eu  l'audace  d'attaquer 
un  dogme  de  chronoiogie ,  j'ai  du  moins  l'beureuse  fortune  de  partager  la 
faute  avec  dés  complices  respectables. 

*  Un  critique  bienveillant  a  exprimé  des  doutes  sur  l'identité  de  Ki-ni- 


528  NOVËMBREDÉCEMBRË  1897. 

tclwu-Un  (chap.  5o;  coll.  Fujishima,  boite  xxxvi,  vol.  8, 
p.  i4')  qui  cite  comme  sa  source  le  Pi-p'a-cha-lan  (Vibhàrà- 
castra ,  composé  par  Kàtyâyaniputra  et  traduit  en  chinois  par 
Sanghabhûti  en  383). 

Jadis  Kiani-che-kia  (Kaniska),  roi  du  Kien-t'oAo  (  Gandhàra), 
avait  à  son  palais  une  porte  toute  jaune  \  U  passait  tout  son 
temps  à  surveiller  les  affaires  de  Tintérieur  et  sortait  à  peine 
dans  la  ville  et  au  dehors.  Or  il  vit  un  troupeau  de  cinq  cents 
têtes  de  bœufs  qui  arrivait  à  Tentrée  de  la  ville.  D  demanda  au 
toucheur  de  bœufs  :  «  Qu'est-ce  que  ces  bœufs  ?  »  Le  toucheur 
de  bœufs  répondit  :  «  Ces  bœufs  dépassent  de  beaucoup  leurs 
pareils.  Arrivés  devant  la  porte  jaune ,  ils  conçurent  cette 
pensée  :  Par  Teffet  des  mauvaises  actions  que  nous  avoiis 
autrefois  commises,  nous  avons  reçu  un  corps  sans  virilité. 
Maintenant  il  faut  qu*à  Taide  d^un  objet  de  prix  nous  anéan- 
tissions ce  mal  d*étre  des  bœufs,  de  telle  sorte  qu*en  nous 
rachetant  avec  la  valeur  de  Tobjet  nous  obtenions  la  déli- 
vrance ,  grâce  à  la  force  des  bonnes  actions.  Faisons  que  cette 
porte  jaune  nous  vaille  un  corps  yirii.  Au  fond  de  leur  être  « 
ces  créatures  se  réjouissent  de  rentrer  en  ville  comme  eUes 
faisaient  jadis,  et  elles  restent  à  la  porte  du  palais  et  efles 
présentent  par  mon  intermédiaire  une  requête  respectueuse 
au  roi  pour  obtenir  d'entrer  et  de  recevoir  directement  les 
faveurs  royales.  »  Le  roi  donna  Tordi'e  de  les  laisser  entrer,  et- 
s'informa ,  au  comble  de  la  surprise ,  du  motif  qui  les  dirigeait. 
Alors,  à  la  porte  jaune,  ils  présentèrent  respectueusement 
leur  requête.  Le  roi  en  les  entendant  s*étonna,  se  réjouit  et 

tch'a  et  de  Kaniska.  Je  me  permets  de  ie  renvoyer  à  Ylimirnn  ^0m4i'mi^ 
[Journal  asiatique,  iSgS,  II,  p.  337).  Ou-K^ong,  ou  plot6t  ton  port»|Hi- 
role ,  y  mentionne  brièvement  un  épisode  conté  en  détail  par  Hionen-Tiaiig; 
ii  désigne  sous  le  nom  de  Ki-ni-tcli*a  le  roi  qac  Hioiien*Taang  appeHe  Km- 
ni-che-kia.  D  autre  part,  le  Chean-i-tien  {\iv.  LXXVII,  ftà.  44)  rapporte  la 
conversion  miraculeuse  de  Kaniska  de  la  même  manière  que  Hionen-Tiang 
(  Mémoires  t  I,  107),  mais  il  substitue  à  la  forme  Kia-ni-chê-kia  de  Bicoen- 
Tsang  la  forme  Ki-ni-tch'a  de  nos  textes. 

'  Cf.  la  Porte  d'or  du  palais  royal  à  Ohatgaon ,  dans  OUjfuld  «Iwidiw» 
from  N pal,  I,  i3i,  et  Le  Bon,  Les  Monuments  de  tlndê,  fiff.  369. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  529 

leur  donna  libéralement  des  objets  précieux.  Et  il  chargea  un 
haut  fonctionnaire  de  lui  faire  connaître  désormais  les  affaires 
du  dehors. 

Le  Fa-iuen-tchou-lin  permet  de  compléter  et  de  corriger 
une  des  données  fournies  par  Hiouen*Tsang  sur  les  rapports 
de  la  Chine  avec  Kaniska.  L'information  du  compilateur  chi- 
nois est  empruntée  à  un  recueil  officiel,  le  Si-ya-tchi  "jj  ^ 
J^  Mémoires  sur  les  pays  occidentaux ,  rédigé  par  ordre  de 
Tempereur  et  divisé  en  deux  sections  :  le  texte ,  en  60  cha- 
pitres, et  les  illustrations  (cartes  etc.)  en  4o  chapitres.  Le 
travail,  entrepris  l'an  3  de  la  période  Lin-te  1^  ^  (664-666), 
n'était  pas  encore  achevé  l'an  1  de  la  période  K'ien-feng  ^ 
^  (666-668);  il  dura  donc  plus  d'une  année  ^ 

Le  Si-yu-tchi  dit  :  «  Dans  le  royaume  de  Ki-pin  (Kapiça)* 

'  Fa-iuen-tchou-lin,  chap.  5,  p.  A8a;  cf.  ibid,  chap.  100,  p.  102a. 

*  Voir  Journal  asiatique ,  1895,  II,  871 -38  A,  et  1896,1,  1 6 1 .  Le  passage 
correspondant  des  Mémoires  de  Hioaen-Tsang ,  I ,  A 1  et  suiy. ,  atteste  par 
un  témoignage  de  plus  Tidentité  de  Kapiça  et  de  Ki-pin.  D  a  reste,  l'état  po- 
litique du  Kapiça ,  tel  qu'il  est  décrit  par  Hiouen-Tsang ,  subsiste  encore  au 
temps  de  Ou-K'ong.  Au  temps  de  Hiouen-Tsang,  le  Gandhâra  était  déjà 
«tombé  sous  la  domination  du  royaume  de  Kapiça»  [Hfémoires,  I,  loA)  et 
la  capitale  du  Gandhâra,  Ou-la-kia-han-tch*a  (Udabhânda)  cf.  Stein,  Zur 
Geschichte  der  Çâhis  von  Kabul)  était  une  des  résidences  du  roi  de  Kapiça 
(  Vie,  2  63).  Nagarahara  {Me'm»,  96),  Larapaka  {ibid. y  9b)  etc.  au  total  une 
dizaine  de  royaumes  appartenaient  au  Kapiça  (ibid,,  4i)>  La  ville  de  Taksa- 
çilâ  avait  passé  récemment  du  Kapiça  au  Cachemire  {ibid.,  ibi).  Maintenant 
que ,  grâce  à  une  identification  solidement  établie ,  le  nom  du  Kapiça  prend 
une  haute  importance  historique ,  il  est  légitime  de  se  demander  si  les  noms 
des  princes  scythiques  attestés  par  les  monnaies  «Kujula-Kapsa»,  «Hima- 
Kapiça» ,  ne  contiennent  pas  le  nom  de  la  ville  qui  était  leur  capitale.  —  Il 
est  intéressant  de  constater  que  le  caractère  J^ÏÏ  »  qui  sert  à  transcrire  la  pre- 
mière syllabe  de  Kapiça  (comme  sa  variante  ^  J^y  ),  est  employé  à  dési- 
gner des  tissus  de  poils  qui  venaient  du  ^  ^m  Si-hou ,  c'est-à-dire  de  chez 
les  barbares  d'Occident.  Le  nom,  au  témoignage  de  M.  Couvreur  {Diction- 
naire, s.  V.)  est  déjà  employé  avec  cette  valeur  dans  V Histoire  des  premiers 
Han.  —  Une  note  ajoutée  à  la  suite  du  Na-sien-king  { Milinda-praiçna)  ,.dans 
l'édition  des  Ming ,  dit  que  le  nom  Ki-pin  est  un  molfan ,  c'est-à-dire  indien  , 
qui  signifie  :  «une  race  sans  valeur»  ^|  ^^.  —  Le  nom  du,  Kapiça ,  mention- 
né si  rarement  chez  les  auteurs  occidentaux ,  se  retrouve  d'une  manière  assez 


530  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

la  doctrine  du  Bouddlia  est  très  répandue.  A  rintérieur  de  la 
capitale  il  y  a  un  monastère  (vihâra)  appelé  Hanseug^  ^ 
(monastère  des  Han).  Jadis  un  envoyé  des  Han,  cédant  à 
son  inclination  propre,  éleva  un  Feou-t'ou  (Bouddha,  pa- 
gode). Il  le  fit  en  pieri^s  assemblées,  haut  de  cent  tdieu 
(pieds).  Les  pratiques  du  culte  y  différent  de  Tordinaire.  Dana 
le  monastère  il  y  a  un  os  du  crâne  du  Bouddha  et  il  y  a  un 
cheveu  du  Bouddha;  la  couleur  en  est  Ueu  foncé  et  il  est 
roulé  comme  un  coquillage.  On  les  a  déposé»  dans  les  sept 
joyaux  et  on  les  a  placés  dans  un  coflire  d*or.  Âa  nord-ooert 
de  la  capitale  il  y  a  le  monastère  du  roi.  Dans  le  monastère 
il  y  a  une  dent  de  lait  de  Çâkya  Bodhisattva  enCeuit;  die  est 
longue  d*un  pouce.  En  allant  de  là  au  sud-ouest,  on  trouve  ie 
monastère  de  la  fenmie  du  roi.  Dans  le  monastère  il  y  a  nn 
Feou-t'on  de  cuivre  haut  de  cent  tch'eu  (pieds)  ;  dans  ce  Feoa- 
foa  il  y  a  des  reliques.  Tous  les  six  jours ,  il  répand  durant 
la  nuit  un  éclat  lumineux  ;  la  clarté  fait  tout  le  tour  de  la  base 
à  la  coupole  ;  elle  rentre  à  l'intérieur  quand  l'aurore  se  lève.  • 
Hiouen-Tsang  (Mémoires ^  I,  53)  décrit  les  monastères  men- 
tionnés dans  ce  passage.  Il  donne  au  couvent  qui  possédait 
la  dent  de  lait  le  même  nom  et  le  même  emplacement;  mais, 
au  témoignage  du  pèlerin ,  le  couvent  où  étaient  déposés  Tos 
du  crâne  et  le  cheveu  s'appelait  «  le  couvent  de  l'ancien  roi  ■  \ 

ioatteDclac  dans  le  Midrasch ,  Vayikra  Rahha ,  chap.  v,  où  Kapiça  est  re|Mé- 
sente  comme  le  pays  le  plus  Soigné  (Neubauer,  Géographie  du  Ttimud), 
M.  Israël  Lévi ,  que  j*ai  consulté  au  sujet  de  ce  passage ,  a  bien  voida  me 
communiquer  les  observations  suivantes  :  Il  s'agit  d*un  fonctionnaire  d^Eiè- 
chias  nommé  Schebna.  Un  commentaire  anonyme  d*Isaïe ,  XXII ,  i5  et  voir, , 
explique  au  verset  i8  [«U  te  fera  rouler  comme  une  boule  vers  un  pays 
étendu,  là  tu  mourras  I  »]  l'expression  «au  pays  étendu» ,  en  disant  :  G*ert 
Kapiça  riD^SO»  Dans  le  Yalkont  (sur  Isaïe,  daS)  qui  reproduit  exacleniMit 
tout  le  passage ,  ces  mots  ne  se  trouvent  pas.  Le  Yalkout  est  une  compilatioD 
du  XIII*  siède  qui  a  conservé  d'excellentes  leçons  des  Midraschlm  et  dn  Tid- 
mud.  Le  texte  de  Vayikra  Rabba  est  anonyme  et  ne  peut  être  daté  avec  pré- 
cision; Vayikra  Rabba  est  un  ouvrage  palestinien  du  vu*  siècle.  Enfin  dam 
le  Talmud  babylonien  ( Sanhédrin ,  a6  a)  l'interprétation  des  versets  d*Inie 
est  identique;  l'expression  «au  pays  étendu»  n'y  est  pa»CKpliqa£e. 

'  Ou-K'ong  {artick  cité,  p.  357)  signale  également  œ  monaatère  «qui 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  531 

En  outi^ ,  tandis  que  le  Si-yu-tchi  place  ce  couvent  dans  l'in- 
térieur de  la  capitale ,  Hiouen-Tsang  paraît  le  laisser  en  de- 
hors de  la  ville.  Le  désaccord  des  deux  textes  laisse  à  penser 
que  le  «  monastère  des  Han  »  du  Si-yu-tchi  correspond  en  réa- 
lité au  couvent  que  Hiouen-Tsang  désigne  sous  le  nom  énig- 
matique  de  Jin-kia-lan  A  Ih  £  *  ^^  monastère  des  honunes  » 
et  qui  avait  été  fondé  par  des  otages  chinois  (Mémoires ^  I, 
4^  )  au  temps  de  Kaniska.  La  version  du  Si^yu^tchi  rappelle 
par  un  trait  frappant  Thistoire  de  King-lou  ou  King-hien  que 
j'ai  discutée  dans  mes  Notes  sur  les  Indo-Scythes;  elle  con- 
firme la  venue  dun  envoyé,  ^^  chea,  des  Han  au  pays  des 
Indo-Scythes;  et,  puisque  la  fondation  du  couvent  remonte  À 
l'époque  de  Kaniska ,  l'envoyé  chinois  qui  passe  pour  l'avoir 
fondé  a  dû  se  rendre  au  Ki-pin  sous  le  règne  de  Kaniska.  C'est 
une  raison  de  plus  pour  croire  que  la  mission  de  King-lou  se 
rattache  au  règne  de  Kaniska ,  et  que  le  règne  de  ce  prince 
se  place  à  Tentour  du  point  de  départ  de  l'ère  chrëtieime. 


THE    BABYLONIAN   EXPEDITION    OF    THE    UNIVERSITY    OF  PENNSYL- 

VANIA  y  Séries  A  :  Cuneiform  Texts,  edited  by  H.  V.  Hilprbcht, 
vol.  I*',  plates  i-5o;  vol.  II,  plates  5i-ioo. 

Ces  deux  fascicules  nous  offrent  les  prémices  d'une  riche 
moisson  d'inscriptions  cunéiformes  faite  dans  les  ruines  de 
l'antique  cité  mésopotamienne  de  Nippur  (actuellement  Nuf- 
far),  sur  la  rive  gauche  de  l'Ëuphrate,  à  70  kilomètres  au 
sud-est  de  BAhylone.  On  sait  que  ces  monuments  sont  la  pro- 
priété de  l'université  de  Pensylvanie ,  à  Philadelphie ,  le  grand 

a  comme  relique  un  os  du  crâne  de  Çàkya  le  Tathàgata  »  ;  il  lui  donne  le  nom 
de  :  M  monastère  de  Yen-ti-li  du  roi  Kini-tch'a  ».  Il  est  donc  certain  que  le 
personnage  désigné  comme  «lancien  roi»  est  Kaniska.  Sous  le  nom  énigf 
maiique  de  Yen-ti-U  se  cache  peut-être  la  solution  du  problème  posé  par  le 
texte  du  Si-yu-tclii  ;  peut-être  le  mot  rappelle-t-il  de  quelque  manière  TenvoyA 
chinois  qui  vint  à  la  cour  de  Kaniska. 


532  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

établissement  scientifique  d*oiJ  est  partie  Texpédition  qui  les 
a  remis  au  jour.  Sans  parler  du  reste,  5 3,000  tablettes  et 
fragments  de  tablettes  babyloniennes  et  quantités  d'autres 
objets  également  pourvus  d*inscriptions  cunéiformes,  ont  ré- 
compensé le  zèle  incomparable,  les  privations  et  les  souf- 
frances d  une  triple  campagne  de  fouilles,  au  cours  des  années 
1888-1896,  dans  une  des  régions  les  {dus  malsaines  et  les 
moins  sures  de  la  Babylonie.  Et  ce  n'est  là  sans  doute  qu'un 
commencement.  On  a  tout  lieu  d'espérer  qu'encouragés  par 
un  si  beau  succès ,  les  membres  du  Babylonian  Exploration 
Fund  de  Philadelphie  tiendront  à  assurer  par  de  nouvdles 
libéralités  la  continuation  des  fouilles  en  Babylonie,  et  le 
développement  de  la  section  babylonienne  au  musée  de  l'uni- 
versité dé  Pensylvanie.  Ils  assureraient  ainsi  l'avenir  des 
études  assyriennes  aux  Etats-Unis,  qui  possèdent  des  assyiio- 
logues  conmie  M.  H.  V.  Hilprecht,  à  Philadd.phie ,  MM:  Ed- 
ward F.  Harper  et  Robert  F.  Harper,  à  Chicago,  M.  D.  G. 
Lyon ,  à  Cambridge  Mass. ,  M.  Paul  Haupt  à  Baltimore ,  etc., 
très  capables  d'exploiter  les  trésors  déjà  accpiis  et  ceux  qui 
s'y  ajouteraient. 

En  attendant ,  M.  H.  V.  Hilprecht  s'est  mis  à  l'oeuvre  avec 
beaucoup  de  résolution.  La  collection  dont  le  soin  lui  a  été 
confié  ne  reste  pas  à  l'état  chaotique;  les  monuments  de 
Nippur,  qui  arrivent  à  Philadelphie  par  envois  successifs, 
sont  nettoyés  (ceci-méme  est  l'œuvre  du  curateur),  ils  sont 
examinés,  puis  classés  suivant  leur  contenu  et  leur  époque  % 
certaine  ou  présumée.  Cela  va  bon  train,  parait^ii,  bien  que 
M.  Hilprecht  passe  une  partie  de  l'année  au  musée  de  Con- 
stantinople ,  où  il  s'est  chargé  de  mettre  en  ordre  la  cdleo- 
tion  assyro-babylonienne.  Nous  avons  d'ailleurs  une  preuve  ' 
de  cette  remarquable  activité  dans  les  deux  fascicules  inscrits 
ci-dessus ,  où  sont  déjà  mis  à  ^a  disposition  des  savants  de 
tous  les  pays  plus  de  160  inscriptions ,  textes  complets,  agen- 
cements incomplets  de  fragments ,  fragments  isolés ,  apparte- 
nant, la  plupart  à  l'université  de  Pensylvanie  (ce  qui  indique 
d'ordinaire  Nippur  comme  lieu  de  provenance),  un 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  533 

grand  nombre  au  musée  de  Constantinople ,  quelques-unes 
à  d'autres  établissements  publics  ou  à  des  particuliers.  Un 
autre  volume  «  dont  la  préparation  touche  à  sa  fin ,  et  qui 
sera  le  neuvième  du  recueil  projeté ,  ne  tardera  pas  à  paraître. 

Pour  donner  une  édition  parfaite  de  ses  textes,  notam- 
ment des  vieux  documents  babyloniens  gravés  sur  des  objets 
de  caractère  monumental  qui  forment  la  matière  de  son 
premier  volume,  M.  Hilprecht  avait,  semble-t-il,  un  beau 
modèle  sous  les  yeux.  Nous  voulons  pader  du  magnifique 
ouvrage  qui  se  publie  avec  le  concours  du  gouvernement 
français ,  par  M.  de  Sarzec ,  Theureux  explorateur  des  ruines 
de  Tel-Loh ,  et  M.  Léon  Heuzey,  sous  le  titre  :  Découvertes  en 
Chaldée,  Rien  de  plus  soigné  ni  de  mieux  i^éussi,  rien  de  plus 
satisfaisant  au  point  de  vue  général  de  Tarchéologie ,  que 
ces  planches  luxueuses  qui  donnent  d'ordinaire  une  idée  si 
nette  des  objets,  et  les  reproduisent  au  besoin  sous  plusieurs 
faces.  Mais  ]a  photographie  directe  des  monuments,  em- 
ployée pour  cette  publication,  nécessite  des  frais  considé- 
rables et  fait  monter  le  prix  des  livres ,  à  moins  qu'un  gou- 
vernement ou  quelque  Mécène  ne  se  charge 'des  frais.  Elle 
découragerait  les  assyriologues ,  pas  tous  riches ,  si  on  y  re  • 
courait  trop  souvent.  De  plus  les  écritures  ainsi  photogra- 
phiées, le  fussent- elles  avec  toute  la  perfection  possible, 
peuvent  présenter  de  grandes  difficultés  de  lecture.  C'est  le 
cas  pour  plusieurs  pièces,  et  pour  plusieurs  passagçts  d'in- 
scriptions d'ailleurs  clairement  rendues ,  dans  la  publication 
française,  ce  chef-d'œuvre  du  genre. 

Mù  par  ces  considérations,  M.  Hilprecht  a  adopté  une 
méthode  plus  pénible  pour  lui ,  mais  plus  économique,  et  plus 
avantageuse  pour  l'usage  des  textes.  Il  copie  ceux-ci  à  la 
main ,  et  ses  transcriptions  sont  ensuite  photograpliiées.  Néan- 
moins plusieurs  pièces  reproduites  de  cette  manière  le  sont 
aussi  par  la  photographie  directe  des  originaux.  Cela  a  lieu 
lorsque  l'auteur  attache  une  importance  spéciale  à  ce  que 
l'on  puisse  vérifier  ses  copies,  ou  qu'il  juge  nécessaire  de 
donner  des  monuments  une  idée  plus  précise  que  celle  qui 


534  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

résulte  de  ses  indications.  Mais  même  dans  son  procédé  ordi- 
naire, rintérét  paléographiqae  n'est  jamais  sacrifié;  il  do- 
mine au  contraire  toute  Tœuvre. 

D  après  M.  Hilprecht,  qui  se  propose  de  démontrer  sa 
thèse  dans  un  ouvrage  spécial,  la  grandeur  des  caractères 
cunéiformes,  leurs  positions  relatives,  et  certaines  de  leort 
combinaisons  particidièrement  fréquentes,  dans  les  vieux 
documents ,  ont  exercé  une  grande  influence  sur  la  genèse 
des  formes  stéréotypées  des  âges  postérieurs.  DVm  autre 
côté ,  la  découverte  des  textes  archaïques  de  Lagas  oa  Sii^ 
purla  (Tei-Loh)  et  de  Nippur,  qui  &  tant  ajouté  an  pea  qa*oii 
possédait  en  ce  genre ,  pousse  plus  que  jamais  à  rechercher 
les  origines  de  Técriture  cunéiforme.  M.  HUprecht  notam- 
ment a  fait  de  ces  questions  lobjet  d'un  enseignement  réga* 
lier  à  Tuniversité  de  Pens^vanie  depuis  1886 ,  et  il  compr^id 
aussi  bien  que  personne  combien  il  importe ,  sons  ce  rapport, 
de  donner  au^  assyriologues,  dans  des  éditions  soignées, 
Timage-  aussi  fidèle  que  possible  des  écritures  originides. 
Aussi  s*attache-t-il  à  présenter  chaque  pièce  dans  sa  grandeur 
et  sa  forme  réelle ,  à  rendre  dans  le  dernier  détail  la  manikv 
de  chacpie  scribe ,  à  conserver  aux  caractères  et  aux  groupes 
de  caractères ,  leur  grandeur,  leur  tracé ,  leor  position  exacte 
et  leurs  distances  mutuelles.  11  est  persuadé  que,  si  on  a  par- 
fois différé  de  5oo,  1000  et  même  a 000  ans,  sur  la  date 
de  certaines  inscriptions ,  c'est  qu'on  en  jugeait  sur  des  oof»es 
exécutées  sans  souci  des  détails  énumérés. 

M.  Hilprecht  a  également  soin  de  dessiner  exactement  la 
contour  des  fragments,  et  non  sans  raison.  Il  arrive  en  effet 
que  les  fragments  d'une  même  inscription  aboutissent  s^m- 
rément  à  Paris,  à  Londres,  à  Philadelphie,  etc.,  on  à  des 
cases  différentes  dans  le  même  musée.  Or  si  la  castare  est 
bien  marquée  dans  les  éditions,  la  parenté  des  firagmenis 
dispersés  se  découvre  plus  aisément.  C'est  ainsi  qœ  M.  Hil- 
precht lui-même  a  reconnu  après  coup,  sur  ses  copies,  des 
connexions  qui  lui  avaient  d'abord  échappé,  il  pousse  le 
scrupule  juscp'à  ombrer,  dans  ses  reproductions,  jdniieart 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  535 

passages  sur  la  lecture  desquels  il  n'a  aucun  doute ,  mais  qui 
ne  sont  clairs,  sur  les  originaux,  qu'à  la  condition  d'être 
considérés ,  par  un  œil  exercé ,  sous  un  certain  angle  et  à  un 
certain  état  de  lumière  solaire.  Quand  il  en  est  ain^,  la  pho- 
tographie directe  ne  rend  pas  les  textes  avec  la  netteté  suffi- 
sante ;  on  s'en  convaincra  en  comparant  les  copies  de  T  auteur 
pL  23,  n.  56-57,  ®*  ^^^  originaux  correspondants  reproduits 
par  la  photographie  directe  sur  la  pi.  X,  qui  rivalise  de  per- 
fection avec  celles  de  la  publication  française.  Par  principe, 
lé  scrupuleux  paléographe ,  bien  qu'il  eût  pu  en  «toute  certi- 
tude combler  maintes  lacunes  de  ses  textes ,  ne  se  l'est  pas 
permis  une  seule  fois. 

Dans  les  deux  fascicules ,  les  planches  sont  précédées  d'une 
table  donnant  sur  chacune  des  pièces  divers  renseignements , 
savoir  :  la  matière  du  monument  qui  porle  l'inscription; 
ses  dimensions,  souvent  avec  celles  des  parties  écrites;  sa 
date ,  déterminée  par  le  nom  des  rois ,  soit  signataires ,  soit 
mentionnés  comme  contemporains  ou ,  ce  qui  est  moins  sou- 
vent le  cas,  déduites  de  considérations  paléographiques  et 
autres  ;  son  lieu  de  provenance ,  précisé ,  pour  la  plupart  des 
documents ,  par  des  références  à  la  planche  XV  (  reproduction 
d'un  plan  en  relief  des  ruines  de  Nippur);  son  numéro  d'ordre 
dans  le  catalogue  de  la  section  babylonienne,  dressé  pat 
l'auteur,  au  musée  de  l'université  à  Philadelphie ,  etc. 

Un  exemple  fera  comprendre  l'importance  de  ces  données 
au  point  de  vue  tant  de  l'histoire  que  de  la  paléographie  et  de 
l'archéologie  en  général,  et  mieux  apprécier  encore  le  labeur 
extraordinaire  auquel  nous  devons  cette  belle  édition  de 
textes  cunéiformes  :  «  Planche  36 ,  texte  86.  Date  :  Lugal- 
kigubnidudu  (roi).  Fragment  d'un  grand  vase  en  serpentine , 
centimètres  20,5  X  9,45  x  2,8.  Diamètre  primitif  (plus  grand 
diamètre  du  vase  entier),  environ  25,4.  (Plan  des  ruines  de) 
Nippur  III,  en  contre-bas  des  sîdles  duT(emple  de  Bel),  au 
côté  S.-E.  du  Z(iggurat),  un  peu  plus  haut  cjue  le  pavement 
d'Ur-Ninib ,  dans  la  couche  qui  a  donné  à  peu  près  tous  les 
fragments  les  plus  anciens  de  vases  en  pierre  exliumés  à  Nuf- 


536  NOVEMBRE-DECEMBRE  1897. 

far,  par  conséquent  trouvé  approximativement  à  la  même 
place  que  pi.  i ,  n.  i .  Inscription  de  i5  lignes,  primitivement 
3o  au  mioins,  G.  M.  B.  (Catalogue  du  Musée  babylonien), 
9826.  Portions  de  ces  i5  lignes  conservées  sur  les  31  autres 
fragments  suivants,  de  vases  en  sdbâtre  calcaire,  au  moyen 
desquels  le  texte  avait  été  reconstitué  avant  la  découverte  et 
Texamen  du  fragment  gSaS  :  C.  M.  B.  9667  +  9607  -«-9609 
(cf.  pi.  XVIII,  n"  4i-43),  9581  +  9643,  9608  +  9679 
+  9561  (appartenant  au  même  vase  que  9900,  cf.  pi.  87  et 
pi.  XVII,  .n°  47),  9901,  9902,  9903,  9904  (cf.  pi.  37), 
9906,  9632  (appartenant  au  même  vase  que 9635 +  96 30 4- 
9627  +  9606,  cf.  pi.  37)  9605  (cf.  pi.  XVIII,  n*  44)»  9^99 . 
9633,  9680,  9703,  10001  (cf.  pi.  XVUÏ,  n'  48).  Cf. aussi 
9634  (cf.  pi.  37  et  pL  XVIII,  n*  46).  • 

Le  travail  de  la  première  copie ,  préparée  avec  les  2 1  petits 
fragments,  n*a  pas  été  inutile.  Il  a  fourni  les  nombreuses  va- 
riantes gi*aphiques  dessinées  en  marge  de  la  copie  photo- 
graphiée ,  toujours  marquées  du  numéro  des  fragments  res- 
pectifs. Aucune  des  variantes  graphiques  n* était  à  négliger; 
car  sans  elles,  plusieurs  signes  se  reconnaîtraient  difficile- 
ment ,  et  toutes  sont  utiles  à  qui  veut  se  rendre  compte  des 
formes  variées  des  caractères  dans  les  écritures  postérieures, 
ou  remonter  à  leurs  origines.  Si  j*en  juge  par  ce  que  je  vois 
déjà  chez  notre  auteur,  notamment  fasc.  II,  pages  33  et 
suiv. ,  ces  recherches  sur  les  origines  de  Técriture  conéiforme 
commencées  par  les  premiers  assyriologues ,  et  reprises  par 
Amiaud  avec  grand  succès,  grâce  à  ses  rares  aptitudes  et 
aux  découvertes  de  M.  de  Sarzec,  seront  poussées  très  loin, 
avec  des  matériaux  plus  abondants ,  par  le  savant  professeur 
de  l'université  de  Pennsylvanie.  D'ailleurs,  avec  le  secours 
de  ses  éditions ,  plusieurs  autres  assyriologues  pourront  éga- 
lement s'y  appliquer. 

Puisque  nous  en  sommes  venu  là  à  Toccasion  de  ces 
tables,  qui  seront  pour  l'assyriologue  un  guide  précieux, 
voyons  par  un  exemple  plus  frappant  encore ,  ce  que  petit 
coûter  dans  certains  cas  la  publication  d'un  document  assy- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  537 

rien,  préparée  suivant  les  principes  rigoureux  du  D"  Hil- 
precht.  Nous  voulons  parler  du  texte  des  planches  38-42, 
qui  repose  sur  cinq  fragments  principaux,  ayant  appartenu  au 
même  vase,  et  a  été  complété  par  83  débris  de  63  vases 
diftérents.  Le  texte  est  encadré  de  nombreuses  variantes 
comme  celui  de  la  planche  36;  on  indique  au  bas  des 
planches,  pour  chaque  ligne,  les  fragments,  parfois  dix  et 
plus,  sur  lesquels  on  en  retrouve  les  vestiges  ou  qui  se 
prêtent  à  d'utiles  rapprochements,  et  rinscription  compte 
i32  lignes!  11  est  difficile  de  s'exagérer  lé  travail  que  ré- 
vèlent ces  notations  ;  on  ne  peut  rien  démander  de  plus  pour 
le  contrôle  d'une  édition. 

D'ailleurs  l'inscription  cunéiforme  la  mieux  conservée  peut 
mettre  les  yeux  à  rude  exercice,  et  je  ne  suis  pas  surpris 
que  le  D'  Hilprecht ,  déjà  éprouvé  par  le  typhus  à  la  suite 
d'une  campagne  à  Nippur  (1889) ,  ait  couru  risque  de  perdre 
la  vue  dans  son  dur  métier  de  paléographe  à  Nippur  et  à  Phi- 
ladelphie. 11  y  est  revenu  quand  même,  et  tous  les  assyriô- 
logues  s'en  félicitent. 

Le  texte  dont  nous  venons  de  paiier,  i32  petites  lignes, 
représente  donc  88  fragments.  Ce  genre  d'indications,  qui 
ne  mancjue  jamais  dans  les  tables,  doit  nous  mettre  en 
garde ,  à  la  distance  où  nous  sommes ,  contre  le  miroitement 
de  ces  3 2, 000  inscriptions  et  fragments  d'inscriptions  décou- 
verts par  l'expédition  américaine  à  Nippur.  Soit  dit  ceci  dans 
l'intérêt  de  la  vérité,  nullement  pour  diminuer  la  valeur 
d'une  collection  précieuse,  ni  pour  atténuer  le  mérite  de 
ceux  auxquels  elle  est  due. 

Les  inscriptions  éditées  dans  les  deux  premiers  fascicules 
remontent  presque  toutes  aux  anciennes  dynasties  babylo- 
niennes; plusieurs  datent  du  quatrième  millénaire  avant 
notre  ère ,  fort  peu  descendent  au-dessous  du  second.  11  en 
estaitjsi  des  deux  séries  publiées  jusqu'à  présent,  quil  eût* 
mieux  valu,  absolument  parlant,  fondre  en  une  seule.  Mais 
des  considérations  pratiques  s'y  opposaient.  Il  fallait,  pour 
cela,   différer  notablement   la  publication;  car  les  monu- 

.\.  36 


ijtraiMMLti;  •Aiiu.\Ai.t>. 


538  NOVEMBRE  DÉCEMBRE    1897. 

ments  ne  revenaient  pas  au  jour  dans  l'ordre  chronologique, 
et  ils  se  suivaient  à  de  grands  intervalles,  par  suite 
d'accidents  et  de  contrariétés  de  plus  d'une  sorte,  sur  le 
chemin  de  Nippur  à  Philadelphie.  Pour  pouvoir  ranger 
tous  les  textes  dans  un  ordre  chronologique  approximatif, 
on  devrait  même  attendre  l'entier  achèvement  des  fouilles  à 
Nippur,  c'est-à-dire  peut-être  plus  de  vingt  ans.  Il  reste,  je 
crois ,  beaucoup  à  découvrir  à  Nippur,  et  ce  que  ces  ruines 
ont  rendu  à  l'expédition  envoyée  par  l'université  de  Pennsyl- 
vanie a  coûté  huit  ans  de  patience  et  d'efiorts  (  1888-1896). 

Le  [y  Hilpredit  s'intéresse  vivement  au  contenu  de  ses 
textes,  et  l'usage  qu'il  en  fait  dans  ses  préliminaires,  donne 
par  avance  une  idée  avantageuse  des  traductions  qu'il  promet. 
Au  surplus,  quels  que  soient  l'acquis  et  les  aptitudes  d'un 
assyriologue ,  il  ne  découvrira  le  sens  de  ses  documents,  en 
dehors  des  parties  qui  leur  sont  communes  avec  d'autres 
textes  déjà  interprétés,  qu'à  la  suite  d'efforts  renouvelés 
cinquante  et  cent  fois.  Or  la  condition  se  résdise  nécessaire- 
ment, et  le  travail  a  chance  d'aboutir,  si  les  données  sont 
suffisantes,  quand  on  manipide  les  originaux  avec  tant  de 
sollicitude  dans  le  dessein  de  les  publier  et  avec  Tarrière  • 
pensée  de  les  interpréter.  Ajoutons  que  si  tout  essai  de  tra- 
duction suppose  établie  la  valeur  des  signes  phonétiques  et 
des  idéogrammes,  chose  plus  difficile  dans  le  cas  de  textes 
archaïques,  sumériens  ou  accadiens,  le  même  exercice  est 
aussi  indispensable  à  ce  point  de  vue.  Il  provoque  en  effet 
les  mille  rapprochements  sans  lesquels  la  valeur  de  plusieurs 
de  ces  signes,  indéterminée  ou  encore  inconnue,  ne  se  révé- 
lerait point. 

Voilà  pourquoi  nous  verrons  avec  plaisir  ia  version  de  ces 
sources  nouveUes  dont  les  Introductions  du  D"  Hilprecht 
démontrent  facilement  l'importance  pour  l'histoire  primitive 
des  Ghaldéo-Babyloniens.  Ces  Introductions ,  dont  nous  nous 
sommes  encore  occupé  ailleurs  *,  complètent  et  rectifient  au 

'  Voir  dans  la  Htvue  des  qae$tiont  historiques,  juillet  1897,  notre  ar- 
tii:^  :  Les  dernières  découvertes  aux  pays  bibliques. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  539 

besoin ,  avec  le  secours  non  seulement  des  textes  récemment 
exhumés  mais  aussi  des  découvertes  de  toutes  sortes  faites 
à  Nippur^  les  remarquables  travaux  de  MM.  Hommcfl,  Wihc- 
kler  et  Hcuzey  sur  le  même  sujet.  Les  ruines  de  Nipptér  ont 
donné  des  inscriptions  émanant  de  qtiàrante-cinq  rois  d'Ur, 
[sin ,  Babylone ,  etc. ,  cru  datées  de  leur  règne ,  et  remontant 
du  milieu  du  V'  siècle  avant  J.-C.  jusqu'au  quatrième  millé- 
naire, et  même  au  cinquième,  d'après  M.  Hilprecht.  On  y 
a  lu  les  noms  de  maints  rois  inconnus  avant  le»  fotdlles  si 
heureusement  conduites  par  M.  John  P.  Peter* ,  et  après  Itii 
par  M.  J.  H.  Haynes,  qui  a  été  attaché  à  l'expédition  dès  le 
début  et  ne  tardera  pas  à  nous  en  donner  l'histoire. 

A.'J.  Delatthb^  &»  J. 


NOi;VELtB  NOTB  SUR  LA  GHHONOIiOGlE  CHINOIStB 
DE  L'AN  238  À  L'AN  87  AV.  J.^C. 

La  concordance  des  dates  fourmes  par  les  anciens  chroni- 
queurs chinois  avec  les  dates  exprimées  en  calendrier  Julien 
est  utile  à  établir;  grâce  à  elle,  nous  apercevons  mieux 
l'ordre  de  succession  des  événements ,  et  plus  d'un  texte  his- 
torique s'éclaire  par  la  simple  substitution  de  notre  nomen- 
clature chronologique  aux  caractères  cycliques  et  aux  lu 
naisons  des  Chinois.  J'ai  essayé  ^  de  constituer  cette  concor- 
dance pour  la  période  à  laquelle  principalement  se  rapportent 
les  mémoires  de  Se-ma  Ts'ien,  à  savoir  la  fin  des  Ts*in  et  le 
commencement  des  premiers  Han  (238-87  *^'  J'-Cj.  Le 
père  Havret,  recteur  du  collège  de  Zïtawei,  s'est  donné  la 
peine  de  contrôler  ce  travail,  et  il  a  trouvé  qu'il  y  avait  lieu 
d'y  apporter  une  correction^.  C'est  une  bonne  fortuné  pour 
moi  d'avoir  rencontré  un  critique  d'une  si  haute  comjié- 

'   Toang-pao ,  vol.  Vlï,  p.  i-3Ji  et  509-S2&. 

^  Toang-pao ,  vol.  VIII ,  p.  578-Ai  1  :  «La  chroHoiegie  de»  Uan*^  ptfr  le 
P.  Henri  Havret,  S.  J. 

36. 


540  NOVEMBRE-DKCEMBRE  1897. 

tence  ;  tout  en  ne  partageant  pas  entièrement  sa  manière  de 
voir,  je  crois  que  ses  observations  sont  exactes  en  partie ,  et 
nous  permettront  enfin  d'arriver  à  une  solution  rigoureuse 
du  problème. 

Il  s'agit  de  savoir  quelles  sont,  pour  le  laps  de  temps  con- 
sidéré ,  les  sept  années  qui  sont  embolismiques  dans  chaque 
période  ichang  de  19  ans.  Je  rappelle  que  j'ai  choisi  pour 
point  de  départ  des  périodes  Uhang  Tannée  206  av.  J.-G.» 
première  de  la  dynastie  Han;  le  P.  Havret  s'est  conformé  à 
cette  computation;  j'y  ramènerai  les  indications  qui  nous 
sont  fournies  par  d'autres  auteurs. 

Pour  ma  part,  j'étais  arrivé  à  la  conclusion  que,  pendant 
toute  la  durée  de  la  dynastie  des  Han  antérieurs ,  les  années 
embolismiques  avaient  été  celles  de  rang  : 

(I*)     2,5,7,  *^»  *^»  *^»  *^' 

L'application  de  cette  formule  à  la  période  comprise  de 
l'an  io4  à  l'an  28  av.  J.-C.  est  d'ailleurs  confirmée  par  le  ta- 
bleau que  TcKou  Chao-suen  interpola  dans  les  mémoires  de 
Se-ma  Ts'ien,  à  la  suite  du  chapitre  xxvi  *. 

A  l'époque  des  Han  postérieurs ,  la  formule  devait  être  la 
suivante  : 

(P)     2,  5,7,  10,  i3,  i5,  18. 

Cette  dernière  formule  avait  déjà  été  indiquée  par  le  P. 
Gaubil  qui  l'avait  empruntée  à  Lieoa  Hin  '. 

D'autre  part,  le  P.  Havret  (op.  cit,,  p.  Sgô-Sgy)  a  décou- 

^  Cf.  Havret,  op.  cit., p.  4o6, 1.  16. 

'  Cf.  Havret,  op.  cit.,  p.  Ao3-AoA*  Le  texte  de  Lieoa  Hin  se  trouve  dans 

le  Ts'ien  Han  choa  (cliap.  xxi ,  seconde  partie,  p.  9  r*)  :  j;^  g^  — *  ^J 

M  +  4:i^7^l9  +  Aiâl4:iW-'-®*  *^*®*  emboliumqaei 
sont  ainsi  celles  de  rang  3,6,9,  11,  14,17  et  19  ^^*  <^^  périodes  tchang 
dont  le  point  de  départ  serait  calculé  à  partir  de  Tannée  96  av.  J.-C;  cette 
formule  revient  à  la  formule  i**  si  Ion  prend  pour  point  de  départ  Tannée 
20')  av.  J.-C. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       544 

vert  dans  les  écrits  d'un  énidit  chinois  qui  vivait  au  commen- 
cement de  notre  siècle,  Oa  Yong - koang ,  un  tableau  des 
mois  intercalaires  sous  les  deux  dynasties  Han,  D'après  Ou 
Yong-koang ,  la  formule  d'intercalation  aurait  été  modifiée 
en  io4  av.  J.-C. ,  au  moment  où  fut  promulgué  le  calendrier 
Cai-tcWou.  De  206  à  io4  av.  J.-C. ,  cette  formule  aurait  été  : 

(IT')     3,  5,  8,  10,  i3,  16.  1^ 

Après  Tannée  io4,  elle  serait  devenue  ce  qu'elle  devait 
rester  pendant  toute  la  dynastie  des  Han  postérieurs,  à  sa- 
voir: 

[IV")     2,  5.  7,  10,  i3.  i5,  18. 

Enfin  le  P.  Havret  lui-même,  après  avoir  éprouvé  ces 
diverses  formules  sur  les  textes  historiques ,  est  arrivé  à  la 
conclusion  suivante  :  il  faut  distinguer  trois  périodes  pour 
chacune  desquelles  il  existe  une  méthode  différente  d'inter- 
calation.  De  206  à  io4  av-  J.-C,  la  formule  est: 

(IIP)  2,  5,  8,  10.  i3.  16,  18. 
De  io4  à  28  av.  J.-C. ,  elle  est  : 

(III**)  2,  5,  7,  10,  i3,  16,  18. 
De  28  av.  J.-C.  à  220  ap.  J.-C,  elle  est: 

(IIP)     2,5,7,  *<>»  ^^^  i5»  i^' 

Si  l'on  compare  les  formules  IIP  et  III**  avec  les  formdles 
II'  et  IP  d'une  part,  et  avec  la  formule  P  d'autre  part,  on 
verra  que  le  P.  Havret  donne  raison  à  Oa  Yong-koang  et  me 
donne  tort  pour  la  période  comprise  de  206  à  io4av.  J.-C, 
et  que ,  au  contraire ,  il  est  d'accord  avec  moi ,  et  non  avec 
l'auteur  chinois,  pour  la  période  comprise  de  io4  à  28  av. 
J.-C.  La  seule  question  que  j'aie  à  discuter  est  donc  c^e-ci  : 
Est-ce  la  8*  ou  la  7'  année  de  la  période  tchang  qui  est  em- 


542  NOVKMBRE-DKCEMBRE  1B97. 

bolisuiique  pendant  la  période  comprise  de  a 06  à  io4  av. 
J.-C.  ?  En  d'autres  termes,  faut-ii  dire  avec  le  P.  Havret  que 
les  années  emboiismiques  sont  les  années  199,  180,  161, 
ida,  ia3,  10/i,  et  non  les  années  200,  181,  163,  i43, 
1  a  4  et  1  o5 ,  comme  je  Tavais  proposé  ? 
Pour  Tannée  1  a3 ,  voici  les  textes  que  je  relève  : 

1"  Che  ki,  chap.  x\,  p.  8  r°:  marquisat  de  Po-wang,  6'  année 
yuen-cko,  3"  mois,  jour  kia-tch*en,  4i*  du  cycle  =  i4  mai  i23. 

a"  CIlê  ki,  cbap.  xx,  p.  8  v**:  marquisat  de  Koan-kiun,  6*  apnée 
ynen-cho,  4'  mois,  jour j«n-cAen,  9"  du  cycles  11  juin  12 3. 

y  Che  hi,  cbap.  x\,  p.  9  r°:  marquisat  de  Tchong-li,  6'  anm'e 
yaen-cho,  5*  mois ,  jour  jen-tcA'cn ,  29'  du  cycia=  1"  juillet  12  3. 

'1°  Clie  ki,  chap.  xxi,  p.  20  r":  marquisat  de  Tcliong-i,  6"  année 
yuen-clio,  4"  mois,  jour  ting-tch'cou^  ih'  du  cycle=  16  juin  i23. 

Pour  l'année  1 4^  >  on  trouve  le  témoignage  suivant  : 

5"  Che  ki,  chap.  xiu,  p.  i3  v":  a'  année  Aeoii^)^iitfii  de  Tempe* 
reur  King,  6'  mois,  jour  ting-tch'eou,  i4'  du  cycle»  a 6  juillet  l4a* 

Pour  Tannée  1 6 1 ,  on  a  cçtte  date  : 

6**  Che  ki,  chap.  xix,  p.  16  y°:  marquisat  de  Kov^ngan,  3*  an- 
née heou-ynen  de  l'empereur  IVen ,  i*  mois,  jour  ting-se,  54*  du 
cvcle=  i5  juin  161. 

Ces  six  indications  sont  confirmées  par  les  textes  pfiral- 
lèles  du  Ts'ien  Han  chou;  elles  se  rapportent  à  trois  années, 
distantes  respectivement  de  1 9  ans  Tune  dQ  Tautre ,  et  font 
donc  foi  pour  trois  périodes  tchang  consécutives.  Or  ces  six 
dates  concordent  rigoureusement  avec  mon  lyitèma  et  de- 
viendraient toutes  fausses  si  Ton  plaçait  le  mois  intercalaire 
conrnie  le  P.  Havret  propose  de  le  faire.  Je  croif  donc  pou- 
voir tenir  pour  certain  que  ce  sont  les  années  16a,  i43  et 
ni  qui  sont  emboiismiques,  et  non  les  années  161,  1^3  et 

133. 

11  me  semble  en  outre  nécessaire  d'admettre ,  en  Tabsence 
de  tout  texte  précis,  que  Tannée  io5,  et  non  Tannée  lOii, 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  543 

fut  emboUsmique ,  car  on  ne  voit  point  pour  quelle  raison 
un  système  d'intercalation  cpii  était  suivi  avant  et  après  cette 
date  aurait  été  abandonné  dans  cette  seule  occasion. 

Quant  aux  années  199  et  180  av.  J.-C.,  le  P.  Havret  a  le 
mérite  d'en  avoir  clairement  montré  le  caractère  embolis- 
mique.  Nous  sommes  amenés  ainsi  k  reconnaître  que  la  mé^ 
thode  d*intercalation  n'est  pas  restée  identique  pendant 
toute  la  dynastie  des  premiers  Han.  Sous  le  règne  de  Cm^ 
Uon ,  et  pendant  la  régence  de  sa  femme ,  l'impératrice  'JL»^ 
c'est  la  8*  et  non  la  7'  année  de  la  période  tchang  €fmeê%^è^^ 
bolismique.  Nous  pouvons  d'ailleurs  préciser  l'époque  k'iÊ^ 
quelle  on  modifia  le  calendrier:  Kao-tsoa,  tout  oc(Mjp4'4B 
fonder  un  nouvel  empire,  n'eut  pas  le  loisir  de  dofmét  9» 
soins  au  calcul  des  temps;  le  gouvernement  saoglaBt  de 
l'impératrice  Lu  se  porta  également  vers  d'autres  objets; 
c'est  pourquoi  ces  souverains  se  contentèrent  alors  de  suivre 
les  principes  qui  avaient  présidé  à  la  chronologie  sous  la  dy- 
nastie des  Ts'in^,  Mais,  à  l'époque  de  l'empereur  Wen,  un 
homme  du  pays  de  Lou ,  Kong-suen  Tch*en ,  proposa  un  chan- 
gement de  la  doctrine  des  cinq  éléments ,  et  par  suite ,  une 
modification  du  calendrier  ;  sa  requête  fiit  d'abord  repoussée  ; 
mais ,  en  1 65  av.  J.-C.*,  un  prodige  ayant  été  interprété  en 
faveur  de  ses  idées ,  Kong-suen  Tch'en  put  faire  prévaloir  soa 
opinion  ;  il  rédigea  avec  les  autres  maîtres,  dit  expressément 
l'historien ,  un  projet  sur  les  matières  concernant  le  change- 
ment du  calendrier  et  la  couleur  des  vêtements  ^.  C'est  sans 
doute  à  la  suite  de  ce  rapport  que  l'empereur  interrompit, 
en  1 63  av.  J.-C. ,  le  calcul  des  années ,  et  fit  de  l'année  en 
cours  la  première  d'une  nouvelle  période  ;  en  outre ,  d'après 
le  calendrier  en  usage  sous  les  Ts*in  et  sous  les  deux  premiers 
souverains  de  la  dynastie  Han,  le  mois  intercalaire  aurait  dû 
tomber  deux  ans  plus  tard  (161  av.  J.-C);  mais  on  décida 
d'avancer  l'inlercalation  d'une  année  (162  av.  J.-C),  et  c'est 

'   Che  fci,  chap.  xxvr  ,  p.  2  v«  :  |5jr  g|  ^  J£  ^  ^  ^  .  '^ 

^  Se-ma  Ts'ien^  Irad.  française,  l.  II,  p.  479-480. 

'  Che  ki,  chap.  xxviii,  p.  8  r"  :  ||  ^^^îjScMffif^'- 


544  NOVEAJBUE-DECEMBRE  1897. 

à  pailir  de  ce  moment  qu'on  considéra  comme  emboHsmique 
la  7*  année,  et  non  la  8'  de  la  période  tckang. 

En  résumé ,  le  P .  Havret  a  eu  raison  de  signaler  le  carac- 
tère embolismique  des  années  199  et  180,  mais  c'est  à  tort 
quil  a  cru  pouvoir  en  dire  autant  des  années  161,  i4^ ,  1  ^3 
et  io4f  car  ce  sont  en  réalité  les  années  162,  i43)  12/1. 
et  io5  qui  eurent  un  mois  supplémentaire;  la  réforme  intro- 
duite dans  le  calendrier  en  1 63  av.  J.-G. ,  sur  les  conseils  de 
Kong-suen  Tch'en ,  explique  d'ailleurs  la  modification  qui  fut 
apportée  au  système  d'intercalation.  D'autre  part,  puisque, 
dans  le  début  de  la  dynastie  Han,  on  ne  fit  que  suivre  le  ca- 
lendiîer  des  Ts'in,  on  peut  étendre  à  l'époque  de  cette  dy- 
nastie la  rectification  proposée  par  le  P.  Havret  pour  les 
années  199  et  180.  Dans  le  tableau  chronologique  que  j'ai 
dressé  de  l'an  338  à  l'an  87  av.  J.-C,  il  faut  donc  marquer 
comme  embolismiques  les  années  237,  218,  199  et  180  av. 
J.-C,  au  lieu  des  années  238,  219,  200  et  181. 

Ed.  Ch  A  VAN  NES. 


DOUZIEME  CONGRES  INTERNATIONAL 
DES  ORIENTALISTES. 


Lors  de  la  session  du  Congrès  des  orientalbtes  à  Paris , 
en  septembre,  Rome  avait  été  désigné  comme  lieu  de  la 
réunion  suivante  :  le  Conseil  de  la  Société  asiatique  italienne 
s'est  réuni  en  séance  extraordinaire,  le  samedi  23  octobre ,  à 
Florence;  parmi  les  membres  présents  se  trouvaient  les  pro- 
fesseurs comte  Angelo  de  Gubernatis  et  comte  F.  L.  Pullé. 
Le  docteur  S.  Minocclii,  faisant  fonctions  de  secréUiire  de  \x 
réunion,  a  l'obligeance  de  m'envoyer  les  renseignements 
suivants  :  le  Congrès  aura  lieu  à  Rome  en  1899,  et  S.  M.  le 
roi  d' Italie  a  bien  voulu  en  accepter  le  liant  patronage. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.        545 

Le  bureau  comprendra  les  noms  de  : 

Président,  M.  le  comte  professeur  Angelo  de  Gubernatis, 
président  honoraire  de  la  Société  asiatique  italienne;  vice- 
présidents:  MM.  le  professeur  commandeur  Fausto  Lasinio, 
président  de  la  Société  asiatique  italienne  ;  le  professeur  Ce- 
lestino  Schiaparelli  ;  secrétaire  général,  M.  le  professeur  comte 
Francesco  Lorenzo  Pullé,  vice-président  de  la  Société  asia- 
tique italienne. 

Voici  le  nom  des  membres  du  Comité  d'organisation  : 

Section  I  :  Langues  et  littératures  aryennes.  —  a.  Indo-ira- 
nienne :  MM.  les  professeurs  E.  Teza ,  M.  Kerbaker,  P.  E.  Pa- 
volini,  [.  Pizzi,  I.  de  Vincenliis,  Tagliabue,  G.  Donati;  — 
b.  Linguistique  (et  langues  italiennes):  MM.  les  professeurs 
Fumi,  Ceci,  Scerbo,  Lattes,  Pezzi,  Parodi,  Ettore  Pais  et 
Milani. 

Section  II  :  Langues  et  littératures  sémitiques.  —  a.  Hébraïque- 
syriaque  :  MM.  le  professeur  D.  Castelli ,  le  chevalier  abbé 
Perreau,  le  professeur  A.  Ceriani,  le  docteur  S.  Minocchi, 
le  professeur  F.  Scerbo;  — b. -^ra6e;  MM.  les  professeurs 
C.  Schiaparelli,  L.  Buonazia,  C.  A.  Nallino;  —  c.  Assyrio- 
logie  :  M.  le  professeur  Bruto  Teloni  ;  —  d.  Langue  et  archéo- 
logie phéniciennes:  MM.  les  professeurs  Astorre  Pellegrini, 
B.  Lagumina. 

Section  III  :  Langues  et  littératures  de  l'Asie  orientale  et 
centrale;  MM.  les  professeurs  A.  Severini,  Puini,  Nocentini, 
E.  Teza,  Bonelli. 

Section  IV  :  Égyptologie  et  langues  africaines.  —  a.  Egypte 
antique:  MM.  le  professeur  E.  Schiaparelli,  le  professeur 
Orazio  Marucchi,  le  Rév.  P.  C.  De  Cara,  S.J.  ;  —  b.  Langues 
africaines  :  MM.  G.  Beltramc,  le  professeur  G.  de  Gre- 
gorio,  le  docteur  C.  Conti  Rossini,  les  professeurs  Colizza  et 
Gallina. 

Section  V  :   Grèce  et  Orient,  —  Le  prince  Odescalchi , 


546  NOVEMBRE-DÉCRMBRE  1897. 

MM.  les  professeurs  Comparetti,  Viteliî,   Pnntoni,   Pesta, 
[lalbherr,  Ë.  Piccolonûni  et  Giulio  Beloch. 

Section  VI  :  Géographie  et  ethnographie  de  l'Orient,  —  Le 
duc  de  Sermoneta,  MM.  les  proiesseurs  Maategazza,  Mari- 
nelii,  dalla  Vedova,  Sergi. 

Section  VH  :  Histoii^  dei  reUgions  et  da  folklore  de  V Orient, 
—  MM.  le»  professeurs  Puiui,  Castelli,  Chiappelli,  Vignoli , 
le  docteur  S.  Minocchi. 

M.  le  sénateur  Graziadio  Ascoli  a  décliné  le  titre  de  Pré- 
sident d'honneur  du  Congrès ,  mais  on  espère  le  faire  revenir 
sur  sa  décision. 

Henri  CoRDiER. 


ERRATA 

Au  numéro  de  juillet-août  1897,  p.  i5a-ig3. 

[Article  de  M,  Specht  : 
Les  Indo-Scythes  et  l'époque  du  règne  de  Kftnichka.  ) 

Page  167,  ligne  1,  au  lieu  de  :  XXIII,  Usez  :  CXXIII. 

—  167,  ligne  li;  au  liea  de  :  Nord-Ouest,  Usez  :  Sud- 

Ouest. 

—  i65,  ligne  5,  au  lieu  de  :  Kin-sse,  lisez  :  Klu-ssa. 

—  i65,  ligue  7,  au  lieu  de  :  So-kia,  liiez  s  So-kio* 

-I-    179,  à  la  note,  ligues  a ,  3  et  4i  aii  lieu  de  :  Ta-tsang 
-ki ,  lisez  :  Ta-tsang-king. 


Le  Gérant, 

RlJBENS  Du  VAL. 


TABLE  DES  MATIERES 

CONTENUES  DANS  LE   TOME  JK,  JT  SERIE. 


MÉMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

P»ges. 

Procès-verbal  de  la  séance  générale  du  3  3  juin  1897 5 

Rapport  de  la  Commission  des  censeurs  sur  les  comptes  de 

re&ercice  1 896 ,  lu  dans  la  séance  générale  du  3  3  juin  1 897 .  8 

Rapport  de  M.  Specbt,  au  nom  de  la  Commi.sion  des  fonds , 

et  comptes  de  Tannée  1896 , 10 

Ouvrages  offerts  à  la  Société  f  séance  du  33  juin  1897] i4 

Tableau  du  Conseil  d'administration  conformément  aux  no- 
minations fiailes  dans  rassemblée  générale  du  99  juin  1897  •  ^7 

Liste  des  membres  seusovipteciF»  par  ordre  alphabéticpie. ...  19 

Liste  des  membres  associés  étrangers  suivant  Tordre  des  nomi- 
nations •  .  ••f.tpt**tt«**vt««t*»i**tftttiif***«*«*  "7 

Liste  des  sociétés  savantes  et  des  revues  avec  lesquelles  la  So- 
ciété asiatique  échange  ses  publication!,  t  *  »  t  »  «  1 1 1  »  t  ■  •  •  i  37 

Liste  des  ouvrages  publiés  par  la  Société  asiatique.  ...«•...  ko 

Collection  d*auteurs  orientaux 42 

Statuts  de  la  Société  asiatique •  44 

Notes  sur  \%  poésie  syriaque*  (M«  R*  Duval.)  .  •  • •  •  •  67 

La  complainte  mimée  et  le  ballet  en  Corée.  (  M.  Mf^urioç  Cou- 
rant.)    74 

Mélanges  assyriologiques  et  bibliques.  (M.  Karppe.) 77 

Nabapâna  et  Tère  çaka.  (M.  A.-M.  Boyer) 1 30 

l^es  Indo-Scythes  et  Tépoque  de  Kanichka,  d*après  les  sources 

chinoises.  (M.  Edouard  Spkght.) « . .  •  •  iSa 


548  NOVEMBRE-DÉCEMBRE  1897. 

Pages. 

Notes  d'épigraphie  araméenne.  (Suite.)  (M.  de  Vogué.) 198 

De  la  lecture  japonaise  des  textes  contenant  uniquement  ou 
principalement  des  caractères  idéographiques.  (M.  Maurice 
Courant.  ) ; 218 

De  la  partie  commune  des  pâdas  de  1 1  et  de  1 2  syllabes  dans 
le  Mandala  III  du  Rgveda.  (M.  Meillet.) 266 

Lettre  du  R.  P.  Louis  Cheikho,  au  ^ujet  de  Tautear  de  la  ver- 
sion arabe  du  Diatessaron 3oi 

Notes  d'épigrapbie  et  d'archéologie  orientale.  (M.  J.-B.  Cha- 
bot.)     3o8 

La  philosophie  du  cheikh  Senoussi,  d'après  son  Âqida  es- 
So'ra,  (M.  G.  Delphin.) 356 

Dialogue  et  textes  en  berbère  de  Djerba ,  transcrits  et  traduits 
par  M.  A.-C.  de  Motylinski 377 

De  Taccent  en  arabe.  (M.  Mayer-Lambert.) 4o3 

Transcription  de  mots  grecs  et  latins  en  hébreu,  aux  premiers 
siècles  de  J.-C.  (M.  M.  Schwab.) 4i4 

Musulmans  et  Manichéens  chinois.  (M.  G.  DbyÉria.) 445 

Une  inscription  phénicienne  à  Avignon.  (M.  Matbr-Lambbrt. )  485 

Note  sur  le  même  sujet.  (M.  Philippe  Berger.) • 489 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Numéro  de  juiUet-août  1 897 194 

'Ab!b.  Tabari  contiouatiu  quem  edidit,  indicibiis  et  giofiariis  in- 
struxit  M.  J.  de  Goeje.  (  B.  M.  ) 194 

Numéro  de  septembre-octobre  1897 37a 

Bibliographie  :  E.  Laune.  Manael  français-anbe ,  oa  recueil 
d'actes  administratifs,  judiciaires  et  sous  seing  privé,. traduits  en 
arabe.  (O.  Houdas.)  —  Nouvelles  publications  de  l'imprimerie  ca- 
tholique de  Beyrouth.  (  B.  M.  ) 378 

Numéro  de  novembre-décembre  1897 ^95 

Procès-verbal  de  la  séance  du  12  novembre  1897 495 

Annexe  au  procès-verbal 498 

Ouvrages  offerts  à  la  Société.  ...•••••••••••••.•'••  •;•  •  •  •  •  5o9 


TABLE  UES  MATIÈRES.  i 

Procës-terbal  de  la  séance  du  lo  décembre  1S97 ,': 

Annexe  au  procès  verbal s 

Ouvrages  offerts  a  ia  Société 5 

La  slatDcdudienObod»,  roi  de  Nibatène.  (M.  CiuvoMT-GtniiEtD.j  i 

NoUcenir  teXI'CongrèidetOrieahdigUi.  (E.  DaoïiiH.) : 

Bibliognphic  :  Noie  additionndle  inr  le>  lodo-Scvtli».  (  S.  Léii.) 
—  The  Bib^oniui  eipedition  of  tbe  UoIvenUy  of  PeanuylvuiB. 
(A.-J.  DELtTTiiï.  S.  t.] —  Nonidle  note  tnr  U  chronologie  clû- 

ddIk  de  lu  i3S  à  l'an  87  ■vaalJ.-C.  (Éd.  Chavasnes.) : 

\11*  CoDgrn  intenialloiial  dei  OrienUliitei [ 


JOURNAL  ASIATIQUE 

01) 

RECUEIL  DE  MlilMOIRES 

DEXTKMTS  ET  DE  NOTICES 

RELATirS  X  L'HISTOIRE,   X  LA  PHILOSOPHIE,   AïX  LANGUES 
ET  X  LA  LITTÉHATDRE  DES  PEUPLES  OBIËNTAUX 


ET  PUBLIÉ  P\H  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 

NEUVIÈME  SÉRIE 

TOME  X 


N- 3  —  NOVEMBIIE  DECEMBRE   1897 


Tableau  des  jours  de  aéance  pour  l'année  1897, 

Lei  si^BTH^Fs  ont  lieu  1k  seeond  vi^iiilrali  du  mgis,  à  /i  Tieopcs  ut  demie, 
i>a«ègedol»SariilF.raedc.Si-lnc,ii-'  .. 

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12 

10 

BlbllothÈque. 
smiiedia,  de  a  lieures  à  6  lieurea. 

PARIS 

EBNEST   LEROU.V,    ÉDITEUR 


ERNEST   LEROUX,    ÉDITEUR, 

LIBRAIRE   DE   LA   SOCIÉTÉ   ASIATIQUE,  DE   L'ECOLE   DES   LANf.UES  ORIENTALES  VIVANTES,  ETC. 

RUE  BONAPARTE,   N°  28. 


OUVRAGES  PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIETE  ASIATIQUE. 

Journal  asiatique,  public  depuis  1822. 

Abonnement  annuel.   Paris  :  2  5  fr.  —  Départements  :  27  fr.  5o.  ■:-- 
Étranger  :  3o  fr.  —  Un  mois  :  3  fr.  5o. 

COLLECTION  D'OUVRAGES  ORIENTAUX. 

Voyages  d'Ibn  Batoutah,  texte  arabe  et  traduction,  par  MM.  Defrémery  et 
Sanguinetti ,  1873-1879   (nouveau  tirage),  4  vol.  in-8'' 3o  fr. 

Index  alphabétique  pour  Ibn  Batoutah,  1893  (2*  tirage),  in-S". . .       2  fr. 

Maçoudi.  Les  Prairies  d'or,  texte  arabe  et  traduction,  par  M.  Barbier  de 
Meynard  (les  trois  premiers  volumes  en  collaboration  avec  M.  Pavet  de 
Courteille),  1861-1877,  9  vol.  in-S" 67  fr.  5o 

Maçoudi.  Le  Livre  de  l'avertissement  et  de  la  revision,  traduction  par 
H.  Carra  de  Vaux,  i  vol.  in-8° 7  fr.  5o 


Chants  populaires  des  Afghans,  recueillis,  publiés  et  traduits  par  James 
Darmesteter.  Précédés  d'une  introduction  sur  la  langue ,  l'histoire  et  la  litté- 
rature des  Afghans,  1890 ,  1  fort  vol.  in-8° 20  fr. 

Le  Mahâvastu,  texte  sanscrit  publié  pour  la  première  fois,  avec  des  introduc- 
tions et  un  commentaire,  par  M.  Em,  Senart, 

Tome  I,    1882  ,  in-8'* 25  fr. 

Tome  II ,  1 890 ,  in-8" 26  fr. 

Journal  d'un  voyage  en  Arabie  (1 883 -1 885),  par  Charles  Hnber,  1  fort 
vol.  in-8*'  illustré  de  clichés  dans  le  texte  et  accompagné  de  planches  et 
croquis 3o  fr. 


Précis  de  jurisprudence  musulmane,  suivant  le  rite  malékite,  par  Sidi  Khalil, 
In-8° 6  fr. 

Géographie   d'Abou'lféda ,  texte  arabe,  publié  par  Reinand  et  de  Slane, 
In-4° 24  fr. 

RAdjataranginî  ,  ou  Histoire  des  rois  du  Kachmir,  publiée  en  sanscrit  et 
traduite  en  français,  par  M.  Troyer,  3  vol.  in-8° 20  fr. 


PUBLICATION  ENCOURAGÉE  PAR  LA  SOCIÉTÉ. 

Les  Mémoires  de  Se-ma  Tsien  ,  traduits  du  chinois  et  annotés  par  Edouard 
Chavannes,  professeur  au  Collège  de  France.  10  volumes  in-iS*  (en  cours 
de  publication). 

Tome  I.      1  fort  volume  in-S" 16  fr. 

Tome  II.    1  fort  volume  in-8" ao  fr. 

Tome  III.  (Sons  presse,) 


ERNEST  LEROUX,  EDITEUR, 

RUE  BONAPARTE,   K**  28. 


NOS  ORIGINES. 
LA   RELIGION   DES   GAULOIS. 

LES  DRUIDES  ET  LE  DRUIDISME. 

LEÇONS    PROFESSÉES    X    L'ECOLE    DU    LOUVRE,    EN    1 8 96, 

PAR  M.  ALEXANDRE  RERTRAND, 

MEMBRE  DE   L'INSTITUT. 

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Volume  cVîntroductioD.  ARCHÉOLOGIE  CELTIQUE  ET  GAULOISE,  par  M.  A.  Bertrand,  de  Tlnstitut. 
In-8*,  avec  dessins,  planches  et  cartes  en  couleur 10  fr. 

f.    LA  GAULE  AVANT  LES  GAULOIS,  d*après  les  monuments  et  les  textes,  par  M.  A.  Bertrand,  de 
l'Institut.  Nouvelle  édition ,  refondue  et  augmentée.  In-8*,  nombreuses  illustrations  et  cartes.     1  o  fr. 

II.   LES  CELTES  DANS  LES  VALLÉES  DU  PO  ET  DU  DANUBE,  par  MM.  A.  BERTRAND  et  S.  ReiNACH, 
membres  de  Tlnstitut.  In-8',  nombreuses  illusti*ations 7  fr.  5o 


J.  DE  MORGAN. 
MISSION  SCIENTIFIQUE  EN  PERSE. 

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I  et  II.  ÉTUDES  GÉOGRAPHIQUES,  deux  volumes  in-^**,  richement  illustrés  de  dessins  et  de  planches 
hors  texte 100  fr. 

CARTES.  Rives  méridionales  de  la  mer  Caspienne ,  Kurdistan  de  Moukri ,  Élam.  Atlas  en 
un  carton 1 5  fr. 

III.  ÉTUDES  GÉOLOGIQUES. —  II.  Paléontologie,  par  MM.  Cotteau,  Dodvillé,  Gauthier.  In-A% 

avec  1 6  planches 1 5  fr. 

IV.  ARCHÉOLOGIE.   In- 4**  en  deux  parties,  richement  illustré  de  dessins  et  de  planches  hors  texte. 

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I.  L'ÂGE  DE  LA  PIERRE  ET  LES  BIÉTAUX.  Un  beau  volume  in-8*,  avec  nombreux  dessins  et  1 1  planches 

en  couleur 30  fr. 

II.  ETHNOGRAPHIE  PRÉHISTORIQUE  ET  TOMBEAU   ROYAL  DE   NÉOADAH.    Un  beau  volume  in-8*, 

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DICTIONNAIRE  DE  LA  LANGUE  DE  L'ANCIENNE  CHALDÉE. 

Un  fort  volume  grand  in-8'* 5o  fr. 


TABLE 

TIÉBES  CONTENUES  DANS  CE  NtIMillO. 


]>i«1ogui'  l't  («itL»  en  hi-rLère  di;  Djerlia.  |  M.  li.-V..  dk  MonLiNKki.}..  ■      ïf) 
l)r  l'arceiit  en  arabe.  (M.  Hoyer  LmnBnT.) tPt*l 

Trantcrlption  lie  moti  p^f  i  tt  latins  an  bébieu  aiu  {iremiÉtn  iwrie*  } 

de  J.-C.  (M.  M.  Scii»*B.) i\i. 

Miuiiimans  et  Manichéens  cliinois.  (M.  G.  DK\iiiii.) ''^filS 

Uni;  iiiatTÏption  pliêiiiciijniii.'  ii  Avignon.  [M.  Maver  L\uBKHl:.J-t.  .•..      US'  . 

—  Note  sur  In  même  sujrt.  [M.  Pliilipjm  Beiimn.  ) , ,      18^   ' 

Nout^Ifia  et  mélanges.  —  vS^B<^  iln  i«  novembre  ifi^.  Anncic  «a 
prut'èB- verbal  du  lu  séance  ilu  i  j  nuvtunbru  iHy^.  Outru^*  ufTert*  à 
ta  Snck^.  -  -  Sêuicc  iln  lo  lUcenibrc  iKy^.  Annexa'  nu  pnH^n-VHrbal 
de  la  >éHai'«  du  lu  décun^K  i6ij7>  Oiivmgu*  iJTtTl»  i  U  SociAU^. 
—  La  sUttiR  du  dk-ii  Obudas,  mi  de  NsfiaiËne,  (M.  Cbumum- 
Can«hi.)  —  Notiez  siw  k  m"  nongi*»  dmi  OriimURstai.  {H.  EJ. 

Duubiai) fjS 

Bibliosrapliif.  —  Noie  a.Mitiot.-'ll,.  .,„■  I,..  i.„1.,-S-.«il.(..,  (M.  Syiveiu 
LRïi.)^ThoBidivloniiini-.ï|i''l'!i' ■ '1  H"  '  ■■'>■  l'^ih  ori'eiimvivMiU. 

[M.  A.O.  IlBMiTirK.)  —  NoijM  !..  ,    .  Ingii.  <.(iinoi«i  de 

r»n  11.18  i  l'ail  87  uïunlJ.':.  .M    .i'.'       i-.: Sali 

l)<>u!ti«iije  Coiigf^  iul^i'natioiiaLl  ii'"i  <.irr.'tii»( -< 5U 

Ërrnia h\6 

Tabln  iIrï  mnli^reu  fonlcaucï  ttaos  h  tome  \,  IX*  sérir 5^7 


NoTi.  Les  personnes  cjui  dcsireuL  devenir  iiumima  de  la  Soi-M  utiabju* 
ifoivroit  «trpssiT  leur  demande  au  secrâtairu  uu  ii  nn  nicmbro  Ju  Cofweil. 

MM.  les  membres  de  fai  Société  s'adressent,  poiir  rHc<|uitli!ninnt  An  ItMir 
cotisntiou  annudla  (3o  S'orfs  par  a.a] ,  pour  In  cutJwitiiMn  à  tht  (ïoo  fironri    1 
Dnc  faii  pnjrif»),  pour  les  l'iVJamaticin*  ifu'ilH  auntient  >  Hiii*,  |mi(r  lu*  pcns'i- 
guauwula  eL  cuaugeiiieiilji  d'adrf°M.  «l  p«ur  l'adiW  dus  (iu«rii^i<*  piiUiA»  fêr    I 
la  Socii^t^.  ou  pri\  lixiî  pour  lirs  membre;,  directcmrat  il  M.  Enii-it  LnnuBt,    1 
rue  RonapaPlr,  n"  ■»8. 

MM,  U4  mawbre»  revuiuenl  k  ■harnal  asiatiinm  dircL-bnuani  du  U  SucidU. 

Le»  personnel  i^ui  nn  Mint  pat  membrea  itc  fa  Sncii^lf    ni  ijuî  dlilinmt    | 
('«biiasM'  UA  JuomîU  uuntifiw,  «luivanl  »'^dremer  1 

A  l'art>,  il  M.  Ki'nEil  LiinuuK.  libraire  de  la  Soci<.'lri.  l'ue  llonaparti:,  xt  3S1 

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.^a  franfs.  l.c  Journal  paraît  tout  le*  (ieiu  moii. 


PARIS.  —  IMPRIMERIE   NATIONALE,